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Omaha et le débarquement du 6 Juin 944 sont uniques

Tout évènement historique est unique, une bataille, un débarquement, un bombardement... Isolés, ils n'ont pas de sens,  on oublie trop vite qu'ils se situent, tous, dans un long processus, à un moment et lieu précis, avec divers intervenants, avec moult causes, conséquences et interactions. Certains évènements tombent dans l'oubli, même si des historiens leur accordent une réelle importance, tels les nombreux "tournants de la guerre" et, à l'opposé, d'autres restent dans les mémoires et sont particulièrement honorés et commémorés, voire transcendés surtout par le cinéma et les médias.
C'est le cas du débarquement allié du 6 juin 1944 avec quelques sites devenus mythiques dont  la plage d'Omaha.

Omaha la sanglante : une plage à part.
Les évènements tragiques d'Omaha relèvent d'un scénario digne d'Hollywood, c'est aussi, pourquoi il  s'en est emparé : un défi qui vire  à la catastrophe, sur la mer et sur le sable, avec des larmes, du sang, des morts  avec l'arrivée de  "héros" et donc,  un retournement de situation qui mènera de courageux GI's à la victoire finale, et cela dans un décor terrifiant, une mer  houleuse, une plage bordée de défenses, une falaise à conquérir d'où l'ennemi mitraille à partir de ses bunkers.
Tout est là pour construire une "épopée" car il faut sortir d'un piège dans des conditions défavorables.
Et pourtant du site, il ne reste presque rien : il faudrait plonger dans la Manche  pour apercevoir quelques vestiges. Donc, il faut reconstruire ce passé médiatisé à outrance. De là,  des lieux mythifiés : un jardin cimetière émouvant situé dans un cadre  sauvage, une pointe du Hoc rénovée, embellie et sauvée par les américains, une plage mise en valeur par un monument symbolique  "Les Braves". Et tout autour,  des souvenirs,  cinq musées,  des statues, des dizaines de plaques et monuments commémoratifs, des drapeaux, des commémorations transformées  en festivités pour la plus grande joie des touristes, des reconstitueurs et de l'économie locale qui entend bien profiter de retombées économiques miraculeuses dans un Bessin sans autre activité que  l'agriculture et l' agro-alimentaire. Le tourisme de mémoire, en pleine croissance depuis 25 ans,  est une opportunité dont tout le monde veut profiter, quitte parfois  à faire de petits arrangements avec l'histoire pour n'en montrer que le côté flamboyant.

Omaha est unique.
Omaha  reflète,  en partie seulement, les autres débarquements 
mais déjà montre les prémisses des difficultés que rencontreront les américains pour avancer et affiche, déjà, les solutions qui seront utilisées pour vaincre.

Si l'échec des bombardements, du moins leur grande imprécision, est courante en  1944, leurs conséquences ont été dramatiques pour la Normandie avec des dégâts collatéraux immenses, morts de nombreux civils, destructions, exode. A Omaha leur imprécision a fait essentiellement des victimes parmi les vaches des prairies, les civils présents ont été relativement épargnés (2 morts à Vierville et 5 à l'arrière le  6 juin), de même, les bâtiments ont peu de destructions. Mais leur conséquence est dramatique pour les GI's qui débarquent fauchés par un un déluge de feu. 2000 morts et  de nombreux blessés au soir 6 juin à Omaha. Un cimetière construit hâtivement qu'il faudra vite déplacer.

Finalement, le prix de la réussite  à Omaha est lourd en pertes humaines mais elles demeurent celles qui avaient été prévues (12 à 13%) et sont "compensées" par des très faibles pertes ailleurs, en particulier sur Utah. Toutefois ce sont les plus fortes pertes du Jour J, environ 40% des pertes totales, aussi deviendra-t-elle une plage martyre surnommée "la Sanglante", un des éléments fondateurs du mythe.

Les premiers Gi's arrivés sur le plateau ont des premiers contacts difficiles avec les locaux, assez nombreux dans les villages et les fermes, ce qui les a surpris. En effet ils ne comptaient pas voir de français, et donc les considéraient comme des allemands, des "collabos", des traîtres,  ainsi le  6 juin, à Omaha,  les réactions et contacts entre français et américains sont terribles :
-"Il a pris son révolver et il a tiré croyant que j'étais une femme allemande ; heureusement que j'étais devant ma porte de chambre et que j'ai pu faire un écart sans quoi, il me tuait !"
-Il nous a demandé de boire, mais il a fallu que nous buvions avant lui parce qu'il avait peur, et il nous a donné une savonnette et du chocolat.
-Ils ont pris mon mari et ma belle mère en otage et voulaient les fusiller ! Ma belle mère a eu le réflexe de dire à mon mari de faire voir sa carte d'identité et de dire qu'il n'était pas un espion
-Les américains nous ont pris pour des allemands, et nous ont tiré de dessus, la balle a atterri dans la cuisine.
-Quand les américains nous ont vus, il fallait sortir de l'abri se ranger un à un le long du mur du jardin, puis, on a été fouillé, puis, on nous a relâché.
on était 30 sous un abri : il voulait nous tuer parce qu'il nous prenait pour des gens qui n'étaient pas des français.
-Ils croyaient qu'il y avait un sniper là, et ils avaient leur flingue mais c'est moi qui marchait devant, ça ne me faisait pas marrer, alors au début ça allait mais à la fin, plus on montait haut, plus c'était dangereux : ils ont ouvert la porte d'un coup de pied en mettant leur fusil sous mon bras ( moi, j'étais devant ! ) je tremblais ... je croyais que j'étais mort ... mai ils n'étaient pas là ! il n'y avait
personne !
[extraits de : http://6juin.omaha.free.fr/9normandsus/93_normands.php]

Ensuite, la méfiance disparaîtra très vite et  les relations devinrent très amicales, les américains généreux en cadeaux (cigarettes, chocolat, chewing-gum...), les français offrant du calva à volonté.

Trévières, le 14 juillet 1944 : Marguerite l’institutrice offre à boire aux Gi's


Omaha reflète aussi les difficultés futures  que rencontreront les américains : une résistance allemande tenace qui ne cède qu'au dernier moment ou faute de munitions. La très difficile conquête des villages nichés au milieu de champs, Saint Laurent et Colleville  ne seront définitivement nettoyés que le 7 juin dans la matinée, est à l'image de la future bataille des haies dans la Normandie profonde.
Si Omaha est finalement libérée, c'est aussi en raison de l'importance de l'afflux de matériel, d'armes  et d'hommes qui, sans cesse, se déversent sur la plage, encore une fois, à l'image de ce qui se passera  pour la difficile libération de la Normandie et de l'Europe de l'Ouest.

D'ailleurs le port -même après sa dislocation par la tempête- incanera l'efficacité de la  technologie  américaine, en effet  le trafic d'Omaha a toujours dépassé le trafic du port d'Arromanches, sans pourtant disposer de quais et jetées flottantes. Au total, les deux plages américaines ont réussi à débarquer en juin près de 300.000 T et plus de 450.000 Gi's. Chaque jour, à Omaha, en juillet et Aout, en moyenne, plus de 10.000 T sont transbordées, auxquelles s'ajoutent 10.000 hommes et 2000 véhicules.(à Arromanches seulement 6700 T). Un vaste dispositif est mis en place  pour gérer ce trafic de marchandises et d'hommes avec une  logistique remarquable. Encore une fois à l'image de ce qui se fera ensuite  à plus grande échelle. 


Omaha reflète un condensé réaliste du débarquement, plus difficile qu'ailleurs, et affiche, déjà,  ce qui va caractériser la  future libération de la France  : une résistance allemande acharnée,  une bataille des haies terrible, la  puissance de l'organisation américaine  et de son économie qui déverse hommes, matériel et ravitaillement pour faire avancer son armée. De plus, c'est une plage dont l'histoire ne  s'arrête pas le 6 juin au soir, cette plage va continuer de vivre  et connaître une importante activité durant tout l'été  1944
C'est une plage prémonitoire qui a vécu une grande et longue histoire. 



Le débarquement : un évènement militaire trop glorifié qui crée un mythe sans cesse réactualisé
Ce débarquement considéré comme réussi malgré l'étroitesse de la tête de pont représente l'évènement militaire de la seconde guerre mondiale le plus commémoré associé à  une grande victoire des démocraties alliées face  à la dictature nazie, de là, le mythe du D-Day. Certes, il s'agit d'un évènement militaire spécifique, incomparable et hors norme, mais dans une vision d'ensemble de cette deuxième guerre mondiale, l'image reflétée aujourd'hui est flatteuse, rappelons les principales omissions qui fâchent : le raté des bombardements (6 juin et bataille de Normandie), sous estimations et "maladresses" à Omaha, l'épreuve laborieuse de la  bataille de Normandie pour les militaires et les civils face  à l'avancée inéluctable des forces russes sur le front est, là où se situent le plus grand nombre  de soldats allemands.

Donc, contrairement à ce qu'on pense souvent et malgré l'énormité des moyens déployés - 5.000 navires, 10.000 avions, quelque 155.000 hommes -, l'assaut du 6 juin 1944 a bien failli échouer. C'est le hasard de la météorologie qui a le mieux servi les assaillants le 6 juin.  C'est bien la journée de tous les ratés comme l' a reconnu, plus tard, le général Eisenhower :"Tout ce qui était susceptible de rater a raté". C'est l'initiative et le courage  de quelques officiers qui ont sauvé la situation au moment crucial. C'est l'opération de désinformation la plus importante du siècle, menée par un groupe d'espions baroques, qui a  facilité le débarquement.  C'est aussi, lors des semaines qui suivirent le jour J, la bataille de Normandie qui fut l'une des plus dures de la guerre car les Alliés rencontrèrent des difficultés qu'ils avaient largement sous-estimées. 

Aujourd'hui les historiens  ont expliqué pourquoi ce débarquement s'est mythifié. Déjà, ce débarquement  était  annoncé et  préparé  par les alliés, attendu des allemands, espéré des français, la propagande et médiatisation totales sont les fondements du mythe.

Après la guerre, diverses actions ont enclenché le mythe afin de ne pas oublier ce débarquement: R Triboulet qui dés  1946 lance les commémorations et le tourisme (Musée d'Arromanches) ; la guerre froide réactive le mythe du 6 juin en permettant aux USA de rappeler leur supériorité (militaire, technologique...) qui a permis la victoire de la démocratie ; le fameux discours lyrique  de Reagan à la pointe du Hoc en 1984  qui montre que la guerre est au service de la paix à l'image des valeureux GI's, point de départ des grandes cérémonies commémoratives internationales ; l'impact auprès du grand public et des médias du cinéma d'Hollywood qui avec  deux films à succès rend ce mythe populaire et incontournable qui relance le tourisme de mémoire ; la France exploite ce mythe, en mettant en valeur son rôle comme acteur, et, comme grand organisateur de commémorations internationales auxquelles sont désormais associés allemands et russes. Ces commémorations devenant au fil du temps un enjeu politique car c'est l'occasion de transmettre au monde entier  des messages à connotation politique et surtout idéologique au travers de l'évocation du "sacrifice" de ces jeunes soldats.

Le coeur du mythe

Omaha n'est qu'un lieu de débarquement parmi d'autres, en Normandie et dans le monde, Omaha n'est qu'une bataille comme tant d'autres, Omaha a connu de lourdes pertes comme d'autres batailles, Omaha a connu une issue heureuse comme d'autres, et pourtant, Omaha est unique et désormais mythique. Pourquoi ? si les raisons sont multiples,  il faut en trouver les racines dans  son déroulement et son exploitation ultérieure : les témoignages des survivants et l'analyse des historiens


Omaha, un scénario tragique qui va du désastre au succès avec du sang, des morts

En fait, ci-dessous, une petite synthèse du 6 Juin à Omaha
Voir en complément notre site  web dédié aux évènements d'Omaha, des cartes détaillées , avec un synthèse et son pdf. En effet il est nécessaire d'avoir une vue globale des évènements pour mieux assimiler les dossiers de ce site.

Tous les éléments qui constituent le drame du 6 juin à Omaha constituent un inimaginable scénario dramatique  d'un enfer qui ne peut qu'être mythifié avec ses horreurs et rebondissements:


Le site exceptionnel  de la « plage des sables d'or », longue de 6 km , bordée par un  alternance de marécages, dunes et villas (détruites) est surplombé par un plateau dont le rebord forme des falaises mortes (30 à 40 m de haut) qui sont entaillées par 4 vallons correspondant aux villages de Colleville sur Mer (est), Saint Laurent sur Mer (centre) et Vierville sur Mer (ouest), ainsi qu'un vallon nommé le Ruquet, à Saint Laurent. 

En 1944, environ 800 soldats allemands (716°DI et, depuis janvier 1944, 352°DI) stationnent à proximité  sur les hauteurs de la plage en s'appuyant sur des batteries d'artillerie à l'arrière ( Pointe du Hoc, Longues sur mer, Maisy.). La plage  est protégée par de nombreuses défenses du fameux "mur de l'Atlantique" :4000 obstacles présents sur la partie découverte à marée basse (portes belges, troncs pointus, pieux , hérissons tchèques), aux sorties de plage et entrées de village) avec des murs s et fossés antichar. Sur le haut des falaises, à l'entrée des vallons, 14 WN (Widerstandsnesten) sont des points fortifiés avec des casemates et tobrouk en béton qui abritent des canons, mitrailleuses, tourelles de char, mortiers... le tout parcouru de tranchées et protégé par des barbelés et des champs de mines. Certains WN ne sont pas encore terminés.




Les américains ont prévu de faire débarquer 2 divisions : la 1re division américaine «Big Red One », une unité expérimentée et la 29e division « Blue and Grey », inexpérimentée, ainsi que deux bataillons de rangers, des unités du génie et diverses unités d'appui, sur quatre secteurs de débarquement nommés, d'ouest en est : "Charlie", "Dog", "Easy" et "Fox". Le général Gerow, commande le 5ème corps d'armée américain, et le général Bradley, commande la 1ère armée américaine.

Afin de permettre la réussite du débarquement, des bombardements doivent détruire les défenses allemandes au petit matin du 6 juin 1944. Vers 4 h du matin les navires approchent d'Omaha, mettent à l'eau des péniches puis transbordent les soldats. Ensuite, ce sera le départ des tanks DD, puis vers 5H20, les chalands partiront vers la plage.

De 6h à 6H30 des bombardements visent le littoral. Ils  interviennent par 454 avions B-24 qui larguent 1300 tonnes de bombes qui explosent toutes à 5 km à l'intérieur des terres en raison de difficultés liées à la couverture nuageuse et à trop de prudence pour ne pas toucher les chalands qui approchent de la plage. Au même moment18 navires de guerre (cuirassés, destroyers...) tirent, à longue distance, des obus qui, eux aussi, arrivent trop à l 'arrière.

Beaucoup de bruits et fumées mais rien n'est détruit  : les préliminaires sont piteusement  ratés.

Il est prévu d'envoyer 112 chars sur la plage, soit en les transportant sur des LCTA, soit en les faisant naviguer pour les chars en Duplex Drive (enveloppés d'une jupe de caoutchouc qui assure la flottaison). Côté Colleville, sur 32 chars qui doivent naviguer, 3 seulement parviennent sur le sable ! en effet, la mer agitée avec des courants fait couler 27 chars ! Finalement, seulement 47 chars arrivent, avec retard et dispersés sur la plage, beaucoup sont détruits par les canons allemands. En raison de cette catastrophe, les Gi's n'auront aucun soutien sur le sable

A 6H31, ce sera donc  l'horreur pour la 1° vague de fantassins. 50 chalands (LCA et LCVP) permettent à 1550 Gi's de débarquer : les allemands attendent l'ouverture des péniches pour les massacrer avec les mitrailleuses : c'est l'enfer. Ainsi, la compagnie A, à Vierville, perd, en quelques minutes, 100 gi's sur 155. Ailleurs, le feu est intense ; de plus, beaucoup de chalands ont dérivé vers l'Est, sont éparpillés et arrivent avec retard. Les Gi's, surchargés, sont fauchés , et, blessés, se noient dans les trous d'eau. Ils ne peuvent s'abriter que derrière les obstacles de la plage, quelques uns parviennent au pied du cordon de galets, en haut de la plage. C'est l'horreur avec du sang, des blessés, des morts partout et des survivants apeurés incapables de réagir. De là, le surnom « Omaha la sanglante »

Juste après la première vague, 1000 sapeurs (engineers) arrivent sur 24 LCM pour faire 16 brèches au milieu des défenses sur 500 m de plage afin de permettre aux chalands suivants d'aborder en sécurité. La situation se renouvelle : les chalands dérivent et le feu allemand inflige de très lourdes pertes (40%) d'autant que les sapeurs portent des explosifs. Seules 6 brèches partielles seront réalisées, concentrées en deux endroits. Le génie, présent, ne pouvant ouvrir les valleuses, utilisera les fusils à la place des pelles !



De 7H à 8H, de  partout, arrivent régulièrement des renforts qui comprennent vite qu'il ne faut plus débarquer face aux entrées de plage où les allemands massacrent les Gi's mais face à l'escarpement des falaises. A 7H30, la deuxième vague arrive avec la marée haute sur une plage congestionnée. Vers 8 h, approchent 9 gros LCI (péniche de transport de 50 m de long avec 200 Gi's), trois seront détruits. Les soldats sont épuisés et traumatisés, paniqués au milieu des tirs et de la fumée, complètement perdus parmi des morts, blessés, et du matériel détruit, y compris les radios. C'est l'enfer. Désormais, il faut avancer ou mourir !


A partir de 7H30 des officiers débarquent (Général Cota sur Dog et Colonel Taylor sur Easy) qui vont galvaniser et réorganiser les hommes :"il faut sortir de cette foutue plage" "ils nous assassinent ici, allons nous faire tuer à l’intérieur des terres" "Foutez le camp de la plage, si vous restez, vous êtes morts ou vous allez bientôt crever" " il y a 2 sortes d'individus qui restent sur la plage, les morts et ceux qui vont mourir : foutons le camp d'ici en vitesse " « si nous devons être tués, autant tuer quelques allemands avant ! »



Des percées sont réalisées entre les valleuses, telle la première à 7H de Spalding et Dawson entre Colleville et Le Ruquet. Ensuite des WN sont pris à revers : dés 7h15, à Vierville, le WN 73 est pris par les rangers ; puis à Colleville, le WN 60 sur les hauteurs suivi du WN 61 en bord de plage. Les percées se multiplient, entre Saint Laurent et Vierville où Cota avec les rangers avancent, de même entre Saint Laurent et le Ruquet. Des nids de mitrailleuses sont détruits (en bord de plage à Saint Laurent) puis au WN 70 près de Vierville.

Ce sont les premiers succès dus à l’héroïsme et au courage des Gi's que les généraux, restés sur les navires au large, n'ont pas encore eu connaissance.



Vers 10h, 11 destroyers de la marine s'approchent enfin d'Omaha, à moins d'1 km, et tirent avec succès sur les WN.

Le vallon du Ruquet est cerné par les Gi's qui d'abord prennent à revers le WN64, puis grâce aux tirs de destroyers, de chars et, enfin, d'un half-track détruisent le WN 65 ; ils permettent donc d'ouvrir la sortie E1. Les sapeurs s'activent et à 15H la première sortie d'Omaha est ouverte qui permet de dégager matériel et hommes sur le plateau d'autant que des renforts arrivent toujours (2500 hommes du 115th débarquent à 11H). A midi, déjà 20000 hommes ont débarqué.


En fin de matinée la bataille de la plage se termine et commence donc la bataille dans les terres pour la conquête des villages. Vierville sera le premier village libéré facilement car les allemands l'ont abandonné pour mieux renforcer leurs positions à l'arrière. Vers midi, des obus détruisent les défenses à l'entrée de la valleuse et vers 12H30, le général Cota descend vers la plage. Les villages de Colleville et Saint Laurent vont connaître une même évolution : ils sont défendus avec férocité par les allemands qui doivent après plusieurs heures de combat abandonner le secteur de l 'église, toutefois une partie du village demeure aux mains des allemands, renforcés dans l'après midi à Colleville par la contre attaque d'un bataillon de réserve.

Percées du 6 juin
voir 11 cartes détaillées

Depuis 15 H, au Ruquet la sortie E1 est ouverte et la circulation y est « fluide ». A Vierville, vers 15 h le mur antichar est détruit, et il faut attendre 18 h pour que la route soit ouverte et permette vers 21 h à 23 chars d'accéder au village. Au sud de Vierville, les Gi's sont toujours bloqués par les positions allemandes. A Saint Laurent, aux Moulins, les tirs de snipers empêcheront le travail des sapeurs jusqu' à 21H. A Colleville, le Wn 62 étant pris à seulement 15H, les sapeurs travailleront dans la longue valleuse à partir de 20 h pour ouvrir la route à 1 h du matin pour permettre à 17 chars de s'engager.

L' Etat major débarque à partir de 17H sur la plage pour installer les QG sur les hauteurs. Les derniers renforts de la 26th infanterie débarquent 2500h vers 18H30 qui se regroupent sur le plateau. Pendant ce temps les «medic» (infirmiers) essaient de maintenir envie les trop nombreux blessés à l'aide de morphine et perfusion. Les Gi's s'enterrent dans leurs trous pour passer la nuit durant laquelle de nombreux allemands vont profiter pur s'enfuir.
Au matin, les villages de St Laurent et Colleville complètement encerclés par les Gi's sont rapidement pris ce qui favorisera l'avancée vers l'intérieur des terres.


Le pertes humaines sont très lourdes, longtemps estimées à 3000 hommes dont 1000 à 1200 tués, elles sont aujourd'hui relevées à 4700 avec 2000 morts ou disparus. (Historien J Balkoski en 2004).
Les allemands ont des pertes de 1200 h dont environ 200 morts, 500 disparus et 500 blessés (chiffres sous réserve)
Le soir du 6 Juin, la tête de pont est étroite (2 km sur 8 au lieu de 25 km sur 8 de prévu) mais plus de 34000 hommes sont débarqués avec 3400 véhicules. Le débarquement a donc réussi au prix de lourdes pertes.






Des survivants traumatisés qui témoignent de l'enfer vécu

Tout le monde connaît l"horreur que vécurent les GI's à leur arrivée sur la plage d'Omaha. Pour éviter de faire un récit complexe de cette matinée tragique  du 6 juin, il est préférable de se contenter  d'extraits de témoignages pour comprendre  leur vécu.


  • Sur les barges

-"les barges ruaient comme des chevaux sauvages et puaient le vomi"
-"Bientôt, nous entendîmes comme un tintement  près de nous et quand deux ou trois hommes s'effondrèrent sur le pont, nous comprimes  que nous étions sur le feu de balles réelles tirées par un ennemi bien vivant"
-"Quand la rampe s'est abaissée, elle fut directement mitraillée. Mes trois chefs de peloton et d'autres furent touchés à l'avant. Deux marins furent touchés. Je suis entré dans l'eau qui ne montait qu'à la cheville. J'ai essayé de courir mais soudain j'ai eu de l'eau jusqu'aux hanches. J'ai rampé pour me cacher derrière l'obstacle en acier enfoncé dans la plage. Les balles ricochaient sur lui et sur mon paquetage, en me manquant. Mais elles en ont atteint d'autres" (un soldat du 116°Rgt)
-"Si un soldat glissait sous la rampe métallique de la barge, il mourrait quand elle retombait"


Troupes dans une péniche de débarquement LCVP approchant Omaha Beach le 6 Juin 1944.
Remarquer les casques ; l'inscription "No Smoking" sur la rampe du LCVP a et les M1903 fusils et carabines M1 portées par certains de ces hommes.  Photographié par Herman mur.




  • Dans l'eau

-"Nombreux furent ceux touchés dans l'eau, bon nageur ou non. Ils appelaient à l'aide. Des cadavres flottaient à la surface, et des vivants faisaient le mort, se laissant porter par la marée."
-des balles tombaient dans l'eau à quelques centimètres de moi... jamais je n'ai prié aussi fort de ma vie"
-"Il  (le sergent Robertson) avait une blessure béante à la tempe. Il marchait comme un fou dans l'eau sans son casque. Puis je l'ai vu tomber  à genoux et se mettre  à prier en égrenant son chapelet. Il se plia soudain en deux, touché par des tirs croisés"
-"Je suis touché ! je suis touché !"
-Tout semblait  aller au ralenti, la façon même dont nous nous déplacions sous tout notre équipement. Surchargés, nous n'avions aucune chance. J'étais si fatigué que je pouvais  à peine me traîner."(sur une section de 31 hommes,  9 hommes survécurent)
-"Les balles suintaient en rasant le sable mouillé"
-"C'était horrible. Des hommes mouraient tout autour de nous, les blessés incapables de bouger se noyaient du fait de la marée montante. Jamais je n'ai vu autant de bravoure : beaucoup revenaient sur leurs pas pour tenter de ramener des blessés et se faisaient tuer eux mêmes."



Un LCVP provenant de l’USS Samuel Chase piloté par l’US Coast Guard , débarque des troupes de la compagnie E du 16erégiment d’infantrie de la 1re division d’infanterie américaine (“Big Red One”), à Omaha Beach dans le secteur Fox Green. (Chief Photographer's Mate (CPHoM) Robert F. Sargent)



  • Sur le sable

-"Je leur ai crié de progresser en rampant et certains m'ont obéi. Beaucoup semblaient apathiques. Ils restaient assis ou allongés. Ils pouvaient  remuer les membres mais refusaient de répondre ou d'agir."
-Ils étaient étendus sur les galets mouillés, tremblants de froid et de peur"
- "Il (Caporal E O Jones)avec sa frêle carrure partit six fois et ramena des hommes" 
-"Certains secteurs de plage étaient bondés, d'autres non occupés"
-"Toubib, je suis touché. A l'aide ! "
- A 9 heures, ce n'était qu'un énorme amas de ferraille, d'hommes et de matériel"
-"Rien de tout cela me semblait  réel"

Le char amphibie N° 10 protège des Gi's du feu ennemi (Photo R capa)



Les conditions particulièrement atroces du débarquement à Omaha que tous les témoignages attestent révèlent les conséquences terribles d'une accumulation d'erreurs et de manque de chance.

Rien à voir avec la légende selon laquelle les hommes débarquèrent sans crainte sous le feu de l'ennemi ou avec la version édulcorée de la mort sur la plage dans le film "Le jour le plus long".

Très vite, l'on déchanta: premières balles, blessés et morts firent très vite apparaître la peur, et pour certains la folie, des commotions cérébrales tant la violence était omniprésente. Le choc psychologique fut terrible avec la prise de conscience de sa propre vulnérabilité, que la mort peut arriver très vite et que pour l'éviter, la prudence ne suffit pas, il faut de la chance.

Les Gi's pensaient pouvoir trouver un combat tel qu'il leur avait été appris lors de l'entraînement. Ce ne fut pas le cas et le sentiment de désespoir et d'égarement était là pour des hommes épuisés et sans repères. Aucun Gi n'a pu oublier les images insoutenables des blessés et des morts, du sang, des cris, des odeurs, le bruit terrifiant des explosions et balles qui sifflent.

Aussi beaucoup ont-ils craqué nerveusement, physiquement ou psychologiquement, à des degrés divers.


Des auteurs d'ouvrages qui relaient "Omaha la sanglante"
Après l'ouvrage de G Blond publié en 1951, le premier ouvrage publié qui connut un immense succès de librairie fut "Le jour le plus long" qui  deviendra  d'abord un best seller vendu  à 800.000 exemplaires en quelques mois aux USA, puis un film  renommé de Darryl Zanuck en 1971. En France, cet ouvrage a toujours un énorme succès, pourtant, l'auteur a une méthode très particulière pour évoquer le débarquement,  aussi sera-t-il, ici, analysé.

Cornelius Ryan est un journaliste irlandais qui a été correspondant de guerre pour le quotidien britannique Daily Telegraph, il a accompagné la 3e Armée du général Patton en France et en Allemagne. Il décide d’écrire une histoire du jour J du point de vue des alliés et des allemands en s'appuyant uniquement sur plus de 1000 entretiens téléphoniques avec d’anciens soldats alliés et allemands, dont de nombreux haut gradés sur les journées du 5 et du 6 juin 1944.

Son récit constitue une chronique minutieuse qui racontent différentes histoires personnelles basées sur des drames, des actes d'héroïsme de simples soldats en alternant côté allié et côté allemand. Tout est axé sur l'émotion pour que le lecteur est l'impression d'être avec les soldats au milieu de la tourmente.

Ce n'est pas un livre d'histoire au sens noble du terme, d'ailleurs Ryan n'a aucune formation d'historien, mais c'est un livre composé d'histoires et d'émotions transformées en épopée. L'auteur choisit ce qu'il veut montrer, ignorer, escamoter, mettre en valeur.
Comment décrit-il Omaha ?

En édition pocket son ouvrage fait 280 pages, et il s'intéresse à Omaha  à quatre reprises (16%)

Nota: les expressions relevées sont présentées dans l'ordre de l'écriture
-p175-187 (22 pages) il présente la mise en place de l'armada, la planification du débarquement, les bombardements.
"Rentrez-leur dedans ! "Terminus tout le monde descend" "Nous nous sommes dit au revoir et je ne devais jamais plus le revoir" "A partir de maintenant, je prierai à votre place" "Quoique qu'il arrive débarrassez moi de ces foutus obstacles"  "Ce salaud, il a la trouille" "les soldats étaient tellement chargés de matériel qu'ils ne pouvaient se mouvoir"... "ils ne pourraient se battre"  "chaque visage  portait la même expression, cireuse, livide" "Le bal va commencer, le  grand...alors en piste!" "Nous sommes bombardés, durement bombardés ... Bon dieu, ça tombe de tous les côtés! répondit Pluskat" 

-p188-199 (11 pages) Le débarquement à  Omaha
"il n'y avait pas de héros, rien que des hommes dans ces embarcations" "couvert de vomissures" "bon dieu, on a coulé" "ils se noyèrent sans avoir titré un coup de fusil"  "un désastre se produisit" "des cercueils d'acier" "horrifiés par la catastrophe" " flotter dans l'eau des vivants et des morts"" "ils hurlaient, suppliaient leurs camarades de leur apporter du secours " "nous suppliant" "il récité son acte de contrition" "incroyable déluge d'acier" "fracas infernal" "crépitement de balles de mitrailleuses"" "les canons allemands crachèrent leur acier" "impitoyablement mitraillés" " "il était le seul officier indemne de sa compagnie, tous les autres étaient morts ou grièvement blessés" "recrudescence du feu croisé de mitrailleuses" " feu ennemi" tir plus concentré, plus nourri" " se faire faucher l'un après l'autre en franchissant les rampes" "tir aux pigeons" "les malheurs et les désastres s'accumulèrent sur la tête des hommes d'Omaha" " "cloués au sol, isolés, sans officiers" "le bateau se désintégra" "on les repêcha, grièvement brûlés, mais bien vivants" "Cette catastrophe ne dépassa en horreur..." " a la fin de la journée, il ne restait que la moitié de ses hommes" " la mer rejetait au rivage les débris et les épave de l'armée d'invasion" "détritus d'invasion, détritus guerriers" " "ilôts de blessés parsemaient la plage" "il vit battre l'artère fémorale" " j'ai pris mes pilules de sulfamides" "ça va aller""Chaos et confusion" "prostration " " des hommes se relevaient et avançaient"

-p 257-260 (3 pages) Sortir de la plage (et fin)
"se frayant  un passage à travers Omaha la sanglante" " spectacle de mort et de destruction" "cataclysme" "montrez nous le chemin dit Costa" "j'y vais... Bravo mon gars" "ils nous assassinent ici, allons plutôt  nous faire assassiner à l'intérieur des terres" " enfant de salaud" "Foutons le camp ,en vitesse" "il fit presque avancer ses hommes  à coup de pied dans le derrière" "il avait reçu une balle dans le coup qui était ressortie par la bouche" "Montez ! amenez vous, les enfants de p... sont foutus" "Bitte, bitte, bitte, ... il les tua tous les trois, je me demandais ce que voulait dire bitte ?" "hors de cet enfer, les hommes  se déversèrent à  l'intérieur des terres" 

(puis 5 lignes plus bas, ce récit se termine par) " Le prix d'Omaha? on l'estime  à 2500 morts, blessés ou disparus"  (10 pages plus loin, le livre se termine)

Les lecteurs encensent cet ouvrage ! 
"captivant" "ne demande aucune connaissance" "incontournable" "un classique" "à lire impérativement pour ceux qui adorent l'histoire" "bien documenté" "permet de comprendre" "revivre le débarquement" "à lire et relire"

Cet ouvrage populaire et grand public n'a donc rien à voir avec les publications des historiens.



Des historiens  rigoureux et précis 

Ils évitent redondances et émotion sans rien éluder et  n'accordent qu'une importance relative au débarquement dans la bataille de Normandie.
(Voir la bibliographie)

(%) => pages consacrées à Omaha et  à la pointe du Hoc.


  • Jean Quellien, dans "Le jour J et la bataille de Normandie" (458 pages) accorde un chapitre à Omaha (13 pages)  un chapitre à la pointe du Hoc (8 pages) soit 4,5%. Les témoignages sont assez nombreux mais longs et pertinents ; le texte, précis, n'élude rien : "L'ensemble  forme un piège terrible. Le Haut commandement allié est bien conscient du danger" (...) C'est sans compter avec une série d'erreurs et de malchances". Il parle de carnage et de cadavres qui s'accumulent mais sans redondances inutiles et préfère insister sur "les problèmes qui s'accumulent". En conclusion, il dresse le bilan humain et présente le témoignage d"un correspondant de guerre qui a parcouru la plage le  7 juin au matin.
  • Antony Beevor dans "D-Day et la bataille de Normandie"  (635 pages) accorde un chapitre à Omaha  et la pointe du Hoc (26 pages) soit 4% qu'il présente avec sa rigueur habituelle et en s'interrogeant sur "le plan Mongommery et Bradley qui n'avait ni réussi son effet, ni imposé une force écrasante"  pis plus loin indique " On apprit  après la guerre  que les américains avaient commis une autre erreur en évaluant les forces...". Il évoque le "vomi" et les  soldats à aiguillonner avec un "encouragement donné l'arme au poing". Il insiste régulièrement sur les pertes "horribles"  avec "9 hommes qui survécurent sur 31", les "armes enrayées", la confusion et surtout sur "l'apathie' de GI's qui "pouvaient remuer les membres mais refusaient de répondre ou d'agir" "traumatisés", il fallait donc "contraindre les hommes" pour éviter "le chaos qui régnait", "la plage n'était qu'un énorme amas de ferraille, d'hommes et de véhicules". Il estime que chars et destroyers jouèrent un rôle important  et permit le regroupement des forces. Il conclut  en précisant que même si les pertes étaient inférieures aux estimations,cela "n'atténua en rien le choc du massacre de la première vague" et termine avec cette phrase " Omaha devint une légende américaine, mais une vérité plus cruelle allait se faire jour dans les combats à   venir."
  • Olivier Wiervorka dans "Histoire du débarquement en Normandie" (420 pages)  globalise le débarquement, et précise que "ni le bombardement aérien, ni le bombardement naval n'avaient réellement entamé les défenses allemandes. De rudes épreuves attendaient les hommes.." Il évoque Omaha uniquement sur 4 pages  (1%) avec beaucoup  de  concision à plusieurs reprises, d'abord pour indiquer que "l'armée américaine frôla la catastrophe" en précisant le rôle de la "marée", des "hommes surchargés", du désordre, des pertes humaines (40% de l'effectif) et matérielles. Pour lui, l'approche des destroyers et l'arrivée des officiers débloque la situation. Il termine  sa description en évoquant les pertes et  "Cette victoire fut gagnée au prix fort".

Ce rapide descriptif montre que l'importance  des évènements consacrés à Omaha sont très différents par leur interprétation ( importance, forme et contenu) selon les auteurs, mais dans tous  les cas, Omaha n'est qu'une bataille sanglante parmi beaucoup d'autres. Seul C Ryan insiste sur cette plage pour y consacrer 16% de son ouvrage.



Des allemands impuissants et incapables de réagir

Tout le monde pense que le mur de l'Atlantique est une réalité : les allemands sont confiants, les alliés en ont peur. En fait, ce fameux mur célébré par la propagande allemande n'aura pas tenu longtemps : en moyenne il aura fallu une seule heure aux alliés pour le traverser sauf à Omaha (une bonne demi-journée en raison des défenses positionnées sur la falaise et des râtés du bombardements) ;  les obstacles sur les plages puis le mur de l'atlantique  retardent donc   à peine les alliés. C'est bien la puissance du feu allié qui l'a emporté sur des allemands incapables de réagir.

De plus la Kriegsmarine a été incapable de menacer l'armada alliée : le 4 juin  après le bombardement des vedettes dans le  port du Havre , ce sera définitivement fini pour cette marine qui a perdu  à la mi-juin une trentaine de navires situés dans la Manche. Quelques torpilles et mines  gêneront encore les alliés, mais leur principal ennemi sera ...la tempête !

La Luftwaffe est aussi absente, elles se contente de monter la garde avec ses 688 chasseurs présentes début juin, mais perd en moyenne  38 chasseurs par jour (1040 début juillet). sans bon pilotes, manquant d'essence et d'aérodromes localisés trop loin, l'aviation allemande effectue  quelques centaines de sorties par jour face aux  14.000 sorties alliées, rien que le jour J. Les allemands sont dépités : "un avion gris est américain, un avion noir britannique, un avion invisible est allemand".

Les forces terrestres se déplacent trop lentement (et de nuit). Ainsi la 2° Panzer stationnée dans la Somme à 260 km arrive sur le front le 13 mais n'est opérationnelle que le 20 juin. C'est pareil pour  la 3° Division de parachutistes qui met 6 jours pour faire  217 km de Bretagne à Saint Lô. La panzer Lher quitte Chartres le 6 juin à 17H, attaquée par l'aviation, elle perd 30 véhicules avant la nuit et,  au matin, une nouvelle attaque détruit 80 halftracks, 130 camions, 5 tanks. Elle subira à nouveau de très lourdes pertes lors de l'opération"Cobra".

Les allemands ne savent que faire, Rommel et Rundstedt veulent changer les plans le  17 juin, ne croyant plus à un second débarquement, Hitler refuse car il croit en ses V1 et V2.

Si les allemands ont échoué pour empêcher le débarquement, ils ont par la suite contenu les alliés et freiné leur avancée. La bataille du débarquement a été gagnée mais la guerre  se continue et il sera difficile de sortir de Normandie. 



L'histoire retient surtout, et avant tout, l'exploit du débarquement transformé en épopée glorieuse et mythique.
Et pourtant a reconnu, plus tard, le général Eisenhower  :"Tout ce qui était susceptible de rater a raté"

Un vrai mythe, de multiples mystifications : l'art du mensonge

Le débarquement et les combats d'Omaha : une légende, un mythe mais avec trop d'oublis, et trop  de mystifications qui arrangent beaucoup de monde. Pour le grand public, rien n'est vraiment explicité, les erreurs et les tragédies inévitables jamais  dénoncées. 
Par facilité ou par intérêt,  le mensonge  est systématiquement pratiqué sous diverses formes mais c'est bien le mensonge par omission qui l'emporte !


  • Mystifier, c'est tromper !
En faitle faux en histoire donc  la pratique du mensonge englobe  divers aspects qu'il faut nuancer à défaut de pouvoir établir une typologie. 
    • Le mensonge par omission ou inexactitude  qui cache sciemment la vérité : cas du port artificiel d'Arromanches (et donc du musée) qui cache son très faible tonnage par rapport aux  autres plages qui fonctionnent par échouage de petites unités à fond plat or Omaha fait le double de tonnage qu''Arromanches  (J Quellien). Ce type de mensonge est tellement usuel qu'il nécessite qu'on lui consacre, ci-dessous, une partie entière.
    • Le mensonge par mythification, cas des films (américains : le jour le plus long & Il faut sauver le soldat Ryanqui reconstruisent les évènements avec de volontaires erreurs, approximations, exagérations et beaucoup d'anecdotes pour "arranger" le débarquement et l "américaniser".
    • Le prétendu, le pseudo, le supposé : par l'absence de sources historiques (ou autre raison) on donnera sciemment  une explication inventée, supputée  à un évènement. Cette pure invention relève donc de  l'affabulation, cas de l'invention de la "maison de la libération à Saint Laurent".
      Ce qui est  totalement différent de
       l'erroné qui s'explique par une mauvaise interprétation d'un document ou source historique, ce qui est involontaire ou... relève de l'incompétence.

    • La falsification ou contrefaçon ou détournement de la vérité ou manipulation souvent utilisée à des fins de propagande
      • idéologique : on va reconstruire la réalité pour recomposer l’Histoire afin qu'elle soit conforme à la ligne politique. Omniprésent dans le états totalitaires. L'Allemagne nazie l'a systématiquement pratiquée jusqu' à sa chute,  Hitler disait : "La propagande de Goebbels est une de nos armes de guerre les plus efficaces"
      • médiatique : dans les médias, à l'été 1944, les alliés ne peuvent montrer les morts avec toute l'horreur de la guerre, ni les difficultés des combats. La réalité est systématiquement tronquée mais pouvait-il en être autrement ?
    • l'imposture  ou  la construction délibérée d’un faux : cas des nombreux faux Gi's américains, cas du mannequin parachutiste à Sainte Mère (du mauvais côté)


On peut aussi trouver d'autres variantes : 
-le mensonge par oubli (femmesnoirs, amérindiens...) 
-le mensonge par rareté ou imprécision des sources,  (nombre de morts  à Omaha, localisation du WN 67)
-enfin, nous terminerons par le mensonge par... paresse intellectuelle : cas des musées, des auteurs d'ouvrages qui se contentent de répéter et retranscrire sans réfléchir et se questionner, sans chercher  à vérifier ce que d'autres ont écrit dans le passé avec beaucoup d'imprécision, ainsi le nombre de morts à Omaha, le cas du port artificiel d'Arromanches, les pertes civiles, de l'impact de la résistance,  du rôle des USA et de la paternité de la victoire...

Plus compliqué à expliciter sont les motivations et les intentions des auteurs : un but vénal, en vue d'un bénéfice ?  financier pour obtenir un avantage ?  social pour se faire valoriser? ou plus simplement par  bêtise, incompétence, naïveté... Tout est possible et parfois c'est pernicieux !



  • Le mensonge par omission
    • Le mensonge le plus fréquent pour rendre la guerre "acceptable" en ignorant erreurs et horreurs
Le mensonge par omission consiste à diffuser ce qui, parmi le réel, convient aux fins poursuivies, la glorification d'Omaha,  tout en omettant d'énoncer ce qui pourrait y nuire, telles  les erreurs qui ont coûté beaucoup de vies. Elles sont pourtant nombreuses : des bombardements aériens et navals complètement ratés qui sont responsables de l'importance des pertes (4700 hommes) ; l'utilisation de chars DD dans une mer agitée qui se transforme en désastre et qui empêche de protéger sur la plage les Gi's incapables de bouger ; des  hommes surchargés qui se noient en raison d'un manque de clairvoyance des officiers ; des dérives énormes de barges qui pouvaient être anticipées par  une meilleure connaissance du milieu ; des liaisons radios qui dysfonctionnent ; du matériel mal protégé  rempli d'eau de mer et de sable ; un assaut meurtrier à la pointe du Hoc inutile puisque l'Etat Major savait que les canons étaient déplacés ; la présence d'éléments imprévus de la 352° DI allemande...

Que d'erreurs et de maladresses alors que déjà une dizaine de débarquements, et des répétitions,  se sont  déroulés. Pourtant on retrouve toujours les mêmes problèmes,  les mêmes imprécisions,  les mêmes dysfonctionnements.

La dureté des combats et l'héroïsme des GI's, partout affirmés,   sont véridiques, toutefois cette image glorieuse est acceptée dans les croyances sans que l'on se pose de questions. Le problème est que  cette image manque de ce qu'on omet, ce qui transforme les omissions en non-existence, et fortifie l'intensité de croyance en ce qui est accepté. Ainsi, pour le visiteur,  les nombreux morts d'Omaha sont  acceptés car ils sont uniquement la conséquence inévitable de tout combat dans un lieu difficile à conquérir.

Ces omissions se retrouvent lorsque la victoire des alliés est évoquée  pour libérer la France. Si le débarquement était réellement redouté par les alliés, ce n'était pas le cas  pour la libération de la France, or ce fut une épreuve particulièrement douloureuse pour les armées et les civils. La bataille de Normandie se heurta  à une farouche résistance allemande malgré la supériorité des moyens mis en œuvre par les alliés dans tous les domaines: humains, matériel, militaires, logistique, alors qu'ils dominent ciel et mer. Ce qu'on appelle la bataille des haies fut une épreuve pour les GI's, les pertes  le montrent ainsi que les nombreux problèmes psychiatriques, réalités occultées aujourd'hui.

Le mensonge par omission apporte donc un double bénéfice à l'action de communication de ce tourisme de mémoire: une mémorisation de ce qui convient au communicateur, donc ce qui semble acceptable et nécessaire, associée à  la négation de ce qu'il veut qu'on ignore, les faillites et erreurs. On évoque donc toujours l'héroïsme et le courage des Gi's  qui, certes,  étaient réels, mais on le décontextualise.

Un avantage important du mensonge par omission est qu'il n'est pas facile à déceler, en effet le message s'adresse à un public non averti. Ainsi, le "menteur par omission" ne semble pas mentir, surtout si on croit naïvement que "mentir" se limite à affirmer ce qu'on sait faux, et n'inclut pas le refus d'énoncer ce qu'on sait vrai et important. Or ce refus est difficile à prouver, car il ressemble à d'autres omissions de ce qui est vrai.

Toutefois, on peut ignorer une partie du vrai, par incompétence, ce qui semble être le cas par exemple des responsables d'office de Tourisme, d'élus locaux, toutefois une responsabilité implique un minimum de travail, de questionnement,  de recherche, de lectures ou, à  défaut, de s'entourer de compétences. Ainsi, à Omaha, l'office de tourisme, les élus publient et communiquent  officiellement   sur l'existence d' une "première maison libérée !"  pure invention récente  d'un propriétaire afin de mieux louer sa maison !

    • Les omissions à Arromanches: un intérêt lucratif !
On peut ignorer ou sous-estimer consciemment  l'importance d'une partie du vrai, et donc préférer diffuser d'autres pseudos vérités, voire  des inexactitudes, ce qui est le cas pour le port artificiel d'Arromanches où le musée, et ses guides, volontairement, taisent la faiblesse des activités du port et n'évoquent jamais l'importance réelle des tonnages déchargés sur les autres plages sans "port artificiel", en particulier celle d' Omaha. 


Dans ce cas, le mensonge par omission relève  à la fois de  l’imposture, c’est-à-dire la construction délibérée d’un faux et de la manipulation, avec une logique de propagande et de falsification de l’Histoire afin d'établir une contre vérité : exagérer à outrance l'importance du port artificiel d'Arromanches afin de maintenir une activité touristique lucrative.


Extrait du site web du musée d'Arromanches où l'on apprend  que
sans le port d'Arromanches, le débarquement aurait été un échec !



Extrait du site web du musée d'Arromanches où l'on apprend aux enfants
 que
"Le port d'Omaha n'a jamais servi" 
et

ci-dessous  les données officielles du SHAEF




Ainsi, le mensonge par omission peut être accompli impunément : on ne pourra pas prouver que le communicateur savait ce qu'il n'a pas dit, ni surtout prouver qu'il savait important ce qu'il n'a pas dit ou ce qu'il a empêché de dire. Le mensonge par omission peut être aussi  un mode de communication de manipulateurs du public, cas du tourisme pour accrocher les visiteurs afin de faire  davantage de visites et donc de  profit, cas bien connu des politiques avec leur fameuse  langue de bois.

Ces omissions s'accumulent sur le long terme: on arrive, peu à peu, à une situation  où, évoquer le débarquement, par les médias lors des commémorations, devient d'un simplisme consternant puisque les thèmes évoqués omettent tant de sujets qu'ils se limitent à montrer des extraits de cinéma comme illustration de faits historiques qui se résument à des clichés. Désormais, on propose une version édulcorée du débarquement remplie d'anecdotes inventées.



Parfois les médias essaient de publier des aspects peu connus ou  peu glorieux du débarquement, mais cela demeure avant tout des articles accrocheurs (mais pas  racoleurs....) qui demeurent superficiels, toutefois, ils ont le mérite d'exister.
Les historiens désormais n'hésitent plus  à dénoncer toutes ces erreurs, tous ces mensonges, tel Jean Quellien. Seulement, ils ne sont invités  à parler que le 6 juin à l'occasiondes  commémorations décennales, et, leurs ouvrages sont délaissés au profit de guides superficiels ou d'ouvrages grand public sans intérêt...

La vérité doit-elle restée dans le cercle des historiens ?



Compléments
http://www.ac-grenoble.fr/histoire/didactique/general/fauxetfiction/lpj.htm
Mensonges historiques de J Bourdier  Ed Dualpha

Construction du mythe

La guerre finie, le débarquement en Normandie n'était qu'un débarquement et qu'une bataille comme les nombreux autres évènements de la deuxième guerre mondiale. Batailles tragiques, bombardements, destructions, pertes importantes,  exploits militaires se rencontrent en divers lieux et moments. Pourtant, le mythe du débarquement et la mise en avant de la plage d'Omaha Beach va progressivement apparaître et se développer pour des raisons variées mais essentiellement pour servir les intérêts des USA et de la France.

Comment ce mythe s'est-il construit progressivement après la guerre:


  • Une volonté d'exploitation par la France  voulue par le Comité du débarquement de R Triboulet

Triboulet, devenu député, est préoccupé par la préservation de sites et surtout par une vraie politique de tourisme de mémoire qu'il fait voter dans une loi le 21 mai 1947. On y parle clairement de "propagande du souvenir" "lieu de pèlerinage" " développer l'infrastructure hôtelière et routière". En fait,les touristes attendus sont... d'abord les vétérans et les familles de disparus.

Raymond Triboulet est  un précurseur, à la fois le père du tourisme de mémoire en Normandie et des cérémonies  commémoratives qu'il organisera durant toute sa présidence du comité du débarquement pendant 54 ans (jusqu'en 1999).


Les commémorations vont évoluer  pour devenir plus  politiques : Le tournant est dû à François Mitterrand qui, en 1984, transforme la cérémonie militaire d'alors en cérémonie politique où sont invités les chefs d'État. L'historien Olivier Wieviorka note ainsi : « dorénavant, les commémorations ne sont plus axées sur l'idée de victoire, mais sur l'idée de paix, de réconciliation et de construction européenne ». Cela va de pair avec une américanisation de l'évènement, qui se manifeste avec l'emprunt à l'anglais américain du terme « vétéran ». 
Les commémorations des années  2000 n'oublient pas la tragédie du  11 sept 2001 et utilisent  le débarquement  comme   symbole des valeurs de paix et de liberté, ainsi sont désormais invités dès 2004  le chancelier allemand et le président russe,  pour montrer au monde entier leur union face  à la nouvelle barbarie du terrorisme islamiste.



  • une construction liée  à  la guerre froide : du rôle des USA pour la victoire
La majorité de la population pense que ce sont les USA  qui ont gagné la guerre, très peu connaissent le rôle de l'Armée Rouge.
Christophe Bouillaud, expert à Sciences Po Grenoble. indique :

"La mémoire de la participation soviétique à la Seconde guerre mondiale s'est progressivement estompée. En France, au moment de la guerre elle-même, on savait très bien que le front de l'Est était extrêmement important et la victoire de Stalingrad a été perçue à l'époque comme le tournant décisif. Par contre, il est vrai qu'aujourd'hui, cet aspect a largement été oublié dans l'opinion publique occidentale, parce qu'entre temps, il y a eu la guerre froide durant laquelle seuls les communistes insistèrent beaucoup sur le rôle de l'Union Soviétique dans la victoire, alors que du côté occidental, on insistait surtout sur le rôle des Américains et des Britanniques. C'est la rémanence de la guerre froide qui a fait oublier ce rôle de l'Union Soviétique dans la victoire.»
Pourtant l'URSS a versé un tribut de 25 millions de morts, dont 15 millions de civils, pour l'emporter contre le nazisme. Et les Alliés? La France n'a perdu que 200.000 militaires et 400.000 civils. Quant aux Américains, le bilan est de 400.000 (dont 180.000 péris sur le front européen).

La fin de la guerre a ouvert une nouvelle ère géopolitique et un  nouvel ordre mondial  d'où se dégagent un  système de régulation, de gouvernance, composé de coalitions. "Des traités internationaux ont été signés: traité de Bretton Woods, traité de l'Atlantique de Washington, — et ont, au moins durant les 50 années qui ont suivi, structuré les relations internationales selon un système d'équivalence, de puissance, entre, d'un côté, le bloc occidental et, de l'autre, le bloc soviétique."

De là, la volonté américaine constante de s'affirmer comme seul grand vainqueur de cette guerre et de le montrer par le biais des commémorations, de déclarations et de le démontrer via la puissance de son cinéma. Ainsi se construit un mythe qui éclipse complètement le rôle de l'URSS dans la seconde guerre mondiale. Les commémorations russes actuelles n'attirent pas les chefs d'Etat, bien que Poutine ait assisté aux commémorations en France.



  • un produit scénarisé par Hollywood en épopée par le "jour le plus long" à la gloire des USA démocraties et leurs armées [lire notre dossier]
"Le jour le plus long" est un des plus grands films de guerre de l’histoire du cinéma international. Le titre reprend une phrase du maréchal allemand Rommel, commandant des forces du mur de l’Atlantique en 1944, qui parlait ainsi du Débarquement : «Pour les Alliés, comme pour nous, ce sera le jour le plus long» Réalisé et produit par Darryl Zanuck, d’après le livre de Cornélius Ryan, le film a nécessité, à partir de l’été 1961, dix mois de tournage. Le casting est exceptionnel, avec la présence de dizaines de stars internationales : Henry Fonda, John Wayne, Robert Mitchum, Richard Burton, Bourvil... "Le jour le plus long" a mobilisé 23 000 figurants. Il fut, à l’époque, considéré comme le film le plus cher de l’histoire du cinéma.

Le film est une profusion de faits historiques reconstitués dans une grande fresque  à la gloire des soldats américains et de leurs faits d'armes glorieux. 
Comme beaucoup de films, le jour le plus long constitue, surtout dans le contexte de la guerre froide, une célébration des valeurs libérales, du respect de la hiérarchie militaire, de la solidarité et du sacrifice commun.
Beaucoup de  manichéisme, les soldats anglais et américains sont représentés l’air grave mais fermement décidés, les français ridicules sabrent le champagne sous les bombes,  les allemands désorganisés se laissent déborder sans presque réagir. Et, bien sûr, les inévitables erreurs et manipulations historiques  qui elles resteront dans la mémoire du spectateur !  comme l’épisode du parachutiste resté accroché au clocher de Sainte-Mère-Église, le casino de Ouistreham, pris par les Français du commando Kieffer...Il faut noter aussi que la mort est représentée accessoirement, en arrière plan, sans présence de sang: on tombe en douceur de manière très théâtrale et sans souffrance!

Muriel de la Souchère précise dans  :Le jour le plus long : « un événement dans l’histoire du cinéma », un film pour « servir l’histoire de cette époque »
Le 7 juin 1962, un reportage du journal de 20 h s’arrête, à l’occasion de l’anniversaire du débarquement, sur le film de Darryl Zanuck "Le jour le plus long". Des images tirées du film sont diffusées alors que le réalisateur est interrogé. Il s’agit là de la première utilisation du film par la télévision pour un anniversaire du 6 juin 1944 ; beaucoup suivront. Trois mois plus tard, le 19 septembre 1962, un peu moins d’une semaine avant la sortie du film en France, le journal télévisé revient sur cette œuvre cinématographique. Le journaliste explique qu’il est nécessaire de s’arrêter sur ce film, car « il constitue […] un événement dans l’histoire du cinéma. C’est la première fois que la guerre moderne est montrée à l’écran sans utiliser des documents d’archives ou des films d’actualités » (TF1, 1962). Le journaliste salue la nouveauté de la forme employée.
Il interroge ensuite Mel Ferrer, l’un des interprètes du film. Il lui demande, et se demande dans le même temps, si Le jour le plus long « peut paradoxalement servir l’histoire de cette époque, bien qu’il n’y ait aucune vue authentique dans le film ». L’acteur américain parle alors d’un
[…] film qui est complètement bouleversant parce que le film est tellement vrai on aurait jamais pu faire des prises de vue comme ça pendant une bataille… ils ont fait voir au public exactement ce qui s’est produit de très très près. Quand on voit les documents de la guerre, on ne voit presque pas de très près… et ça ne vous donne pas d’impression, on voit quelque chose de trop loin. Mais ici, on peut participer dedans, alors je crois que ça, ça va choquer mais ça va servir l’Histoire (TF1, 1962).


Les historiens n'ont pas le même avis ! Ainsi Jean Quellien indique :
"Les contrevérités historiques qui circulent depuis plusieurs années viennent en très très grande partie d'un film que tout un chacun a vu et revu qui est "Le jour le plus long", qui est pour un historien une véritable horreur. L’impact du film est d’avoir pollué les mémoires. Depuis qu’il est sorti, tout le monde a répété ce genre de légende".
"Ce que je reproche finalement le plus au film, c'est son colossal succès, 11 millions de spectateurs et une foule de rediffusions télé. Le film a forgé, pour des générations, des mythes, des légendes et acquis une dimension historique à laquelle il ne peut pas prétendre."
"Zanuck a fait un show, pas un film d'histoire, avec à chaque séquence l'apparition à l'écran d'un acteur connu. La fidélité avec l'histoire est accessoire"



  •  Désormais... considéré comme un prélude à la construction européenne ?

Cette idée est apparue pour la première fois en 1979, M Plantier, secrétaire d'état aux anciens combattants décrit Overlord comme "Le prélude à la construction européenne". En 2004 , J Chirac, lors de la commémoration indique : " L'idée européenne, les progrès qui l'incarnent, sont en réalité nés ici même. Avec la fin du 3° Reich. Avec le sentiment que nous devions à nos morts de donner un sens  à leur sacrifice, en nous engageant résolument dans la seule voie  qui assurerait la paix en Europe : celle de la réconciliation entre nos deux pays".

Peut-on croire que les alliés ont eu, une seule seconde, cette idée d'être au service d'une future Europe unie ? Abattre l'Allemagne nazie leur suffisait.
De fait ces propos avaient surtout la volonté d'intégrer, les allemands, jusqu' à présent exclus, dans  les commémorations. G Shröder le mesura parfaitement en s'exprimant : "La victoire des alliés n'était pas une victoire sur l'Allemagne mais une victoire pour l'Allemagne"
Et donc, pour la première fois, depuis la fin de la seconde guerre mondiale,  en  2004, pour le 60°anniversaire, sont invités d'une part Vladimir Poutine, le président de la Russie,et, d'autre part, le chancelier allemand. Lors de son discours, le président Chirac a notamment estimé que la présence du Chancelier, Gerhard Schöder, un "moment de très grande émotion", témoignait du "long et patient travail de réconciliation" entre la France et l'Allemagne.
La portée symbolique et politique était évidemment très forte.






Complément
l’introduction d'O Wievorka, lire