Dans les semaines qui suivent le débarquement, de plus en plus de soldats présentent des troubles psychiatriques, en effet de nombreux GI's ne supportent pas la dureté de la bataille. Beaucoup craquent, épuisés autant physiquement que mentalement. Ils ne supportent plus de combattre, certains fuient en désertant ou se mutilent pour ne plus être opérationnel.
Les raisons sont multiples et se juxtaposent :
-Les hécatombes dans les rangs perturbent gravement la santé mentale des soldats et officiers américains. En effet les pertes sont grandes. Le choc émotif généré par la disparition d'un ami souvent très jeune (lire le dossier sur leur motivation) est très douloureux, immédiatement, se pose la question pour celui qui se retrouve seul : "Pourquoi suis-je encore en vie ?". La mort s'accompagne d'un grand respect avec un hommage réaliste où souvent on évoque le combattant modèle même si la "gloire est une idée de civil" et que, la plupart du temps, la mort se révèle absurde, liée au hasard. En effet, à force de côtoyer la mort et le risque de mourir, la peur s'exprime par des réactions classiques comme "se mouiller" (perte de contrôle de la vessie) ou "se salir" (déféquer) qui traduisent une terrible angoisse. O Giesbert raconte, dans son roman, que son père, GI ayant débarqué à Omaha le 6 juin, lui disait : "On se chiait et on se pissait dessus". Or chaque homme, et, surtout les officiers, essaie de se maîtriser pour ne pas montrer sa peur, ne pas sombrer dans la honte, ne pas trembler, ni bégayer
S P Collins raconte : " J'ai sauté par dessus la barge et j'avais horriblement peur, ça, je peux le dire. Je pensais que nous étions plus près du rivage ,mais pas vraiment, j'ai coulé. J'étais effrayé et honteux d'avoir si peur".
Avoir peur n'est-il pas l'apanage des lâches alors qu'il faut se montrer héroïque ? Le problème réel était que les soldats américains qui viennent juste de sortir de l'adolescence n'étaient pas préparés à combattre un ennemi sous estimé, dans un environnement hostile aussi étaient-ils particulièrement vulnérables dans les premières heures et jours, ensuite, ils apprirent la prudence et la sagesse face au feu ennemi. L'entraînement est une chose, et le combat, une autre.
Cette peur de mourir a incité ces hommes à prendre des mesures pour prévenir leur propre mort. Déjà, ils doivent tous être bien identifiés par le marquage des vêtements (Laundry Nuber) et porter leur deux "Dog tag" ; certains ont laissé un testament, ce que l'armée conseille, et même pris une assurance vie, la "National Service Life Insurance" qui pour 6,5 $ /mois permet de reverser la somme de 10.000 $ au bénéficiaire. Pour dompter la mort, tout est bon, on pratique beaucoup la superstition, le porte bonheur ou plus simplement, on prie ; mais souvent on se réfugie aussi dans l'alcool qui sert de "calmant". D'ailleurs les américains ont vite pris goût au calvados des normands, un mot français que tous connaissent !
-le choc des explosions des obus ("Shell shock") génère des commotions cérébrales, mais il semble que le problème fut davantage le résultat d'une peur à la suite d'une exposition prolongée au feu. De plus, voir un homme mourir mortellement blessé par un obus est aussi un terrible choc qui fait souffler un vent d'effroi et de panique. Souvent l"émotion amène des attitudes irrationnelles pour se raccrocher à quelque chose, de toute façon, chacun perçoit la proximité de la mort à sa façon, certains se voient mourir, d'autres rêvent d'une mort brève et sans douleur, en fait, on veut une mort juste.
-les conditions de combat et le sentiment de vulnérabilité sont constants. Apparu lors du débarquement, cesentiment s'accrut dans le bocage normand, avec l'abondance des haies et des chemins creux qui offrent trop de pièges dans l’enlisement de l’offensive au mois de juillet, d'autant que les blindés peuvent difficilement circuler. La tension permanente des combats dans le bocage avec des embuscades fréquentes et meurtrières rendent les hommes très nerveux, fatigués par des journées trop longues ( de 4H 45 à 23H15, il fait jour) avec des combats sans fin. Aussi le sommeil est rare, trop court. On dort dans des trous où l'on se terre pour la nuit et le matin on se réveille dans un trou inondé. Tout est difficile, y compris dans la grande armée américaine, les abris sont précaires, les rations froides, sans pain, l'habillement insuffisant souvent humide et rarement changé, en effet l'été normand offre son mauvais temps habituel avec des pluies nombreuses. On désespère et on devient vite abruti d'épuisement.
Faute d'effectifs, les unités étaient rarement relevées, et beaucoup de soldats débarqués au début de juin combattirent sans trêve jusqu'au mois d'août, la 2nd Division US passa 303 jours sur le front. Aussi, on s'efforça d'améliorer les conditions : aumôniers omniprésents, cinéma partir du 25 juin, courrier à partir du 6 juillet, amélioration de la nourriture avec des repas chauds à partir du 25 juillet pour la 1ere armée, mais cela concerne surtout l'arrière et rarement le front.
Psychonévroses
Ainsi à la mi-juillet, 25 à 33 % des blessés américains n'étaient pas touchés physiquement, mais en réalité étaient atteints de psychonévroses ou d'épuisement au combat. Ces hommes ne sont plus en état de combattre, certains iront même, d'après O Wiervorka, jusqu'au « Breakdown », une rupture totale avec l'armée.
On comprend ainsi que le refus de combattre apparaît surtout dans l'été 44, on reste dans son trou, on feint une blessure fictive ou on se mutile volontairement, tout est bon pour rejoindre l'arrière. Les hommes craquent.
Mais les américains furent assez cléments pour sanctionner désertions, absence, mutilations : entre juin et novembre 1944, ils répriment:
-231 "AWOL" (Absent WithOut Leave) absences sans permission
-169 "misconducts" mauvaise conduite face à l'ennemi
-141 "dangerous duty" refus de service dangereux
Tous ces cas ne finissent pas devant les tribunaux.
Le commandement allié dut admettre la réalité de ces maladies traumatiques et hospitaliser ceux qui craquaient pour "troubles psychiatriques".
On compte 590 cas du 9 au 16 juin (14% des blessés) ; 1339 du 7 au 14 juillet (1/3 des blessés) ; 755 du 28 juillet au 4 août (46% des blessés).
Au total 5669 cas pour la première armée (36% des pertes)et 1861 pour la 3° armée (18% des pertes non mortelles " non fatal casualties".
Bien entendu c'est l'infanterie qui supporte l'essentiel des pertes psychiatriques, soit les 3/4, mieux vaut être dans la marine, l'aviation ou sur terre, dans l'intendance ou l'artillerie.
La gravité des cas est variable :
-20% perdent le contrôle de leurs sphincters et 10 % urinent sur eux.
-certains se suicident, mais seront considérés comme " KIA ( Killed in Action)
-25 à 33 % sont incapables de poursuivre la guerre
Le nombre de cas évolue avec l'avance américaine: peu important au début (enthousiasme) plus nombreux pendant les combats dans le bocage. Les catégories les plus touchées sont "bleus" faisant partie des renforts et souvent inexpérimentés en souffrent beaucoup, et, les vétérans au bout de 4 mois de combat épuisants (exhaustion)
La réaction du commandement américain
Le commandement américain n'avait pas prévu une hémorragie d'une telle ampleur, il est désarçonné et doit réagir. Bradley exige l'emploi du terme " exhaustion" (épuisement) qui n' a pas de connotation morale. On pratique désormais l'évacuation vers l'arrière, une semaine d'observation, de repos avec une bonne nourriture et des soins psychiatriques, mais au plus près des lignes pour faciliter un éventuel retour. Les conditions de soin sont organisées en fonction de la gravité des cas, l'US Army va traiter 9101 cas en juillet et 78% des soldats purent retourner au combat. Dans l'ensemble on considère que, pour la Normandie, 62 % des soldats atteints retournent au front, 13% font un service non combattant, et les autres, 25%, sont évacués en Angleterre. Par la suite, les résultats furent encore meilleur avec plus de 65% de retour. Ces résultats montrent l'efficacité des soins apportés et servirent de modèle pour les britanniques.
Les états major ont aussi fait le choix de considérer ces défaillances comme un maladie (psychonévrose) avec les soins qu'il convient et non pas comme une simulation. Donc on va à l'hôpital et pas au tribunal, on considère que la maladie "ce n'est pas dans la tête!", courage et peur ne sont pas opposés.
Les mêmes phénomènes frappèrent évidemment les combattants allemands et russes mais on ne reconnaissait pas ces troubles mentaux, ceux qui craquaient étaient fusillés.
Vite se pose la question de savoir s'il faut "prévenir" en amont et détecter les les conscrits soufrant de ces problèmes via des tests dont l'efficacité demeure douteuse. (1,5 M d'américains furent ainsi éliminés)
Mais la victoire endigua l'hémorragie, les cas psychiatriques baissèrent de 5 hommes pour 1000 en juillet à 1 pour 1000 en septembre. La crise de l'été fut donc humainement dramatique pour l'infanterie.
Aujourd'hui, on évoque des soldats valeureux et courageux, ce qui est vrai mais on occulte totalement les défaillances et troubles psychiatriques d'hommes confrontés brusquement à la violence et à la mort que le corps et le cerveau n'acceptent pas. Dans tous les cas, les survivants ne sont pas revenus indemnes : environ 70 % des GI'S souffriront de problèmes psychiatriques à leur retour, signe du traumatisme de la guerre. (Lire le roman "L'américain" d'O Giesbert)
Les chiffres publiés varient énormément, les chiffres des pertes vont de 2000 hommes à 4700 hommes ! Comment expliquer de telles différences ? Sur quels chiffres aujourd'hui peut-on se baser ?
A priori, il semble donc très difficile de pouvoir affirmer avec certitude une donnée fiable de pertes. Souvent de mêmes chiffres se répètent d'un auteur à l'autre (2500 et 3000) et jamais les sources précises ne sont indiquées. Dans le passé, aucune étude approfondie n'avait été réalisée, la référence semble être les chiffres édités en 1945 par "le Service d'information et d'Histoire attaché à la première armée, basé sur des rapports d'unités, des archives, des interviews et documents disponibles" qui donne le chiffre de pertes de 3000 hommes, chiffre repris le plus souvent.
En 2004 lorsque l'historien américain J Balkoski publie aux USA son ouvrage (en 2014 en France) il donne, pour la première fois depuis 1945, des chiffres très précis issus de longs et minutieux travaux de recherche sur Omaha. Pour lui, tous les chiffres donnés jusqu'à présent sont très en dessous de la vérité ! Il estime les pertes de 4735 h sur 35000 personnes ayant débarqué soit 13 % (jusqu'à 40 % pour certaines compagnie ex Cie A/116th) dont 2000 morts ou disparus.
Il semble qu'aujourd'hui ses recherches fassent référence mais ne sont pas encore généralisées.
Les difficultés
L'armée raisonne en notion de pertes qui globalisent blessés, disparus et morts. Pour Omaha, à priori, il ne semble pas y avoir de difficultés : on connaît parfaitement la liste des participants et leur nombre exact, l'espace concerné est parfaitement délimité, le temps aussi: une seule journée. Les pertes concernent essentiellement des "militaires" de l'infanterie et de la Navy. A priori, il n'existe donc pas de problèmes adjacents qui pourraient justifier des imprécisions, comme cela arrive souvent dans les conflits.
Les données initiales viennent des premiers rapports qui ont exagéré les pertes, tel un rapport du 8 juin présenté au général Gerow qui indique que le 116 Th infantery dela 29 DI avait perdu 49 officiers et 2733 hommes, soit 90% de l'effectif ! chiffres irréalistes. Le service historique des armées indique en novembre 1944 qu'il est impossible de rendre un calcul car les rapports des unités ont été fragmentaires, incomplets et imprécis, en effet certains rapports sont journaliers, d'autres hebdomadaires, d'autres mensuels, quelques uns absents. Ensuite les chiffres évoquent des "pertes" dans lesquelles les "disparus" sont nombreux ce qui s'explique par la dispersion des compagnies et bataillons à l'arrivée sur la plage d'Omaha en raison du désordre qui y régnait ; certaines compagnies ne sont reconstituées que plusieurs jours après le 6 juin. Parmi les "disparus" figurent aussi les morts dont on a pas retrouvé le corps et, de plus, de nombreux corps n'ont pu être identifiés, ainsi le "Mur des disparus" du cimetière de Colleville porte le nom de 1 557 soldats ( provenant de tous les combats)
Le bilan de la journée du 6 juin sur Omaha est donc particulièrement difficile à dresser. Les premiers chiffres des services historiques ont "réexaminé les rapports" et donnent :
-pour le 116th (Colonel Canham, 15 juin 44) : sur 3100 h, évaluation des des pertes à 900 h minimum
-en sept 45, le Lt Taylor du service historique des armées, évalue les pertes à 3000 h dont 1000h pour le 16th et 1000 h pour le 116th (chiffres de "Omaha Beached")
-en oct 1950, G Harrison, auteur historique officiel, fait une évaluation basse à 2000 h en estimant que c'est "imprécis" et que "il est peu probable qu'un bilan précis soit jamais publié"
Les chiffres des publications des historiens
Le plus souvent les historiens ont repris tout simplement les pertes évoquées après guerre, soit 2500 à 3000 hommes dont 1000 à 1200 tués. (15 fois plus qu' à Utah avec 200 h en perte ) soit 8 % alors que les prévisions sont à 12,5%, aussi trouve-t-on, d'un point de vue "militaire" ces pertes "raisonnables".
La lecture des ouvrages consacrés à Omaha ou au débarquement présente des chiffres très variables de 2000 hommes à 3881, soit d' un ordre de grandeur soit d'un chiffre très précis. Personne ne donne de sources historiques pour son évaluation, y compris les historiens. Curieusement, cette imprécision ne gêne personne.
Qu'indiquent exactement les ouvrages récents d'historiens ? (hors J Balkoski)
-Infographie de la 2° GM (Perrin 2018) : 3686 h soit 10,76% (Sources imprécises d'ouvrages américains de 2000 et 2001 ainsi qu'O Wiervorka)
-Beevor D Day et la bataille de Normandie : indique dans son texte des pertes de "plus de 2000 hommes...mais imprécis". A noter que c'est le chiffre le plus faible énoncé. Dans une note, l'auteur cite Harrison qui indique 1465 morts mais lorsqu'il détaille, le total fait 1704 morts ( "1190 pour la 1°DI, 73 pour la 29°DI et 441 pour les hommes du corps"). Il évoque le choc de la première vague en citant la Cie A du 11°RI "100 hommes sur 205 avaient été tués". Dans une autre note de fin de chapitre, il indique : "Le général Bradley donna le chiffre de 4649 pertes américaines pour le débarquement (Utah et Omaha)"
Il semble donc que le comptage, du moins une évaluation, ne soit pas un point fort chez cet historien célèbre. - Jean Quellien, universitaire caennais; a réalisé de nombreuses publications. Son premier ouvrage en 1992 indique "2500 h" mais ensuite il ré-évalue les chiffres, dans le "Le jour J" en 2015, un tableau indique "des pertes de 4100h" et précise que le "National DDay foundation" évoque 2499 morts américains le 6 juin (Utah et Omaha).
-Olivier Wiervorka reprend le chiffre classique de "3000 hommes" soit 8,8% de pertes et indique une source précise "Libération du N-O de l'Europe 1944-1945" qui semblent être les chiffres du service d'information militaire de 1945. et évoque pour Utah "un heureux contraste avec Bloody Omaha"
Omaha face aux autres plages du débarquement
Les 18 heures de bataille d'Omaha ont été les plus coûteuses pour l'armée américaine toutefois les pertes restent dans l'évaluation prévue. La comparaison avec les autres plages justifient le surnom d' Omaha la sanglante (Bloody Omaha) qui viendrait plutôt des très lourdes pertes pour les premières vagues et le génie.
On affirme également, mais sans sources précises, qu' ¼ des pertes seraient consécutives à une noyade et que le Génie aurait eu 40 % de pertes.
Dernières approches d'historiens
-L'approche quantitative et statistique d'Antonin Deshays (Combattre et mourir en Normandie. Ed Orep 2016)
Dans son ouvrage l'auteur fait une analyse globale des pertes américaines pendant la bataille de Normandie et s'interroge : "Qui meurt ? Quand ? Comment?"
La mort ne différencie pas les hommes, tous sont vulnérables, seule leur exposition au feu est déterminante, mais qu'en est-il selon le grade, ou la branche (terre, air, mer).
L'infanterie génère le plus de perte (de tout temps) ainsi au cimetière de Colleville elle représente 87% des morts (8% air, 5% marine)
Parmi les officiers, ce sont les "lieutenants" qui ont le plus de pertes, en effet, ils devaient mener les hommes au combat et étaient très exposés. Certains moment étaient très mortifères, lors des 3 premiers mois 6 juin au 21 août 1944), en moyenne 373 GI's sont tués chaque jour soit 15/heure ( en Sicile 58/jour). Le 6 juin est la pire journée pour les soldats américains avec 4,7% de tués (2519), ensuite les chiffres oscillent de 58 à 668, avec des pertes importantes (plus de 400) du 7 au 19 juin, du 11 au 16 juillet (Bocage) puis du 26 juillet au 2 Août (Cobra) et enfin du 7 au 13 Août (Contrre attaque allemande Mortain). A noter que les "remplaçants" ceux qui viennent compenser les pertes subies sont très exposés car ce sont des soldats inexpérimentés qui ont leur baptême du feu dans des conditions difficiles.
Les causes des pertes sont mal connues, d'après les équipes chirurgicales, d'abord l'artillerie blesse le plus avec les éclats d'obus (55%) puis les blessures par balles (38%). Les canons allemands de 88mm et le fusil Mauser furent les principaux responsables ainsi que les tireurs allemands isolés et embusqués.
Globalement, les premiers à tomber furent les jeunes recrues inexpérimentées de l'infanterie, ainsi que les lieutenants. -Les chiffres de J Balkoski : enfin une étude fiable
La dernière étude sérieuse de l'historien américain J Balkoski publié en 2004 aux USA et en 2014 en France donne des chiffres très précis issus de longs et minutieux travaux de recherche sur Omaha :
Pour lui, les chiffres donnés jusqu'à présent sont très en dessous de la vérité ! Il estime les pertes de 4735 h sur 35000 personnes ayant débarqué soit 13 % (jusqu'à 40 % pour certaines compagnie ex Cie A/116th) dont une estimation de 2000 morts ou disparus.
Il estime qu'il faut multiplier par 3 ces chiffres pour les premières unités débarquées comme la Cie A du 116th
Ce tableau de synthèse résume le travail de J Balkoski.
"Estimation" J Balkoski n' a pas obtenu le détail (morts/blessés/disparus) dans certains cas (compagnies ou régiments..., aussi, ici, un calcul relatif proportionnel a été réalisé afin d'estimer morts, blessés et disparus afin d'obtenir un total cohérent. Bien entendu, ce n'est qu'une estimation, mais le total en gras est un chiffre de l'auteur.
Que représente ce débarquement : le point d'orgue de la deuxième guerre mondiale ou une bataille importante... "historique" comme d'autres ?
Qu'apporte ce débarquement ? La victoire finale mais n'était-elle pas déjà acquise par l'avancée russe ? Alors où se situe le "tournant de la guerre" ? qui a gagné la guerre et à quel prix ?
Le poids du débarquement face aux autres batailles
Aujourd'hui encore, soixante-quinze ans après le débarquement du 6 juin 1944, les historiens mais aussi les politiques et les Etats se disputent encore sur le sens à donner à cet événement gigantesque, comme d'ailleurs pour d'autres évènements comme par exemple Stalingrad, reconnue comme "le tournant de la guerre".
Alors quelle bataille faut-il glorifier mythifier ? Laquelle est plus décisive qu'une autre ? d'ailleurs pourra-t-on être d'accord sur le choix ? Sur quel thème faut-il se baser ? -Bataille la plus longue: Guadalcanal dure 6 mois, Stalingrad 6 mois, Cassino 4 mois, Moscou 3 mois, Bataille de Normandie 2 mois, Koursk 48 jours, Berlin 10 jours -Nature de la bataille : urbaine à Stalingrad et Berlin ; dans le désert à Tobrouk (1941) El Alamein (1942) Kasserine (1943) ; Blitzkrieg : Bataille de France (1940) , Barabarossa (1941), Koursk (1943), Cobra (juillet 1944) ; débarquement : Normandie sur du sable et Pacifique sur des atolls, île par île -Bataille meurtrière : Stalingrad (1,4 M russes en 6 mois) Bataille des Ardennes (200.000 morts en 40 jours) Koursk (1,2 M de russes en 48 jours en 1943) Iwo Jima (27.000 morts en 37 jours sur 21 km² ) -Prisonniers : Barbarossa (3,3 M de prisonniers russes) Moscou (500.000 prisonniers russes) Tunis (130.000 allemands en mai 1943) Stalingrad (110.000 allemands) -Bataille de chars : Koursk (1943) 3300 chars face à face, en Normandie les Opérations Goodwood et Totalize,
on pourrait y ajouter.... les batailles et attaques aériennes, navales, les sièges... -Bombardement : Dresde, le 13 février 1945 : 25.000 morts sur 740.000 habitants ; Atomiques américains au Japon, les 6 août et 9 août 1945 à Hiroshima de 100.000 à 170.00 morts et à Nagasaki de 60.000 à 80.000 morts ; Tokyo (bombes incendiaires napalm) 10 /03/45 : 100.000 morts ("les Japonais devaient être brûlés, bouillis et cuits à mort ")
-Forces engagées : Barbarossa avec 4 M d'allemands face à 3M de russes (?), Koursk avec 2 M de russes face à 1 M d'allemands, Débarquement du 6/6/44 :126.177 alliés face à 30 à 50.000 allemands.. Bataille de Normandie : 1 M d'alliés (11/06) puis 2 M (21/08) face à 400.000 allemands.
Tous ces chiffres catégorisés sont impressionnants mais sortis de leur contexte, ils n'apportent que de l'émotion et de l'effroi. Peut-on mesurer et attribuer une "importance historique" à un évènement plus qu" à un autre dans une guerre "mondiale" qui dure "6 ans" sur "plusieurs fronts" sur "plusieurs continents" où l'on se bat dans les airs, sur la mer, sur terre"?
Traditionnellement, on attribue à "Stalingrad" (Juillet 42-Février 1943) la palme pour être le "tournant de la deuxième guerre mondiale", déjà il faut donc en exclure le Pacifique, or Midway qui se déroule le 3 Juin 1942 met un terme à l'avancée japonaise dans le Pacifique (encore un tournant...pour...?) confirmée par Guadalcanal ( Février 1943) qui marque la reconquête offensive américaine dans le Pacifique. Dés fin 1942, l'attaché militaire allemand à Tokyo ne croit plus en une victoire possible. Et, pour le Pacifique, des historiens (C Weinberg) pensent que c'est l'occupation de Madagascar par les alliés en 1942 qui, en régnant sur l'Océan Indien, scelle le destin du Reich et du Japon en les empêchant définitivement de faire une jonction. Pour le front Est (voir ci-dessous) s'il existe un tournant, Stalingrad, c' est avant un tournant psychologique, car le tournant (basculement) définitif est représenté par la bataille de Koursk, dernière grande offensive nazie à l'est,
Pour l'Europe, d'autres historiens pensent que la défaite des U-Boote ("Black may" 1943) a une importance stratégique majeure pour la bataille de l'Atlantique puisque désormais rien ne peut empêcher un débarquement naval.
Pour l'Afrique, en 1942, les défaites des germano-italiens à Al Alamein couplée au débarquement américain au Maroc et en Algérie (Novembre 1942) suivi en mai 1943 de la capitulation des allemands à Tunis représentent aussi un "tournant" avec la maîtrise de la Méditerranée qui permet de faire le pont vers l'Italie et multiplie les fronts.
Est-ce qu'une bataille gagnée brillamment (victoires allemandes en France, à Minsk, Kiev) fait la décision, et à l 'inverse, une défaite (Pearl Harbor). Non, isolée du contexte, une bataille n'est rien.
De plus les "tournants" ne sont pas toujours associés à des "batailles", ils peuvent être aussi des décisions qui orientent la guerre vers de nouveaux horizons imprévus, pour l'ennemi :
-en 1940 : Churchill ne dépose pas les armes et Roosevelt le soutient
-1941: Barbarossa surprend mais échoue aux portes de Moscou
-Pearl Harbor fait rentrer activement les USA dans la guerre mais avec cet objectif : "Germany first"
-La conférence de Téhéran du 1°dec 1943 qui scelle un accord militaire et politique "Est-Ouest"
De même des décisions militaires peuvent se révéler catastrophiques, cela a été surtout le cas des décisions prises par Hitler. Ainsi pendant l'été 1940, Hitler cible, par efficacité, des bombardements sur les ports, usines d’armement et aérodromes du sud-est de l’Angleterre (sans toucher aux villes) mais suite à une erreur, une bombe est larguée sur Londres. En riposte, Churchill bombarde, le 26 Août, Berlin, et, Hitler se venge en ciblant désormais les villes anglaises. Mais le 15 septembre, l'aviation anglaise détruit une cinquantaine de chasseurs et bombardiers allemands repérés par les radars. Hitler suspend se attaques et c'est un miracle pour l'Angleterre.
Par ailleurs toutes les options de réaliser une paix séparée, idée soumise par les alliés du Reich et des militaires dès 1942, fut toujours rejetées par Hitler. De même, les erreurs stratégiques furent très nombreuses, ainsi, sur le front russe la dispersion des forces dés juin1941 vers quatre directions, l'obstination sur Stalingrad montrent son absence de stratégie à moyen terme....Hitler est un piètre militaire empêtré dans ses hésitations, ses désaccords avec ses officiers, sa confiance excessive, sa brutalité et son aveuglement idéologique.
Au-dessus de tous ces faits d'armes ou décisions historiques règne l'essentiel, en fait, ce qui a été déterminant, c'est tout simplement la puissance économique qui se décline sous divers aspects fondamentaux : l'approvisionnement en pétrole est essentiel de même que la production de matière première qui permettent de produire de l'armement varié, et surtout innovant, mais implique aussi une mobilisation humaine sur le front, dans les usines et à l'arrière. Si le Reich et le Japon étaient en avance avant 1940, ce ne fut plus jamais le cas ensuite ; ils ne pouvaient plus atteindre les résultats des forces alliées dont les capacités réunies étaient autrement supérieures.
Que ce soit dans la production d'armes terrestres les alliés en produisent 85%, dans la production aéronautique, ils en produisent le double (626.000 contre 285.00), dans la production navale (65.000 navires de débarquement). Ces chiffres montrent que le succès des alliés face à l'Allemagne nazie est incontournable par leur supériorité industrielle et technologique, liée à leur capacité pétrolière (90% de la production mondiale est assurée par les alliés).
Les opérations militaires sur le front Est ont-elles permis la victoire ?
A l'Ouest, traditionnellement, on attribue la victoire à la réussite du débarquement allié que l'on commémore avec honneur. L'importance attribuée au débarquement et à ses conséquences est contestée par certains historiens, or il s'avère que ce sont souvent des personnalités complexes avec des orientations politiques qui semblent déterminer leur pensée. Pour les uns c'est une forme d'antiaméricanisme, donc une forte méfiance, voire hostilité à l'égard des États-Unis ; ce pays a toujours, y compris aujourd'hui, développé des attitudes ambiguës autour de l'amour-haine. Pour d'autres, c'est leur proximité avec la Russie ou avec le Parti communiste qui les amène à minorer le rôle des américains. Dans tous les cas leurs analyses méritent d'être connues même s'il faut les prendre dans leur contexte et avec recul d'autant que parfois on oublie les purges de Staline qui éliminent au moins les 2/3 des officiers, le pacte germano soviétique de non agression du 23/08/39 qui permet à l'Urss d'annexer Pologne, Pays baltes et Bessarabie, (et probablement aussi de retarder son attaque) le prix écrasant de la victoire avec 3 M de pertes civiles (famine et pénuries) et de très très lourds sacrifices de soldats lors des combats avec des pertes effroyables.
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D'ailleurs, aujourd'hui, le peuple russe méconnaît le débarquement, dans un article, le Figaro cite ces réactions : "Le débarquement en Normandie? Je n'ai jamais entendu parler de ça" ; "C'est l'URSS qui seule a vaincu le fascisme» ; «Le D-Day, on n'a pas trop de souvenirs de ces événements. J'ai effectivement entendu dire que les Américains nous ont aidé durant cette guerre, mais ça n'a pas dû jouer un grand rôle, car au final c'est l'URSS qui a gagné».
«Pour les Russes, seules la bataille de Stalingrad et la prise de Berlin ont compté. Toute notre historiographie, notre production littéraire et cinématographique est basée sur ces deux événements. Très peu d'historiens russes travaillent sur le débarquement et, le cas échéant, leurs travaux restent confidentiels», rappelle Boris Belinkin, historien de l'association Mémorial, spécialisée dans l'instruction des crimes du stalinisme.
Il faut donc contextualiser le débarquement et le mesurer aux autres batailles pour en évaluer le poids réel, mais la liste des batailles et divers opérations militaires est très longue ! voir sur le portail ou la liste des batailles sur Wikipédia. Ici, la comparaison se fera essentiellement face à l'autre front, côté soviétique et, essentiellement autour du mythique tournant que représenterait "Stalingrad". Il faut d'entrée préciser que les données chiffrées sont très variables selon leurs sources et qu'elles posent un réel problème pour une analyse objective.
Pour certains, plus que le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (8 novembre 1942) ou que la conquête américaine de l’île de Guadalcanal (8 février 1943), la victoire soviétique de Stalingrad (2 février 1943) est bien le « tournant » de la guerre. La victoire militaire est aussi politique.
Bref rappel des évènements
Hitler déclenche, le 22 juin 1941, l''opération Barbarossa qui est la plus grande invasion de l’histoire militaire en termes d’effectifs engagés et de pertes : près de 4 M de soldats de l’Axe (153 divisions) pénètrent en Union soviétique sur quatre fronts. D'abord des victoires comme à Smolensk puis lors de la bataille de Kiev. En septembre 1941 débute la (méconnue) bataille de Moscou qui est pourtant un vaste engagement militaire avecla présence de 1 million de soldats de chaque côté et des pertes difficiles à évaluer (300.000 à 750.000 pour les allemands, et, 0,5 M à 1,3M côté russe dont beaucoup de prisonniers). Les forces allemandes aux portes de Moscou doivent reculer pour la première fois de la guerre, l'URSS ne s'est pas effondrée.
Au printemps 1942, l'armée allemande lance une nouvelle attaque en Ukraine, en direction de Stalingrad (au nom symbolique) porte d'entrée vers la mer Caspienne et son pétrole. Les Allemands entrent dans Stalingrad en septembre 1942. Mais ils butent contre la résistance acharnée des soldats soviétiques dans une ville en ruines. Le 19 novembre 1942, le maréchal Joukov lance la contre-offensive, les forces soviétiques enserrent les forces allemandes. Du 31 janvier au 2 février 1943, malgré l’interdiction d’Hitler, la VIe armée allemande capitule après deux mois et demi d’encerclement, pilonnée nuit et jour, épuisée par la faim, le froid, la neige. Des 330 000 encerclés ne survivent qu'environ 100.000 prisonniers. Les forces de l’Axe ont perdu au total 600 000 hommes à Stalingrad, le quart des forces du front oriental. Les mois de janvier et février sont les plus sanglants avec 260.000 morts allemands.
Le mythe de l’invincibilité allemande est détruit, l'Armée rouge forge la légende d'un communisme libérateur : c'est le tournant de la deuxième guerre mondiale (?). Un tournant à relativiser car c'est la seule opération russe sur les 4 prévues de l"hiver qui a réussi, les autres sont abandonnées ou ont échoué. De plus, au printemps 1943 les allemands continuent de violentes contre-attaques avec des percées qui réussissent et font de lourdes pertes. Ainsi, côté allemand, le désastre de Stalingrad demeure mesuré et les russes ne tombent pas dans le triomphalisme avec ces déboires.
Mais le véritable tournant sera la bataille de Koursk dans l'été 1943. Trois armées allemandes et des blindés regroupant 900 000 hommes se lancent à l’assaut d armées blindées soviétiques épaulées par 1, 4M d’hommes, sur un front long de 270 km.
La Wehrmacht avec le meilleur de ses forces disponibles se heurte à une défense soviétique solide, impossible à à percer et subit de lourdes pertes. L'Armée rouge, malgré ses pertes beaucoup plus importantes (trois fois plus), dispose de réserves stratégiques et lance des contre-offensives qui rejettent la Wehrmacht. L'issue de cet affrontement gigantesque fut, par la suite, exagérée par la propagande soviétique et minorée par la propagande nazie. Mais après cette bataille, fin août 1943, il apparaît que l'Allemagne a probablement déjà perdu la Seconde Guerre mondiale, en effet la Wehrmacht ne parviendra plus jamais à reprendre l'offensive sur le front de l'Est. Elle subit dès lors une poussée continue, parsemée de défaites , qui va conduire à la libération du territoire soviétique de l’occupation nazie, à la traversée de la Pologne par l'Armée rouge et enfin à la conquête de Berlin.
Une mobilisation sans précédent
La bataille de Stalingrad a nécessité une mobilisation humaine sans précédent : dans les usines pour produire de l'armement ainsi l'URSS produit déjà deux fois plus de chars et quatre fois plus de canons que l’Allemagne ; dans l'armée on mobilise de nouvelles recrues. C’est toute la population urbaine et rurale, qui est mobilisée, on fait appel massivement aux femmes, aux vieux et aux détenus.
Staline exalte la « guerre sacrée » et invite tout le peuple soviétique au sacrifice commun car c'est une guerre juste de défense de la patrie et de libération de la terre, c'est aussi une guerre du droit contre le « fascisme », pour la démocratie et le socialisme, qui glisse vers le patriotisme russe, tous « frères et sœurs ». Jamais le peuple soviétique n’a été aussi uni derrière son chef ...
Les conséquences de Stalingrad sont importantes: désormais l’espoir a changé de camp. Le 21 février, le roi George VI d’Angleterre déclare que « la ferme résistance de Stalingrad a changé le cours des événements ». Le président Roosevelt salue ses « valeureux défenseurs » dont « la victoire glorieuse a représenté un tournant dans la guerre des nations alliées contre les forces de l’oppression »
Staline qui s’est attribué tous les mérites de Joukov en profite pour obtenir le plus d’aide matérielle possible car l’URSS continuera longtemps à supporter l’essentiel du poids de la guerre contre l’Allemagne nazie.
Des pertes colossales
Le cumul des pertes militaires de l’Union soviétique et de l’Allemagne nazie se monte à 80 % du total de toutes les pertes militaires enregistrées sur le théâtre d’opération européen de 1940 à 1945. C’est sur le front russe que la Wehrmacht a les reins brisés, bien avant le débarquement des Alliés en France.
Après le débarquement de Normandie, c’est encore à l’Est que les Allemands continuent à engager et à perdre la majorité de leurs hommes. La comparaison des pertes subies par la Wehrmacht sur les deux fronts à partir de juin 1944 montre que le front russe occasionne 3 à 4 fois plus de pertes que le front Ouest.
Les données, très sensibles, varient selon les sources. A plusieurs reprises, les historiens russes ont évalué les pertes, ainsi en 2001, ils estimaient les pertes du conflit germano-soviétique à 26 M (environ 16 % de la population de l’Union soviétique de 1940) dont 11 M de soldats (7M de tués directs et 4 millions de prisonniers de guerre décédés entre les mains de la Wehrmacht), et surtout 16 M de civils. Les pertes en vies humaines sont donc colossales et les conditions de vie effroyables pour les civils.
La guerre totale déclenchée contre l’URSS constitue, dans la mémoire collective des Allemands, la période de guerre la plus terrible, combattre sur le front russe est une hantise, d'ailleurs ce front
représente 80 % des pertes subies par la Wehrmacht.
S'il faut évaluer une victoire au prix des pertes militaires et civiles, c'est bien la contribution militaire de l'URSS qui impressionne par son ampleur.
Espace conquis et durée des combats
Evolution des lignes de front du théâtre européen de la seconde guerre mondiale,
de l'invasion allemande de la Pologne à la capitulation de l'Allemagne.
Les historiens soviétiques constatent simplement que l'URSS s'est battue seule, sur l'immense front est, pendant trois ans contre 70% de l'armée de terre allemande et 60 % de son aviation avec des victoires d 'importance comme la contre offensive de Moscou, Stalingrad, Koursk, toutes trois des "tournants de la guerre".
Depuis Koursk (été 1943) les armées soviétiques attaquent sans interruption les forces nazies, sur un front continu d'environ 2.000 km, de la Baltique à la mer Egée, qui fera reculer la Wehrmacht continuellement jusqu'à Berlin puis l'Oder.
Également, le front ouvert en juin 1944 en France a eu, militairement, environ 11 mois d’existence contre 47 mois pour le front russe ouvert en juin 1941. Les opérations militaires, en France, se localisent essentiellement en Normandie (un rayon de 150 km autour des plages débarquement)
Pour atteindre Berlin, les russes ont parcouru environ 1600 km (sur un front très large de plus de 1500 km), alors que les alliés parcourent 1200 km sur un front réduit.
En janvier 1945, les russes rentrent en Allemagne, les américains le feront le 7 mars. Le 13 avril Vienne est conquis et le 16 l'assaut est donné à Berlin par les troupes russes.
S'il faut évaluer une victoire à l'espace conquis, l'URSS a effectivement d'une part un temps d'avance sur le terrain, et d'autre part, une espace conquis plus vaste, mais sur mer (Océan Atlantique, Méditerranée, Océan Indien) et dans les airs, les alliés sont les maîtres depuis longtemps !
Un bilan objectif est donc impossible car comparaisons et inéquations sont irrésolubles.
Conclusion
Si l'on globalise la deuxième guerre mondiale, le débarquement est effectivement un évènement fondamental (vu du côté occidental) toutefois le poids de cette "bataille" n'est peut-être pas plus important que d'autres, tout dépend de ce que l'on veut montrer et démontrer, faut-il encore être certain qu'établir des comparaisons donne un sens à l'histoire. Compter les morts de la guerre, mesurer des espaces conquis et des fronts militaires, établir des comparaisons...Tout cela donne-t-il une estimation juste et objective des situations ? Il faut avant tout analyser et contextualiser l'ensemble.
Sur le front européen (en excluant le Pacifique et l'Afrique) les affrontements de la seconde guerre mondiale relèvent essentiellement d'une guerre entre allemands et russes, la part de l'affrontement entre anglo-américains et allemands présente une proportion moindre (temporelle: courte, tardive et spatiale : réduit).
Front Est et front Ouest sont différents, d'un côté en 1945, 214 divisions allemandes affrontent 360 divisions russes, de l'autre 75 puis 60 divisions allemandes affrontent 90 divisions alliées (source). Les pertes de 1945 le montrent. Les opérations en fin 1944 et surtout en 1945 relèvent avant tout d’une volonté de "conquêtes territoriales" liées au futur partage politique de l’Europe.
Le débarquement allié de juin 1944 a un fort impact militaire sur la victoire finale et résulte d'un formidable espoir qui se confirme en hâtant la fin de la guerre, mais en raison de son déroulement un peu trop tardif, il se situe dans un contexte spécifique car déjà l’issue militaire est acquise, les nazis sont d'abord vaincus par l'URSS, une dictature communiste. On oublie trop souvent que le soir du 6 juin, journée commémorée, rien n'était acquis pour les alliés et que les vraies difficultés allaient bientôt survenir, essentiellement avec la bataille de Normandie dont les pertes seront particulièrement lourdes pour les militaires et les civils. Pourtant c'est bien le 6 juin qui est retenu dans la postérité : le débarquement est un évènement symbolique, trop fort, trop attendu, trop exceptionnel pour être occulté même s'il n'est qu'un point de départ pour une victoire à venir.
Avec le débarquement en Normandie, les américains ont donné le coup de grâce à l'Allemagne hitlérienne, mais ce sont bien les Soviétiques qui ont brisé les reins de la Wehrmacht. Dans tous les cas, l'Allemagne était vaincue, tôt ou tard : les chiffres, les cartes le montrent.
C'est sur ce point que certains dévaluent l'impact du débarquement allié, mais ils oublient trop vite l'essentiel, la conséquence première de ce débarquement.
Il apporte avant tout en Europe de l'Ouest, la démocratie et la liberté, avec des orientations politiques et économiques claires basées sur des valeurs reconnues et appréciées. On sait aujourd'hui, qu'il valait mieux être libéré par les américains que par les russes.
Comme dans tout conflit, les partenaires se disputent la paternité de la victoire. Mais si chaque camp se déclare vainqueur, à qui la population attribue-t-elle la victoire?
Pour rappel, dans un article récent , le Figaro cite ces réactions de citoyens russes :
"Le débarquement en Normandie? Je n'ai jamais entendu parler de ça"
"C'est l'URSS qui seule a vaincu le fascisme» «Le D-Day, on n'a pas trop de souvenirs de ces événements. J'ai effectivement entendu dire que les Américains nous ont aidé durant cette guerre, mais ça n'a pas dû jouer un grand rôle, car au final c'est l'URSS qui a gagné».
Il semble inutile de poser la question aux américains, même s'il ne semblent pas très forts en géographie, ils diront tous, sans exception, que ce sont eux qui ont gagné la deuxième guerre mondiale partout : en Europe et dans le Pacifique.
Si l'on affine ces résultats, on s'aperçoit qu'en France, la guerre froide avec la diabolisation de l'URSS puis l'amélioration des relations franco-américaines ont beaucoup fait évoluer le ressenti des français, pourtant l'histoire n'a pas changé entre 1945 et aujourd'hui !
Que répond Wikipédia à la question : Quels sont les vainqueurs de la seconde guerre mondiale :
Plus que des Etats, les gagnants immédiats de la la seconde guerre mondiale, sont en réalité, davantage des idées et concepts, d'un côté la mise en place d'Etats communistes où les libertés ont disparu, de l'autre la mise en place de démocraties libérales soutenues par les USA visant avant tout une certaine forme de prospérité au détriment des plus faibles, comme le "Tiers Monde" en forte croissance mais appauvri qui réussira à arracher son indépendance.
-http://www.lefigaro.fr/international De très nombreux sites web développent leurs théories, ils ne sont pas cités car il s'agit souvent d'articles polémistes virulents avec parfois des articles ou auteurs relevant de diverses théories du complot. Les sources et références y sont limitées. Dans tous les cas, ils se retrouvent facilement (plus que les articles des historiens !)