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Omaha: archives du 6 juin 1944

Mystères d'archives 1944. Les images du Jour J
Vous avez déjà vu des images d'archives ? oui mais de type documentaire monté, remonté, mélangé, avec de la musique... sans savoir la source de ces images.
Voir ce film de 26 min  ci-dessous
"Mystères d'archives 1944. Les images du Jour J" est un  document exceptionnel de Jean Vialley  qui décode les films d'archives tournés le 6 juin 1944 (nous présentons 37 archives vidéos : Omaha Beach du 6 Juin au 31 Juillet 1944), mais attention, le réalisateur décode des images brutes : pas de bruit, ni de musique, ni de colorisation. Les flms sont décortiqués et analysés avec beaucoup de finesse et d'intelligence. Et, bien sûr, avec des arrêts sur image !

Le réalisateur Serge Viallet nous associe à ses investigations dans les profondeurs de l’image pour saisir les dimensions stratégiques, politiques et médiatiques du Débarquement. Il nous apprend que plus de deux cents reporters ont été recrutés pour accompagner l’opération Overlord dont  le cinéaste John Ford qui figure parmi les encadrants...
Le réalisateur répond à  beaucoup d'interrogations:

-Qui sont ces reporters de guerre ?
-Quel dispositif technique (préconisé par John Ford) permit d’effectuer des prises de vues à bord des péniches alliées sur les côtes normandes ? 
-Quels moyens furent trouvés pour acheminer les bobines impressionnées en Angleterre, afin de satisfaire la soif d’information du grand public, mais aussi de l’état-major ? 
-Pour qui travaille le cinéaste ? 
-Que sont devenues les images filmées ce jour-là ?

C'est avant tout  très pédagogique mais  c'est une réussite totale. Ce film de 26 minutes est incontournable pour comprendre le  6 juin 1944 à partir des films réalisés ce jour J, et Omaha est particulièrement bien représenté. 

-A voir sur ARTE 
ou sur Youtube




Construction du mythe

La guerre finie, le débarquement en Normandie n'était qu'un débarquement et qu'une bataille comme les nombreux autres évènements de la deuxième guerre mondiale. Batailles tragiques, bombardements, destructions, pertes importantes,  exploits militaires se rencontrent en divers lieux et moments. Pourtant, le mythe du débarquement et la mise en avant de la plage d'Omaha Beach va progressivement apparaître et se développer pour des raisons variées mais essentiellement pour servir les intérêts des USA et de la France.

Comment ce mythe s'est-il construit progressivement après la guerre:


  • Une volonté d'exploitation par la France  voulue par le Comité du débarquement de R Triboulet

Triboulet, devenu député, est préoccupé par la préservation de sites et surtout par une vraie politique de tourisme de mémoire qu'il fait voter dans une loi le 21 mai 1947. On y parle clairement de "propagande du souvenir" "lieu de pèlerinage" " développer l'infrastructure hôtelière et routière". En fait,les touristes attendus sont... d'abord les vétérans et les familles de disparus.

Raymond Triboulet est  un précurseur, à la fois le père du tourisme de mémoire en Normandie et des cérémonies  commémoratives qu'il organisera durant toute sa présidence du comité du débarquement pendant 54 ans (jusqu'en 1999).


Les commémorations vont évoluer  pour devenir plus  politiques : Le tournant est dû à François Mitterrand qui, en 1984, transforme la cérémonie militaire d'alors en cérémonie politique où sont invités les chefs d'État. L'historien Olivier Wieviorka note ainsi : « dorénavant, les commémorations ne sont plus axées sur l'idée de victoire, mais sur l'idée de paix, de réconciliation et de construction européenne ». Cela va de pair avec une américanisation de l'évènement, qui se manifeste avec l'emprunt à l'anglais américain du terme « vétéran ». 
Les commémorations des années  2000 n'oublient pas la tragédie du  11 sept 2001 et utilisent  le débarquement  comme   symbole des valeurs de paix et de liberté, ainsi sont désormais invités dès 2004  le chancelier allemand et le président russe,  pour montrer au monde entier leur union face  à la nouvelle barbarie du terrorisme islamiste.



  • une construction liée  à  la guerre froide : du rôle des USA pour la victoire
La majorité de la population pense que ce sont les USA  qui ont gagné la guerre, très peu connaissent le rôle de l'Armée Rouge.
Christophe Bouillaud, expert à Sciences Po Grenoble. indique :

"La mémoire de la participation soviétique à la Seconde guerre mondiale s'est progressivement estompée. En France, au moment de la guerre elle-même, on savait très bien que le front de l'Est était extrêmement important et la victoire de Stalingrad a été perçue à l'époque comme le tournant décisif. Par contre, il est vrai qu'aujourd'hui, cet aspect a largement été oublié dans l'opinion publique occidentale, parce qu'entre temps, il y a eu la guerre froide durant laquelle seuls les communistes insistèrent beaucoup sur le rôle de l'Union Soviétique dans la victoire, alors que du côté occidental, on insistait surtout sur le rôle des Américains et des Britanniques. C'est la rémanence de la guerre froide qui a fait oublier ce rôle de l'Union Soviétique dans la victoire.»
Pourtant l'URSS a versé un tribut de 25 millions de morts, dont 15 millions de civils, pour l'emporter contre le nazisme. Et les Alliés? La France n'a perdu que 200.000 militaires et 400.000 civils. Quant aux Américains, le bilan est de 400.000 (dont 180.000 péris sur le front européen).

La fin de la guerre a ouvert une nouvelle ère géopolitique et un  nouvel ordre mondial  d'où se dégagent un  système de régulation, de gouvernance, composé de coalitions. "Des traités internationaux ont été signés: traité de Bretton Woods, traité de l'Atlantique de Washington, — et ont, au moins durant les 50 années qui ont suivi, structuré les relations internationales selon un système d'équivalence, de puissance, entre, d'un côté, le bloc occidental et, de l'autre, le bloc soviétique."

De là, la volonté américaine constante de s'affirmer comme seul grand vainqueur de cette guerre et de le montrer par le biais des commémorations, de déclarations et de le démontrer via la puissance de son cinéma. Ainsi se construit un mythe qui éclipse complètement le rôle de l'URSS dans la seconde guerre mondiale. Les commémorations russes actuelles n'attirent pas les chefs d'Etat, bien que Poutine ait assisté aux commémorations en France.



  • un produit scénarisé par Hollywood en épopée par le "jour le plus long" à la gloire des USA démocraties et leurs armées [lire notre dossier]
"Le jour le plus long" est un des plus grands films de guerre de l’histoire du cinéma international. Le titre reprend une phrase du maréchal allemand Rommel, commandant des forces du mur de l’Atlantique en 1944, qui parlait ainsi du Débarquement : «Pour les Alliés, comme pour nous, ce sera le jour le plus long» Réalisé et produit par Darryl Zanuck, d’après le livre de Cornélius Ryan, le film a nécessité, à partir de l’été 1961, dix mois de tournage. Le casting est exceptionnel, avec la présence de dizaines de stars internationales : Henry Fonda, John Wayne, Robert Mitchum, Richard Burton, Bourvil... "Le jour le plus long" a mobilisé 23 000 figurants. Il fut, à l’époque, considéré comme le film le plus cher de l’histoire du cinéma.

Le film est une profusion de faits historiques reconstitués dans une grande fresque  à la gloire des soldats américains et de leurs faits d'armes glorieux. 
Comme beaucoup de films, le jour le plus long constitue, surtout dans le contexte de la guerre froide, une célébration des valeurs libérales, du respect de la hiérarchie militaire, de la solidarité et du sacrifice commun.
Beaucoup de  manichéisme, les soldats anglais et américains sont représentés l’air grave mais fermement décidés, les français ridicules sabrent le champagne sous les bombes,  les allemands désorganisés se laissent déborder sans presque réagir. Et, bien sûr, les inévitables erreurs et manipulations historiques  qui elles resteront dans la mémoire du spectateur !  comme l’épisode du parachutiste resté accroché au clocher de Sainte-Mère-Église, le casino de Ouistreham, pris par les Français du commando Kieffer...Il faut noter aussi que la mort est représentée accessoirement, en arrière plan, sans présence de sang: on tombe en douceur de manière très théâtrale et sans souffrance!

Muriel de la Souchère précise dans  :Le jour le plus long : « un événement dans l’histoire du cinéma », un film pour « servir l’histoire de cette époque »
Le 7 juin 1962, un reportage du journal de 20 h s’arrête, à l’occasion de l’anniversaire du débarquement, sur le film de Darryl Zanuck "Le jour le plus long". Des images tirées du film sont diffusées alors que le réalisateur est interrogé. Il s’agit là de la première utilisation du film par la télévision pour un anniversaire du 6 juin 1944 ; beaucoup suivront. Trois mois plus tard, le 19 septembre 1962, un peu moins d’une semaine avant la sortie du film en France, le journal télévisé revient sur cette œuvre cinématographique. Le journaliste explique qu’il est nécessaire de s’arrêter sur ce film, car « il constitue […] un événement dans l’histoire du cinéma. C’est la première fois que la guerre moderne est montrée à l’écran sans utiliser des documents d’archives ou des films d’actualités » (TF1, 1962). Le journaliste salue la nouveauté de la forme employée.
Il interroge ensuite Mel Ferrer, l’un des interprètes du film. Il lui demande, et se demande dans le même temps, si Le jour le plus long « peut paradoxalement servir l’histoire de cette époque, bien qu’il n’y ait aucune vue authentique dans le film ». L’acteur américain parle alors d’un
[…] film qui est complètement bouleversant parce que le film est tellement vrai on aurait jamais pu faire des prises de vue comme ça pendant une bataille… ils ont fait voir au public exactement ce qui s’est produit de très très près. Quand on voit les documents de la guerre, on ne voit presque pas de très près… et ça ne vous donne pas d’impression, on voit quelque chose de trop loin. Mais ici, on peut participer dedans, alors je crois que ça, ça va choquer mais ça va servir l’Histoire (TF1, 1962).


Les historiens n'ont pas le même avis ! Ainsi Jean Quellien indique :
"Les contrevérités historiques qui circulent depuis plusieurs années viennent en très très grande partie d'un film que tout un chacun a vu et revu qui est "Le jour le plus long", qui est pour un historien une véritable horreur. L’impact du film est d’avoir pollué les mémoires. Depuis qu’il est sorti, tout le monde a répété ce genre de légende".
"Ce que je reproche finalement le plus au film, c'est son colossal succès, 11 millions de spectateurs et une foule de rediffusions télé. Le film a forgé, pour des générations, des mythes, des légendes et acquis une dimension historique à laquelle il ne peut pas prétendre."
"Zanuck a fait un show, pas un film d'histoire, avec à chaque séquence l'apparition à l'écran d'un acteur connu. La fidélité avec l'histoire est accessoire"



  •  Désormais... considéré comme un prélude à la construction européenne ?

Cette idée est apparue pour la première fois en 1979, M Plantier, secrétaire d'état aux anciens combattants décrit Overlord comme "Le prélude à la construction européenne". En 2004 , J Chirac, lors de la commémoration indique : " L'idée européenne, les progrès qui l'incarnent, sont en réalité nés ici même. Avec la fin du 3° Reich. Avec le sentiment que nous devions à nos morts de donner un sens  à leur sacrifice, en nous engageant résolument dans la seule voie  qui assurerait la paix en Europe : celle de la réconciliation entre nos deux pays".

Peut-on croire que les alliés ont eu, une seule seconde, cette idée d'être au service d'une future Europe unie ? Abattre l'Allemagne nazie leur suffisait.
De fait ces propos avaient surtout la volonté d'intégrer, les allemands, jusqu' à présent exclus, dans  les commémorations. G Shröder le mesura parfaitement en s'exprimant : "La victoire des alliés n'était pas une victoire sur l'Allemagne mais une victoire pour l'Allemagne"
Et donc, pour la première fois, depuis la fin de la seconde guerre mondiale,  en  2004, pour le 60°anniversaire, sont invités d'une part Vladimir Poutine, le président de la Russie,et, d'autre part, le chancelier allemand. Lors de son discours, le président Chirac a notamment estimé que la présence du Chancelier, Gerhard Schöder, un "moment de très grande émotion", témoignait du "long et patient travail de réconciliation" entre la France et l'Allemagne.
La portée symbolique et politique était évidemment très forte.






Complément
l’introduction d'O Wievorka, lire

La télévision

A l'occasion de chaque anniversaire du débarquement la télévision propose des  éditions spéciales avec reportages, retransmission des cérémonies officielles, diffusion de films dont  le sempiternel "le jour le plus long". Ces rituels apparus dans les années 80 affichent donc un vison spécifique de la deuxième guerre mondiale, en particulier du débarquement qui en devient l'élément phare. Le récit télévisuel devient donc un vecteur de mémoire.


  Lire le détail de cette programmation du 6 juin 2014
et  la programmation sur FR3 Normandie en 2018


L'évolution des reportages

1950 : le débarquement apparaît pour la première fois  à la télévision sous la forme de la présentation au JT d'une commémoration sous l'arc de triomphe par des parachutistes SAS.
1952: premier reportage d'une cérémonie commémorative sur les plages, en particulier Utah et le cimetière de Colleville sont mis en avant.
Cela va désormais se perpétuer mais toujours selon la même forme: vue des plages puis plan des drapeaux et enfin  croix blanches du cimetière.



Années 60: arrivée de "reportages" (1955, 1960,163) qui diffusent des images d'archives du débarquement avec un spécial "Cinq colonnes à la une" en 1959 qui propose "Nés le jour J" avec des images montrant la violence du combat et des témoignages.
Si le rôle et le sacrifice des américains est désormais mis en valeur lors du débarquement, les mérites de la France dans la libération est toujours souligné.

=> 1950-1963 : un manque d’intérêt pour la part américaine dans la guerre, mais les cérémonies du souvenir ramènent au petit écran les uniformes américains et la violence des combats

1964 :Pour le 20° anniversaire, la télévision retransmet en "eurovision" les cérémonies commémoratives bien que De Gaulle refuse d'y participer.

et "Cinq colonnes à la une" diffuse un reportage atypique qui évoque pour la première fois les civils tués par les tirs américains  et les normands suspects  arrêtés et emmenés au RU. Ici pas d'héroïsme américain, l'anti américanisme ambiant y contribue !
Années 1970-80: Désormais le caractère international des troupes engagées apparaît dans les reportages avec la diffusion "la bataille de Normandie" dans la série "les grandes batailles".
1974:Pour le 30° anniversaire, l' émission "24 heures sur la une" animée par L Zitrone en direct du cimetière de Colleville  présente toutes les opérations militaires mais en insistant sur le rôle des américains et leurs pertes, notamment à Omaha Beach. Désormais les enjeux politiques s'effacent, tous les aspects et enjeux du débarquement sont présentés  mais progressivement le rôle des américains est mis en avant

1964-1974 : les relations entre  de Gaulle et l’Américain Johnson sont glaciales aussi le petit écran ostracise 
l'Amérique un peu trop puissante.

Depuis 1980:  C'est la fin des enjeux politiques, l'image des USA s'améliore.  De plus l'impact de la télévision est grande  (chaînes privées) au moment ou se diffusent de plus en plus de séries et films américains. Désormais de grandes commémorations officielles sont  diffusées en direct ce qui entraîne  la multiplication de reportages, documentaires, rediffusion de films à la télévision.

Que montre-t-on désormais à la télévision  à l'occasion des commémorations?

Désormais avec des moyens techniques puissants la télévision varie ses reportages qui montrent :
-les préparatifs des commémorations prétexte à faire le portrait  des vétérans qui déambulent dans le cimetière ou rappeler les préparatifs du débarquement.
-les plages  avec la mise en avant d'"Omaha la sanglante", expression systématiquement énoncée, avec  en surplomb le cimetière qui devient un lieu central de commémoration. Ainsi Omaha est au coeur des écrans  avec la diffusion d'"Au-delà de la gloire" de Samuel Fuller en 1984, "Omaha mon amour" dans Envoyé spécial en 1994,  et le documentaire  de témoignages "Big Red Omaha" en 2004. Les autres plages passent inaperçues : Utah est la mieux représentée,  Juno, plage canadienne est toujours oubliée, Sword est l'occasion d'évoquer le commando Kieffer avec ses 177 français que les anglais ont laissé débarquer en premier.
-l'action des français : la mise en avant du commando Kieffer est systématique avec les anciens combattants du commando sur le plateau. Le rôle de la résistance est toujours mis en avant, sans oublier les opérations SAS en Bretagne  et l'escadrille "Lorraine". En fait des effectifs français particulièrement faibles...
-Sainte Mère dont les opérations aéroportées  illustrées par des sauts de vétérans et la parachute accroché au clocher  attirent toutes les télévisions et Arromanches, seul site, sans action militaire, qui montre des vestiges du débarquement, mais qui a joué un rôle mineur  de port pendant l' été 44.
- des témoins  sont toujours présents dans les reportages,  ils confirment courage et intrépidité dont ils ont fait preuve avec en arrière plan l'image du cimetière. Toutefois ces héros, toujours modestes, évoquent leur peur et, avec d'inévitables larmes, leurs camarades perdus.

Le débarquement est bien devenu l'épisode le plus traité à la télévision avec la mise en valeur systématique  d'Omaha et son cimetière ainsi que Sainte Mère :  inévitablement ces choix induisent le rôle prééminent des américains, surtout dans l'action militaire...
Mais faut aussi s'interroger sur l'impact de la production cinématographique américaine dont la télévision abuse avec ses rediffusions.


Omaha omni présente. 
En 1984, Les Dossiers de l’écran sur Antenne 2 intitulés « Le débarquement de Normandie, ils arrivent » utilisent pour illustrer le sujet le film Au-delà de la gloire de Samuel Fuller (1980), qui aborde ce que vécut une division américaine sur la plage d’Omaha. 
Le 2 juin 1994, Envoyé spécial diffuse un reportage intitulé « Omaha mon amour »(Roche, 1994). 
Dix ans plus tard est programmé le 4 juin 2004 le documentaire « Big Red Omaha » consacré aux témoignages des vétérans de cette division américaine. Celui-ci est également diffusé le lendemain dans Les Repères de l’Histoire à La Cinquième. La plupart des témoins qui viennent raconter derrière les caméras leur jour J sont des anciens d’Omaha. 
La télégénie d’Omaha réside à la fois dans le drame qui s’est joué sur cette plage et dans l’enjeu que cela représentait.


De l'influence  et l'emprise du cinéma

Chacun connaît et visualise  les épopées glorieuses des Gi's à Omaha,  des parachutistes à Sainte Mère, des bérets verts de Kieffer à Ouistreham,  d'un joueur de cornemuse sur Pégasus Bridge  à Bénouville sans oublier les résistants qui écoutent la BBC et font sauter ponts et lignes de chemin de fer. D'où viennent ces  récits  glorieux inscrits dans la mémoire de tous les français  qui en font  les marqueurs de l'histoire qu'ils se représentent du débarquement?
Depuis 1962, avec le film médiatisé "Le jour le plus long " puis , plus accessoirement, avec  "Il faut sauver le soldat Ryan" en 1998,  nous trouvons ces évènements et personnages anecdotiques ; ils sont  toujours montrés et systématiquement repris  par la télévision dans les documentaires, commentaires de journalistes, rediffusions de films.. d'autant que les chaînes se sont multipliées. 
Le plus grave  consiste à reprendre  les images de film pour illustrer le débarquement ce qui désormais se pratique couramment. C'est  plus percutant de montrer à l'écran ce type d'images émotionnelles que d'offrir des images ou films d'archives où  inviter une historien.  Ces extraits de cinéma sont devenus la référence, la représentation des évènements du débarquement,  que des millions de français vont ingurgiter régulièrement pour s'imprégner d'une histoire falsifiée qui se résume  à des clichés anecdotiques imaginés par le cinéma américain.



Quand le cinéma incarne l'évènement, des exemples

-1984,  au  JT de la deuxième chaîne consacré au quarantième anniversaire du débarquement le générique reprend la scène du Jour le plus long au cours de laquelle le major Pluskat, de son bunker, voit se profiler à l’horizon les milliers de bateaux. Puis  des images du film sont également utilisées pour évoquer, avec les anciens commandos de Kieffer, la prise du casino de Ouistreham.
- Le 25 avril 1994, au journal de France 3 , un extrait du Jour le plus long où l’on voit Bill Millin, le joueur de cornemuse, traverser le pont, est diffusé pour évoquer cet épisode. Le 6 juin suivant, sur TF1, la séquence au cours de laquelle le parachutiste reste accroché au clocher de l’église de Sainte-Mère-Église est utilisée pour illustrer le récit.

- France 2,  le 5 Juin 2004
Pour cette émission spéciale M Drucker et T Ardisson sont à Sainte Mère pour présenter "La nuit la plus longue"... 
 Making of de l'émission 

 T Ardisson : "Regardez où nous sommes. Si vous avez vu ou revu Le jour le plus long, nous sommes au pied de cette petite église mythique, celle du jour J."
M Drucker s'entretient avec le fils du maire de 1944 et présente des documents à l'appui : des extraits du même film !.
Lorsque John Steele est évoqué, le parachutiste, sur les images du Jour le plus long,  « Il avait trente-deux ans, nous dit-on, il était un des plus vieux et il ne sait pas que cette nuit il va entrer dans la légende… Mais ici, à Sainte-Mère-Église, il nous regarde toujours du haut du clocher. »Plus tard pour évoquer Omaha Beach, ce seront des images du Soldat Ryan,  un gros plan de Tom Hanks en surimpression du cimetière  qui seront diffusées et Miche Drucker : "Voilà ce que fut la bataille d'Omaha Beach et le regard de Tom Hanks nous poursuivra longtemps"
Que montre-t-on ? de quoi parle t'on ?  du Jour J .. mais ...dans le film  ou de l'évènement historique ?

En  2004 toutes les chaînes utiliseront ce procédé.

De l'impact  du récit télévisuel sur les français
Le cinéma est devenu la référence, l'évènement originel a disparu derrière la fiction qui illustre la guerre en lui donnant une apparence de réalité au travers  d'images sensationnelles, émotionnelles, d'autant que les acteurs sont célèbres.
Exit les archives du 6 juin : elles ne contiennent que des photos (Capa sur Omaha) et de rares courtes scènes filmées de loin depuis les péniches des gardes côtes américains : rien pour satisfaire la télévision trop avide d'images animées, de visages célèbres, c'est donc le regard de Tom Hanks qui exprime la souffrance et le courage du GI's anonyme des photos.

A force de rediffusions, de la facilité des propos de journalistes reconnus mais incompétents,  les français  ont été abreuvés d'une inculture de masse qui est basée essentiellement, pour évoquer le débarquement, sur
-l'invention ou la transformation d' anecdotes historiques
-la mise en valeur de drames, de héros, de lieux
-l'américanisation du récit qui transfigure l'héroïsme des seuls Gi's et détourne  l'image de la  victoire au seul profit des USA.
-le mérite des (rares)  français ayant participé ce qui flatte l'égo national.

Désormais le récit médiatique de la TV est la référence.


Ces deux films sont des éléments incontournables lorsque l’on évoque le 6 juin 1944. Des millions de personnes en France et  à travers le monde les ont vus. Pour beaucoup,  il s'agit de l'essentiel de leur connaissance concernant cet épisode de la Seconde Guerre mondiale d'autant que la télévision, leur référence, les abreuve  d'extraits de ces films pour illustrer, de façon qui semble significative à la majorité des téléspectateurs, le débarquement de Normandie. De plus cela est plébiscité par les téléspectateurs  et les parts de marché s'envolent !
En 1990, un sondage paru dans Le Monde montrait que 67 % des personnes interrogées affirmaient détenir leurs connaissances sur la Seconde Guerre mondiale des productions télévisuelles dont elles étaient les spectatrices.
Il apparaît clairement que ces œuvres cinématographiques déposent leur empreinte et participent de plus en plus visiblement à la construction du grand récit médiatique du débarquement de Normandie.
La  narration en France du débarquement n'est donc que la résultante de l'imprégnation de la télévision contaminée par le cinéma américain sur les esprits ;  le poids des images et des paroles du petit écran étant sacrés, leur représentation devient le vecteur  de la culture populaire et se révèle dans  le tourisme de mémoire qui intègre parfaitement ces données.

L'historien français Olivier  Wievorka évoque "une histoire magnifiée du débarquement" qui non seulement touche les téléspectateurs, les spectateurs, les visiteurs des sites du débarquement mais qui  est aussi reprise lors des commémorations par les autorités, quelles qu'elles soient.


Quand la TV propose un téléfilm...

A l'automne 2018, France 3 propose un téléfilm policier intitulé " le mort de la plage"... d'Omaha ! bien sûr. L'actrice principale Claire Borotra indique que  ce téléfilm :  "offre une intrigue qui revisite l’histoire, avec ses non-dits et ses secrets. Il donne une autre vision du D-Day. Il révèle le prix de la guerre, «  Le mort de la plage donne une autre vision du D-Day  !"

Quel culot ou plutôt quelle méconnaissance de l'histoire. 
Pourtant, on nous dit  que  le réalisateur "a fait beaucoup de recherches pour ce film. Quand il était en repérages, il a visité des maisons, des domaines, des appartements… et personne n’était surpris par ces histoires de viols. Toutes les familles avaient été plus ou moins touchées par un drame de ce genre."

Une seule critique sur le site "Allo Ciné" qui indique : "Mal joué, mal écrit, mal filmé. Une caricature dégoulinante au service du masochisme historique."

En effet ce téléfilm est navrant, nous n'en retiendrons que quelques points : l'espace géographique derrière Omaha n'est pas respecté et complètement imaginaire "ville de saint Vif !), plus grave les erreurs historiques avec des américains qui bataillent à Caen, le cimetière de "Vierville", un vol de trésor au moment du débarquement, une abbaye fictive, des scènes imaginaires représentant les américains le jour J ou les suivants uniquement au service du scénario... rien de plausible.
Le plus gênant étant certainement la ridicule  scène d'enterrement du Gi dans un cimetière américain improbable, avec les explications stupides  fournies par les auteurs : 



Un minimum de recherche aurait permis de savoir qu'aucun  nouvel enterrement n'est possible dans un cimetière permanent qui est "fermé aux enterrements" 
ainsi Colleville est officiellement fermé depuis le 31 dec 1951, avec toutefois une exception en 2018.
Il est donc  impossible pour un  vétéran de s'y faire enterrer (même la création d'un mausolée leur a été refusée)

Exploiter le mythe d'Omaha  nécessite un minimum de recherches et avoir conscience de la nécessité de s'entourer d'historien pour éviter les énormités. Mais ce n'est que du cinéma!



Alors que faire  pour démythifier?
Cela ne peut être que le travail de l'école et des historiens, qui doit  s'accompagner d'une permanente et intransigeante rigueur de la part des journalistes, médias et réalisateurs  en tout genre. 
D'abord s'informer aux bonnes sources puis travailler et lire.





Compléments et source essentielle
-L’influence de la fiction américaine sur le récit télévisuel français du débarquement de Normandie: "Du Jour le plus long au Soldat Ryan" de Muriel de la Souchère https://journals.openedition.org/communication/4892

Le cinéma

Le cinéma peut-il rendre compte de la réalité et de la vérité de la guerre ?

Parmi tous les réalisateurs américains de films sur la deuxième guerre mondiale, seul le cinéaste  Samuel Fuller a vécu le débarquement  (et son acteur Lee Marvin, dans le Pacifique) lui seul donc peut s'exprimer, à ce propos, pour nous faire réfléchir :

Samuel Fuller, cinéaste américain et  vétéran de la Big Red One ayant débarqué à Omaha le 6 juin:

"De quel débarquement voulez-vous que je vous parle ? Afrique, Sicile ? Normandie ?"

Qu'est-ce qu'un bon film de guerre ? : 

"Un film qui cultive la dignité et non qui pousse au voyeurisme. La guerre, c'est pas du cinéma. Il faudrait que des coups de feu véritables soient tirés dans la salle de cinéma pour que les spectateurs approchent la sensation de terreur que la guerre engendre." 

"Il est impossible de mettre en scène le débarquement du 6 juin 1944 puisqu'on ne peut décemment filmer des mètres d'intestins sur  une plage"

"Ce fut une bataille très dure. Impossible de décrire ce cauchemar. Dans les films de guerre, il y a trop de sang et on sait que c'est faux. Dans mon film, «The Big Red One », je n'ai pas pu filmer ce qui s'est réellement passé sur la plage car, en réalité, il n'est pas possible de filmer cette horreur-là. Et il ne faut pas mentir dans ces cas-là. La chose la plus importante que je veux dire ici, ce n'est pas tellement la manière de tuer ou de survivre. C'est qu'on fait partie de quelque chose que les gens ne peuvent pas comprendre, qui s'appelle la guerre : c'est une folie complètement organisée."



Olivier Giesbert, écrivain français évoque son père, GI ayant débarqué à Omaha le 6 juin  dans le roman autobiographique "L'américain" qui  nous offre des pages terribles évoquant le débarquement  de son père. Retenons son propos sur le cinéma :

"Un soir  nous avions décidé, maman et moi, d'aller voir, en dépit de ses objurgations, "Le jour le plus long" de Zanuck  au Studio Venise d'Elbeuf. Alors que nous étions sur le pas de la porte, il avait tenté une dernière fois de nous dissuader :
-On ne devrait pas avoir le droit de montrer le débarquement au cinéma. C'est indécent.
-Mais c'est l'Histoire, dis-je. Presque de l'histoire ancienne.
-Non, c'est du blasphème envers tous ceux qui sont morts au combat. Un film ne dira jamais la vérité : pendant le débarquement, on se chiait et on se pissait dessus de trouille. Oui, tous. Moi compris"
... J'ai  compris ce soir là  que mon père était mort le jour du débarquement. Bien sûr, cela ne l'empêchait pas de vivre..."


Bernard Dargols, GI franco-américain : "Pour moi, la guerre n’est pas un roman qu’on lit dans un bouquin. Ni un film tourné à Hollywood. C’est un truc terrible…"

Le débarquement, ce n'est vraiment pas du cinéma.

Le cinéma ne peut que trahir et travestir la vérité  historique parce que son but  est de montrer un spectacle rempli d'émotion, de drames et de suspens. Cela se réalise par
-par la forme (artifices de cadrage, mise en scène, montage, esthétique...)  qui implique des choix, des points de vue
-par le choix  et le jeu des acteurs : des stars (distributions souvent impressionnantes) mises en valeur à chaque plan qui doivent capter et séduire  un public qui les attend
-par la structure : assemblage de scènes qui montrent tous les protagonistes (américains, allemands, français...) en temps réel afin de multiplier les points de vue et donner l'illusion de réalisme et donc de vérité
-par la présence de musique, bruitage, de voix des acteurs dans les diverses langues pour donner l'illusion du réel
-par les décors spectaculaires mais faux : images fantaisistes, artificielles tant les lieux de tournage sont loin de la réalité mais bien masqués par les cadrages
-par l'impossibilité de montrer une vérité qui n'est pas "unique mais fragmentaire et multiple" ; il faudrait de multiples films pour essayer d'approcher une vision proche de la réalité dans une scène, d'autant qu'il n'existe pas de références en dehors des rares  photos de Capa.
-par des trahisons  qui dissimulent les vérités historiques reconstruites ou les embellissent, souvent assumées par le réalisateur comme Zanuck qui indique 
"le message que doit percevoir le spectateur est celui de la vérité historique: non seulement vous allez voir le plus grand film de guerre de toute l’histoire du cinéma, mais ce que vous verrez est authentique"



Le débarquement : un sujet cinématographique idéal





En  2014, le Figaro titre "D-Day : le débarquement en 10 films culte" et réalise un sondage : votre film préféré du D Day !
Ouest France publie un ouvrage "Hors série" de qualité " Le débarquement au cinéma" avec plus de 50 films présentés.

En effet, un  réalisateur  peut-il rêver d'un scénario plus épique?  un affrontement international, les éléments terre-air-mer réunis à l'écran,  des sites grandioses entourés  d'une ligne infranchissable, le Mur de l'Atlantique,  des stratèges brillants qui s'affrontent : Eisnhower et Rommel, des  milliers de héros issus d'horizons variés, GI's courageux (Omaha), des exploits (Pointe du Hoc, casino de Ouistreham), des marins et des parachutistes (clocher de Sainte Mère), un port mythique (Arromanches), même de  courageux  français (résistants, commando Kieffer), au final, la victoire mais aussi  des morts (cimetière de Colleville). Tout pour faire un film de guerre spectaculaire avec tous les ingrédients pour dramatiser aussi bien des actions individuelles que générales, avec le moment fort que tout le mode attend : le débarquement dans le sang à Omaha.

Ce D-Day devient  une épopée, trame idéale pour les cinéastes après la guerre, un  source inépuisable d'inspiration pour les scénaristes.
Trois films de référence émergent, ils nous serviront de support  en tant que film de guerre car ils traitent tous  du débarquement et  reconstituent "Omaha"

-"Le Jour le plus long" de Zanuck  en 1962, premier film américain à évoquer le débarquement en Normandie 
-"Au delà de la gloire" de Samuel Fuller (1980)
- "Il faut sauver le soldat Ryan" de Spielberg (1998)

 Mais il existe une quantité d'autres films (une centaine ?)  qui traitent du sujet  sous diverses  formes: 
-docu-fiction, reconstitution historique avec "le 6 juin à l'aube" de J Grémillon (1946) premier film méconnu et "Au delà de la gloire" de Samuel Fuller (1980) film terrible sur la violence de la guerre vécue par le réalisateur.
- hommage... à la résistance "La Bataille du rail" de René Clément en 1946 qui prend beaucoup de liberté avec l'histoire à Paris avec "Paris brûle-t-il" (1966) de R Clément fresque pompeuse bien mise en scène avec une super distribution

- biographie avec "Patton" (1970) et "Rommel" (2012), "le guerrier d'Hitler"
- tragique avec "Far Away"(2011),  et "Les Femmes de l'ombre"(2008)
- humour, comédie comique avec "Le Mur de l'Atlantique" (1970) et la série de la  "La Septième compagnie" (3 films en 1973/75/77) avec beaucoup d'entorses à l'histoire, et même parfois de la vulgarité pour des héros franchouillards 
-intimiste : les films de Lelouch ("Les Misérables", "Mariage") et  "5 jours en Juin" 1989 de Michel Legrand
-prémonitoire..."Un singe en hiver" (1962) , Jean Gabin décide d'arrêter de boire. C'était la fin d'un monde et l'avènement d'un nouveau.
 -série américaine à grand spectacle "Band  of brothers"(2001)  de Tom Hanks


Sont-ils de  bons films de guerre ?


"Au dela de la gloire" de Samuel Fuller (1980)
Voir la présentation de Wikipédia

Le film suit l’avancée des troupes américaines, en fait un groupe de soldats de la 1ère DI US, (The Big Red One) depuis le débarquement en Afrique du Nord jusqu’à la libération des camps en Tchécoslovaquie


Histoire du film 
Samuel Fuller a le projet de porter à l’écran ses souvenirs de guerre. Il ne veut pas restituer l’horreur de la guerre et écrit une fiction qui sans budget suffisant n'aura pas une une ampleur spectaculaire. Fuller choisit un style intimiste et concentre son propos sur un groupe de quatre hommes commandés par un sergent. Fuller, “raconte des vies fictives inspirées par des morts réelles”. 
D'ailleurs, aucun des long-métrages de Samuel Fuller n’adaptent un fait réel.

La vision d'Omaha
Le débarquement à Omaha à mi-film, est la plus longue des trois séquences consacrées aux débarquements, près de 8 minutes.  Fuller n’a pas les moyens de montrer l'ampleur du débarquement  :  les fortifications  allemandes sont peu  visibles, un même plan sur un seul navire est utilisé à plusieurs reprises pour représenter l’ensemble de la flotte. Le réalisme  est  atteint  en montrant  la progression des GI's dans une eau rouge de sang, pris sous le feu ennemi, incapables d’avancer ou de reculer, filmée en plans serrés et en gros plans. Certains plans sont la reproduction des photos de Capa. Instabilité de l’image et confusion sonore plongent le spectateur au cœur de l’action et le  rapproche de l’action.. À plusieurs reprises on voit une montre au bras d’un soldat flottant dans l’eau,  destiné à suggérer l’horreur d’une guerre que Fuller ne veut pas ou ne peut pas montrer à l’écran.

La percée des défenses ennemies, est l’un des moments les plus intenses du film car il faut se frayer un passage dans des barbelés. Fuller fait renaître à l’écran ce qu’il vit à Omaha. Il revint à Fuller d’informer le colonel Taylor qu’une brèche avait été faite et c’est à ce moment là que le colonel fit sa célèbre déclaration:
"There are two kinds of men out here!. The dead! And those who are about to die! So let’s get the hell off this beach and at least die inland."

Fuller parvient à restituer avec une grande justesse de ton, la peur, le sentiment de solidarité, l’absence de repères, la frontière fragile entre courage et couardise.
Malheureusement, le film actuel  ne correspond pas au projet initial de Fuller. Après un premier montage, The Big Red One durait 6 heures puis fut  réduit à 4h 30 et la version commercialisée à 1h 53.

"Le Jour le plus long" de Zanuck
Voir la présentation  sur Wikipédia qui liste erreurs et approximations...



Ce film traite du  déroulement global du Jour J  : préparatifs, scènes de guerre en plan large, dialogues militaires...avec des effets loupes sur des épisodes secondaires qui n'ont eu aucun impact sur la victoire mais qui sont devenus (par ce film)  aujourd'hui des moments et lieux cultes du débarquement : Pointe du Hoc, clocher de Sainte mère, casino  de Ouistreham, Pégasus Bridge à Bénouville.

Histoire du film 
Zanuck, décide d’adapter à l’écran le best-seller de Cornelius Ryan (1959), The Longest Day. Producteur indépendant, il a le dessein de réaliser un film de guerre authentique Il veut s’assurer la collaboration de Cornelius Ryan et lui propose un contrat mirifique. Très vite Zanuck comprend qu’il ne pourra pas travailler avec Ryan qui ne supporte pas que l’on trahisse son œuvre.

En fait, le récit de Ryan n’est pas de nature historique :d'ailleurs il n'est pas historien, ne consulte pas les  archives et se contente de  donner la parole aux différents acteurs et met en scène une réalité qui s’appuie sur une multiplicité de points de vue. Le résultat est un habile assemblage qui s’appuie sur des faits authentiques, mais c’est une reconstruction, une représentation.

L’adaptation de cet ouvrage au cinéma implique des choix, une dramatisation et, fatalement, une trahison, assumée par Zanuck, mais soigneusement dissimulée au spectateur qui va voir le plus grand film authentique, de guerre de toute l’histoire du cinéma,

C’est d’ailleurs ce qui justifie la présence de conseillers militaires au générique du film. Ils sont les garants de la vérité historique. Le choix du noir et blanc, choix dicté par des impératifs financiers, vient renforcer cet effet de réel comparable aux actualités de l’époque.

 Les scènes du débarquement seront filmées en Corse avec la participation de la 6e flotte. Les autres lieux de tournage seront la Normandie, l’île de Ré et les Studios de Boulogne-Billancourt. Fait rare au tout début des années 60, le film va sortir en version originale, respectant ainsi la langue de tous les participants. Puisque les voix sont vraies, il n’y a pas de raison de douter du reste: les images “parlent vrai.” avec les stéréotypes : décontraction de l’Américain, flegme anglais, arrogance de l’Allemand, panache ou roublardise du Français. Filmer avec réalisme (cris, corps mutilés, sang) n’aurait pas été conforme aux stéréotypes de la guerre à l’écran en 1960 et, passer outre, aurait été une erreur commerciale impardonnable.

Ce film est  détesté par les historiens, en effet,  simplifications, exagérations
faits erronés, exagérations, approximations volontaires, accessoires ou matériels anachroniques, décor fantaisiste le transforment en une "mémoire de pacotille" dont le parachutiste du clocher de Sainte Mère,  la prise du casino de Ouistreham par le commando Kieffer, la cornemuse de Bill Millin sur Pegasus Bridge en sont  les aspects les plus significatifs

Le débarquement, transformé, arrangé, mythifié à l’écran, dans les années 60, est un gage de succès au box-office.



La vision d'Omaha

Le jour le plus long  présente les trois phases préliminaires du débarquement  : l’attente, la nuit, le jour.  Pour accentuer l'intensité dramatique des  morceaux de bravoure  sont présentés, ainsi pour Omaha où se joue l'affrontement décisif et final,  : l’arrivée sur la plage (ridiculisée  par les cris de guerre), Cota qui mène l'assaut sur la plage avec ses hommes qui utilisent les torpilles bangalores pour avancer, la conquête de la Pointe du Hoc, le dynamitage du mur de béton sur la plage d’Omaha (pure invention de Zanuck). Alors que Utah, Gold, Juno et Sword ont droit à une séquence chacune, Omaha est traitée en quatre séquences.  Toutefois partout la mort est tenue à distance, des silhouettes s’effondrent dans le sable en silence, les blessés ne gémissent pas,  le sang ne coule pas, la douleur est absente de l’image et du son. Une vision bien aseptisée.
A la décharge de Zanuck,  le film bénéficie d'un prêt (collaboration du Pentagone pour le prêt de matériel et personnel) à condition "d'atténuer et minimiser la dramatisation des morts individuelles, d'éviter les bains de sang". D'ailleurs  une scène de la pointe du Hoc sera incriminée mais finalement conservée malgré le reproches du pentagone "une scène contestable" (des soldats allemands qui se rendent mais sont abattus par des GI's qui ne comprennent pas les paroles allemandes)

Comme beaucoup de films, le jour le plus long constitue, surtout dans le contexte de la guerre froide, une célébration des valeurs libérales, du respect de la hiérarchie militaire, de la solidarité et du sacrifice commun



"Il faut sauver le soldat Ryan" 
 de Spielberg (1998)
Voir la présentation sur Wikipédia

Il s'agit d'un film de guerre et d'action dramatique inspiré de l'histoire vraie et atypique des frères Niland. Toutefois ce sont les 22 premières minutes du film qui reconstituent l'assaut "réaliste" des GI's;de la plage d'Omaha qui en fit la réputation. En effet des images saisissantes accompagnées d'effets visuels et sonores plongent le spectateur dans l'horreur de la tragédie de cette bataille, ce qui la mythifie encore plus



Histoire du film

Steven Spielberg, né en 1947, n’a pas connu la guerre, mais les récits de son père, qui débarqua en Normandie  ont bercé son enfance, il s’est constitué sa propre mythologie, entre nostalgie, cauchemar, héroïsme. La fascination de Spielberg pour la deuxième guerre mondiale se retrouve dans ses œuvres plus légères comme la trilogie des aventures d’Indiana Jones mais surtout dans son œuvre majeure :La Liste de Schindler, 1993

Il faut sauver le soldat Ryan est un projet qui lui tient particulièrement à cœur d'autant qu'il a son indépendance financière. et qu'il assume ses choix narratifs ou esthétiques, indifférent aux impératifs commerciaux.


La vision d'Omaha



 La désormais célèbre séquence du débarquement à Omaha a été tournée en quatre semaines sur une plage d’Irlande. De nombreuses péniches - les ‘Higgins boats’ - rescapées du débarquement de 1944 furent utilisées ainsi que 750 soldats de l’armée irlandaise.
Spielberg filme la séquence dans sa continuité, accompagnant les hommes en un mouvement saccadé au ras de l’eau, au ras du sable tandis que sifflent les balles sans avoir recours à un story-board et s' approche de l’improvisation.

Le spectateur devient   prisonnier sur la plage, pris entre le feu de l’ennemi et la marée humaine que les péniches ne cessent de déverser. Plans réalistes sans complaisance sur les blessés : un homme ramasse son bras, un autre hurle de douleur, les tripes à l’air, un visage déchiqueté par une balle. Le chaos, la fiction est  perçue comme réalité.

Progressivement  le spectateur identifie un groupe d’hommes emmené par le capitaine Miller (Tom Hanks). L’ennemi  mitraille les plages méthodiquement des silhouettes anonymes. Spielberg reprend l’épisode de la percée des défenses ennemies,en  
utilisant des "bangalores", morceau de bravoure puis l’assaut du bunker.
La bande-son, pourtant riche et diversifiée,  est dépouillée de tout effet inutile.  
Deux séquences prises sous l’eau font monter l’intensité d’un cran  : le sifflement des balles est atténué, mais le sang gicle et “teint la mer d’un rouge écarlate”. Lorsque les soldats  parviennent à échapper à l’enfer sous l’eau, ils se retrouvent sur la plage sous la mitraille : verticalité et horizontalité également meurtrières enserrent le destin des hommes.
La fin de la séquence est amorcée par  un plan d’ensemble sur la plage, la caméra s’attarde sur le  soldat  Ryan S. Désormais la fiction reprend ses droits.
La séquence du débarquement est devenue un extraordinaire morceau d’anthologie. Les spectateurs, de même que la critique, en ont salué le réalisme. Mais le film a été en quelque sorte victime du succès de cette séquence qui semble avoir éclipsé d’autres moments du film.
En particulier le prologue élégia
que avec le drapeau éclairé, la scène de recueillement, la solitude du ‘vétéran’ face à la douleur remémorée. Spielberg rendre hommage, assume son rôle de chroniqueur des valeurs américaines 


Les historiens et le cinéma
 Antony B
eevor :  "Les vingt premières minutes de ce film sont très réalistes et impressionnantes, mais, pour le reste... Il y a quelques années, Newsweek m'avait demandé un article à ce sujet. Ce que j'ai écrit a tellement surpris qu'il a été décidé de ne pas me publier. C'est un catalogue de clichés hollywoodiens: le lâche devient d'un coup très courageux, le cynique commence à pleurer... Cela dit, on ne peut attendre du cinéma qu'il respecte les critères de l'Histoire."
"
Le cinéma peut produire auprès du public une confusion entre le fait (fact)  et la fiction puisq'on y puise son inspiration, jusqu' à déboucher  sur une genre hybride "la faction".

Dominique Briand :  "Le traitement de l'évènement par le cinéma qui le présente "américanisé", "omahaïsé"  fabrique une certaine vision de l'histoire". "Il faut corriger les conceptions des visiteurs qui restent encore sur les plages normandes avec  dans le rêve éveillé ou plutôt le cauchemar,  que la 7° art a su produire."

Jean Quellien :"Les contrevérités historiques qui circulent depuis plusieurs années viennent en très très grande partie d'un film que tout un chacun a vu et revu qui est "Le jour le plus long", qui est pour un historien une véritable horreur L’impact du film est d’avoir pollué les mémoires. Depuis qu’il est sorti, tout le monde a répété ce genre de légende". 
"Ce que je reproche  finalement le plus  au film, c'est son colossal succès, 11 millions de spectateurs et une foule de rediffusions télé. Le film a forgé, pour des générations, des mythes, des légendes et acquis une dimension historique à laquelle il ne peut pas prétendre."
"Zanuck a fait un show, pas un film d'histoire, avec à chaque séquence l'apparition à l'écran d'un acteur connu. La fidélité avec l'histoire est accessoire"



Parmi ces contrevérités démontées par l'historien, certaines relèvent de l'anecdote comme l'histoire du parachutiste accroché au clocher de Sainte-Mère-Eglise, d'autres sont essentielles à la compréhension de l'histoire comme l'opposition de De Gaulle à l'implantation d'un gouvernement américain en France ou le rôle du port artificiel d'Arromanches.


Dans le viseur de Jean Quellien

Sainte-Mère-Eglise et du para américain resté accroché au clocher de l’église.
« Qui ne connaît l’histoire de John Steele, ce parachutiste de la 82e Airborne », interroge Jean Quellien. « Pourtant, un autre parachutiste est tombé sur l’église. Il s’appelait Ken Russell. Et il est formel : les deux hommes se sont retrouvés accrochés du côté de la petite rue et pas du côté de la place. Dans le film, on voit Steele qui assiste au massacre de ses camarades. Or, il ne pouvait pas voir les combats du côté où il était. Devenu un héros, Steele n’a jamais remis en cause cette version ». Ce fait, ignoré dans le film de Darryl Zanuck, l’est aussi du grand public.

Le port artificiel d’Arromanches. 
Le port artificiel d’Arromanches. Souvent présenté comme une des clés de la réussite du Débarquement, le port artificiel construit le 7 juin n’a finalement pas eu l’impact que lui prêtent les livres d’histoire. « Le port artificiel d’Arromanches ne représente même pas la moitié du trafic anglais. C’est 15 % du trafic anglais lors du Débarquement. Omaha Beach, privée de son port artificiel, représente deux fois le trafic d’Arromanches. Les Américains, plus pragmatiques que les Anglais, sont revenus à des méthodes moins sophistiquées », explique l’historien Jean Quellien. Contrairement au port « Mulberry A » de Saint-Laurent-sur-Mer, sur Omaha, le « Mulberry B » édifié devant Arromanches n’a pas été détruit par la tempête du 19 au 22 juin 1944. Alors que les navires LST (landing ship tank) – avec leur fond plat et leur étrave ouvrante – ont permis de débarquer 13 500 tonnes de matériel par jours directement sur les plages lors de la dernière semaine de juin 1944, Arromanches n’a permis de débarquer que 3 500 tonnes de matériel en moyenne durant la même période.


Pas de « Stalingrad » en Normandie
« En réalité, les armées allemandes n’ont pas été détruites comme on l’a souvent dit et écrit. Sur l’ensemble des troupes menacées d’encerclement vers la mi-août, les deux tiers ont réussi à échapper au piège. La comparaison avec Stalingrad est abusive », explique Jean Quellien.
Il n’en reste pas moins que la Poche de Falaise a été un des « Plus grands champs de tuerie qu’aucun secteur de la guerre eût jamais connu », témoignait le général d’armée américain Eisenhower. Le 22 août au matin, la Bataille de Normandie est terminée. « La Bataille de Normandie est terminée, certes, mais la bataille en Normandie continue. La Basse-Normandie devait être libérée en trois semaines, il en faudra douze ».

La Pointe du Hoc, à Cricqueville-en-Bessin.
 « La grande question, c’est pourquoi les Américains ont donné l’assaut ». Les Allemands avaient positionné 6 canons à la Pointe du Hoc, un éperon rocheux qui s’avance dans la mer, situé sur le territoire de Cricqueville-en-Bessin. L’un des canons a été détruit par l’aviation le 15 avril. Les cinq autres ont été reculés à l’intérieur des terres. « Ce déménagement nocturne ne passe pas inaperçu. La résistance locale est alertée par les habitants d’une ferme », indique Jean Quellien. L’information parvient à Guillaume Mercader, responsable du réseau de résistance Centurie pour le Bessin. Le futur directeur du journal La Renaissance (de 1968 à 1980) estime que l’information est capitale. Elle est transmise aux alliés. « Ils décident de maintenir l’opération qui doit être conduite par un major. Ce dernier sait qu’il va envoyer ses hommes à la mort pour rien et - alcoolisé - il commence à l’ébruiter. Il est relevé par le lieutenant-colonel Rudder lui-même ». 200 rangers se lancent sous son commandement à l’assaut de la Pointe du Hoc. « L’opération n’a pas été inutile comme on l’a parfois dit puisque les canons avaient été remontés en position de tir ».


Omaha Beach. 
La plage bordant Vierville-sur-Mer, Saint-Laurent-sur-Mer, Colleville-sur-Mer et Sainte-Honorine-des-Pertes n’a pas volé son surnom d’Omaha la sanglante. A Omaha, les pertes (blessés, tués et portés disparus) ont été plus importantes que ce que l’on en a dit (3 000). « Tout s’est conjugué pour que ce soit un carnage : 4 000 hommes perdus. L’endroit ressemble à un piège, avec les falaises d’un côté, la mer démontée de l’autre. 35 000 hommes ont débarqué en plusieurs vagues sur une plage parsemée de défenses. Les Allemands sont quelques centaines, bien distribués sur la falaise, en position de force », souligne Jean Quellien.

8 000 morts dans le Calvados
Le mardi 6 juin 1944 marque le début de la reconquête de la liberté de l’Europe. Et celui du martyre de la population normande à la merci des bombardements alliés et des tirs de l’artillerie de marine destinés à chasser l’ennemi ou éteindre les poches de résistance « comme à Trévières ou à Isigny. Leurs obus disloquaient toute contre-attaque ». La Bataille de Normandie, c’est 8 000 morts civils dans le Calvados, 20 000 en Normandie. « C’est la seule population française à avoir souffert autant », souligne Jean Quellien. « Au cœur de la bataille, on compte 2 millions de soldats alliés et un 500 000 Allemands alors que la Normandie compte un million d’habitants ».


Conclusion:
-Peut-on rendre compte de la réalité du débarquement sans trahir, travestir. Quelles sont les sources visuelles ? Les rares photos de Capa à Omaha Beach, dont seules 10 (sur 72) sont  publiées dans Life le 19 juin 1944, celles que la mémoire collective a retenu, représentant la première vague d'assaut dans les vagues. Les autres vues plus générales de la plage sont rarement représentées.

Les  films d'archives américaines, sont rares surtout pour le 6 juin, toutefois ils existent et  nous en présentons 38. Récemment ARTE a diffusé un document exceptionnel et incontournable qui démystifie ces archives  :1944. Les images du Jour J | Mystères d'archives.Quel réalisateur de cinéma s'est réellement inspiré de documents d'archives pour son film ? 


Déjà la réalisation d'un film implique des choix  d'acteurs (stars), de lieux de tournage, de cadrage, de mise en scène, de montage qui  tronquent  même une bonne volonté. Faut-il représenter le sang, la souffrance, la peur, en un mot, tl'horreur de la guerre ? Il y a donc de multiples représentations de ce débarquement : fragmentaire,  documentaire, réaliste, aseptisé...

-Aussi a-t-on trois visions d'Omaha : 
Spielberg  présente un combat confus où  la mort est omniprésente.  Le réalisme est fort, le débarquement d'Omaha Beach est cru, dramatique, sanglant, insoutenable, inhumain.. .
Fuller présente un  débarquement  réduit au strict minimum par raison budgétaire. Sept hommes meurent les uns après les autres en tentant de percer une brèche dans des fers barbelés jusqu'à ce que l'un deux réussisse. 
Zanuck présente des morceaux de bravoure  bien aseptisés et surtout bien inventés comme   le dynamitage du mur de béton sur la plage d’Omaha.

-la représentation du débarquement pour le grand public est associé aux  deux super productions qui mythifient et américanisent le débarquement. La fréquentation touristique actuelle le montre : que recherche-t-on aujourd'hui ? au cimetière de Colleville, les frères Ryan, à Sainte Mère, le clocher avec son parachutiste, ... en fait, clichés et  anecdotes du débarquement mis en valeur par le cinéma américain.

Nota : les parties  intitulées "Histoire du film" sont  extraites ou résumées de Jacques Lefebvre  :  "À l’assaut du réel: images du débarquement du 6 juin 1944"



COMPLEMENTS


Reflexion sur le cinema et le debarquement
-L’influence de la fiction américaine sur le récit télévisuel français du débarquement de Normandie: "Du Jour le plus long au Soldat Ryan" de  Muriel de la Souchère https://journals.openedition.org/communication/4892

-Jacques Lefebvre :  "À l’assaut du réel: images du débarquement du 6 juin 1944" http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=365

-Cinéma et propagande aux USA https://www.infoguerre.fr/fichiers/hollywood_propagande.pdf

Samuel Fuller
https://www.parismatch.com/Actu/International/Debarquement-normandie-Kill-nazis-Kill-nazis-567369
https://revusetcorriges.net/2018/02/04/au-dela-de-lhistoire-the-big-red-one-de-samuel-fuller/
https://revusetcorriges.net/2018/01/02/samuel-fuller-sans-espoir-de-retour/

https://cscottrollins.blogspot.com/2012/10/samuel-fuller-from-omaha-beach-to.html
https://next.liberation.fr/cinema/2018/01/05/samuel-fuller-histoires-de-la-violence_1620641
https://www.liberation.fr/medias/1995/06/09/planete-20h35-un-americain-en-normandie-50-ans-apresde-bruit-et-de-fuller-sur-le-sable-d-omaha-beach_135084 https://www.lexpress.fr/informations/samuel-fuller-allez-mourir-plus-loin_607410.html


Analyse de films
Ryan
https://www.dday-overlord.com/filmographie/il-faut-sauver-le-soldat-ryan
https://www.dday-overlord.com/filmographie/le-jour-le-plus-long
http://www.ac-grenoble.fr/webcurie/pedagogie/histgeo/jpm_film/1STG2_ryan.pdf

Jour le plus long
https://www.cinemalux.org/spip/IMG/pdf/infos_le_jour_le_plus_long.pdf
http://corseimagesethistoire.over-blog.com/2016/12/le-jour-le-plus-long.html
http://www.histoirenormande.fr/le-jour-le-long-tournage-film-histoire-normandie
https://www.rts.ch/info/culture/cinema/8704243--le-jour-le-plus-long-epique-superproduction.html
http://www.erreursdefilms.com/guerre/voir-toutes-les-erreurs-film-Jour-le-plus-long,-Le-JRLG-p2.html
http://www.benoitrondeau.com/?s=jour+le+plus+long
https://cinephagemaniac.blogspot.com/2014/06/le-jour-le-plus-long-d-day.html


Paris brûle-t-il ?
http://www.courte-focale.fr/cinema/analyses/paris-brule-t-il/

Divers
http://stephane.delogu.pagesperso-orange.fr/cinema.html
http://canabae.enseigne.ac-lyon.fr/spip/IMG/ppt/Le_debarquement_en_Normandie_vu_par_deux_films.ppt
http://collegebarbot-arts.over-blog.com/article-fiche-analyse-comparative-soldat-ryan-jour-le-plus-long-69454809.html
http://www.histogames.com/HTML/news/2014/juin/017-le-6-juin-sur-grands-et-petits-ecrans.php



Trahisons et vérités dans le cinéma...

Jean Quellien
https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/jean-quellien-pour-un-historien-le-film-le-jour-le-plus-long-est-une-veritable-horreur-813317.html 

https://actu.fr/normandie/bayeux_14047/lhistorien-jean-quellien-retablit-certaines-verites-sur-le-d-day_1790590.html

Sainte Mère et son clocher
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/la-veritable-histoire-du-gi-suspendu-au-clocher-de-sainte-mere-eglise_1547155.html
http://www.rfi.fr/france/20140604-exploit-conteste-parachutiste-celebre-debarquement-sainte-mere-eglise-day-steele
https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Steele

Bill Billin
https://caen.maville.com/actu/actudet_--bill-millin-un-symbole-fort-du-debarquement-_4-1480487_actu.Htm

Kieffer des héros ordinaires
http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/05/08/01001-20080508ARTFIG00010-un-commando-de-legende-.php