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Se débarrasser et aseptiser l'histoire : l'impossible démythification

    En fait, ce mythe arrange tout le monde...
    • Se débarrasser et aseptiser l'Histoire
      • Tout le monde est fasciné par cette histoire.
        Tous les ingrédients pour en faire un mythe sont présents. Une guerre du bien contre le mal, partout de la résistance, les premiers, nos voisins anglais puis  sur le sol  même des pays conquis par les nazis, l'énorme succès de l'opération Fortitude, l'organisation et la maîtrise d'un immense opération stratégique  qui a nécessité de nouvelles technologies et logistiques, une armée  constituée de soldats de nations différentes (25 pays alliés avec de nombreux soutiens), un débarquement complexe et risqué face à un "mur de l'Atlantique" enfin  un combat long, difficile et sanglant face  à un ennemi qui harcèle sans cesse et ne lâche rien. De grands personnages historiques apparaissent, mais aussi des héros et surtout des morts, trop de morts qui reposent dans des nécropoles. Et pour finir la victoire.
        De plus cette guerre offre une image plutôt flatteuse d'un débarquement complexe mais décisif suivi d'une courte guerre moderne  réussie (Paris est libéré en 80 jours)   à l'opposé de la première guerre mondiale dont la représentation est associée  aux tranchées, boue, rats, et aux massacres inutiles de Verdun et autres. Elle apporte démocratie et liberté et, surtout, elle sera suivie d'une réconciliation exemplaire qui met fin aux guerres entre européens et permettra la construction européenne.
        Vraiment fascinant ? oui,  à condition d'en occulter certains aspects...
      • Les américains. Ce sont des héros qui revendiquent de hauts faits militaires pour une guerre juste, the "good war" (contrairement à beaucoup d'autres) et les États-Unis le rappellent haut et fort ; ils savent honorer leur armée, le président aime paraître comme "chef de guerre" et l'afficher  au monde entier, c'est pourquoi désormais, il assiste et participe activement aux cérémonies internationales, face aux caméras du monde  entier. C'est un jour de  gloire malgré les lourdes pertes qui ont traumatisé le peuple américain. D'ailleurs, tous les sondages montrent qu'ils sont les grands vainqueurs de la guerre, il faut donc l'entretenir.
        Les historiens rappellent aussi que seuls les USA proposent librement leurs archives historiques, donc, inévitablement, elles sont exploitées, publiées, en particulier  les photos "libres de droit et d'utilisation" et donc plus, beaucoup plus fréquentes que les autres trop, réglementées et difficiles d'accès. Aussi, cela favorise-t-il  une approche très américaine de cette guerre.
      • Les français.
        C'est bien la France, pays de la liberté,  qui a été choisie comme lieu de débarquement, parce que c'était un "grand pays" allié, occupé par les nazis. D'ailleurs l"impact du débarquement est tel que l'on oublie tous les autres débarquements de la seconde guerre mondiale. C'est une opération massive, particulièrement médiatisée, y compris avant qu'elle se réalise,  avec de grands personnages  exceptionnels dont l'histoire se souvient.  Pour la France,  c'est l'occasion de mettre en avant sa résistance, le rôle des Forces Libres dans la libération  et d'oublier la France de Pétain. En fait, on oublie vite que la France fut un acteur militaire et politique très secondaire le Jour J au profit de l'ensemble du territoire avec ses colonies qui fut un un réel théâtre d'opérations militaires. C'est aussi un moyen d'apparaître sur la scène internationale en réunissant à chaque grande commémoration tous les chefs D’État du monde entier, et, mieux encore, désormais avec la présence des chefs d' État d'Allemagne et Russie, un exploit.

        La France a très tôt compris, sous l'impulsion de R Triboulet,  qu'il fallait exploiter le potentiel économique de ce débarquement. Aujourd'hui la Normandie a su en profiter en ajoutant à ses attraits naturels et historiques traditionnels (Mont Saint Michel, tapisserie de Bayeux, cathédrales...) l'impact de ce D-Day au travers de ses musées et manifestations qui attirent chaque année davantage de visiteurs qui renflouent une économie qui en a bien besoin.

    • L'impossible démythification
      • Les historiens.
        Les ouvrages d'histoire sur la deuxième guerre mondiale sont innombrables, surtout pour présenter des faits historiques, et même des amateurs passionnés ont écrit des livres consacrés à l'armement, au matériel militaire... par contre,  moins nombreux sont les ouvrages axés sur  l'analyse et la réflexion.
        Les historiens auraient-ils échoué dans leur mission en étant incapables  de 
        démythifier  ce débarquement ? On pourrait seulement leur reprocher d'avoir mis du temps pour faire leurs analyses, en effet tous les ouvrages qui interpellent sont récents, très récents. Il faut noter les nombreuses interventions de Jean Quellien et Olivier Wievorka et espérer que d'autres ouvrages viendront compléter les récentes publications originales  de  Jean Luc Leleu "Le débarquement, de l'évènement à l'épopée" et Antony Deshays  pour  "Combattre et mourir en Normandie", malheureusement ces ouvrages demeurent relativement confidentiels.
        On re-découvre aujourd'hui la mésentente et les méfiances  entre chef alliés, les différences de stratégie, la guerre d'usure pour les britanniques face  à la volonté américaine de frapper vite et fort et donc de débarquer, une bataille de Normandie terrible avec beaucoup de pertes y compris psychiatriques, une population civile normande qui a payé un lourd tribut avec parfois une colère contre ces morts inutiles consécutifs  à des bombardement dont la pertinence est douteuse, puis face  aux exactions américaines (viols, trafic). On s'interroge pour savoir s'il existe un tournant (le plus souvent "Stalingrad") ou plutôt, plusieurs "tournants" dans cette guerre. De même les interprétations de tous  ces combats  ne sont pas toujours établies avec clarté, ce qui semble délicat à réaliser, ainsi 
        comment interpréter la journée du 6 juin à Omaha : à la fois un échec (objectifs non atteints) et un succès de débarquement donc mitigé ? mais la guerre est déjà gagnée à l'est ! Donc, quelle réelle portée militaire  faut-il accorder au débarquement dans la globalité du conflit : une  opération militaire  parmi d'autres ou  la clé de la victoire ?D'ailleurs, Poutine, en juin 2019, a appelé à ne pas “exagérer” l’importance du Débarquement allié, rappelant les 27 millions de morts soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. “Le Débarquement en Normandie n’a pas eu d’influence décisive sur l’issue de la Seconde guerre mondiale (...) déjà déterminée par la victoire de l’Armée rouge, avant tout à Stalingrad, Koursk”.

      • Pour en finir avec les commémorations 

        Au fil des années les commémorations ont évolué en parallèle avec la lente et progressive disparition des derniers vétérans. C'est donc la fin de la dimension sacrée du débarquement, en présence de vétérans,  on est loin des commémorations d'après guerre, véritables pèlerinages pour ces hommes venus de loin, avec difficulté,  honorer, une dernière fois, leurs frères tombés en Normandie ou ailleurs. On est donc passé des commémorations militaires aux commémorations politiques pour finir, désormais,  avec  des festivités. On met en avant le "D-day festival", on remplace les vétérans par des mannequins humains, les reconstitueurs et la foule applaudit les beaux costumes, les véhicules d'époque bien entretenus.
        Les reconstitueurs paradent et  pavanent, ils font leur cinéma en se prenant au sérieux ; désormais, ce sont  eux les héros, ils foncent partout avec leur jeep pétaradante, bien sûr prioritaire et le soir, ils  rejoignent leur camp militaire reconstitué... ou vont à la recherche de souvenirs, comme collectionneurs "militaria", mais attention aux arnaques !  Tout se vend y compris et surtout les faux. On vend pour authentique de faux vêtements, des objets douteux, des crickets chinois,  ce que les vendeurs appellent des "bidouilles" pour se faire  beaucoup d'argent (une fausse veste M42 peut être vendue jusqu' à 15.000€ !). Donc un réel trafic existe  : un historien auteur de livres et un directeur de musée de Sainte Mère se sont faits pincer... Aujourd'hui le plus recherché (et le plus cher) sont les objets nazis... Les commérorations sont désormais devenues le moment idéal pour faire des affaires juteuses.


        On en arrive aussi à  la commémoration prétexte à loisirs et amusements ainsi se développe  le "sport de mémoire" qui  apparait partout sur le littoral,comme en juin 2019  l'Arromanches Dday Cross triathlon" et même  on pourra venir pour apprendre à danser "Initiation au Lindy Hop" à Carentan.

        Donc, le  6 juin, au soir, on commémore la mémoire des 10.000 morts, disparus et blessés du jour J, sans oubliés les morts de civils,  en faisant un banquet pique-nique musical sur la  plage ou  en dansant,  ainsi  à Arromanches pour 2019  sont prévus "les chansons de Glenn Miller et des Andrews Sisters feront écho au rockabilly d’Elvis Presley et au célèbre boogie-woogie. Les visiteurs viendront chanter et danser sans répit", et à Bayeux, le  "Bal de la liberté""  afin "de fêter les heures de liesse de la Libération. 
        On vous promet de "vivre la libération comme si vous y étiez". (En fait, il vaudrait mieux pas, on a vraiment oublier  évènements et tragédies!)
        Comme il n'y a plus de vétérans, alors, on va en inventer au musée du débarquement d'Utah "des témoignages et des dédicaces, des échanges ceux des acteurs de "Band of Brothers" (mini-série, en dix épisodes  créée par Tom Hanks et Steven Spielberg)  et, de plus,  on ira au 
        musée "innovant pour un coût de 4 millions d'€"  Airborne de Sainte-Mère-Eglise car "le visiteur sera au cœur de l'action, il  pourra  embarquer dans un avion C47 grandeur nature reconstitué pour tenter de ressentir les émotions des parachutistes Alliés avant leur saut. La carlingue bougera, des bruits de moteurs retentiront, des tirs aussi."

          Ces attractions foraines se développent ! récemment à Catz, près de Carentan, une nouvelle attraction est apparue pour faire revivre au visiteur l'enfer de la guerre des haies en empruntant un chemin dans le bocage où  l'on mitraille de partout. Depuis lontemps les virées en jeep ou DUKW sont payantes sur  tous les sites du débarquement "busines is business", et on laisse faire, il faut des animations ! Désormais on joue et s'amuse avec le débarquement.

          On a complètement oublié que le  6 juin au soir, sur la plage  d'Omaha se  trouvaient 2746 blessés et 1989 morts ou disparus venus nous apporter la liberté.
          Heureusement, les vétérans ne sont plus là pour voir comment on exploite sans vergogne la journée du 6 juin 1944 devenue une journée commerciale et folklorique dont on a complètement oublié le sens.

      • Le 75 ° anniversaire du 6 Juin 2019 : le vrai tournant avec la fin des commémorations traditionnelles?
      Longtemps attendue, la commémoration internationale "traditionnelle" sous forme d’une cérémonie réunissant les chefs d’États de tous les pays alliés en un même lieu ne se fera pas ;  en dernière minute est organisée une pseudo "cérémonie internationale" de  clôture, le 6 juin, vers 18h à  Juno Beach... présidée par le Premier Ministre... sans le président de la République ! Du jamais vu ! La secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées explique : " c’est une question d’agenda et qu’il n’est pas très simple de tout faire pour le président d’un point de vue matériel ".
      Le Président Macron fera  "un 6 juin itinérant sous forme d'un parcours mémoriel" qui commencera  le 5 juin, à Portsmouth, avec  la reine Elisabeth II, et  le soir par un bref hommage aux fusillés de la prisonde Caen ; le lendemain matin, après un saut à Ver-sur-mer au futur mémorial britannique, le président de la République est attendu au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, à l’invitation de Donald Trump. Point final.






      Cette nouvelle approche de commémoration rendue publique tardivement a beaucoup inquiété les élus de Normandie qui attendaient avec impatience cette grande cérémonie qui n'aura donc pas lieu. Ils n'ont pu imposer leur volonté, peut-être ont-ils manqué d'idées, de poids et d'envergure. Le Président du Comité du Débarquement, Jean Marc Lefranc, dépité, indique  "Ça ne change rien pour nous. Il y aura un paquet de cérémonies. Arromanches espère le déplacement de membres de la famille royale d’Angleterre. Il y aura une binationale à Ver, une autre à Omaha au cimetière." Ouf! la  la famille royale sera là !

       Il s'agit donc bien d'un tournant dans l'histoire des commémorations dont les conséquences ne sont pas encore mesurables, tel l'impact de ces  nombreuses petites manifestations successives et isolées. Désormais  le  6 juin sera uniquement marqué par les multiples "animations & festivités" avec le  folklore habituel. Il aura donc fallu 75 ans pour oublier les 4735 morts, blessés et disparus le soir du 6 Juin à Omaha.

    • L'histoire est vaincue par les responsables politiques, les élus, les décideurs,  les offices de tourisme, les commerçants de la mémoire. Une seule chose compte :  l'afflux d'un tourisme lucratif, quitte  à complètement oublier la réalité des évènements du passé, déjà beaucoup trop éloignés. De toute façon, personne ne se pose de questions. Mieux vaut oublier ou pratiquer le mensonge par omission. Le mythe perdure au service de tous et surtout pour le business du tourisme de mémoire.
    • La mémoire est oubliée, on s'est débarrassé de l'HISTOIRE, du moins on pratique le tri sélectif... le tourisme avec tous ses excès a un bel avenir. Qu'en sera-t-il dans quelques décennies ? siècles ?
      Gardons espoir, comme l'historien Serge Barcellini, qui prédit:
      "Quand les témoins disparaissent, les historiens prennent le pouvoir".

    Construction du mythe

    La guerre finie, le débarquement en Normandie n'était qu'un débarquement et qu'une bataille comme les nombreux autres évènements de la deuxième guerre mondiale. Batailles tragiques, bombardements, destructions, pertes importantes,  exploits militaires se rencontrent en divers lieux et moments. Pourtant, le mythe du débarquement et la mise en avant de la plage d'Omaha Beach va progressivement apparaître et se développer pour des raisons variées mais essentiellement pour servir les intérêts des USA et de la France.

    Comment ce mythe s'est-il construit progressivement après la guerre:


    • Une volonté d'exploitation par la France  voulue par le Comité du débarquement de R Triboulet

    Triboulet, devenu député, est préoccupé par la préservation de sites et surtout par une vraie politique de tourisme de mémoire qu'il fait voter dans une loi le 21 mai 1947. On y parle clairement de "propagande du souvenir" "lieu de pèlerinage" " développer l'infrastructure hôtelière et routière". En fait,les touristes attendus sont... d'abord les vétérans et les familles de disparus.

    Raymond Triboulet est  un précurseur, à la fois le père du tourisme de mémoire en Normandie et des cérémonies  commémoratives qu'il organisera durant toute sa présidence du comité du débarquement pendant 54 ans (jusqu'en 1999).


    Les commémorations vont évoluer  pour devenir plus  politiques : Le tournant est dû à François Mitterrand qui, en 1984, transforme la cérémonie militaire d'alors en cérémonie politique où sont invités les chefs d'État. L'historien Olivier Wieviorka note ainsi : « dorénavant, les commémorations ne sont plus axées sur l'idée de victoire, mais sur l'idée de paix, de réconciliation et de construction européenne ». Cela va de pair avec une américanisation de l'évènement, qui se manifeste avec l'emprunt à l'anglais américain du terme « vétéran ». 
    Les commémorations des années  2000 n'oublient pas la tragédie du  11 sept 2001 et utilisent  le débarquement  comme   symbole des valeurs de paix et de liberté, ainsi sont désormais invités dès 2004  le chancelier allemand et le président russe,  pour montrer au monde entier leur union face  à la nouvelle barbarie du terrorisme islamiste.



    • une construction liée  à  la guerre froide : du rôle des USA pour la victoire
    La majorité de la population pense que ce sont les USA  qui ont gagné la guerre, très peu connaissent le rôle de l'Armée Rouge.
    Christophe Bouillaud, expert à Sciences Po Grenoble. indique :

    "La mémoire de la participation soviétique à la Seconde guerre mondiale s'est progressivement estompée. En France, au moment de la guerre elle-même, on savait très bien que le front de l'Est était extrêmement important et la victoire de Stalingrad a été perçue à l'époque comme le tournant décisif. Par contre, il est vrai qu'aujourd'hui, cet aspect a largement été oublié dans l'opinion publique occidentale, parce qu'entre temps, il y a eu la guerre froide durant laquelle seuls les communistes insistèrent beaucoup sur le rôle de l'Union Soviétique dans la victoire, alors que du côté occidental, on insistait surtout sur le rôle des Américains et des Britanniques. C'est la rémanence de la guerre froide qui a fait oublier ce rôle de l'Union Soviétique dans la victoire.»
    Pourtant l'URSS a versé un tribut de 25 millions de morts, dont 15 millions de civils, pour l'emporter contre le nazisme. Et les Alliés? La France n'a perdu que 200.000 militaires et 400.000 civils. Quant aux Américains, le bilan est de 400.000 (dont 180.000 péris sur le front européen).

    La fin de la guerre a ouvert une nouvelle ère géopolitique et un  nouvel ordre mondial  d'où se dégagent un  système de régulation, de gouvernance, composé de coalitions. "Des traités internationaux ont été signés: traité de Bretton Woods, traité de l'Atlantique de Washington, — et ont, au moins durant les 50 années qui ont suivi, structuré les relations internationales selon un système d'équivalence, de puissance, entre, d'un côté, le bloc occidental et, de l'autre, le bloc soviétique."

    De là, la volonté américaine constante de s'affirmer comme seul grand vainqueur de cette guerre et de le montrer par le biais des commémorations, de déclarations et de le démontrer via la puissance de son cinéma. Ainsi se construit un mythe qui éclipse complètement le rôle de l'URSS dans la seconde guerre mondiale. Les commémorations russes actuelles n'attirent pas les chefs d'Etat, bien que Poutine ait assisté aux commémorations en France.



    • un produit scénarisé par Hollywood en épopée par le "jour le plus long" à la gloire des USA démocraties et leurs armées [lire notre dossier]
    "Le jour le plus long" est un des plus grands films de guerre de l’histoire du cinéma international. Le titre reprend une phrase du maréchal allemand Rommel, commandant des forces du mur de l’Atlantique en 1944, qui parlait ainsi du Débarquement : «Pour les Alliés, comme pour nous, ce sera le jour le plus long» Réalisé et produit par Darryl Zanuck, d’après le livre de Cornélius Ryan, le film a nécessité, à partir de l’été 1961, dix mois de tournage. Le casting est exceptionnel, avec la présence de dizaines de stars internationales : Henry Fonda, John Wayne, Robert Mitchum, Richard Burton, Bourvil... "Le jour le plus long" a mobilisé 23 000 figurants. Il fut, à l’époque, considéré comme le film le plus cher de l’histoire du cinéma.

    Le film est une profusion de faits historiques reconstitués dans une grande fresque  à la gloire des soldats américains et de leurs faits d'armes glorieux. 
    Comme beaucoup de films, le jour le plus long constitue, surtout dans le contexte de la guerre froide, une célébration des valeurs libérales, du respect de la hiérarchie militaire, de la solidarité et du sacrifice commun.
    Beaucoup de  manichéisme, les soldats anglais et américains sont représentés l’air grave mais fermement décidés, les français ridicules sabrent le champagne sous les bombes,  les allemands désorganisés se laissent déborder sans presque réagir. Et, bien sûr, les inévitables erreurs et manipulations historiques  qui elles resteront dans la mémoire du spectateur !  comme l’épisode du parachutiste resté accroché au clocher de Sainte-Mère-Église, le casino de Ouistreham, pris par les Français du commando Kieffer...Il faut noter aussi que la mort est représentée accessoirement, en arrière plan, sans présence de sang: on tombe en douceur de manière très théâtrale et sans souffrance!

    Muriel de la Souchère précise dans  :Le jour le plus long : « un événement dans l’histoire du cinéma », un film pour « servir l’histoire de cette époque »
    Le 7 juin 1962, un reportage du journal de 20 h s’arrête, à l’occasion de l’anniversaire du débarquement, sur le film de Darryl Zanuck "Le jour le plus long". Des images tirées du film sont diffusées alors que le réalisateur est interrogé. Il s’agit là de la première utilisation du film par la télévision pour un anniversaire du 6 juin 1944 ; beaucoup suivront. Trois mois plus tard, le 19 septembre 1962, un peu moins d’une semaine avant la sortie du film en France, le journal télévisé revient sur cette œuvre cinématographique. Le journaliste explique qu’il est nécessaire de s’arrêter sur ce film, car « il constitue […] un événement dans l’histoire du cinéma. C’est la première fois que la guerre moderne est montrée à l’écran sans utiliser des documents d’archives ou des films d’actualités » (TF1, 1962). Le journaliste salue la nouveauté de la forme employée.
    Il interroge ensuite Mel Ferrer, l’un des interprètes du film. Il lui demande, et se demande dans le même temps, si Le jour le plus long « peut paradoxalement servir l’histoire de cette époque, bien qu’il n’y ait aucune vue authentique dans le film ». L’acteur américain parle alors d’un
    […] film qui est complètement bouleversant parce que le film est tellement vrai on aurait jamais pu faire des prises de vue comme ça pendant une bataille… ils ont fait voir au public exactement ce qui s’est produit de très très près. Quand on voit les documents de la guerre, on ne voit presque pas de très près… et ça ne vous donne pas d’impression, on voit quelque chose de trop loin. Mais ici, on peut participer dedans, alors je crois que ça, ça va choquer mais ça va servir l’Histoire (TF1, 1962).


    Les historiens n'ont pas le même avis ! Ainsi Jean Quellien indique :
    "Les contrevérités historiques qui circulent depuis plusieurs années viennent en très très grande partie d'un film que tout un chacun a vu et revu qui est "Le jour le plus long", qui est pour un historien une véritable horreur. L’impact du film est d’avoir pollué les mémoires. Depuis qu’il est sorti, tout le monde a répété ce genre de légende".
    "Ce que je reproche finalement le plus au film, c'est son colossal succès, 11 millions de spectateurs et une foule de rediffusions télé. Le film a forgé, pour des générations, des mythes, des légendes et acquis une dimension historique à laquelle il ne peut pas prétendre."
    "Zanuck a fait un show, pas un film d'histoire, avec à chaque séquence l'apparition à l'écran d'un acteur connu. La fidélité avec l'histoire est accessoire"



    •  Désormais... considéré comme un prélude à la construction européenne ?

    Cette idée est apparue pour la première fois en 1979, M Plantier, secrétaire d'état aux anciens combattants décrit Overlord comme "Le prélude à la construction européenne". En 2004 , J Chirac, lors de la commémoration indique : " L'idée européenne, les progrès qui l'incarnent, sont en réalité nés ici même. Avec la fin du 3° Reich. Avec le sentiment que nous devions à nos morts de donner un sens  à leur sacrifice, en nous engageant résolument dans la seule voie  qui assurerait la paix en Europe : celle de la réconciliation entre nos deux pays".

    Peut-on croire que les alliés ont eu, une seule seconde, cette idée d'être au service d'une future Europe unie ? Abattre l'Allemagne nazie leur suffisait.
    De fait ces propos avaient surtout la volonté d'intégrer, les allemands, jusqu' à présent exclus, dans  les commémorations. G Shröder le mesura parfaitement en s'exprimant : "La victoire des alliés n'était pas une victoire sur l'Allemagne mais une victoire pour l'Allemagne"
    Et donc, pour la première fois, depuis la fin de la seconde guerre mondiale,  en  2004, pour le 60°anniversaire, sont invités d'une part Vladimir Poutine, le président de la Russie,et, d'autre part, le chancelier allemand. Lors de son discours, le président Chirac a notamment estimé que la présence du Chancelier, Gerhard Schöder, un "moment de très grande émotion", témoignait du "long et patient travail de réconciliation" entre la France et l'Allemagne.
    La portée symbolique et politique était évidemment très forte.






    Complément
    l’introduction d'O Wievorka, lire

    1984: le retour des USA qui célèbrent Omaha

    François Mitterrand décide de faire des cérémonies du 40°anniversaire de 1984 un évènement international de grande ampleur, le faste de la commémoration dépassera tout ce qui avait été organisé jusqu'alors. En effet, il veut affirmer la place de la France dans le monde. De son côté Ronald Reagan le président américain, à la veille de son espérée ré-élection, a besoin d'afficher la puissance américaine et son rôle mondial. Pour la première fois, un président des Etats-Unis va donc participer  aux cérémonies.



    La cérémonie internationale, présidée par François Mitterrand, se déroule à Utah Beach en présence de nombreux chefs d’État étrangers avec les inévitables défilés militaires des troupes des six nations, discours officiels avec l'évocation par F Mitterrand de tous les combattants y compris les allemands,  hymnes nationaux ... D'autres cérémonies se sont déroulées comme  à Bayeux au mémorial de la Libération où François Mitterrand  s'est recueilli longuement puis il a rejoint la reine Elisabeth et le prince Philippe au cimetière anglais. Pendant ce temps, Ronald Regan est à la pointe du Hoc. Le président français s'est rendu ensuite à Colleville où il a été accueilli au cimetière américain par Ronald Reagan qui  a rendu hommage dans un discours aux résistants français.  Mais ce sont les cérémonies américaines de l'après midi du 6 juin à la pointe du Hoc  qui marqueront  la présence de Ronald Reagan, avec en particulier le discours mémorable prononcé   qui révèle la vision américaine  sur le débarquement et qui affiche l'idéal américain.




    Le discours à la pointe du Hoc

    Ronald Reagan va réaliser  un grand show à l’américaine en prononçant un discours bien  calibré au service de l'image symbolique de son pays dans un site grandiose, au sommet de la falaise qui surplombe le rivage et, bien sûr, entouré de 62 survivants de l'opération. ici, il s'agit d'une commémoration voulue et  organisée uniquement  par les autorités américaines avec une volonté de médiatisation. Le discours est décalé et se tient, contrairement au protocole, avant la rencontre avec  F Mitterrand au cimetière de Colleville. Il sera prononcé à 13H20 pour être retransmis à une heure de grande écoute aux USA et dans un format adapté à la télévision : 13 minutes dans un langage simple et expressif. Le président Reagan restera pourtant  une heure trente  à la pointe du Hoc.
     Des mots et des images fortes  à destination des américains.

    texte de l'intégralité du discours (anglais & français)


    Un discours lyrique chargé d'émotion
    Ce discours  assez court (1854 mots simples) est plein d'une émotion assumée qui s'affiche dans la description de l'évènement. Tout le monde revit la tragédie, il faut dire que Reagan sait s'exprimer avec talent en public, lui l'ancien acteur qui a porté  l'uniforme mais n'a jamais combattu (Unité cinématographique militaire). Il crée un lien personnel avec les anciens combattants, avec le public en faisant revivre la tragédie tel un reporter de guerre  avec beaucoup de charisme,  c'est un "grand communicateur" que sa gestuelle accentue : "main sur le cœur, salut militaire...

    Les points forts:
    -la narration  des exploits et de la bravoure des Gi'S:

    "Les Rangers levèrent les yeux et virent les soldats ennemis – au bord des falaises tirant sur eux avec des mitrailleuses et lançant des grenades. Et les Rangers américains ont commencé à monter. Ils ont lancé des échelles de corde sur la paroi de ces falaises et ont commencé à se hisser. Quand un Ranger tombait, un autre prenait sa place. Quand une corde était coupée, un Ranger en agrippait une autre et reprenait son ascension. Ils ont gravi, répliqué par des tirs, maintenu leur progression. Bientôt, un par un, les Rangers se sont hissés au sommet, et en saisissant la terre ferme au sommet de ces falaises, ils ont commencé à reprendre possession du continent européen. Deux cent vingt-cinq vinrent ici. Après deux jours de combats, seuls 90 pouvaient encore porter les armes."
    La prise de la pointe du Hoc est représentée comme un spectaculaire exploit, mis en scène  dans le discours, pour que chacun imagine, comme dans un film, ce qui s'est passé. Il faut donc honorer les 62 survivants présents.

    -l'hommage aux survivants à qui il s'adresse directement

    "Messieurs, je vous regarde et je pense aux mots du poème de Stephen Spender. » Vous êtes les hommes qui ont dans vos « vies combattu pour la vie … et laissé dans l’air vif la signature de votre honneur…. »
    Quarante étés se sont écoulés depuis la bataille que vous avez menée ici. Vous étiez jeune le jour où vous avez pris ces falaises, certains parmi vous étaient à peine plus que des garçons, avec les plus vive joies de la vie devant vous. Pourtant, vous avez tout risqué ici. Pourquoi? Pourquoi avez-vous fait cela? Qu’est-ce qui vous a poussé à mettre de côté l’instinct d’auto-préservation et à risquer vos existences pour prendre ces falaises? Qu’est-ce qui a inspiré tous les hommes des armées qui se sont réunies ici? Nous vous regardons, et quelque part nous savons la réponse. C’était la foi et la conviction, c’était la fidélité et l’amour."

    La reconnaissance des soldats est aussi valorisée après le discours  par une plaque souvenir dédiée aux "héroïques commandos de rangers", puis le président et sa femme vont saluer un à un les Gi's. Le  public applaudit.



    -la vision  de la guerre au service de la liberté


    " Ils savaient que certaines choses valent que l'on sacrifie sa vie pour elles: mourir pour sa patrie ; mourir pour la démocratie parce que c'est la plus honorable forme de gouvernement jamais imaginée par l'homme"
    Il s'agirait donc d'une guerre juste,  idéalisée et patriotique dont le sacrifice est une valeur glorifiée, un peu comme on le montre au cinéma. 
    "Nous sommes ici pour marquer ce jour dans l’histoire où les Alliés se sont joints aux peuples pour rendre ce continent à la liberté." (première phrase du discours)
    Le combat s'est fait pour défendre la liberté et la démocratie qui était une "cause juste et légitime". Les américains se font donc un devoir d'exporter la liberté et la démocratie (défendue par...Dieu!) de belles et grandes idées qui satisfont les futurs électeurs de Reagan.

    -la position internationale des USA qui a libéré l'Europe...

    Il faut préciser  que Ronald Reagan  fait un voyage de 10 jours en Europe: arrêt en Irlande, terre des ses racines ; Commémorations en France les  5 et 6 juin ; enfin, Londres pour le G7. C'est donc une occasion pour affirmer le rôle international des USA.

    "L’Europe avait été réduite en esclavage, et le monde priait pour sa rescousse. Ici, en Normandie le sauvetage a commencé."
    " Ce sont les héros qui ont contribué à mettre un terme à une guerre".
    ’"ils combattaient pour l’humanité tout entière"


    Ronald Reagan tient a rappeler le  rôle des USA comme leader du monde libre et libérateurs de l'Europe, défenseur de la démocratie. Il veut aussi s'adresser aux Russes :

    "Nous attendons un signe de l'Union soviétique indiquant qu'elle est disposée à aller de l'avant, qu'elle partage notre désir et notre amour de la paix"

    Enfin, il se montre homme de paix :
    "Je vous dis du fond du cœur qu'aux États-Unis, nous ne voulons pas la guerre. 

    Conclusion
    Si ce discours médiatisé  a une portée internationale, il a aussi un fonction bien spécifique à la veille des élections américaines : s'octroyer les faveurs des anciens combattants (un réel lobby) et des militaires, mais aussi  de tous ses compatriotes (républicains)  en réaffirmant le rôle international et le renouveau des USA et en s'affichant comme un président "fort" qui sait porter les valeurs traditionnelles de son pays.
    L'année 84  est donc l'année "clé" dans les commémorations : désormais les présidents américains seront présents, les trois sites  de la Pointe du Hoc, de la plage d'Omaha et du cimetière de Collevile sont désormais des incontournables qui érigent ces sites  comme "haut lieu de mémoire".
    Les américains, fils et petits fils de GI's comme leurs présidents ont sacralisé ces lieux qui deviennent mythiques, s'y recueillir est devenu  un rite.

    Les commémorations ne seront plus les mêmes: la cérémonie militaire d'autrefois se transforme en une grandiose  cérémonie politique où sont invités les chefs d'État. Elle ne feront qu'accélérer le tourisme de mémoire.

    La télévision

    A l'occasion de chaque anniversaire du débarquement la télévision propose des  éditions spéciales avec reportages, retransmission des cérémonies officielles, diffusion de films dont  le sempiternel "le jour le plus long". Ces rituels apparus dans les années 80 affichent donc un vison spécifique de la deuxième guerre mondiale, en particulier du débarquement qui en devient l'élément phare. Le récit télévisuel devient donc un vecteur de mémoire.


      Lire le détail de cette programmation du 6 juin 2014
    et  la programmation sur FR3 Normandie en 2018


    L'évolution des reportages

    1950 : le débarquement apparaît pour la première fois  à la télévision sous la forme de la présentation au JT d'une commémoration sous l'arc de triomphe par des parachutistes SAS.
    1952: premier reportage d'une cérémonie commémorative sur les plages, en particulier Utah et le cimetière de Colleville sont mis en avant.
    Cela va désormais se perpétuer mais toujours selon la même forme: vue des plages puis plan des drapeaux et enfin  croix blanches du cimetière.



    Années 60: arrivée de "reportages" (1955, 1960,163) qui diffusent des images d'archives du débarquement avec un spécial "Cinq colonnes à la une" en 1959 qui propose "Nés le jour J" avec des images montrant la violence du combat et des témoignages.
    Si le rôle et le sacrifice des américains est désormais mis en valeur lors du débarquement, les mérites de la France dans la libération est toujours souligné.

    => 1950-1963 : un manque d’intérêt pour la part américaine dans la guerre, mais les cérémonies du souvenir ramènent au petit écran les uniformes américains et la violence des combats

    1964 :Pour le 20° anniversaire, la télévision retransmet en "eurovision" les cérémonies commémoratives bien que De Gaulle refuse d'y participer.

    et "Cinq colonnes à la une" diffuse un reportage atypique qui évoque pour la première fois les civils tués par les tirs américains  et les normands suspects  arrêtés et emmenés au RU. Ici pas d'héroïsme américain, l'anti américanisme ambiant y contribue !
    Années 1970-80: Désormais le caractère international des troupes engagées apparaît dans les reportages avec la diffusion "la bataille de Normandie" dans la série "les grandes batailles".
    1974:Pour le 30° anniversaire, l' émission "24 heures sur la une" animée par L Zitrone en direct du cimetière de Colleville  présente toutes les opérations militaires mais en insistant sur le rôle des américains et leurs pertes, notamment à Omaha Beach. Désormais les enjeux politiques s'effacent, tous les aspects et enjeux du débarquement sont présentés  mais progressivement le rôle des américains est mis en avant

    1964-1974 : les relations entre  de Gaulle et l’Américain Johnson sont glaciales aussi le petit écran ostracise 
    l'Amérique un peu trop puissante.

    Depuis 1980:  C'est la fin des enjeux politiques, l'image des USA s'améliore.  De plus l'impact de la télévision est grande  (chaînes privées) au moment ou se diffusent de plus en plus de séries et films américains. Désormais de grandes commémorations officielles sont  diffusées en direct ce qui entraîne  la multiplication de reportages, documentaires, rediffusion de films à la télévision.

    Que montre-t-on désormais à la télévision  à l'occasion des commémorations?

    Désormais avec des moyens techniques puissants la télévision varie ses reportages qui montrent :
    -les préparatifs des commémorations prétexte à faire le portrait  des vétérans qui déambulent dans le cimetière ou rappeler les préparatifs du débarquement.
    -les plages  avec la mise en avant d'"Omaha la sanglante", expression systématiquement énoncée, avec  en surplomb le cimetière qui devient un lieu central de commémoration. Ainsi Omaha est au coeur des écrans  avec la diffusion d'"Au-delà de la gloire" de Samuel Fuller en 1984, "Omaha mon amour" dans Envoyé spécial en 1994,  et le documentaire  de témoignages "Big Red Omaha" en 2004. Les autres plages passent inaperçues : Utah est la mieux représentée,  Juno, plage canadienne est toujours oubliée, Sword est l'occasion d'évoquer le commando Kieffer avec ses 177 français que les anglais ont laissé débarquer en premier.
    -l'action des français : la mise en avant du commando Kieffer est systématique avec les anciens combattants du commando sur le plateau. Le rôle de la résistance est toujours mis en avant, sans oublier les opérations SAS en Bretagne  et l'escadrille "Lorraine". En fait des effectifs français particulièrement faibles...
    -Sainte Mère dont les opérations aéroportées  illustrées par des sauts de vétérans et la parachute accroché au clocher  attirent toutes les télévisions et Arromanches, seul site, sans action militaire, qui montre des vestiges du débarquement, mais qui a joué un rôle mineur  de port pendant l' été 44.
    - des témoins  sont toujours présents dans les reportages,  ils confirment courage et intrépidité dont ils ont fait preuve avec en arrière plan l'image du cimetière. Toutefois ces héros, toujours modestes, évoquent leur peur et, avec d'inévitables larmes, leurs camarades perdus.

    Le débarquement est bien devenu l'épisode le plus traité à la télévision avec la mise en valeur systématique  d'Omaha et son cimetière ainsi que Sainte Mère :  inévitablement ces choix induisent le rôle prééminent des américains, surtout dans l'action militaire...
    Mais faut aussi s'interroger sur l'impact de la production cinématographique américaine dont la télévision abuse avec ses rediffusions.


    Omaha omni présente. 
    En 1984, Les Dossiers de l’écran sur Antenne 2 intitulés « Le débarquement de Normandie, ils arrivent » utilisent pour illustrer le sujet le film Au-delà de la gloire de Samuel Fuller (1980), qui aborde ce que vécut une division américaine sur la plage d’Omaha. 
    Le 2 juin 1994, Envoyé spécial diffuse un reportage intitulé « Omaha mon amour »(Roche, 1994). 
    Dix ans plus tard est programmé le 4 juin 2004 le documentaire « Big Red Omaha » consacré aux témoignages des vétérans de cette division américaine. Celui-ci est également diffusé le lendemain dans Les Repères de l’Histoire à La Cinquième. La plupart des témoins qui viennent raconter derrière les caméras leur jour J sont des anciens d’Omaha. 
    La télégénie d’Omaha réside à la fois dans le drame qui s’est joué sur cette plage et dans l’enjeu que cela représentait.


    De l'influence  et l'emprise du cinéma

    Chacun connaît et visualise  les épopées glorieuses des Gi's à Omaha,  des parachutistes à Sainte Mère, des bérets verts de Kieffer à Ouistreham,  d'un joueur de cornemuse sur Pégasus Bridge  à Bénouville sans oublier les résistants qui écoutent la BBC et font sauter ponts et lignes de chemin de fer. D'où viennent ces  récits  glorieux inscrits dans la mémoire de tous les français  qui en font  les marqueurs de l'histoire qu'ils se représentent du débarquement?
    Depuis 1962, avec le film médiatisé "Le jour le plus long " puis , plus accessoirement, avec  "Il faut sauver le soldat Ryan" en 1998,  nous trouvons ces évènements et personnages anecdotiques ; ils sont  toujours montrés et systématiquement repris  par la télévision dans les documentaires, commentaires de journalistes, rediffusions de films.. d'autant que les chaînes se sont multipliées. 
    Le plus grave  consiste à reprendre  les images de film pour illustrer le débarquement ce qui désormais se pratique couramment. C'est  plus percutant de montrer à l'écran ce type d'images émotionnelles que d'offrir des images ou films d'archives où  inviter une historien.  Ces extraits de cinéma sont devenus la référence, la représentation des évènements du débarquement,  que des millions de français vont ingurgiter régulièrement pour s'imprégner d'une histoire falsifiée qui se résume  à des clichés anecdotiques imaginés par le cinéma américain.



    Quand le cinéma incarne l'évènement, des exemples

    -1984,  au  JT de la deuxième chaîne consacré au quarantième anniversaire du débarquement le générique reprend la scène du Jour le plus long au cours de laquelle le major Pluskat, de son bunker, voit se profiler à l’horizon les milliers de bateaux. Puis  des images du film sont également utilisées pour évoquer, avec les anciens commandos de Kieffer, la prise du casino de Ouistreham.
    - Le 25 avril 1994, au journal de France 3 , un extrait du Jour le plus long où l’on voit Bill Millin, le joueur de cornemuse, traverser le pont, est diffusé pour évoquer cet épisode. Le 6 juin suivant, sur TF1, la séquence au cours de laquelle le parachutiste reste accroché au clocher de l’église de Sainte-Mère-Église est utilisée pour illustrer le récit.

    - France 2,  le 5 Juin 2004
    Pour cette émission spéciale M Drucker et T Ardisson sont à Sainte Mère pour présenter "La nuit la plus longue"... 
     Making of de l'émission 

     T Ardisson : "Regardez où nous sommes. Si vous avez vu ou revu Le jour le plus long, nous sommes au pied de cette petite église mythique, celle du jour J."
    M Drucker s'entretient avec le fils du maire de 1944 et présente des documents à l'appui : des extraits du même film !.
    Lorsque John Steele est évoqué, le parachutiste, sur les images du Jour le plus long,  « Il avait trente-deux ans, nous dit-on, il était un des plus vieux et il ne sait pas que cette nuit il va entrer dans la légende… Mais ici, à Sainte-Mère-Église, il nous regarde toujours du haut du clocher. »Plus tard pour évoquer Omaha Beach, ce seront des images du Soldat Ryan,  un gros plan de Tom Hanks en surimpression du cimetière  qui seront diffusées et Miche Drucker : "Voilà ce que fut la bataille d'Omaha Beach et le regard de Tom Hanks nous poursuivra longtemps"
    Que montre-t-on ? de quoi parle t'on ?  du Jour J .. mais ...dans le film  ou de l'évènement historique ?

    En  2004 toutes les chaînes utiliseront ce procédé.

    De l'impact  du récit télévisuel sur les français
    Le cinéma est devenu la référence, l'évènement originel a disparu derrière la fiction qui illustre la guerre en lui donnant une apparence de réalité au travers  d'images sensationnelles, émotionnelles, d'autant que les acteurs sont célèbres.
    Exit les archives du 6 juin : elles ne contiennent que des photos (Capa sur Omaha) et de rares courtes scènes filmées de loin depuis les péniches des gardes côtes américains : rien pour satisfaire la télévision trop avide d'images animées, de visages célèbres, c'est donc le regard de Tom Hanks qui exprime la souffrance et le courage du GI's anonyme des photos.

    A force de rediffusions, de la facilité des propos de journalistes reconnus mais incompétents,  les français  ont été abreuvés d'une inculture de masse qui est basée essentiellement, pour évoquer le débarquement, sur
    -l'invention ou la transformation d' anecdotes historiques
    -la mise en valeur de drames, de héros, de lieux
    -l'américanisation du récit qui transfigure l'héroïsme des seuls Gi's et détourne  l'image de la  victoire au seul profit des USA.
    -le mérite des (rares)  français ayant participé ce qui flatte l'égo national.

    Désormais le récit médiatique de la TV est la référence.


    Ces deux films sont des éléments incontournables lorsque l’on évoque le 6 juin 1944. Des millions de personnes en France et  à travers le monde les ont vus. Pour beaucoup,  il s'agit de l'essentiel de leur connaissance concernant cet épisode de la Seconde Guerre mondiale d'autant que la télévision, leur référence, les abreuve  d'extraits de ces films pour illustrer, de façon qui semble significative à la majorité des téléspectateurs, le débarquement de Normandie. De plus cela est plébiscité par les téléspectateurs  et les parts de marché s'envolent !
    En 1990, un sondage paru dans Le Monde montrait que 67 % des personnes interrogées affirmaient détenir leurs connaissances sur la Seconde Guerre mondiale des productions télévisuelles dont elles étaient les spectatrices.
    Il apparaît clairement que ces œuvres cinématographiques déposent leur empreinte et participent de plus en plus visiblement à la construction du grand récit médiatique du débarquement de Normandie.
    La  narration en France du débarquement n'est donc que la résultante de l'imprégnation de la télévision contaminée par le cinéma américain sur les esprits ;  le poids des images et des paroles du petit écran étant sacrés, leur représentation devient le vecteur  de la culture populaire et se révèle dans  le tourisme de mémoire qui intègre parfaitement ces données.

    L'historien français Olivier  Wievorka évoque "une histoire magnifiée du débarquement" qui non seulement touche les téléspectateurs, les spectateurs, les visiteurs des sites du débarquement mais qui  est aussi reprise lors des commémorations par les autorités, quelles qu'elles soient.


    Quand la TV propose un téléfilm...

    A l'automne 2018, France 3 propose un téléfilm policier intitulé " le mort de la plage"... d'Omaha ! bien sûr. L'actrice principale Claire Borotra indique que  ce téléfilm :  "offre une intrigue qui revisite l’histoire, avec ses non-dits et ses secrets. Il donne une autre vision du D-Day. Il révèle le prix de la guerre, «  Le mort de la plage donne une autre vision du D-Day  !"

    Quel culot ou plutôt quelle méconnaissance de l'histoire. 
    Pourtant, on nous dit  que  le réalisateur "a fait beaucoup de recherches pour ce film. Quand il était en repérages, il a visité des maisons, des domaines, des appartements… et personne n’était surpris par ces histoires de viols. Toutes les familles avaient été plus ou moins touchées par un drame de ce genre."

    Une seule critique sur le site "Allo Ciné" qui indique : "Mal joué, mal écrit, mal filmé. Une caricature dégoulinante au service du masochisme historique."

    En effet ce téléfilm est navrant, nous n'en retiendrons que quelques points : l'espace géographique derrière Omaha n'est pas respecté et complètement imaginaire "ville de saint Vif !), plus grave les erreurs historiques avec des américains qui bataillent à Caen, le cimetière de "Vierville", un vol de trésor au moment du débarquement, une abbaye fictive, des scènes imaginaires représentant les américains le jour J ou les suivants uniquement au service du scénario... rien de plausible.
    Le plus gênant étant certainement la ridicule  scène d'enterrement du Gi dans un cimetière américain improbable, avec les explications stupides  fournies par les auteurs : 



    Un minimum de recherche aurait permis de savoir qu'aucun  nouvel enterrement n'est possible dans un cimetière permanent qui est "fermé aux enterrements" 
    ainsi Colleville est officiellement fermé depuis le 31 dec 1951, avec toutefois une exception en 2018.
    Il est donc  impossible pour un  vétéran de s'y faire enterrer (même la création d'un mausolée leur a été refusée)

    Exploiter le mythe d'Omaha  nécessite un minimum de recherches et avoir conscience de la nécessité de s'entourer d'historien pour éviter les énormités. Mais ce n'est que du cinéma!



    Alors que faire  pour démythifier?
    Cela ne peut être que le travail de l'école et des historiens, qui doit  s'accompagner d'une permanente et intransigeante rigueur de la part des journalistes, médias et réalisateurs  en tout genre. 
    D'abord s'informer aux bonnes sources puis travailler et lire.





    Compléments et source essentielle
    -L’influence de la fiction américaine sur le récit télévisuel français du débarquement de Normandie: "Du Jour le plus long au Soldat Ryan" de Muriel de la Souchère https://journals.openedition.org/communication/4892

    Les commémorations

    Si dés le 11 novembre  1944 eut lieu une cérémonie à Utah Beach,  la première commémoration du débarquement se déroula  le 6 juin  1945, à Arromanches, en présence de l'ambassadeur britannique Duff Cooper, de sa femme, Diana Cooper, et de soldats anglais.



    Depuis, chaque année, des commémorations ont lieu le 6 juin pour célébrer le débarquement. Elles sont organisées par le "Comité du débarquement" créé en  mai 1945 par  Raymond Triboulet, premier sous préfet de Bayeux en juin 1944.


    Les premières commémorations


    1946 : le deuxième anniversaire du débarquement avec de multiples  commémorations franco-françaises officielles et populaires. Elles ont lieu sur les plages d'Arromanches et de Courseulles ou encore aux cimetières militaires de Sainte-Mère-Eglise et de Bény-sur-Mer. Les mémoires, la victoire ainsi que la liberté sont honorées et des enfants font le geste symbolique de lancer des fleurs dans l'eau.






    1952 : Anniversaire du débarquement à Sainte-Mère-Eglise
    le Général Ridgway, commandant la 82e Division aéroportée américaine commémore le débarquement des alliés à Sainte-Mère-Eglise.



    Désormais seuls les grands anniversaires décennaux revêtent une ampleur exceptionnelle


    1954: 10° anniversaire  célébré à Arromanches et, premier anniversaire "décennal"
    10 ans après le débarquement, le Pdt. René Coty accompagné de Joseph Laniel, président du Conseil, adresse un vibrant hommage aux libérateurs en présence de nombreux généraux alliés (Ridgway et Collins pour les américains qui iront à Utah Beach).

    R Coty  inaugure aussi le musée d'Arromanches.




    Discours de R Coty










    1964 / 1974 De pâles commémorations

    Années 60 : De réellles tensions diplomatiques
     Lors du retour du Général de Gaulle  à la tête de la France en  1958, sa volonté de mener une politique de défense indépendante  et de se retirer de l'Alliance atlantique  n'était pas appréciée par les autres pays de l'Otan, en particulier USA et RU. En juin 1964 De Gaulle refuse de se rendre  en Normandie pour les commémorations. L' ambassadeur américain à Paris reproche  à De Gaulle de considérer : "La plus grande opération militaire de  tous les temps comme une non-histoire"
    De Gaulle se justifie devant Alain Pierrefitte, ministre de l'information : "Le débarquement du 6 juin, ce fut l'affaire des anglo-Saxons, d'où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s'installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie, et comme ils s'apprêtaient  à le faire en Allemagne ! (...) Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France  à mesure de leur avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis (...) et vous voudriez que j'aille  commémorer leur débarquement, alors qu'il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non ne comptez pas sur moi ! je veux bien que les choses se passent gracieusement, mais ma place n'est pas là !(..) Et puis ça continuera à faire croire que, si nous avons été libérés, nous le devons qu'aux américains. Ça reviendrait à tenir la résistance  pour nulle et non avenue.  Il ne faut pas  y céder (...) Allons, allons, Peyrefitte, il faut avoir plus de mémoire que ça ! Il faut commémorer La France et non les anglo-saxons ! Je n'ai aucune raison de célébrer ça avec éclat. Dites le à vos journalistes (..) Ceux qui ont donné leur vie  à leur patrie sur notre terre, les anglais, les canadiens, les américains, les polonais, Sainteny et Triboulet seront là pour les honorer dignement."

    En ce qui concerne  l'Amgot, J Quellien précise : « Sait-on que les Américains n’ont jamais eu, contrairement aux affirmations gaullistes, l’intention d’instaurer un gouvernement en France, l’AMGOT ?  ce que confirme cette déclaration du 9 avril 1944

    De Gaulle amplifie le mythe selon lequel la France s'est libérée toute seule de l'occupation nazie après les 4 années d'occupation ;  il veut avant affirmer  le rôle de la France dans le monde après les défaites en Indochine et  en Algérie, et donc en 1966 la France sort officiellement de l'Otan.
    De Gaulle  exige donc  le départ des 28000 soldats américains stationnés en France. Le secrétaire d’État américain D Rusk  lui demande, avec ironie : "Est-ce que cela inclut les morts américains dans les cimetières militaires? ". Désormais les tensions sont fortes et une  vague de francophobie va régner aux USA.

    1964 :  20° anniversaire
    Pour la première fois, 20 ans après le débarquement, les cérémonies de commémoration sont retransmises en Eurovision, toutefois la représentation politique est encore limitée :  Le Général De Gaulle, Président de la république, décide de s'abstenir (représenté par le ministre des anciens combattants) et préfère célébrer le 15 Août le débarquement en Provence pour rendre hommage aux forces françaises engagées dans l"opération Dragon.

    L Johnson, le président US enverra un message  sibyllin "Les nations qui se sont unies pour les heures graves de la guerre ne doivent pas être divisées dans ces heures pleines de paix et d'espoir"
    Les autres nations envoient leur ambassadeur











    1974 : 3
    0° anniversaire

    Les commémorations s'accompagnent de reconstitutions sur les plages du Débarquement.
    Le nouveau président Giscard d'Estaing qui vient d'être élu fait l'impasse tout comme R Nixon et la reine d'Angleterre






    Depuis 1984, une ère nouvelle de commémorations avec le tournant  "Reagan !

    Jimmy Carter a été le premier président des USA à venir en Normandie (Omaha et le cimetière de Colleville) en Janvier 1978, accompagné de Giscard d'Estaing, pour une visite hors commémoration qui eut peu de retentissement mais cette première fut suivie...

    Le tournant est dû à François Mitterrand qui, en 1984, transforme la cérémonie militaire d'alors en cérémonie politique où sont invités les chefs d'État. L'historien Olivier Wieviorka note ainsi : « dorénavant, les commémorations ne sont plus axées sur l'idée de victoire, mais sur l'idée de paix, de réconciliation et de construction européenne ». Cela va de pair avec une américanisation de l'évènement, qui se manifeste avec l'emprunt à l'anglais américain du terme « vétéran »


    1984 : 40° anniversaire à Utah Beach, le tournant avec la présence et le discours de R Reagan (lire l'article dédié)

    Ronald Reagan est donc le premier président américain à venir en Normandie pour une commémoration officielle. Il est reçu par F Mitterrand mais on verra également les souverains d'Angleterre, Pays-Bas, Norvège, Belgique, Luxembourg et le premier ministre canadien : avec sept chefs d'Etat présents, cette commémoration prend une dimension sans précédent.
    -Ronald REAGAN était à la pointe du Hoc pour commémorer la prise de la citadelle allemande par les rangers. 
    -François MITTERRAND s'est rendu à Bayeux au mémorial de la Libération où il s'est recueilli longuement puis il a rejoint la reine ELIZABETH et le prince PHILIPPE au cimetière anglais.
    -Le président français s'est rendu ensuite à Colleville où il a été accueilli au cimetière américain d'Omaha Beach par Ronald REAGAN. Le président américain a rendu hommage dans un discours aux résistants français.
    - C'est à Utah Beach que tous les souverains et chefs d’États se sont retrouvés. Les troupes de six nations étaient représentées sur la plage. Dans son discours, François MITTERRAND a évoqué tous les combattants y compris les allemands. 




    A la pointe du Hoc, le Pdt. Reagan vient saluer la mémoire des soldats du 2e bataillon de Rangers qui ont payé un très lourd tribu au débarquement.


    L'année 1984 est devenue un tournant dans les commémorations : un article est donc dédié


    1994 : 50° anniversaire à Omaha Beach


    A Omaha Beach, cérémonies officielles du 50ème anniversaire du débarquement en présence de nombreux chefs d'Etat (
    invités, au premier rang, le duc d'Edimbourg, la reine Elizabeth, François Mitterrand, Daniele Mitterrand, Bill Clinton. Au deuxième rang, les ministres français et Philippe Seguin.)
     Arrivée de cinq barges de débarquement, sonnerie aux morts à l'apparition des barges du débarquement. Discours d'un civil, mi en français mi en anglais qui remercie les Allies pour ce qu'ils ont fait et du président François MITTERRAND

     "L'Europe sauvée..." -Bill Clinton écoute  avec un  écouteur dans l'oreille. Les vétérans iront  ramassé du sable de la plage en souvenir.











    Le Pdt. François Mitterrand souligne le chemin parcouru par les ex-belligérants européens. La construction européenne rend désormais impossible un tel conflit




    2004 : 60° anniversaire  à Arromanches

    Cet anniversaire a failli subir aussi des tensions franco-américaines... En 2003, la France refuse d'envoyer des troupes en Iraq au côté des anglais et américains, ce qui est perçu comme une ingratitude à l'égard d'une nation qui  sacrifia ses jeunes pour la France. Il y eut même un "Acte de rapatriement des héros américains" demandé par des républicains de Virginie  appuyé par la presse locale "Des millions de dollars sont collectés chaque année par la France de la part des patriotes américains venant rendre visite à leurs proches inhumés (..) Ce n'est pas normal (..) de la part d'un pays qui a changé de position à notre égard". Il n'y eut jamais  de suite  à ce texte qui ne fut pas approuvé par le Congrès. Suite à des actes de vandalisme sur des tombes  de la première guerre mondiale à Etaples, en avril 2003 ("Death to yankees"), le président J Chirac dut s'excuser. 
    Ainsi la poignée demain entre G Bush Jr et J Chirac fut-elle hautement symbolique le 6 juin 2004...


    Le 60ème anniversaire du Débarquement rend en 2004 hommage aux libérateurs alliés, à la Résistance et aux victimes civiles. Des vétérans de toutes les nations ayant combattu en Normandie en 1944 sont invités. Des cérémonies binationales marquent l’anniversaire du Jour J en plusieurs sites et lieux emblématiques, avec une grande cérémonie internationale à Arromanches. Des messages de paix et d’amitié entre les peuples et les nations sont portés par tous les participants.

    Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondial sont invités d'une part 
    Vladimir Poutine, le président de la Russie, et, d'autre part,  le chancelier allemand. Lors de son discours, le président Chirac a notamment estimé que la présence du Chancelier, Gerhard Schöder, un "moment de très grande émotion", témoignait du "long et patient travail de réconciliation" entre la France et l'Allemagne.
    La portée symbolique et politique était évidemment très forte.






    Compte rendu des différentes cérémonies. 

    Cérémonie internationale à Arromanches, franco-américaine à Colleville-sur-Mer et franco-anglaise à Bayeux, par les équipes de France 3 Basse-Normandie.

    Le long reportage de France 2 (44mintes!)




    2009 : le 65° et la surprise Obama  qui débarque en Normandie!
    Le venue surprise du nouveau  président Obama va donner  au 65° un retentissement inhabituel pour une célébration quinquennale, toutefois il faut rappeler que le 20 janvier 2009, dans son discours d'investiture au Capitole à Washington, Barack Obama rend hommage à tous les Américains qui ont participé à la Bataille de Normandie. (voir la vidéo archive)



    Le 6 juin 2009, Le président des Etats-Unis Barack Obama a présidé, en présence du président Sarkozy, des Premiers ministres canadien Stephen Harper et britannique Gordon Brown et du prince Charles, une cérémonie officielle au cimetière américain de Colleville-sur-mer. Quelques 7000 invités assistaient à la cérémonie, dont plusieurs centaines de vétérans, mais ce jour la vedette c'est l'invité personnel d'Obama : l'acteur Tom Hanks, héros du film "Il faut sauver le soldat Ryan" de Steven Spielberg (1998) 




    2014 : 70° anniversaire à Ouistreham

    Le 6 juin 2014 en présence de 8000 invités dont 1800 vétérans et 19 chefs d'Etat, et de gouvernement, une cérémonie internationale se déroule à Ouistreham autour du président F Hollande, sous les projecteurs du monde entier (5 millions de téléspectateurs en France ; 1,2 milliards dans le monde). Étaient présents 1800 vétérans, 19 chefs d’État et 8000 invités d’honneur et Ouistrehamais en tribunes.
    En fait, 26 cérémonies officielles sont organisées, en particulier:
    -Cérémonie nationale française : La cérémonie nationale d'hommage aux civils victimes de la bataille de Normandie a lieu à 9 h devant le Mémorial de Caen, présidée par le président de la République française François Hollande, en présence de 1 000 invités.

    -La cérémonie franco-américaine a lieu à 10 h 30 au cimetière américain de Colleville-sur-Mer en présence du président de la République française François Hollande et du président des États-Unis Barack Obama. 


    2019 : Un 75° anniversaire  sans commémoration officielle !  



    Comprendre cette évolution

    Le rôle de R Triboulet
    Secrétaire du Comité départemental de libération du Calvados au moment du débarquement du 6 juin 1944, il devient le premier sous-préfet des régions libérées et de Bayeux le 15 juin 1944, nommé par De Gaulle.Dès mai 1945, il crée un" Comité du débarquement" qui a déjà un double objectif : "Commémoration du débarquement par tous les moyens et notamment par le développement du tourisme dans la zone de débarquement.. organisation de cérémonies (pris en charge par le gouvernement mais organisé par le comité), conférences, expositions, musées, monuments..."
    Triboulet, devenu député, est préoccupé  par la préservation de sites et surtout par une vraie politique de tourisme de mémoire  qu'il fait voter dans une loi le 21 mai 1947. On y parle clairement de "propagande du souvenir" "lieu de pèlerinage" " développer l'infrastructure hôtelière et routière". En fait,les touristes attendus sont...les vétérans et les familles de disparus.

    D'abord des commémorations militaires
    Jusque dans les années 1980, les commémorations du débarquement sont essentiellement militaires : les chefs d'État ne sont pas représentés. Leur mise en place après la guerre doit beaucoup à Raymond Triboulet, député du Calvados et plusieurs fois ministre des Anciens combattants. Aucun président américain ne vient sur les plages normandes avant Ronald Reagan. Ce phénomène commémoratif assez récent tient en particulier aux réticences du général de Gaulle à célébrer une opération militaire anglo-américaine, dont les Français avaient été en grande partie exclus. En 1964, le général de Gaulle refuse de participer au 20e anniversaire du Débarquement ; il délègue l'un de ses ministres qui déclare que le succès du D-Day était dû à la résistance française. Mais dans le contexte de guerre froide, afin de montrer aux Soviétiques que la Seconde Guerre mondiale n'avait pas uniquement été gagnée à l'est mais aussi à l'ouest, le bloc occidental décide de médiatiser davantage ce cérémonial.

    Puis des commémorations politiques : Le tournant avec F Mitterrand Le tournant est dû à François Mitterrand qui, en 1984, transforme la cérémonie militaire d'alors en cérémonie politique où sont invités les chefs d'État. L'historien Olivier Wieviorka note ainsi : « dorénavant, les commémorations ne sont plus axées sur l'idée de victoire, mais sur l'idée de paix, de réconciliation et de construction européenne ». Cela va de pair avec une américanisation de l'évènement, qui se manifeste avec l'emprunt à l'anglais américain du terme « vétéran ». Après la chute de l’URSS, d'autres nations se joignent aux commémorations, comme en 2004 l'Allemagne (avec le chancelier Gerhard Schröder) et la Russie de Poutine.

    Conséquences
    Les quatre dernières commémorations décennales avec ses invités prestigieux ont attiré les médias nationaux et internationaux sur la Normandie et ses plages, désormais partout on associe la fin de la deuxième guerre  à la réussite du débarquement en un lieu : les plages normandes.
    Dés lors le tourisme ne fait que s'accroître!


    Source et compléments
    https://www.thinglink.com/scene/523797461781708801?buttonSource=viewLimits