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La pointe du hoc : un assaut meurtrier inutile ?

La pointe du Hoc se compose d'une falaise de 25 à 30 mètres de haut précédée d'une aiguille qui s'avance dans la mer. Située entre les plages d'Utah Beach et d' Omaha Beach, la pointe avait été fortifiée par les Allemands (WN 751) et, selon les reconnaissances aériennes alliées, était équipée de pièces d'artillerie lourde dont la portée menaçait les deux plages voisines. Il avait été jugé primordial, pour la réussite du débarquement, que les pièces d'artillerie soient mises hors service le plus rapidement possible. Cette mission fut confiée au 2e bataillon de Rangers américain


Jean Quellien interroge : « La grande question, c’est pourquoi les Américains ont donné l’assaut ». 
Les Allemands avaient positionné 6 canons à la Pointe du Hoc, un éperon rocheux qui s’avance dans la mer, situé sur le territoire de Cricqueville-en-Bessin. Comme l'un des canons a été détruit par l’aviation le 15 avril, les cinq autres ont été reculés à l’intérieur des terres. « Ce déménagement nocturne ne passe pas inaperçu. La résistance locale est alertée par les habitants d’une ferme », indique Jean Quellien. L’information parvient à Guillaume Mercader, responsable du réseau de résistance Centurie pour le Bessin qui estime que l’information est capitale. Elle est transmise aux alliés dés le 26 avril 1944.  
Toutefois, ils décident de maintenir l’opération qui doit être conduite par le major C.A Lytle. Celui-ci prend vite conscience du danger inutile que représente cet assaut. A bord du HMS Ben M My Chree, il boit un peu trop et déclare que la mission est "inutile et suicidaire". Emmené à l'infirmerie, il montre un croquis qui montre que les canons ont été déplacés à l'intérieur des terres. Informé de cet incident le colonel Rudder quitte l'USS Ancon pour se rendre à bord afin d'éviter que cette information ne s'ébruite. Une bagarre se serait déroulée entre Lytle, les officiers, le personnel médical ; le captain Block, médecin est mis par Ko par Lytle qui sera maîtrisé. Il sera démis de ses fonctions puisqu'incapable de diriger de manière convaincante une attaque en laquelle il ne croit pas, et fut transféré à la 90° DI où il reçut la "Distinguished Service Cross". Rudder décide de mener la mission malgré le general Huebner qui veut l'en dissuader.

La prise de la pointe du Hoc
[notre dossier complet]

L'attaque a été minutieusement préparée avec une unité de rangers qui  va vivre son baptême du feu en Normandie. Le lieutenant George Kerchner raconte : « On nous disait que rien n’était impossible. Notre entraînement était d’une rare intensité. Mais au fond, on savait pourquoi on se préparait à cela.». Il s'agit d'exercices  de reconnaissance, de  manœuvres d’appontage aux grappins. Les hommes du colonel Rudder embarquent dans la nuit du 5 au 6 juin pour un débarquement militaire sans précédent.

Les combats

Il est 4h30 du matin lorsque les hommes de Rudder prennent place dans leurs 10 LCA. Ils doivent arriver sur place vers 6h30 pour lancer deux attaques simultanées sur les côtés de la Pointe du Hoc. Mais les barges dérivent et les rangers arrivent  avec  quarante minutes de retard sur le flanc Est. Ils  tombent sous le feu nourri des mitrailleuses allemandes. James Eikner: « Quel cauchemar ! Je me rappelle très bien des impacts de balles contre notre chaland. On s’est dit : ”Bon sang les Allemands ne plaisantent pas”. Ils nous allumaient comme à la fête foraine. On écopait, on vomissait et on évitait les balles, tout ça en même temps. Un véritable carnage.».

 Malgré la forte résistance allemande, les américains lancent leurs grappins mais sur les 20 grappins tirés, seuls huit s’accrochent au sommet ce qui permet de gravir la falaise. Les pertes sont lourdes :  80 en une heure mais  les rangers progressent. Lorsque les bunkers  tombent, les rangers constatent avec stupeur,vers  7H30,  que les canons sont en réalité des madriers camouflés en batteries. «Les Allemands n’auraient pas passé autant de temps à dépenser de l’argent à construire des leurres s’ils n’avaient pas eu l’intention de se servir de leur artillerie lourde.» 
Vers 9h00, la pointe du Hoc est sous contrôle américain. Comme aucune fusée éclairante n'ayant été tirée à 7 h, les renforts prévus furent déployés sur Omaha Beach !. Pendant deux jours, Rudder et ses hommes vont faire face aux premier et quatrième bataillons de la 352e division d’artillerie allemande, dans des combats d’une extrême violence.



La découverte !

Poursuivant leur mission à l’intérieur des terres, vers 9 H les rangers trouvent enfin les cinq canons allemands de 155mm, le long d'une haie,  dans un verger isolé, situé sur la route de Grandcamp-Maisy qu'ils sabotent.

Canon caché dans une haie



Les Rangers  rapidement encerclés par les allemands résistent du mieux possible.  Affaiblies, à court de munitions et de vivres, subissant de lourdes pertes, les troupes du colonel Rudder réussissent à contacter l’USS Texas, qui dans l’après-midi du 7 juin envoie les renforts tant attendus depuis quarante-huit heures. Au matin du 8 juin, tout est neutralisé et la mission est remplie pour les rangers de Rudder qui réussissent leur jonction avec le troisième bataillon du 116e régiment d’infanterie de la 29ème division en provenance d’Omaha. 


L'assaut de la pointe du Hoc par les rangers fut meurtrier, ce qui semble inévitable par la configuration du site à attaquer. Le 7 Juin, sur 225 rangers débarqués, les pertes sont de 135 hommes.


Conclusion:
L''utilité de cette opération est donc bien remise en cause d'autant que 
-les canons étaient déplacés ce qui est parfaitement connu des américains
-les bombardements aériens du 15 avril 1944, du 4 juin (100T de bombes) du 5 juin par 35 B-17 (100T de bombes) et du 6 juin (bombardement naval préliminaire à 5 h 50, tiré par les USS Texas, USS Satterlee et HMS Talybont, suivi par une vague de 19 B-26 Marauder de la 9e Air Force) avaient détruit l'essentiel du matériel et des défenses. Le paysage actuel du site en témoigne !

Malheureusement, aujourd'hui, on pratique le mensonge par omission en évitant de parler de cet aspect peu glorieux de la fameuse "Pointe du Hoc" qui a eu comme conséquence, de trop lourdes pertes, pour une action réellement "inutile et suicidaire".

Où se situe le WN 67

Un problème se pose sur l'emplacement des 2 WN du village de Saint Laurent : le WN 67 ("fusées") et le WN 69 (sortie ouest du village).
Rappelons qu'un WN (Widerstandsnesten) est un point plus ou moins fortifié de résistance conçu par les allemands sur le mur de l'Atlantique. Ils sont disposés pour tirer partout sur la plage (pas d'angle mort), à l'entrée des vallées et sur la falaise. Leur dimension et équipement sont très variables, avec le plus souvent des bunkers, des tobrouks pour mitrailleuses et mortiers, des postes d'observation et de transmission, des soutes de munitions, des positions de mitrailleuses, le tout entouré d'un réseau de fils barbelés et de mines.

WN 67 et WN 69
La majorité des ouvrages et documents (Mari, Bernage) localisent ces WN, habituellemnt  ainsi : les WN 68 et 66 à l'entrée de la vallée (tout le monde est d'accord). Le WN 67 en hauteur à l'arrière du vallon, côté Ouest, et le WN 69, dans le village, sur la D 514, côté Vierville.

Localisation "classique" des WN 67 et 69

Certains auteurs d'ouvrages consacrés exclusivement à Omaha ne situent pas au mêmes endroits ces WN, en particulier le WN67 qui est situé selon les auteurs:
- sur le littoral (au pied du WN 66) (Atlantikwall)
- sur la falaise entre le Wn66 et le WN65 (Keusgen)
- près de l'église de SLM (Balkoski)
- sur le plateau au milieu de la valleuse de Saint Laurent (Prime)
il est donc très difficile de s'y retrouver !

Diverses interprétations  des WN 67 et 69

L' avis d'Yves Cordelle
Cet avis est intéressant car l'auteur, originaire de Saint Laurent, connait parfaitement l'espace et l'histoire  du débarquement  à Omaha ; il a accumulé et publié une documentation particulièrement riche et variée sur tout ce qui touche au site. (voir la bibliographie)

Yves Cordelle indique :
Le WN 66 était placé immédiatement à l'est de la descente des Moulins à St-Laurent.
Il était apparemment en pleine construction et les positions d'artillerie en service le 6 juin étaient très limitées: un canon PAK de 50 mm en bordure de mer, une position de tir individuel double orientée vers le sud et l'ouest en haut de la bordure est du vallon, et peut-être un tobrouck pour mortier sur le plateau. Par contre au moins 4 bunkers étaient en pleine construction.

Le WN 67 est indiqué sur une carte Allemande immédiatement à l'est du WN66. Mais aucune vétritable fortification allemande ne se trouvait semble-t-il à cet emplacement, sinon une surface abondamment terrassée, qui ressemble à un WN factice, destiné à servir de leurre. Peut-être le WN 67 est-il donc une fausse installation. Par la suite, on a pu interpréter la position des lance-fusées Nebelwehrfer comme étant le WN67. C'est possible, mais peu vraisemblable, car l'emplacement du WN67 indiqué sur les cartes allemandes ne correspond pas à celui des lance-fusées, qui n'ont d'ailleurs été mis en place qu'en mai 44.




Le WN 69 est repéré sur une carte Allemande dans la partie ouest du bourg de St-Laurent.
Effectivement se trouvait dans cette zone la Kommandantur de Saint-Laurent et le PC de la compagnie 10/726 et probablement celui de la compagnie 5/916 arrivée récemment.
Un poste de DCA (mitrailleuse) était installé sur le toit d'une maison au nord de la route.
La route vers Vierville était fermée la nuit par un barrage constitué de 2 portes belges mobiles (éléments C).
En avril et mai 1944, une unité de lance fusées incendiaires de 320 mm dits Nebelwehrfer (100ème Abteilung) s'est installée au sud de la route.
Des câbles téléphoniques enterrés ont été repérés facilement par avion dès leur mise en place. Ils reliaient les WN des Moulins et du Ruquet au PC et à un central téléphonique situé dans un abri à Louvières.



Que conclure ?
La localisation du WN 69 semble bien précisée et assurée. Faut-il y inclure ou non les lance-fusées ou le mettre à part dans un WN67 ? Là est la vraie question.
Par contre, il y beaucoup d’ambiguïté pour l'emplacement et la nature exacte du WN 67, Y Cordelle pense : "le WN 67 est une position défensive factice voisine du WN 66, au nord du bourg de St-Laurent et en bordure de falaise."

Probablement, les WN 67et 69 ne font qu'un, nommé WN 69, et le WN 67 n' aurait pas existé ?

Encore beaucoup d’ambiguïté sur ces positions de WN, qui, de toute façon, n'ont pas une  grande importance. Juste une précision géographique qui est déroutante lorsqu’on lit les divers auteurs, y compris les historiens.
Et, pourtant, l 'approche la plus pertinente est donnée par un historien "amateur" local qui connait parfaitement les lieux et leur histoire.

Pertes américaines : un calcul longtemps impossible

Les chiffres publiés varient énormément, les chiffres des pertes  vont  de 2000 hommes  à 4700 hommes !  Comment expliquer de telles différences ? Sur  quels chiffres aujourd'hui peut-on se baser ?

A priori, il semble donc  très difficile de pouvoir affirmer avec certitude une donnée fiable de pertes. Souvent de mêmes chiffres se répètent d'un auteur  à l'autre (2500 et 3000) et jamais les sources précises  ne sont indiquées.  Dans le passé, aucune étude approfondie  n'avait été réalisée, la référence semble être les chiffres édités en 1945 par "le Service d'information et d'Histoire attaché  à la première armée, basé sur des rapports d'unités, des archives, des interviews et documents disponibles"  qui donne le chiffre  de  pertes de 3000 hommes, chiffre repris le plus souvent.
En 2004 lorsque  l'historien américain J Balkoski publie aux USA son ouvrage (en 2014 en France) il donne, pour la première fois depuis 1945,  des chiffres très précis issus de longs et minutieux travaux de recherche sur Omaha. Pour lui, tous les chiffres donnés jusqu'à présent sont très en dessous de la vérité ! Il estime les pertes de 4735 h sur 35000 personnes ayant débarqué soit 13 % (jusqu'à 40 % pour certaines compagnie ex Cie A/116th) dont 2000 morts ou disparus.
 Il semble qu'aujourd'hui ses recherches fassent référence mais ne sont pas encore généralisées.


  • Les difficultés
L'armée raisonne en notion de pertes qui globalisent blessés, disparus et morts. Pour Omaha, à priori, il ne semble pas  y avoir de difficultés : on connaît parfaitement la liste des participants et leur nombre exact,  l'espace concerné est parfaitement délimité,  le temps aussi:  une seule journée. Les pertes concernent  essentiellement des "militaires" de l'infanterie  et de la Navy. A priori, il n'existe donc pas de problèmes adjacents qui pourraient justifier  des imprécisions, comme cela arrive souvent dans les conflits.
Les  données initiales viennent des premiers rapports qui ont exagéré les pertes, tel  un rapport du 8 juin présenté au général Gerow qui indique  que le 116 Th infantery dela 29 DI avait perdu 49 officiers et 2733 hommes, soit 90% de l'effectif ! chiffres irréalistes. Le service historique des armées indique en novembre  1944 qu'il  est impossible de rendre un calcul car  les rapports des unités ont été fragmentaires,  incomplets et imprécis, en effet certains rapports sont  journaliers, d'autres hebdomadaires, d'autres mensuels, quelques uns absents. Ensuite les chiffres évoquent des "pertes" dans lesquelles les "disparus" sont nombreux ce qui s'explique par la dispersion des compagnies et bataillons à l'arrivée sur la plage d'Omaha en raison du désordre qui y régnait ; certaines compagnies ne sont reconstituées que plusieurs jours après le 6 juin. Parmi les "disparus" figurent aussi les morts dont on  a pas retrouvé le corps et, de plus, de nombreux corps n'ont pu être identifiés, ainsi le "Mur des disparus" du cimetière de Colleville  porte le nom de 1 557 soldats ( provenant de tous les combats)
Le bilan de la journée du 6 juin sur Omaha est donc particulièrement difficile à dresser. Les premiers chiffres des services historiques ont "réexaminé les rapports"  et donnent :
-pour le 116th (Colonel Canham, 15 juin 44) : sur 3100 h, évaluation des des pertes à  900 h minimum
-en sept 45, le  Lt Taylor du service historique des armées, évalue les pertes à 3000 h dont 1000h pour le 16th et 1000 h pour le  116th (chiffres de "Omaha Beached")
-en oct 1950, G Harrison, auteur historique officiel, fait une évaluation basse à 2000 h en estimant que c'est "imprécis" et que "il est peu probable qu'un bilan précis soit jamais publié"


  • Les chiffres des publications des historiens 
Le plus souvent les historiens ont repris tout simplement  les pertes évoquées après guerre, soit  2500 à 3000 hommes dont 1000 à 1200 tués. (15 fois plus qu' à Utah avec 200 h en perte ) soit 8 % alors que les prévisions sont à 12,5%, aussi trouve-t-on, d'un point de vue "militaire" ces pertes "raisonnables".
La lecture des ouvrages consacrés à Omaha ou au débarquement présente des chiffres très variables  de  2000 hommes à 3881, soit d' un ordre de grandeur soit d'un chiffre très   précis. Personne  ne donne de sources historiques pour son évaluation, y compris les historiens. Curieusement, cette imprécision ne gêne personne.

Qu'indiquent exactement les  ouvrages récents  d'historiens ? (hors J Balkoski)
-Infographie de la 2° GM (Perrin 2018)  : 3686 h  soit 10,76% (Sources imprécises d'ouvrages américains  de 2000 et 2001 ainsi qu'O Wiervorka)

-Beevor D Day et la bataille de Normandie : indique dans son texte des pertes de "plus de 2000 hommes...mais imprécis".  A noter que c'est le chiffre le plus faible énoncé. Dans une note, l'auteur cite  Harrison  qui indique 1465 morts  mais lorsqu'il détaille,  le total fait 1704 morts ( "1190 pour la 1°DI, 73 pour la 29°DI et 441 pour les hommes du corps"). Il  évoque le choc de la première vague en citant la Cie A du 11°RI "100 hommes sur 205 avaient été tués". Dans une autre note de fin de chapitre, il indique : "Le général Bradley donna le chiffre de  4649 pertes américaines  pour le débarquement (Utah et Omaha)"
Il semble  donc que le comptage, du moins une évaluation, ne soit  pas un point fort chez cet historien célèbre.

- Jean Quellien, universitaire  caennais;  a réalisé de nombreuses publications. Son premier ouvrage en 1992  indique "2500 h" mais ensuite il ré-évalue les chiffres, dans le  "Le jour J" en 2015,  un tableau indique "des pertes de 4100h" et précise que  le "National DDay foundation" évoque  2499 morts américains le 6 juin (Utah et Omaha).

-Olivier Wiervorka reprend le chiffre classique de "3000 hommes" soit 8,8% de pertes et indique une source précise "Libération du N-O de l'Europe 1944-1945" qui semblent être les chiffres du service d'information militaire de 1945. et évoque  pour Utah "un heureux contraste avec Bloody Omaha"


  • Omaha face aux autres plages du débarquement


Les 18 heures de bataille d'Omaha ont été les plus coûteuses pour l'armée américaine  toutefois  les pertes restent dans l'évaluation prévue. La comparaison avec les autres plages justifient le surnom d' Omaha la sanglante (Bloody Omaha)  qui viendrait plutôt des très lourdes pertes  pour les premières vagues et le génie.
On affirme également, mais sans sources précises, qu' ¼ des pertes  seraient consécutives  à une noyade et que le Génie aurait eu  40 % de pertes.



  • Dernières approches d'historiens

-L'approche quantitative et statistique d'Antonin Deshays (Combattre et mourir en Normandie. Ed Orep  2016)
Dans son ouvrage l'auteur fait une analyse globale des pertes américaines pendant la bataille de Normandie et s'interroge  : "Qui meurt ? Quand ? Comment?"
La mort ne différencie pas  les hommes, tous sont vulnérables, seule leur exposition au feu est déterminante, mais qu'en est-il selon le grade, ou la branche (terre, air, mer).
L'infanterie génère le plus de perte (de tout temps) ainsi au cimetière de Colleville elle représente 87% des morts (8% air, 5% marine)
Parmi les officiers, ce sont les "lieutenants" qui ont le plus de pertes, en effet, ils devaient  mener les hommes au combat et étaient très exposés. Certains moment étaient très mortifères, lors  des 3 premiers mois 6 juin au 21 août 1944), en moyenne 373 GI's sont tués chaque jour soit 15/heure ( en Sicile 58/jour). Le  6 juin est la pire journée  pour les soldats américains avec 4,7% de tués (2519), ensuite les chiffres oscillent de 58 à 668, avec des pertes  importantes  (plus de 400) du 7 au 19 juin,  du 11 au 16 juillet (Bocage) puis du 26 juillet au 2 Août  (Cobra) et enfin du 7 au 13 Août (Contrre attaque allemande Mortain). A noter que les "remplaçants" ceux qui viennent compenser les pertes subies sont très exposés car ce sont  des soldats inexpérimentés qui ont leur baptême du feu dans des conditions  difficiles.
Les causes des pertes sont mal connues, d'après les  équipes chirurgicales,  d'abord  l'artillerie blesse le plus avec  les éclats d'obus (55%) puis les blessures par balles (38%). Les canons allemands de 88mm et le fusil Mauser furent les principaux responsables ainsi  que les tireurs allemands isolés et embusqués.
Globalement, les premiers à tomber furent les jeunes recrues inexpérimentées de l'infanterie, ainsi que  les lieutenants.



-Les chiffres  de J Balkoski : enfin une étude fiable
La dernière étude sérieuse de l'historien américain J Balkoski publié en 2004 aux USA et en 2014 en France donne des chiffres très précis issus de longs et minutieux travaux de recherche sur Omaha :
Pour lui, les chiffres donnés jusqu'à présent sont très en dessous de la vérité ! Il estime les pertes de 4735 h sur 35000 personnes ayant débarqué soit 13 % (jusqu'à 40 % pour certaines compagnie ex Cie A/116th) dont une estimation de  2000 morts ou disparus.
Il estime qu'il faut multiplier par 3 ces chiffres pour les premières unités débarquées comme  la Cie A du 116th

Ce tableau de synthèse résume le travail de J Balkoski.





"Estimation" J Balkoski n' a pas obtenu le détail (morts/blessés/disparus) dans certains cas (compagnies ou régiments..., aussi, ici, un calcul relatif proportionnel a été réalisé afin d'estimer morts, blessés et disparus afin d'obtenir un total cohérent. Bien entendu, ce n'est qu'une estimation, mais le total en gras est un chiffre de l'auteur.

La 352 DI allemande






Il est souvent indiqué que les américains ont  commis  une erreur en sous évaluant les forces allemandes présentes sur Omaha le 6 juin 1944, il s'agit de la présence de la 352°DI allemande. S'il est exact que les renseignements alliés aient sous estimé les forces allemandes, il faut encore en mesurer l'importance  et l'impact de cette défaillance que la plupart des historiens majore (d'après A Beevor). Ainsi O Wiervorka parle  d'une "faille inexplicable" que "cet élément ait échappé  à la vigilance des services de renseignements". 

Les américains savaient que la 716°DI allemande,  située entre l'Orne et la Vire,  était relativement médiocre, avec une moyenne d'âge élevée, certains étaient malades ou convalescents, alors que d'autres étaient des étrangers, avec une volonté de se battre fort limitée  (avec les "Osttruppen"   prisonniers de guerre ou  hommes venant des territoires occupés par le Troisième Reich à l'est qui  formaient 3 bataillons). Le SHAEF partait du principe que la puissante 352° DI, bien équipée et constituée de vétérans  expérimentés de l'est, se trouvait loin des côtes, vers Saint Lô, donc  à une demi journée des plages de débarquement. Or, contrairement à ce qui est souvent écrit, seulement 3 bataillons de la 352° DI  étaient présents derrière Omaha : 2 bataillons d'infanterie et un bataillon d'artillerie légère ; le reste de cette division était dispersée  à l'arrière. Aussi,  faut-il considérer que la défense sur Omaha aurait pu être beaucoup plus importante avec de terribles conséquences  si toute la division avait été présente.








La 352e division d'infanterie

La 352e division d'infanterie (en allemand : 352. Infanterie-Division ou 352. ID), devenue 352. Volksgrenadier Division était une division d'infanterie de l'Armée allemande (Wehrmacht) pendant la Seconde Guerre mondiale.
Elle est formée en novembre 1943 en France, placée sous le commandement du général Dietrich Kraiss jusqu'à sa destruction dans le secteur de Saint-Lô fin juillet 1944. Sa composition était un peu meilleure que la plupart des autres unités d'infanterie allemandes en 1944 de Normandie, si on tient compte du 726e Grenadier Regiment de la 716e division d'infanterie (deux bataillons), rattaché à l'unité. Son infanterie était de ce fait à quatre régiments de deux bataillons chacun, plus un bataillon de reconnaissance (Füsillier Abteilung), pour un total de neuf bataillons d'infanterie.



Le 15 mars 1944, sur l'ordre de Rommel, la 352e DI allemande est poussée vers la mer, afin de renforcer la 716e division d'infanterie allemande déjà en place et pour participer aux travaux de renforcement du mur de l'Atlantique. Ce mouvement semble passer totalement inaperçu des Alliés. L'information avait pourtant circulé dans le Haut Commandement allié (SHAEF), notamment dans la synthèse hebdomadaire du 21e Groupe d'armées (21st Army group weekly Neptune Intelligence Review) daté du 3 mai 1944. La présence de cette division allemande à Omaha Beach sera de toute façon une mauvaise surprise pour les échelons opérationnels américains. Toutefois, 
J Balkoski évoque la découverte de cette 352° division le 4 juin au soir, soit 30 heures avant le débarquement !



[de manière très sommaire et  à titre indicatif: en 1944, une DI allemande  comprend 7000 à 8000 hommes. Elle est composée 3 régiments de 2000 à 3000 hommes. Un régiment est divisé en 3 bataillons de  700 à 800 hommes. Un bataillon comprend  4 compagnies de 120 à 150 hommes]

Les erreurs d'interprétation : Ou était la 352° DI le 6 juin 1944 ? 


-en manœuvre ?
On a dit/écrit que la 352ème division était en manœuvre ce jour là. C'est tout à fait inexact. Il y avait bien un "Kriegspiel" d'état-major prévu à Rennes le mardi 6 juin, mais réservé aux généraux de division. 
Curieusement le général Marcks devait se distinguer de la majorité des officiers généraux allemands en jugeant possible voire probable un débarquement sur la côte normande. En effet, il devait d'ailleurs proposer, à ce kriegspiel, un plan d'invasion allié dont le centre de gravité était en Normandie. Un prélude aéroporté avait été envisagé dans ce plan. De là, sûrement, cette inexactitude que l'on peut encore  parfois rencontrer...

-Présente ou pas ?
Dans les premières heures du débarquement à Omaha, des prisonniers allemands apprennent  à un officier de renseignement américain que  la 352° DI allemande est  bien présente alors qu'il était prévu qu'elle ne puisse rejoindre la côte que le 7 juin au mieux. Pour certains américains, c'était l'explication à donner  à la forte résistance allemande rencontrée à Omaha, d'autant que la présence de cette division serait due  à un hasard : un  "exercice d'entraînement de contre débarquement" !
Ces affirmations sont fréquemment rencontrées. 
Or cette division, du moins certains éléments, sont présents, en appui,  depuis  15 mars 1944, un mouvement semble-t-il inconnu par les renseignements américains en raison d'un déplacement peu repérable (?). Toutefois cela semble peu convaincant, d'ailleurs les travaux historiques d'après guerre montrent qu'au plus tard le 4 juin [le  3 mai pour d'autres ?] les renseignements connaissaient la présence de cette division sur la côte et que, si Gerow le savait, il ne l'a jamais évoqué peut-être pour ne pas démoraliser ses troupes ? ou, tout simplement, estimait-il que 500 ou  600 allemands  ajoutés aux 600 adversaires prévus  face  à 3500 Gi's  n'était pas un frein ?




Les forces allemandes le 6 juin 1944



Carte de l'Histoire Officielle américaine montrant  les positions des compagnies allemandes présentes le 6 juin 1944









Carte des déplacements de la 352° le 6 juin et jours suivants (source)




La 352° DI le  6 juin 1944

-Le 914e régiment de grenadiers était positionné, en juin 1944, sur le flanc gauche de la division entre Isigny et Grandcamp.
Il a été mis à contribution en pleine nuit du 5 au 6 juin, du fait des largages de parachutistes dans le Cotentin. L'éparpillement de certaines troupes aéroportées ayant pu faire croire à une attaque directe de Carentan. Il est aussi intervenu sans succès à la pointe du Hoc contre les Rangers. Il a fait retraite le 8 juin derrière Carentan mais ne participe pas à sa tentative de reprise, laissée à la seule 17e division de Panzergrenadiers SS.

Le 915e régiment de grenadiers formait, avec le bataillon de reconnaissance, le Kampfgruppe Meyer, réserve du 84e corps d'armée allemand du général  Erich Marcks. L'unité avait été mise en alerte dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, afin d'intervenir depuis la région de Bayeux vers Carentan contre les parachutistes américains de la 101e division aéroporté US. Au petit matin, à la nouvelle du débarquement amphibie, le contre-ordre fut donné. Les trois bataillons contre-marchèrent vers Bayeux, leur point de départ, toute la matinée du 6 juin. L'un des bataillons (II/915 IR) fut envoyé vers Omaha Beach (Colleville-sur-Mer) alors que le reste du Kampfgruppe était dirigé au Nord Est de Bayeux pour contre-attaquer la 50e division d'infanterie britannique qui commençait à percer le mince rideau défensif allemand. Malgré l'appui de dix Sturmgeschütz IIIG, la contre attaque allemande, qui percuta les pointes offensives de la 231e brigade d'infanterie anglaises en sortie de plage, fut un échec. Les Allemands se firent tailler en pièces, le Kampfgruppe Meyer étant anéanti. Le colonel Meyer fut tué, livrant aux Anglais sa carte d'état major renseignée. Conséquence rapide, le PC de la 352e DI, positionné à Littry, subira dès le lendemain, un bombardement aérien.


À Omaha Beach, les soldats des 916e et 726e régiments de grenadiers occupaient les tranchées de quinze positions fortifiées appelées Wiederstandnest (Wn 60 à 74)  trente cinq casemates, appuyés par une unité de lance-fusées (Nebelwerfer), des lance-flammes automatiques et quatre-vingt-cinq nids de mitrailleuses, nombreux mortiers

Le 916e régiment de grenadiers connut son baptême du feu le jour J de l'opération Overlord face aux 1re et 29e divisions U.S. Les unités allemandes combattirent avec une efficacité redoutable, défendant les falaises surplombant la plage pendant plusieurs heures. Elles causèrent des pertes sérieuses aux Américains, avant d'être finalement débordées autour de midi.

Le 916e régiment d'infanterie fut appuyé par le IIe bataillon du 915e régiment d'infanterie ainsi que par le bataillon du Génie 352 (352. Pioniere Abteilung) de la division, plus des Marder III du bataillon antichar (Panzerjägerabteilung) dans l'organisation de contre-attaques coûteuses vers Colleville. Mais devant la pression américaine soutenue par l'aviation et l'artillerie de marine, le régiment du Colonel Goth dut se replier le 7 juin, dans l'incapacité de tenir les positions reconquises la nuit précédente à Colleville.

La conséquence de ces échecs fut la capture de Bayeux, intacte, dès le 7 juin 1944 par la 56e brigade d'infanterie Britannique, pratiquement sans combats.


La 352° DI enregistra plus de 1 000 pertes le jour du débarquement, soit environ 200 tués, 500 blessés et 500 disparus. Sa présence ne changea rien au résultat final.


Sources et Complément :
Notre dossier complet sur le site 6juin.omaha.free.fr
wikipédia et J Balkokski

Autres débarquements, des retours d'expériences malheureuses mais utiles ?

Le débarquement est une opération militaire amphibie visant à déposer sur une côte des soldats et du matériel militaire depuis des navires en vue d'une invasion, il s'agit d'une opération délicate qui nécessite un déroulement précis d'opérations spécifiques adaptées à l'environnement avec un préliminaire obligatoire de bombardements des défenses ennemies. Depuis longtemps, cette technique de conquête a été utilisée avec plus ou moins de succès mais ce sont les les forces alliées lors de la Seconde Guerre mondiale qui ont utilisé au maximum cette opération en essayant par l'expérience d'en améliorer la technique.
Aujourd'hui, évoquer le "débarquement" revient, pour tout un chacun, de parler du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, et si l'on doit citer une seule plage, il s'agit toujours d'Omaha.
Il convient donc d'analyser les nombreux débarquements du XX° afin de savoir si les expériences des  précédents débarquements ont été utiles et comprendre pourquoi un seul débarquement est devenu mythique.





Parmi les très nombreuses opérations militaires de la seconde guerre mondiale, sont  sélectionnés les principaux débarquements qui seront analysés afin d'expliciter les raisons des difficultés rencontrées qui devraient permettre d'avoir, avec l'expérience, en Normandie, un débarquement sans failles :

-25 avril 1915 : Gallipoli (Dardanelles) présenté car il s'agit du premier grand  débarquement allié du XX°. Un échec pour ce premier débarquement lié  à l'inexpérience. La plage est comparable  à celle d'Omaha et déjà  des embarcations  seront remplies de cadavres avant d'arriver. Fin décembre 1915, c'est l'évacuation. Les pertes pour les alliés sont de 250.000 hommes  dont 60.000 lié aux maladies (dysenterie et  typhoïde)

-15 avril  et 15 mai  1940 Narvik ( Norvège) deux  débarquements  franco-britanniques mais les armées doivent quitter Narvik début juin avec des pertes de 5000 hommes.

-23 septembre 1940 : Dakar, affrontement naval franco-britannico-français, un échec complet, largement évitable et inutile, engendre la mort de 203 français pour 393 blessés

-19 Août 1942 : Dieppe, un désastre, avec 6 086 soldats alliés (canadiens et britanniques) engagés,  les pertes sont de 4 397 hommes.

-8 Novembre1942 : Torch en Afrique du Nord,  débarquement sur 5 plages en Algérie et Maroc. Seul Alger est pris facilement, ailleurs des affrontements avec l'armée française mais un cessez le feu arrive dès le  10 novembre. Les pertes  alliées sont de  550 hommes et les Français ont perdu 1 500 morts et  des milliers de blessés.

-10 juillet 1943 :  Husky  en Sicile avec plusieurs secteurs de débarquement mais avec les contre attaques et la montagne, l'avancée est laborieuse. Le 16 Août les allemands évacuent la Sicile. Les Alliés  ont des pertes de 24.000 hommes et  37.000 pour les allemands.

-3 sept 1943 : en Italie, Opération Avalanche (et Opérations de diversion  Shingle et Slapstick). Près de Salerne, deux secteurs de débarquement.  Une tête de pont minuscule est créée et tenue avec difficulté en raison des contre attaques, il faut bombarder  pour faire reculer les allemands sur la ligne Gustav. Les Alliés perdent 15 000 hommes et les Allemands 8 000

-22 janvier1944 :  en Italie débarquements à Anzio & Nettuno. Pour  débloquer la ligne Gustav, les alliés débarquent facilement sur 5 plages autour  d'Anzio, mais la tête de pont se retrouve vite encerclée, la situation s'enlise pour l'hiver. Mi mai les alliés reprennent l'offensive et Rome sera libérée.
L’addition des pertes humaines alliées s’allonge de 40 000 hommes. Les Allemands, quant à eux, déplorent 35 000 morts.

-20 Novembre 1943:  dans le Pacifique, opération Galvanic avec débarquements à  Tarawa  et Makin. La conquête de ces atolls est très difficile et coûte la perte de 100 marines à Tarawa en trois jours, désormais surnommée "Bloody Tarawa".

=> Lire notre  étude détaillée de tous ces débarquements


  • Analyse de ces expériences

Tous les débarquements alliés de la deuxième guerre mondiale (et celui de 1915 à Gallipoli) ont été analysés par les Etat major alliés afin d'en tirer des leçons  pour l'avenir.

-Préparer
L'une des causes principales des échecs est l'impréparation du débarquement avec des objectifs très mal définis (Gallipoli, Dakar, Dieppe, Anzio) qui le  transforme en une vaste improvisation  qui se révèle fatale, de même  il ne faut pas  multiplier les objectifs comme en Italie. D'autant qu' à chaque fois des problèmes de coordination et de communication  (Dakar, Italie) entre  les divers participants empêchent  les bonnes prises de décision.

Il est vital de connaître sa géographie, ce ne fut pas toujours le cas, comme à Gallipoli  ou Tarawa où  sans renseignements efficaces et  avec des cartes médiocres, on rate les objectifs.  Il faut d'abord choisir le bon endroit pour débarquer, ainsi le site de Dieppe se révèle un très mauvais choix : le point de débarquement est une côte inhospitalière bordée par des plages de galets que surplombent les parois verticales de falaises truffées de défenses de toutes sortes : batteries de canons, mortiers, nids de mitrailleuses, bunkers, réseaux de fil de fer barbelé. De même le débarquement à   Gallipolli sur des  plage dominée par de hauteurs ou se situe l'ennemi fut une erreur.  Le débarquement les plus difficiles eut lieu à la plage « V » située en contrebas d'une ancienne forteresse et sur la plage « W » à la pointe occidentale de la péninsule. Ensuite contourner les positions fortifiées ottomanes fut trop compliqué en raison du tir nourri de l'artillerie et des mitrailleuses Les Alliés furent donc incapables de contrôler les hauteurs de la péninsule où les Ottomans disposaient de positions en surplomb des forces alliées confinées aux plages.

L’expérience acquise à Dieppe comme en Afrique du Nord, notamment à Oran, montre que l’assaut frontal pour la prise d’un port est voué à l’échec. L'idée d' attaquer un port, toujours très bien défendu,  est désormais exclue

Il faut aussi que le lieu soit proche de bases navales et aérodromes afin de pouvoir facilement intervenir. Ainsi, malgré la prise de Narvik, le commandement allié, conscient de la difficulté de poursuivre l’opération aussi loin des bases britanniques, sans aérodromes, et face à la situation des armées en France, décide l’évacuation du corps expéditionnaire en juin 1940

Un site spécifique, comme un atoll dans le Pacifique nécessite, par ses contraintes,  une bonne connaissance des lieux et une  stratégie adaptée. A Tarawa, pour débarquer les Américains utilisent des LVT (landing vehicle tank) à faible tirant d'eau pour franchir la barrière de corail séparant l'océan du lagon. En outre le débarquement ne peut se faire qu'à marée haute et faute de connaissances sur les fonds marins autour de Tarawa, les Américains ne peuvent être sûrs de leur coup. Il arrivera donc qu"on ne puisse débarquer sur la plage et que les soldats  franchissent le lagon avec de l'eau jusqu’à la taille, voire jusqu'aux épaules.

Le bon moment est vital que ce soit pour la météo, ainsi en Sicile le mauvais temps (vent) et l'inexpérience des pilotes font s'écraser  70  planeurs en  en mer  et disperse 3400 paras a au nord des plages de débarquement prévues sur une zone de 80 km. Cette confusion eut malgré tout un avantage  :  troubler l'ennemi qui  évalue mal la situation sous ce mauvais temps ! Mais ce sera surtout l'état de la mer qui assurera ou non la réussite du débarquement : L'opération Torch rencontre une mer trop agitée avec de nombreuses barges qui coulent. En Sicile  les unités seront dispersées sur la plage en raison de la tempête, ce fut également le cas en Italie, mais non pas  en raison de l'état de la mer, mais, par mauvais choix stratégique.

En Normandie, la préparation fut rigoureuse et intense, peu de reproches sont à faire sur cet aspect. Le choix des plages est satisfaisant sauf pour Omaha qui rappelle trop Gallipolli et Dieppe avec des défenses sur les hauteurs qui  amènent de très lourdes pertes, ce que savait Gerow. 

Une attention particulière et spécifique aurait du être accordée  à cette plage d'autant que l'échec des bombardements aériens était prévisible. Ainsi, il semble inconcevable que l'on puisse faire un énorme double  raté de bombardements sur la plage pour laquelle cela était une nécessité absolue, peut-être les américains eétaient trop sûrs d'eux ? ; il ne semble  pas que l'on ait envisagé  la solution complémentaire de créer  un parachutage à l'arrière d' Omaha qui aurait permis une attaque en tenaille des WN du plateau et assurer une destruction effective de ces bunkers ? fallait-il encore pouvoir le programmer par rapport aux bombardements...

Si le choix de la météo, exécrable début juin 1944, a permis de trouver une fenêtre d'accalmie favorable le  6 juin, les conditions furent, malgré tout, médiocres : le débarquement a beaucoup souffert de l'état de la mer : les chars DD ont coulé, des barges ont chaviré,  et beaucoup de Gi's se sont noyés.  Par contre, il semble que l'analyse des conditions maritimes  locales ait été insuffisante : le courant côtier a fait dériver vers l'est toutes les barges du débarquement et la présence des 'trous d'eau" et de "barres" (pourtant étudiés par les américains) ont  contraint les GI's de les traverser avec de l'eau plus haut que la taille  et ont fait buter les engins amphibies sur ces monticules cachés de sable. En conséquence, de lourdes pertes.


-Tromper.
La surprise du lieu et du moment du débarquement est importante, ainsi les alliés étaient attendus au Maroc. Les résistants furent arrêtés dans la nuit, à 7 h du matin, Casablanca fut survolé par des avions alliés qui couvrirent la ville de tracts, et lorsque la flotte alliée parut à l'horizon, l'escadre et l'armée d'Afrique étaient déjà en état d'alerte.
A Gallipoli pour la première fois un débarquement de diversion  français fut réalisé. Cela fut réédité en Italie  pour l'opération Avalanche : le débarquement principal se déroule a lieu à proximité de Salerne pendant que deux opérations de diversion ont lieu en Calabre (opération Baytown) et à Tarente (opération Slapstick).
Pour la Sicile, un vaste plan d'intoxication fut mené avec succès. Les Alliés réussirent à intoxiquer leurs adversaires grâce à l' « opération Mincemeat » : le 9 mai 1943, le corps d'un (faux) officier anglais, avec de fausses lettres indiquant la Sardaigne et la Grèce comme objectifs combinés du prochain débarquement, avec une opération de diversion sur la Sicile. est découvert sur les côtes sud de l'Espagne. Les Allemands qui croyaient déjà à une invasion de l'Italie du nord furent renforcés dans leurs convictions et déplacèrent des unités blindées et navales vers les fausses cibles.
A noter que l'idée d'employer un cadavre avec de faux documents fut plusieurs fois utilisée, notamment en 1942 pour tromper Rommel en Egypte.

Pour le débarquement, la désinformation et l'intoxication ( "Bodyguard"), en faisant croire que l'opération se déroulerait dans le Pas de Calais (Opération Fortitude) ont été un succès vital pour la réussite du débarquement.

-Se faire aider par la résistance
 ll est utile d'exploiter les renseignements et l'aide fournie par la résistance, ce fut-elle qui permit de l'emporter à Alger. L’Opération Torch en Algérie  n’aurait  pu réussir sans le coup de force, préparé et planifié à l'avance, mené à Alger par une poignée de jeunes résistants. Dans la nuit, 400 jeunes hommes armés de vieux fusils ont réussi à s’emparer des points stratégiques de la ville, à tenir en respect plus de 12 000 soldats de Vichy et ainsi, à ouvrir la voie aux libérateurs. A l'opposé, sa défaillance (arrestations)  fut néfaste  à Oran et au Maroc.
A Salerne, la liaison avec la résistance locale n’a pu être suffisamment établie pour permettre de désigner des objectifs moins bien défendus, des plages plus adéquates pour le débarquement comme les plages de Maiori et d’Amalfi.

Pour le débarquement, la résistance a joué un rôle utile (renseignements, sabotages) mais, difficile  à mesurer... fondamental pour De Gaulle, mais beaucoup  plus nuancé par les historiens,  ainsi  pour  Jean Quellien, professeur à l'Université de Caen. "L'honneur est sauf, ils ont fait ce qu'ils pouvaient... Mais ils ne pouvaient pas faire grand chose". Ce qui est certain , c'est que la résistance  a facilité la libération de la France  ( Voir le dossier)


-Diriger
L'absence de commandement unique se révéla souvent comme un point faible  à Gallipoli, Narvik,  Dieppe, Dakar ainsi que la dilution des responsabilités à Dieppe.  L'expérimentation de la collaboration inter-armes et inter -armée débute en Norvège et se renforcera partout ensuite.  Il faut aussi savoir faire preuve d'autorité, ainsi à Tarawa, dans le pacifique, les soldats refusent d'avancer pour se faire massacrer  pour un îlot... mais aussi à Salerne où certaines unités sans aucune expérience s'enfuient devant l’ennemi dans les lignes américaines et anglaises.
Toutefois, il ne faut pas,  à l'opposé, tomber dans l'arrogance  comme ce fut le cas  à Gallipoli, ni dans de mauvais règlements de compte entre commandements, après un échec, comme en Norvège.

Pour le débarquement, le commandement unique d'Eisenhower et l'organigramme des responsabilités  a été  une grande réussite, surtout face  à l'imbroglio dans le commandement allemand. Toutefois, cela n'a pas empêché les désaccords entre américains et anglais et les critiques  comme pour  Montgomery pour son échec pour libérer Caen...




-Entraîner les troupes
L'inexpérience des troupes est fatale, ce fut le cas à Gallipoli. En effet les stratèges alliés n'envisageaient pas que les débarquements pussent se faire sous le feu des Ottomans et aucun entraînement en ce sens ne fut entrepris. La combativité des défenseurs était également sous-estimée par les Alliés, confirmée par dépliant distribué aux troupes qui indiquait : « De manière générale, les soldats turcs manifestent leur volonté de se rendre en tenant leur fusil à l'envers et en agitant des vêtements ou des haillons de toutes les couleurs. Un véritable drapeau blanc doit être considéré avec la plus profonde suspicion car il est improbable que les soldats turcs possèdent quoi que ce soit de cette couleur ».

Un débarquement se prépare minutieusement, surtout pour les  navigateurs des barges qu'il faut savoir manier avec précision, Ce fut le cas  à Alger,  par manque d’entraînement et d’expérience, beaucoup de barges se retournent en mer entraînant matériel et militaires dans la mort. En Italie l'inexpérience de certaines unités se révéla catastrophique, certains refusant d'aller combattre face au puissant feu ennemi.

L'entrainement fut effectif et intense, d'ailleurs les GI's s'en plaignaient et avaient hâte qu'il cesse ... Cependant à Omaha, les conditions épouvantables et la désorganisation sur le sable  ont ébranlé les premières vagues, ne sachant comment réagir dans un telle situation  effroyable et surtout imprévue.

-Anéantir les défenses ennemies  puis  soutenir le débarquement
Il s'agit d'un aspect crucial pour permettre la réussite d'un débarquement, l'expérience le montre et pourtant systématiquement, le jour du débarquement, en règle générale, les bombardements font des ratés ! Lors du débarquement en Norvège les attaques aériennes  et le soutien aéronaval  par les britanniques est assuré pour la première fois.  A l'opposé, pour  Dieppe aucun bombardement  n'est réalisé puis un manque de soutien aérien a amené  une catastrophe. Les alliés prennent conscience avec cette mauvaise expérience de la nécessité absolue de concentrer  les  bombardements  des navires de soutien et  les attaques aériennes  sur les défenses des lieux de débarquement.

En Sicile,  les bombardements furent surtout préventifs dés avril 1943  puis à nouveau la veille du débarquement avec le pilonnage  des plages siciliennes le 9 juillet 1943. Pour le débarquement qui s'opère dans la nuit du 9 au 10 juillet, les Alliés ont réuni des forces et des moyens considérables : 160 000 hommes, une couverture aérienne de 4 000 avions, 3 200 navires, de nouvelles barges de débarquement. Mais c'est la météo exécrable qui perturbe les troupes aéroportées et provoque de grosses difficultés de navigation pour les avions de transport et de remorquage qui peinent à atteindre leurs cibles.

En Italie, les bombardements ont bien lieu mais  sont  malheureusement  ratés. Aussi, malgré la couverture aérienne en provenance des porte-avions alliés et l’artillerie lourde provenant des cuirassés américains, les objectifs sur les plages ne sont pas atteints et le matériel n’est que partiellement débarqué. (812 véhicules débarqués sur 1 600 et 50 tonnes de matériels sur 1 830) avec une tête de pont de 6 km de profondeur au lieu de 12.
Par contre, un peu plus tard,  à Anzio,  60 escadrilles  (2600 avions) interviennent  en simultané avec  plus d'une centaine de navires de soutien, ce qui fait que le débarquement, en lui même, est réusssi : le soir 36.000 hommes et  3200 véhicules sont débarqués.
A Tarawa, plusieurs escadrilles américaines  de la 7e Air Force se chargent du bombardement sur Betio et les îles alentour, du 13 au 19 novembre. Le 19 novembre, les premiers navires apparaissent au large de Tarawa et commencent le pilonnage des fortifications nippones. Il sera réalisé de même sur les autres îles : Betio,  Baikiri,

Toutefois, le soutien aérien et naval dans les heures et jours qui suivent sont déterminants pour permettre aux troupes d'avancer (Italie, Sicile, Pacifique)

A Omaha, les bombardements du matin du 6 juin sont  un échec total, mais  comme pour tous les autres débarquements, c'est bien l'approche des navires, en fin de matinée,  et des tirs précis sur les défenses ennemies qui ont permis de débloquer une situation  qui frisait la catastrophe.

-Avoir du matériel adapté
Ainsi, sur les plages de Sicile, les premiers véhicules GMC amphibies, les DUKW, font leur apparition avec succès. De plus, les forces navales bénéficient de nouvelles barges permettant aux hommes de débarquer directement sur la plage. Faut-il encore les diriger et les mettre en place correctement, sinon l'échec est garanti (Tarawa)

Le matériel débarqué avait été expérimenté lors des précédents débarquements, il servit utilement d'autant que le matériel était varié et en très grande quantité, au point de bloquer la plage . Seuls les  chars duplex drive peuvent être considérés comme un échec, prévisible car ils n'avaient été testé que lors de conditions météo  calmes.

-Se méfier des contre-attaques
 En Sicile,  la division blindée Goering attaque à  deux reprises la zone de débarquement américaine mais  doit  y renoncer en raison des lourdes pertes. A Gallipoli, en Italie, les contre attaques furent très nombreuses, proches de la réussite parfois, ainsi à Anzio la violente réaction allemande  a failli faire ré embarquer les hommes..  L'expérience montre aussi qu'il vaut mieux progresser sur deux axes pour diviser l'ennemi  (Sicile)  puis réunir ces forces  et les faire converger  pour en finir.

L'opération Fortitude ayant tellement bien fonctionné que les allemands ne surent ni comment, ni où riposter en contre attaquant efficacement. Ce ne sera que plus tard, lors de la bataille de Normandie, que les contre attaques seront virulentes.


-Enfin, sur un front de débarquement toujours étroit,  il faut s'assurer de moyens considérables, d'une puissance  de feu et d'un grand  nombre de soldats pour enfin  réussir, donc continuer  à débarquer des hommes et du matériel, c'est toujours ce qui permet de vaincre même dans des situations difficiles : Opération Torch, Sicile, Italie, Pacifique. C'est la stratégie du marteau pilon qu'il faut employer (comme les allemands à Sedan en 1940). En effet l'ennemi s'épuise avec ses multiples et sanglantes attaques, il  a de lourdes pertes, manque de munitions et de réserves, aussi, tôt ou tard, devra-t-il renoncer et reculer.

Le débarquement avec la mise en place d'une tête de pont, même réduite, ayant abouti, ensuite des milliers d'hommes  et des tonnes de matériel et armes arrivent. Ils permettront aux alliés d'imposer leur puissance de feu et de dominer des allemands épuisés et manquant de reserves et de munitions.


  • Conclusion

Aucun de ces débarquements n'est une réussite, certains sont de véritables échecs, les autres sont laborieux avec  une première phase de débarquement difficile et une  victoire  finale qui nécessite beaucoup d'efforts, de bombardements complémentaires et surtout de lourdes pertes.
Tous ces débarquements de la deuxième guerre mondiale (avant le 6 juin) ont coûté la  perte d'environ 750.000 hommes (sans compter les 188.000 morts de Gallipoli, ni les 1450 hommes lors de l'entraînement  dans l'opération Tiger en 1944, ni les pertes dans le Pacifique).

Si l'on peut comprendre l'existence des erreurs de Gallipoli dues à  l'inexpérience, premier débarquement du XX°, il peut paraître surprenant de voir qu'elles se répètent et qu'on les retrouve, toutes, lors des débarquements  y compris au 6 Juin en Normandie. Mais ce que l'on apprend surtout, au travers de ces multiples expériences,  c'est qu'un débarquement amphibie est une opération très délicate dont la stratégie demeure incertaine tant les aléas sont possibles et redoutables, ensuite la seconde phase du  maintien de la tête de pont  demeure aussi incertaine, parfois proche du désastre (Sicile, Anzio...) si la contre-attaque allemande est puissante car appuyée par des panzers.

Chaque débarquement est spécifique, et les leçons que l'on peut en tirer sont toujours les mêmes : une indispensable et longue  réflexion, une étude approfondie de l'environnement sont d'une nécessité absolue, et, dans tous les cas, il faut savoir que la réussite est aléatoire et qu'un échec est toujours possible. Lors de la conférence de Téhéran (1943)  le Général Marshall déclare : " Un échec de débarquement est une catastrophe car il s'accompagne de la destruction presque totale des navires de débarquement et des troupes engagées.. désormais il se dit  obsédé par la question car  avant le présent conflit, il n'avait jamais connu de bateau de débarquement plus grand qu’un canot gonflable...". Le Maréchal Vorochilov lui répond : " Si l'opération Overlord est lancée sur une côte fortifiée  sans que les défenses soient  détruites peu avant , elle est vouée  à l'échec.  Les positions ennemies doivent d'abord être détruites  par le feu de l'artillerie et les bombardements aériens. Si le débarquement est mené de cette façon, ce sera un brillant succès au lieu d'une catastrophe"
Ce que les généraux savaient, ce qu'appréhendait en particulier Gerow ;   il faut dont être optimiste et réaliste et rejeter le pessimisme !

On est conscient de ces difficultés et des conséquences dramatiques d'un échec qui  retarderait  la libération de la France de plusieurs mois  ou années et donc  permettrait  aux troupes soviétiques de continuer leur avancée en Europe  pour libérer la France, avec des conséquences que  l'on peut, aujourd'hui, imaginer.

Si les retours d"expériences sont utiles et ont permis d'améliorer le matériel,  de mieux entrainer les hommes, d'affiner les préparatifs, cela ne suffit pas pour réussir  à tout coup un débarquement. Peu de choses  peuvent  y nuire : un bombardement raté, une mer déchainée, des courants marins...
Ainsi, il aurait fallu un peu plus de chance pour que le débarquement à Omaha se déroule aussi  facilement qu' à Utah :  tout simplement des bombardements réussis et une mer plus calme.


Autres manquements, nouveaux problèmes et difficultés qui s'accumulent

Si les bombardements se sont révélés  être un échec dont les conséquences furent lourdes pour les GI's, ce ne fut pas la seule erreur stratégique américaine.

La pointe du Hoc :  un assaut meurtrier inutile ?
La pointe du Hoc  se compose d'une falaise de 25 à 30 mètres de haut précédée d'une aiguille qui s'avance dans la mer, située sur la commune de Cricqueville-en-Bessin. Située entre les plages d'Utah Beach et d' Omaha Beach, la pointe avait été fortifiée par les Allemands (WN 751) et, selon les reconnaissances aériennes alliées, était équipée de pièces d'artillerie lourde dont la portée menaçait les deux plages voisines. Il avait été jugé primordial, pour la réussite du débarquement, que les pièces d'artillerie soient mises hors service le plus rapidement possible. Cette mission fut confiée au 2e bataillon de Rangers américain
Jean Quellien interroge : « La grande question, c’est pourquoi les Américains ont donné l’assaut ». Les Allemands avaient bien positionné 6 canons sur le site de la pointe du Hoc.   L’un des canons a été détruit par l’aviation le 15 avril. Les cinq autres ont été reculés à l’intérieur des terres. « Ce déménagement nocturne ne passe pas inaperçu. La résistance locale est alertée par les habitants d’une ferme », indique Jean Quellien. L’information parvient à Guillaume Mercader, responsable du réseau de résistance Centurie pour le Bessin qui  estime que l’information est capitale. Elle est transmise aux alliés dés le 26 avril 1944. « Ils décident de maintenir l’opération qui doit être conduite par le  major C.A Lytle". Celui-ci prend vite conscience du danger inutile  que représente cet assaut. A bord du HMS Ben M My Chree, il boit un peu trop et déclare que la mission est  "inutile et suicidaire". Emmené à l'infirmerie, il montre un croquis qui montre  que les canons ont été déplacés à l'intérieur des terres. Informé de cet incident le colonel Ridder quitte l'USS Ancon pour se rendre à bord afin d'éviter que cette information ne s'ébruite. Une bagarre se serait déroulée entre Lytle, les officiers, le personnel médical ; le captain Block, médecin, est  mis par K.O par Lytle qui sera  maîtrisé. Il sera démis de ses fonctions puisqu'incapable de diriger de manière convaincante une attaque en laquelle il ne croit pas, et  fut transféré à la 90° DI où il reçut la "Distinguished Service Cross". Rudder décide de mener la mission malgré le général Huebner qui veut l'en dissuader

L'assaut de la pointe du Hoc par les rangers fut meurtrier, ce qui semble inévitable par la configuration du site  à attaquer. Le 7 Juin, sur 225 rangers débarqués, les pertes  sont de 135 hommes.

Aujourd'hui, l''utilité de cette opération est donc remise en cause d'autant que les bombardements aériens du 15 avril 1944,  du 4 juin (100T de bombes) du  5 juin par  35 B-17 (100T de bombes)  et du 6 juin (bombardement naval préliminaire  à 5 h 50, tiré par les USS Texas, USS Satterlee et HMS Talybont, suivi par une vague de 19  B-26 Marauder de la 9e Air Force) avaient détruit l'essentiel du matériel et des défenses.



Les chars duplex drive: un raté !
Le char, une nécessité pour toute opération militaire, est nécessaire  pour le débarquement complexe  à Omaha. Il était  prévu, avant l'arrivée Gi's, à H-5 (6H25),  que 112 chars shermans  se positionnent tous les 50 m, pour tirer avec mitrailleuses et canons de 75 mm sur les WN afin de  protéger l'arrivée des Gi's sur le sable.
Le char Sherman est-il fiable ? Le Sherman M4 est très performant en combat, avec une très bonne fiabilité mécanique. Doté d’un bon blindage et équipé d’un canon de 75 mm, il jouit d’excellentes capacités motrices. En revanche, il a aussi des défauts car en combat dès qu’il est touché, sa réserve de munition prend souvent feu, pour cette raison les équipages le surnommaient le « briquet Ronson ».
Pour faire parvenir, aussi tôt, ces chars sur la plage, on inventa le  char "duplex drive" : ces Chars DD sont de classiques chars Sherman de 32 T mais  avec une jupe de caoutchouc et de toile tendue pour la flottaison avec une transmission Duplex Drive par 2 hélices-gouvernail pour naviguer à  8km/h. Cette idée innovante, inventée par les anglais,  était particulièrement ambitieuse. Mais ce équipement en toile est fragile et  nécessite une mer de force 3  maximum avec  un  courant maximum 3 à 4 nœuds, en effet la toile déborde de  seulement 30 cm au dessus du niveau de la mer : ces limites des chars étaient connues et craintes par les officiers. Or, le 6 juin, les vents étaient de 11 à 12 nœuds ce qui entraînait une  mer de  force 4 avec  des creux de plus de un mètre, plus souvent 1,5 mètre.
Ainsi 16 LCT (T pour tank) doivent lancer  64 Shermans Duplex drive (DD) par navigation à 5 km de la côte pour atterrir à H-5 (6H25), dirigé par le 741st tank battalion avec 32 DD sur l'est  de la plage (Colleville) et par le 743rd tank battalion avec 32 DD sur l' ouest de  la plage (Vierville).
S'ajoutaient 16 LCTA (surblindés) qui déposeraient sur le sable 48 autres shermans à 6H20. Un LCT supportait  2 chars  shermans classiques et 1 tankdozer avec lame bulldozer, tous étanchéifiés pour se mouvoir dans 2 m d'eau.
L'on connaissait les difficultés de cette réalisation, aussi les décisions de dernière minute devaient être prises par le capitaine le plus ancien en grade du bataillon, aves deux problématiques :   quand lâcher en mer les chars, quand débarquer sur la plage.

Vers Collevile, le 741st tank battalion avec ses deux capitaines (cie B  & Cie C), bien qu'ils n'aient jamais connu à l'entraînement une telle situation,  jugent nécessaire  de prendre le risque de mettre à l'eau les chars DD : les 3 premiers shermans  (34T) coulent mais on continue ! Tous les chars de la compagnie C ont coulé provoquant déjà de lourdes pertes humaines et seuls, finalement,  2 chars de la Cie B parviendront sur le sable.  Le LCT 600  parviendra a déposé 3 chars.
La perte est de 27 chars sur 32 et 33 hommes (beaucoup ont pu être repêchés).

Vers Vierville, les 2 Capitaines  du 743rd tank battalion  prennent une décision opposée en  décidant d'apporter  en LCT tous les 32 chars sur la plage qui arrivent vers 6H40. Un LCT saute sur une mine ce qui provoque une perte de 4 chars et de beaucoup de militaires.
Quant aux 16 LCTA, ils se retrouvent  dispersés dans l'obscurité lors de la traversée (2 coulent et 4 arriveront avec retard) et seuls 10 livrent environ 20 chars à 6H30

Au final, environ 47 chars (sur 112) se retrouvent  sur Omaha, ils ont du mal à se mouvoir au travers des obstacles, sur le sable  et l'eau de mer de la marée montante noie beaucoup de moteurs. Treize sont détruits  ou avariés par les canons antichars de 88, certains  doivent reculer s'abriter dans la mer… et attendent l'infanterie !

Vers 7 h, il en resterait seulement 34 qui barbotaient dans le ressac, bien en vue des canons allemands.
Plus tard le général P Hobart, inventeur du char amphibie disait : "les américains s'en sont servis n'importe comment". Aujourd'hui encore, A Beevor  continue à se demander si les chars DD étaient vraiment la  solution indiquée pour soutenir l'infanterie, à Omaha.

Rien ne se passa donc comme prévu, comme pour les bombardements. Désormais tout repose sur les fantassins qui vont débarquer : ils vont payer très cher ces échecs à  répétition.

Malchance et imprévus

Dérives
Le débarquement était planifié avec une rigueur et précision absolues. Chaque compagnie avait un objectif précis  à réaliser, fallait-il encore débarquer au bon endroit !
Presque toutes les embarcations ne purent  arriver à l'endroit prévu en raison, d'une part de l'absence d'amers (repères)  pour les pilotes de barges en raison de la fumée des broussailles et poussière qui enveloppaientt le littoral, et, d'autre part, la présence d'un fort courant côtier qui faisait dériver les chalands vers l'est.
Ainsi, face à Vierville doivent débarquer  les remières vagues du 116TH, les Cies F et G  sur 12 LCP, en fait elles se retrouvent à l'est, au niverau de Saint Laurent, face aux Moulins et éparpillés. Le pire sera pour la Cie E dont des LCP se retrouvent  à 1,5 km et 3 km vers l'est, pas loin de Port en Bessin.


Dérives vers l'Est des premières vagues 

Ainsi les Gi's qui purent débarquer  se retrouvaient dans des secteurs inconnus, certaines compagnies étant à plus d'un  ou  deux kilomètres de leur objectif. C'était donc la pagaïe tant les les hommes étaient éparpillés.Toutes les équipes formant théoriquement un élément combattant autonome avaient perdu leur cohésion péniblement acquise lors de l'instruction." Sur la plage bouleversée et encombrée les équipes se mélangèrent et graduellement se sont écartées" (St T Fettinger). Désormais les hommes survivants sont isolés, perdus, en retard, c'est la confusion totale.
Ces détournements involontaires vers l'Est évita aux compagnies d'attaquer de face l'entrée des valleuses, ce qui avait été planifié et qui était une erreur  stratégique, ce fut donc une bonne chose. Ainsi, dans la matinée,  quelques petits groupes d' hommes parvinrent à grimper sur  le plateau entre les valleuses pour ensuite attaquer par revers les entrées des quatre vallées avec réussite.

Sable
Sable et eau malmenèrent aussi les Gi's. Lorsque les Gi's sortent de leur chaland, ils se retrouvent avec beaucoup d'eau, souvent au niveau des épaules. La plage n'est pas lisse, elle présente de nombreux trous  d'eau, et, surtout, des  creux invisibles particulièrement dangereux. En effet les plages  en Normandie ont une morphologie spécifique due  à deux courants : les vagues arrivent et déferlent sur la plage induisant un transport d'un sable très fin vers la plage et d'autre part le ressac amène du sable qui va de la plage vers le large. La convergence de ces courants provoque  une accumulation de sable qui   forme une barre dont l' avant présente une zone plus profonde surcreusée par les vagues et les marées, cette dépression s'appelle en Normandie, une bâche et en arrière de cette bâche, la barre. Le phénomène de barre et de bâche a bien été étudiée principalement par les Américains dans l’optique du Débarquement. Cela a pourtant posé problème lors du D-Day. Les engins amphibies qui ont débarqué ont buté sur une première barre sableuse, puis les soldats en posant pied avaient plusieurs  bâches à traverser avec de l’eau profonde.
Les conséquences sont multiples.

Eau
Les  GI's étaient surchargés, en théorie, ils devaient avoir environ 20 kg d'équipement dans leur paquetage, en fait ils en portaient beaucoup plus, souvent plus de 30 kg, en effet les Etat Major avaient rajouté, au dernier moment,  grenades, gilets de sauvetage,  imperméables, munitions... L'un aurait porté 750 balles de mitrailleuses en plus de son équipement.  Ainsi surchargés, mouillés, entraînés par ce poids, beaucoup coulèrent à pic en sautant des péniches. D'autres se sont noyés, incapables de se mouvoir dans la mer houleuse avec leur équipement mouillé qui pesait encore plus lourd et qui les empêchait de nager d'autant s'ils avaient été blessés en sortant des barges. Aucune statistique officielle ne  l'indique, mais des estimations  officieuses indiquent qu'un quart des pertes seraient consécutives  à une noyade. L'historien A Beevor indique: "Beaucoup d'hommes estimèrent que les pertes auraient été divisées par deux si la première vague  avait attaqué avec un paquetage moins lourd!"


Paquetages de GI (Musée de l'armée)



Par ailleurs ce séjour prolongé dans l'eau de mer, car il  était difficile voire impossible de sortir immédiatement de l'eau pour s'abriter, a bloqué et enrayé les armes remplies d'eau et de sable. Il fallut par la suite les démonter et nettoyer, A Beevor  estime à 80% les armes enrayées  en raison, d'une part,  que les Gi's durent rester longtemps dans la mer car la marée montait et que, d'autre part, pour se protéger et attaquer, ils enlevèrent la protection imperméable de leur fusil avant d'atteindre le rivage.

Difficultés et problèmes s'accumulent !

Démolition  des obstacles par le Génie 

Il s'avère donc nécessaire de faire disparaître tous les obstacles de la page pour débarquer en ininterrompu hommes et matériel par des sapeurs de l " Engineer Battalions"

Un plan de démolition est préparé. Après la première vague et l'arrivée des chars DD, à H+3 soit 6h33 plus de 1000 sapeurs doivent arriver :16 équipes de 42 hommes sur 24 LCM aidés de 16 Tank Dozers déchargés de LCTA débarqueront pour ouvrir 16 brèches géantes de 45 m de large  à 180m d'intervalle dont le centre sera indiqué par des bouées avec un fanion vert. Le  timing est court de 30 à 60 minutes car la marée va monter. A H+8 (6h38) 10 équipes d'appui doivent venir en soutien.

L'équipement a été particulièrement étudié. Chaque  sapeur  porte 20 kg de tnt ou C2 plastic, 1 fusil ou carabine  ou  porte des torpilles bangalore, des cordeaux détonants et des grenades fumigènes.

Seuls  22 LCM arrivent à l'heure mais avec les courants sont déportés à 1 km vers l'est, du coup les équipes sont concentrées et regroupées en 2 endroits : entre  Saint Laurent  et Vierville et entre le Ruquet et Colleville (voir carte). Ainsi l'équipe C devait se présenter devant Dog Red et se retrouve sur Fox red

Le débarquement s'effectue sous un feu intense avec obus, bombes, mitrailleuses : chalands et hommes sont  touchés par les explosions. Les sapeurs font du mieux mais connaissent de très lourdes pertes (35 à 40 %) ainsi  l'équipe N° 11 perd plus de la moitié de son effectif, les équipes 12 à 16 sont toutes gravement atteintes soit par le feu nourri des mitrailleuses, soit par des obus. Seuls 6 engins sur 16 (tank bulldozer) échappent à la destruction mais seront détruits plus tard. La team 2 de renfort arrive avec 1 heure de retard.
Sur les 16 brèches  à réaliser, seules  6 brèches partielles sont effectuées : 4 sur Easy et 2 sur Dog entre Viervile  et  Saint Laurent, mais malheureusement une seule est bien signalée avec le fanion vert sur Dog. En fait, seul le côté Est d'Omaha a bénéficié du travail des sapeurs qui sera exploité qu'en fin de matinée lorsque la situation sera moins confuse.

Sapeur et brèches

Lors qu'arrive  l' Engineer Combat Battalion (à H+60) soit  4 bataillons de génie prévus pour ouvrir rapidement les 4 valleuses en se débarrassant  des fossés et murs antichar, mines et barbelés, il ne peut absolument pas faire son travail prévu beaucoup trop tôt ! de plus, comme les autres,  ils débarquent aux mauvais endroit ! il leur  faudra parfois plus de 3 heures  avant d'y parvenir.
L'échec (partiel) du génie est dû à une série de problèmes qui se sont accumulés, consécutifs aux échecs précédents : erreurs de navigation, arrivée sur une plage encombrée sous le feu allemand continu, destruction de leur propre matériel, difficulté pour avancer pour des sapeurs épuisés et surchargés d'équipement qui sont cloués sur place,  planning trop rigoureux qui apporte  sans cesse des hommes sur la plage, incapables de faire leur mission. Dans la  confusion, les sapeurs du génie  se serviront plus des fusils que des pelles et détecteurs...et certains "formèrent des compagnies d'infanterie improvisées"  Cap Howard

Sous évaluation des forces allemandes
Bien qu'impressionnés et abasourdis par les bombardements massifs qui passèrent au dessus de leurs têtes, les allemands se sont resaissis rapidement à la vue du débarquement et firent crépiter leurs mitrailleuses MG-42. Leur résistance et acharnement étonnèrent  les GI's.
Les américains ont-il sous évalué leurs forces derrière Omaha ?

Le littoral d'Omaha Beach est occupé depuis 1942 par divers éléments de la 716° Infanterie Division qui se succèdent sur place ; cette 716° occupe également les secteurs voisins d'Isigny, Canisy, Bayeux, Molay littry, soit un effectif d'environ 7771 hommes étalés entre la Vire et l'Orne..  A noter que cette 716° DI est réputée pour sa faiblesse  en raison de la présence de trois "ostbataillonen" formés d'anciens prisonniers de l'armée rouge peu motivés pour combattre, ce que savaient les américains.
La 352° DI (7500 hommes) est arrivée plus tardivement, au début d'année 1944, en provenance de la région de St Lô mais seuls trois bataillons étaient positionnés à proximité d'Omaha ( 2 bataillons d'infanterie et  un bataillon d'artillerie légère). Le reste  est dispersé dans l'arrière pays
Ce mouvement semble passer totalement inaperçu des Alliés. L'information avait pourtant circulé dans le Haut Commandement allié (SHAEF), notamment dans la synthèse hebdomadaire du 21e Groupe d'armées (21st Army group weekly Neptune Intelligence Review) daté du 3 mai 19444.
J Balkoski évoque la découverte de cette 352° division le 4 juin au soir, soit 30 heures avant le débarquement !  [lire notre dossier complet]
Les américains ont donc pu sous évaluer les forces allemandes dans le secteur, mais il semble difficile de l'évaluer avec précision. Ils pensaient que cette 352° DI était restée sur Vire à 60 km  de la côte mais en fait seuls quelques bataillons étaient présents à proximité d'Omaha. Dans tous les cas, du fait de la présence de plusieurs débarquements, les allemands furent déconcertés, ainsi un groupe de réserve de la 352° DI, basé près de Bayeux,  fut-il envoyé  à 3h15  vers Carentan... Heureusement, cela a permis d'éviter un probable désastre mais n'a pas évité un affrontement redoutable et très meurtrier.



La capacité des Gi's à surmonter toutes ces difficultés est tout à fait exceptionnelle : obstacles non détruits par les bombardements,  pluie de balles et d'obus allemands, horreur de voir ses camarades blessés ou morts, impuissance des sapeurs dans une  confusion totale. Il leur a fallu beaucoup de courage et de témérité, personne ne peut le nier ; sortir vivant d'Omaha était un exploit, même s'il fallait aussi avoir de la chance.
C'est ce qui a forgé la légende d'Omaha,  devenue une bataille exceptionnelle, mythifiée, dont l'analyse critique, aujourd'hui, est délicate à mener, même si elle concerne  uniquement l'aspect stratégique avec des erreurs ou imprécisions de décisions prises en haut lieu qui ont eu des conséquences énormes  sur les pertes humaines.
Le mythe prend ses racines dans de multiples considérations.
Les pertes énormes, en une journée, pour l'armée américaine, probablement le bilan  le plus lourd depuis l'entrée en guerre des USA (1348 jours), demeurent le fondement du mythe : avoir surmonté dans la douleur et le sang.
Le déroulement de la journée est une épreuve à rebondissements qui  est à l'image de la mentalité américaine ;  un exemple, aujourd'hui,  les  entreprises sont renommées pour  leur «Early Adopters»  ceux qui osent et testent de nouvelles solutions sans se soucier du «legacy»… des vrais "disrupteurs" qui en fait existaient déjà en  1944 ! .
Ainsi ce 6 juin commence  par un désastre qui voit des Gi's massacrés, aussi change-t-on les plans officiels  qui ne fonctionnent pas  (attaque de front face à l'entrée des valleuses) pour contourner  ou infiltrer les lignes adverses toujours avec combativité et la volonté absolue de réussir malgré l'épuisement et les épreuves, et, obtenir au final,  la victoire en outrepassant avec pugnacité des difficultés apparemment insurmontables.