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Contextualiser

Pour comprendre et analyser  cette mythification, il faut la contextualiser  vue :
- par les américains, les français, les anglais...
- selon les divers fronts de la deuxième guerre mondiale
- selon les époques : avant et après la guerre froide, avant et après De Gaulle... De plus chaque amateur d'histoire, selon ses connaissances, sa culture, ses opinions et tendances politiques cherche à y trouver ce qu'il attend, lui faire dire ce qu'il veut, quitte à passer sous silence certains aspects : ce que pratiquent les politiques lorsqu"ils s'emparent de l'histoire.

Ainsi De Gaulle minimise le rôle des alliés, nie l’État français de Vichy, exalte la résistance assimilée au gaullisme ; Pompidou s'exclame après la grâce du milicien Touvier "Allons-nous éternellement entretenir les plaies de nos désaccords nationaux ?" ; Giscard d'Estaing supprime en 1975 la commémoration du 8 mai au nom de la "réconciliation franco-allemande"  ; Mitterrand en 1984 commémore avec faste le débarquement mais H Kohl refuse d'exalter une bataille "au cours de laquelle des dizaines de milliers d'allemands ont péri" alors qu'en 2004 G Schröder dit "La victoire des alliés n'était pas une victoire sur l'Allemagne, mais pour l'Allemagne" ; J Chirac en 1995 déclare que "la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des français, par l’État français". En une phrase, il répudie une partie de l'héritage gaulliste, l’État français -illégitime- ayant bien existé et aidé à la déportation de juifs français. 
O Wiervorka explique  que la lutte entre chaque groupe, selon son vécu de la guerre "enflamme les passions, divisent l'opinion, oblige l’État à intervenir" .


Dans tous les mythes existe une part d'ombre, ce que l'on ne doit pas énoncer et donc passer sous silence : un tabou qui souvent perdure. L'historien Marc Ferro cite volontiers cet exemple : contrairement à ce que l'on pense, les français se sont bien battus en mai-juin 1940, plus de 100.000 ont été tués, autant chez les allemands. Pourquoi ne parle t-on pas d'un combat héroïque ? Pétain ne peut dire que l'armée issue du Front populaire s'est bien battue, De Gaulle n'aime pas les vaincus de 1940. Bilan, on en parle pas. Dans d'autres cas, il peut être difficile de mesure l'impact réel de faits historiques, c'est le cas du rôle de la résistance française en 1944, pour certains c'est un rôle mineur, voire folklorique, pour d'autres, la résistance a été efficace : impossible de se mettre d'accord !


  • Les publications d historiens


    Les historiens apportent chacun  à leur manière et en fonction de leurs objectifs,  un intérêt plus ou moins important au débarquement dans l'histoire de la seconde guerre mondiale : en fait le poids du débarquement se révèle souvent faible 1 à 2% des pages des ouvrages, donc, à leurs yeux,  le débarquement ne représente pas l’élément majeur de cette guerre. C'est également le cas dans les ouvrages scolaires où le débarquement est seulement évoqué en une seule phrase.

    Dans les ouvrages consacrés au D-Day  ou Jour J, les historiens consacrent relativement peu de pages  (4 à 17%) au débarquement en lui même, ils s'attardent davantage aux préparatifs et  à  toute la bataille en Normandie. Quand il s'agit d'évoquer les plages de débarquement, seul A Beevor met le poids sur Omaha (1/3), les autres historiens  ne donnent pas à  cette plage un relief particulier puisqu'ils n'y consacrent que 16 à 21% de leurs pages. Par contre, Jean Quellien, historien normand, insiste  sur la Pointe du Hoc.
    (voir en complément l'article "le coeur du mythe")

    La mythification du débarquement et d'Omaha n'est donc pas l’œuvre des historiens ! au contraire. Olivier Wievorka est pessimiste,  à ses yeux, le mythe empêche les historiens de faire connaître toute la complexité de cet évènement, en effet le cinéma, les musées qui biaisent la réalité ont une trop grande influence en forgeant des représentations qui nuisent à l'histoire réelle.


  • Le débarquement dans la deuxième  guerre  mondiale : quel impact ? 
Le débarquement est considéré comme un évènement majeur, mais pour quelles raisons ? Ce débarquement, même s'il est gigantesque,  n'est pas unique, de plus d'autres suivront ; c'est une bataille de courte durée qui ne fait pas partie des plus meurtrières ; les bombardements sont à oublier ;  pas de bataille de chars,  ni bataille navale, ni bataille aérienne ; très peu de prisonniers ; même si le résultat est une réussite, il demeure assez loin des objectifs ; les forces engagées ne sont pas exceptionnelles (Barbarossa avec 4 M d'allemands face à 3M de russes (?), Koursk avec 2 M de russes face à 1 M d'allemands, Débarquement du 6/6/44 voit 133.000  alliés débarquer  face à 30 à 50.000 allemands,  Bataille de Normandie : 1 M d'alliés (11/06) puis 2 M (21/08) face à 400.000 allemands).

Ce débarquement doit sa renommée  à son ampleur :  la plus grande opération amphibie et aéroportée de toute l’Histoire qui réunit diverses armées avec un potentiel militaire exceptionnel, sans oublier l'impact de l'opération Fortitude ... c'est un fait militaire très spécifique, original, unique et donc  incomparable, devenu mythe, mais cela en fait-il  l'évènement majeur, le tournant ? 



 Quels sont les moments clés de la deuxième guerre mondiale ?


Traditionnellement, on attribue au débarquement un rôle fondamental de "tournant décisif pour la victoire" mais ... tout comme pour la bataille de "Stalingrad" (Juillet 42-Février 1943).  Mais chacun a son idée... Ainsi Churchill à propos de la victoire de Montgomery à la seconde bataille d'El Alamein:

Il faudrait aussi tenir compte du   Pacifique, ainsi Midway qui se déroule le 3 Juin 1942 met un terme à l'avancée japonaise dans le Pacifique (encore un tournant...pour...?) confirmée par Guadalcanal (Février 1943) qui marque la reconquête offensive américaine dans le Pacifique. Dés fin 1942, l'attaché militaire allemand à Tokyo ne croit plus en une victoire possible. Et, pour le Pacifique, des historiens (C Weinberg) pensent que c'est l'occupation de Madagascar par les alliés en 1942 qui, en régnant sur l'Océan Indien, scelle le destin du Reich et du Japon en les empêchant définitivement de faire une jonction. 
Pour le front Est, s'il existe un tournantreconnu, Stalingrad, en fait c'est avant tout un tournant psychologique, car le tournant (basculement) définitif est représenté par la bataille de Koursk, dernière grande offensive nazie à l'est.



Pour l'Afrique, en 1942, les défaites des germano-italiens à Al Alamein couplée au débarquement américain au Maroc et en Algérie (Novembre 1942) suivi en mai 1943 de la capitulation des allemands à Tunis représentent aussi un "tournant" avec la maîtrise de la Méditerannée qui permet de faire le pont vers l'Italie et multiplie les fronts.

Pour l'Europe, d'autres historiens pensent que la défaite des U-Boote ("Black may" 1943) a une importance stratégique majeure pour la bataille de l'Atlantique puisque désormais rien ne peut empêcher un débarquement naval.

Par ailleurs, est-ce qu'une bataille gagnée brillamment (victoires allemandes en France, à Minsk, Kiev) fait la décision, et à l 'inverse, une défaite (Pearl Harbor). Non, isolée du contexte, une bataille n'est rien.
De plus les "tournants" ne sont pas toujours associés à des "batailles", ils peuvent être aussi des décisions qui orientent la guerre vers de nouveaux horizons imprévus, pour l'ennemi :
-en 1940 : Churchill ne dépose pas les armes et Roosevelt le soutient
-1941: Barbarossa surprend mais échoue aux portes de Moscou
-Pearl Harbor fait rentrer activement les USA dans la guerre mais avec cet objectif  imprévu: "Germany first"
-La conférence de Téhéran du 1°décembre 1943 qui scelle un accord militaire et politique "Est-Ouest"


En conclusion, quel rôle attribuer à ce débarquement ? Une réponse difficile à fournir...Tout dépend du contexte de la question et des conséquences que l'on veut en tirer. Si l'on globalise sur l'ensemble des fronts, le débarquement n'a fait qu'accélérer la chute de l'Allemagne nazie qui, en juin 44, a déjà perdu la guerre face à l'avancée irrésistible des forces soviétiques à l'Est, mais va permettre d'apporter rapidement  démocratie et  liberté sur l'Europe de l'ouest, ce qui est loin d'être négligeable !



  • Aux Etat Unis, un D-Day adoré, sacré, mythifié.
National D-Day Memorial  Virginie


Voici quelques explications, certaines reprises de l'historien BM Gordon qui expliquent pourquoi les américains adorent et mythifient le D-Day.

-D'abord, un débarquement réussi, du moins par rapport à tous les autres (Afrique du Nord, Sicile, Salerne, Anzio, Pacifique...) avec un engagement américain très efficace (plus que les anglais ...)

-Le plus grand débarquement de l'histoire avec une opération maritime de très vaste ampleur (156.000 hommes débarquent le jour J) qui atteindra 2 millions de soldats impliqués dans la bataille de Normandie, avec une mobilisation économique importante pour la production d'armes, en utilisant une technologie novatrice dans plusieurs domaines (armes, santé...) ce qui a nécessité un effort de guerre considérable qui a partout mobilisé toutes les populations, y compris des femmes. Aussi, ce débarquement est-il l'affaire de tous, d'un peuple entier fier de sa réussite.

-Un débarquement avec des risques réels malgré la supériorité alliée, en effet tous les débarquement précédents ont montré la difficulté de le réussir, que ce soit dans le débarquement lui même face aux contraintes naturelles, dans l'implantation d'une tête de pont solide, dans la difficulté de repousser les contre attaques et gagner en profondeur avant l'arrivée des blindés. En face, le mur de l'atlantique est une difficulté à affronter d'autant que l'on connaît la pugnacité des soldats allemands. Il faudra cette fois réussir à bien coordonner cette opération complexe qui associe marine, aviation, infanterie. L'inquiétude est réelle.

-Une stratégie exceptionnelle est mise en place. Elle fascine, en particulier le génie de l'opération Fortitude, une grande réussite, l'organisation et la planification des phases de débarquement, la logistique implacable d'approvisionnement indispensable à la réussite. L'idée (ratée) de créer deux ports artificiels se révèle un exploit technologique même si l'inefficacité fut réelle.


-Une décision et une victoire américaines : Les américains ont "gagné" la guerre grâce à ce débarquement en Normandie qu'ils ont toujours voulu et qu'ils ont imposé à Churchill. Roosevelt a toujours clairement annoncé qu'il voulait avant tout combattre l'Allemagne nazie "Germany first" et contenir le Japon malgré l'attaque sur Pearl Harbor. Il faut donc frapper l'adversaire là ou il est le plus fort, donc attaquer l'Allemagne avec un débarquement conséquent, donc faire l'opposé de ce que préconise Churchill: une guerre d'usure.

-Une guerre avec des héros que tout le monde connaît : Roosevelt, Churchill, Eisenhower, Patton, Cotta, Montgommery, De Gaulle, mais aussi Hitler, Rommel.... sans oublier les héros du jour J avec leur "medal of honor"

-Une guerre avec des rebondissements et beaucoup de  tragédies, les ratés de l'aviation et de la marine le matin du 6 juin, l'interminable guerre des haies dans le bocage qui traumatisent les soldats, l'impossible conquête de Caen par les anglais, la percée de Patton à Avranches, les "dégâts collatéraux" dans les villes normandes...et continuellement des allemands qui se battent et ne reculent que in extremis!

-Le D-Day est une très bonne histoire très morale avec les bons (alliés) et les méchants (nazis) "the good war" avec  un "happy end" alors que toutes les autres guerres menées sont plus ambiguës, avec une ligne floue entre le bien et le mal (Guerre du Viet Nam, du Golfe...). De plus, toutes les interventions militaires américaines, et elles sont très nombreuses, ont été contestables (Indonésie, Guatémala, Cuba, Liban, Chili, Nicaragua...). Il faut noter que le sentiment de mener une guerre juste a été renforcé et accru après l'impact de la Shoah sur les esprits.

-Une guerre avec beaucoup de pertes humaines : 215.000 soldats alliés tués ou blessés lors du débarquement et de la bataille de Normandie (beaucoup moins que du côté russe) mais avec de réelles tragédies : pertes de 60% dans les premières vagues à Omaha, Cie A du 116°Rgt (Bedford) avec 90% de pertes. E pourtant les pertes le soir du Jour J sont limitées à 3% des effectifs alors qu'était prévu 7% (sauf à Omaha) ... et donc aujourd'hui un émouvant cimetière mémorial à Colleville avec 9386 tombes.

-Une guerre qui libère un "grand pays ami" la France, que les américains admirent et respectent, pays des Lumières, de La Fayette, pays de la culture, pays de la gastronomie... Aucun autre pays libéré aurait connu le même impact sur le peuple américain

-Une guerre que la France n'oublie pas avec son tourisme de mémoire, mis en place très tôt (R Triboulet), qui attire beaucoup de familles américaines qui apprécient tous ces lieux de souvenirs, tous ces musées, cet accueil lors des commémorations. Une exploitation touristique digne du business américain !

-Une histoire dignement commémorée qui permet aux présidents américains de mettre en valeur la puissance militaire de leur pays, de rappeler l'héroïsme des soldats, présenter le président comme un chef de guerre avec une couverture médiatique remarquable, un atout à la veille d'élections que Reagan, en premier, a su exploiter. En effet, avant les commémorations étaient sobres, militaires et reflétaient avant l'état des relations internationales (Guerre froide, arrivée de De Gaulle...) d'ailleurs Eisenhower n'a jamais assisté à une commémoration, il faut dire qu'il n'en avait pas besoin pour redorer son image.

-Un D-Day immortalisé et glorifié au cinéma dans une des plus grandes superproductions d'Hollywood avec une pléthore de célébrités (John Wayne, Sean Connery...) et tous les mythes possibles désormais indéboulonnables : Clocher de Sainte Mère, Pégasus Bridge, Casino de Ouistreham malgré de trop nombreuses erreurs historiques, des oublis (Juno, Churchill, De Gaulle...), des surestimations (Luftwaffe), un manque d'authenticité et de réalisme de la plupart des scènes qui veulent démontrer avant l'héroïsme et le courage des GI's, et surtout : Qui est le vrai vainqueur !



  • Chacun y porte un intérêt personnalisé !
    • La France 

Ce débarquement grandit le rôle de la France, terre de liberté qui voit arriver ... les libérateurs. Même si De Gaulle a minimisé son impact, oublié les heures sombres au profit de la résistance, mis en avant les rares français ayant participé (Commando Kieffer, Jean Moulin...) pour effacer le pétainisme, la France a su exploiter ce moment historique grâce aux initiatives de  Raymond Triboulet. Désormais la France se met en avant et montre sa  capacité d'organiser d'immenses cérémonies internationales auxquelles participent tous les grands chefs d'Etat, y compris désormais la Russie et l'Allemagne. Elle récupère ainsi  un tourisme de mémoire particulièrement mis en valeur car il est rentable, la France étant championne du monde pour le tourisme.


    • Omaha & les communes
Le débarquement est une chance pour un région sinistrée au niveau de l'emploi, certes le tourisme a toujours existé, autrefois cette plage appelée "Les sables d'or" attirait déjà, il existait même une voie ferrée avec une gare à Saint Laurent. Le cadre est exceptionnel :  une belle plage de sable fin sur  6 km, encore un peu sauvage  avec peu d'habitat, une multitude de souvenirs (musées, plaques, statue...) et deux sites extraordinaires aux deux extrémités, la pointe du Hoc et le cimetière de Colleville. Un site idéal pour les visiteurs pour comprendre le drame du 6 juin. Les éléments sont bien présents pour une mythification relayée par un tourisme de mémoire qui  se développe d'ailleurs un peu trop vite. Les communes sont encombrés de visiteurs  et n'ont pas les espaces dédiés pour les accueillir. On ne sait plus comment garer les bus, les véhicules, les camping car qui posent beaucoup de problème d'accueil (sécurité, ordures...) sans rien apporter au budget des  communes qui voient leurs routes et parking dégradés. Bien souvent le touriste descend du bus,  fait quelques photos des Braves, ramasse un peu de sable et repart vers d'autres lieux...
    • Autres lieux 
La perception du débarquement est très variable selon les lieux. Déjà en France, pour certaines villes normandes,  le débarquement est synonyme de destructions et de morts, dans certaines familles touchées par ces tragédies le débarquement n'est pas un souvenir agréable même si aujourd'hui le temps a passé. 
Dans le sud de la France, on est loin des plages de débarquement:  sur la côte d'azur, on se souvient davantage du débarquement en Provence, dans les Alpes on n'oublie pas les maquis du Vercors, dans le Pyrénées Orientales on est davantage marqué par la  "retirada" et par l'arrivée des "pieds noirs"... Chacun son Histoire.

En Russie, dans la rue,  on ne connaît  même pas  l'existence d'un débarquement en France, quelques réponses : "Le débarquement en Normandie? Je n'ai jamais entendu parler de ça"..."C'est l'URSS qui seule a vaincu le fascisme" ..."Le D-Day, on n'a pas trop de souvenirs de ces événements. J'ai effectivement entendu dire que les Américains nous ont aidé durant cette guerre, mais ça n'a pas dû jouer un grand rôle, car au final c'est l'URSS qui a gagné".
"La rhétorique antiaméricaine continue à influencer notre vision de l'histoire, et nos représentations en restent à l'époque de Staline et Brejnev".
Difficile  pour nous d'évaluer justement le ressenti des russes.

Pour la moitié des anglais, c'est bien le Royaume Uni qui a permis la victoire,  inutile de demander aux américains, on connaît leur réponse !

Les anglais possèdent relativement peu de monuments

  • La population aime l'histoire, chacun à sa manière...
Depuis quelques années, il existe un  renouveau de l'intérêt du grand public pour l'histoire, ce que  présente A Beevor :
"Dans le passé, l'Histoire a toujours été écrite de manière collective : c'était celle d'un pays, d'une région, d'une population, d'une industrie, etc. Il a fallu attendre les années 1990 pour que s'opère un grand changement, avec la désintégration des loyautés collectives. De façon dramatique, l'attachement à une nation, à une idéologie, à un syndicat, à un régiment, tout cela a volé en éclats face à l'émergence de l'individu. Résultat, le public s'est subitement intéressé à une autre vision de l'Histoire, plus centrée sur le sort des hommes que sur les parties d'échecs des généraux. La Seconde Guerre mondiale, qui avait cessé d'intéresser le grand public, est ainsi revenue au goût du jour. Ajoutons à cela que, dans nos sociétés caractérisées par le bien-être et la sécurité, l'idée même d'une guerre est si loin des expériences vécues qu'elle en devient un sujet de questionnement personnel, surtout pour des générations complètement coupées de la chose militaire." 

Mais qu'attendent ces amateurs d 'histoire? Tout dépend de leur vécu, de leur culture, de là, des perceptions bien différentes. 


Pour quelques uns,  la volonté de revivre in situ les exploits du cinéma comme au musée de Sainte Mère, de participer à des festivités en allant au banquet, en écoutant de la musique, en dansant et en faisant une "course de la liberté"...en fait, l'histoire est prétexte  à la détente et aux loisirs.


D'autres viennent  avec de véritables convictions et beaucoup d'émotion :
-pour saluer le courage et le sacrifice des Gi's: "des hommes courageux et méritants et qui nous ont libérés d'un fléau." "Les soldats savaient ce qui les attendaient, et pourtant ils y sont allés"" Beaucoup ont fait le don de leur vie pour nous libérer d'un tyran" «sans eux, nous ne serions pas là». «C'est la preuve que la liberté n'a pas de patrie» "respect total pour tous ces soldats morts pour sauver un pays qui n'était pas le leur"

- pour faire un "devoir de mémoire" sans oublier personne : "Nous avons un devoir de mémoire, car tous ces sacrifices seraient vains s'ils ne servaient pas à construire l'avenir" "une pensée pour tous les civils français qui ont perdu la vie le 6 juin 1944" "ne pas oublier tous les résistants qui ont combattu dans l'ombre"

- pour rappeler la démocratie : "retrouver la liberté". "jour où l'on a posé la première pierre de la paix en Europe" "le jour J pour la future Europe" "Toute l'histoire de la communauté européenne a commencé ici"
(source de ces témoignages)


Enfin, certains écument les musées, associent visites culturelles et repos balnéaire (avec lectures), mais il  ne faut pas les décevoir, ni les tromper et revenir aux fondamentaux de l'Histoire, sans rien oublier.

Pertes américaines : un calcul longtemps impossible

Les chiffres publiés varient énormément, les chiffres des pertes  vont  de 2000 hommes  à 4700 hommes !  Comment expliquer de telles différences ? Sur  quels chiffres aujourd'hui peut-on se baser ?

A priori, il semble donc  très difficile de pouvoir affirmer avec certitude une donnée fiable de pertes. Souvent de mêmes chiffres se répètent d'un auteur  à l'autre (2500 et 3000) et jamais les sources précises  ne sont indiquées.  Dans le passé, aucune étude approfondie  n'avait été réalisée, la référence semble être les chiffres édités en 1945 par "le Service d'information et d'Histoire attaché  à la première armée, basé sur des rapports d'unités, des archives, des interviews et documents disponibles"  qui donne le chiffre  de  pertes de 3000 hommes, chiffre repris le plus souvent.
En 2004 lorsque  l'historien américain J Balkoski publie aux USA son ouvrage (en 2014 en France) il donne, pour la première fois depuis 1945,  des chiffres très précis issus de longs et minutieux travaux de recherche sur Omaha. Pour lui, tous les chiffres donnés jusqu'à présent sont très en dessous de la vérité ! Il estime les pertes de 4735 h sur 35000 personnes ayant débarqué soit 13 % (jusqu'à 40 % pour certaines compagnie ex Cie A/116th) dont 2000 morts ou disparus.
 Il semble qu'aujourd'hui ses recherches fassent référence mais ne sont pas encore généralisées.


  • Les difficultés
L'armée raisonne en notion de pertes qui globalisent blessés, disparus et morts. Pour Omaha, à priori, il ne semble pas  y avoir de difficultés : on connaît parfaitement la liste des participants et leur nombre exact,  l'espace concerné est parfaitement délimité,  le temps aussi:  une seule journée. Les pertes concernent  essentiellement des "militaires" de l'infanterie  et de la Navy. A priori, il n'existe donc pas de problèmes adjacents qui pourraient justifier  des imprécisions, comme cela arrive souvent dans les conflits.
Les  données initiales viennent des premiers rapports qui ont exagéré les pertes, tel  un rapport du 8 juin présenté au général Gerow qui indique  que le 116 Th infantery dela 29 DI avait perdu 49 officiers et 2733 hommes, soit 90% de l'effectif ! chiffres irréalistes. Le service historique des armées indique en novembre  1944 qu'il  est impossible de rendre un calcul car  les rapports des unités ont été fragmentaires,  incomplets et imprécis, en effet certains rapports sont  journaliers, d'autres hebdomadaires, d'autres mensuels, quelques uns absents. Ensuite les chiffres évoquent des "pertes" dans lesquelles les "disparus" sont nombreux ce qui s'explique par la dispersion des compagnies et bataillons à l'arrivée sur la plage d'Omaha en raison du désordre qui y régnait ; certaines compagnies ne sont reconstituées que plusieurs jours après le 6 juin. Parmi les "disparus" figurent aussi les morts dont on  a pas retrouvé le corps et, de plus, de nombreux corps n'ont pu être identifiés, ainsi le "Mur des disparus" du cimetière de Colleville  porte le nom de 1 557 soldats ( provenant de tous les combats)
Le bilan de la journée du 6 juin sur Omaha est donc particulièrement difficile à dresser. Les premiers chiffres des services historiques ont "réexaminé les rapports"  et donnent :
-pour le 116th (Colonel Canham, 15 juin 44) : sur 3100 h, évaluation des des pertes à  900 h minimum
-en sept 45, le  Lt Taylor du service historique des armées, évalue les pertes à 3000 h dont 1000h pour le 16th et 1000 h pour le  116th (chiffres de "Omaha Beached")
-en oct 1950, G Harrison, auteur historique officiel, fait une évaluation basse à 2000 h en estimant que c'est "imprécis" et que "il est peu probable qu'un bilan précis soit jamais publié"


  • Les chiffres des publications des historiens 
Le plus souvent les historiens ont repris tout simplement  les pertes évoquées après guerre, soit  2500 à 3000 hommes dont 1000 à 1200 tués. (15 fois plus qu' à Utah avec 200 h en perte ) soit 8 % alors que les prévisions sont à 12,5%, aussi trouve-t-on, d'un point de vue "militaire" ces pertes "raisonnables".
La lecture des ouvrages consacrés à Omaha ou au débarquement présente des chiffres très variables  de  2000 hommes à 3881, soit d' un ordre de grandeur soit d'un chiffre très   précis. Personne  ne donne de sources historiques pour son évaluation, y compris les historiens. Curieusement, cette imprécision ne gêne personne.

Qu'indiquent exactement les  ouvrages récents  d'historiens ? (hors J Balkoski)
-Infographie de la 2° GM (Perrin 2018)  : 3686 h  soit 10,76% (Sources imprécises d'ouvrages américains  de 2000 et 2001 ainsi qu'O Wiervorka)

-Beevor D Day et la bataille de Normandie : indique dans son texte des pertes de "plus de 2000 hommes...mais imprécis".  A noter que c'est le chiffre le plus faible énoncé. Dans une note, l'auteur cite  Harrison  qui indique 1465 morts  mais lorsqu'il détaille,  le total fait 1704 morts ( "1190 pour la 1°DI, 73 pour la 29°DI et 441 pour les hommes du corps"). Il  évoque le choc de la première vague en citant la Cie A du 11°RI "100 hommes sur 205 avaient été tués". Dans une autre note de fin de chapitre, il indique : "Le général Bradley donna le chiffre de  4649 pertes américaines  pour le débarquement (Utah et Omaha)"
Il semble  donc que le comptage, du moins une évaluation, ne soit  pas un point fort chez cet historien célèbre.

- Jean Quellien, universitaire  caennais;  a réalisé de nombreuses publications. Son premier ouvrage en 1992  indique "2500 h" mais ensuite il ré-évalue les chiffres, dans le  "Le jour J" en 2015,  un tableau indique "des pertes de 4100h" et précise que  le "National DDay foundation" évoque  2499 morts américains le 6 juin (Utah et Omaha).

-Olivier Wiervorka reprend le chiffre classique de "3000 hommes" soit 8,8% de pertes et indique une source précise "Libération du N-O de l'Europe 1944-1945" qui semblent être les chiffres du service d'information militaire de 1945. et évoque  pour Utah "un heureux contraste avec Bloody Omaha"


  • Omaha face aux autres plages du débarquement


Les 18 heures de bataille d'Omaha ont été les plus coûteuses pour l'armée américaine  toutefois  les pertes restent dans l'évaluation prévue. La comparaison avec les autres plages justifient le surnom d' Omaha la sanglante (Bloody Omaha)  qui viendrait plutôt des très lourdes pertes  pour les premières vagues et le génie.
On affirme également, mais sans sources précises, qu' ¼ des pertes  seraient consécutives  à une noyade et que le Génie aurait eu  40 % de pertes.



  • Dernières approches d'historiens

-L'approche quantitative et statistique d'Antonin Deshays (Combattre et mourir en Normandie. Ed Orep  2016)
Dans son ouvrage l'auteur fait une analyse globale des pertes américaines pendant la bataille de Normandie et s'interroge  : "Qui meurt ? Quand ? Comment?"
La mort ne différencie pas  les hommes, tous sont vulnérables, seule leur exposition au feu est déterminante, mais qu'en est-il selon le grade, ou la branche (terre, air, mer).
L'infanterie génère le plus de perte (de tout temps) ainsi au cimetière de Colleville elle représente 87% des morts (8% air, 5% marine)
Parmi les officiers, ce sont les "lieutenants" qui ont le plus de pertes, en effet, ils devaient  mener les hommes au combat et étaient très exposés. Certains moment étaient très mortifères, lors  des 3 premiers mois 6 juin au 21 août 1944), en moyenne 373 GI's sont tués chaque jour soit 15/heure ( en Sicile 58/jour). Le  6 juin est la pire journée  pour les soldats américains avec 4,7% de tués (2519), ensuite les chiffres oscillent de 58 à 668, avec des pertes  importantes  (plus de 400) du 7 au 19 juin,  du 11 au 16 juillet (Bocage) puis du 26 juillet au 2 Août  (Cobra) et enfin du 7 au 13 Août (Contrre attaque allemande Mortain). A noter que les "remplaçants" ceux qui viennent compenser les pertes subies sont très exposés car ce sont  des soldats inexpérimentés qui ont leur baptême du feu dans des conditions  difficiles.
Les causes des pertes sont mal connues, d'après les  équipes chirurgicales,  d'abord  l'artillerie blesse le plus avec  les éclats d'obus (55%) puis les blessures par balles (38%). Les canons allemands de 88mm et le fusil Mauser furent les principaux responsables ainsi  que les tireurs allemands isolés et embusqués.
Globalement, les premiers à tomber furent les jeunes recrues inexpérimentées de l'infanterie, ainsi que  les lieutenants.



-Les chiffres  de J Balkoski : enfin une étude fiable
La dernière étude sérieuse de l'historien américain J Balkoski publié en 2004 aux USA et en 2014 en France donne des chiffres très précis issus de longs et minutieux travaux de recherche sur Omaha :
Pour lui, les chiffres donnés jusqu'à présent sont très en dessous de la vérité ! Il estime les pertes de 4735 h sur 35000 personnes ayant débarqué soit 13 % (jusqu'à 40 % pour certaines compagnie ex Cie A/116th) dont une estimation de  2000 morts ou disparus.
Il estime qu'il faut multiplier par 3 ces chiffres pour les premières unités débarquées comme  la Cie A du 116th

Ce tableau de synthèse résume le travail de J Balkoski.





"Estimation" J Balkoski n' a pas obtenu le détail (morts/blessés/disparus) dans certains cas (compagnies ou régiments..., aussi, ici, un calcul relatif proportionnel a été réalisé afin d'estimer morts, blessés et disparus afin d'obtenir un total cohérent. Bien entendu, ce n'est qu'une estimation, mais le total en gras est un chiffre de l'auteur.

Les faux GI's américains

Les américains ont aussi de nombreux vétérans mythomanes



La fabrique des héros (les vrais, les faux) de la seconde guerre mondiale (vidéo Fr3)



  • Eugene Cook, le vétéran mythomane démasqué par un historien américain ! 


Mort en 1994, le vétéran américain Gene Cook passa une bonne partie de sa vie à se faire passer pour un parachutiste de la 101e Airborne américaine ayant participé à la libération de la Normandie. Une histoire fausse selon l'historien américain Brian Siddall.

Il avait pris l’habitude de revenir en Normandie raconter son Débarquement héroïque en juin 1944. Sur Youtube, des vidéos témoignent de la ferveur avec laquelle il revivait cet épisode terrible de la Seconde Guerre Mondiale. Pourtant, l’histoire du vétéran américain Eugene A Cook Jr. n’était justement que cela. Une histoire inventée.


L’homonymie était presque parfaite

Selon l’historien américain Brian Siddall, qui a longuement enquêté sur le sujet, c’est à un presque homonyme, Eugene N Cook, qu’Eugene A Cook Jr. avait emprunté le récit de ses exploits. N Cook (le vrai donc) est bien le nom d’un parachutiste américain, appartenant à la 506e Division d’infanterie parachutiste de la 101e Airborne.

A Cook Jr. (l’imposteur) a semble-t-il rejoint les rangs de l’armée le 14 février 1944, dans l’Ohio, comme l’explique Brian Siddall sur son blog. Premier fait marquant pour l’historien, le nom de A Cook Jr. ne figure pas sur les registres d’enrôlement de cette unité au printemps 1944. Engagé tardivement dans l’armée américaine, A Cook Jr, n’aurait vraisemblablement pas pu mener à bien un entraînement de parachutiste, recevoir un ordre de mission pour rejoindre l’Europe et participer au Débarquement de Normandie en si peu de temps. Le vrai Cook avait lui rejoint les rangs des combattants près de trois ans et demi avant de débarquer en Normandie.


Il semblerait que A Cook Jr. ait bien rejoint l’Europe, mais en 1945, en Allemagne. Pendant plusieurs années, Eugene A Cook Jr. est venu raconter son histoire aux petits Normands, particulièrement dans la Manche, à Ravenoville, une petite localité proche d’Utah Beach. Le 28 février 2014, Eugene A Cook Jr. est décédé des suites d’un cancer. Il aura réussi à emporter son lourd secret dans sa tombe. Il ne s’attendait certainement pas à ce que celui-ci soit exhumé, trois ans après son décès.



  • Morley Piper : "J'ai fait une erreur et celle-ci est inexcusable." 
Morley Piper, figure des commémorations normandes sur Omaha Beach, a reconnu en 2018 avoir menti sur sa participation



Il disait avoir connu la boucherie d'Omaha Beach le 6 juin 1944. C'était faux. Il disait avoir reçu la Bronze Star pour ses faits d'armes. Encore faux. Acculé face à ses mensonges, Morley Piper, 93 ans, a dû avouer : non il ne faisait pas partie de la 29th US Infantry Division, et non, il n'a pas posé pied sur Omaha.

Mais comment en est-il arrivé là ? Retour en 1994 pour celui qui est alors une figure de la New England Newspaper & Press Association. Il y a travaillé pendant 47 ans, lui, le vrai vétéran du 459th Anti-Aircraft Artillery Battalion. Piper souhaite participer aux commémorations du 50ème anniversaire du D-Day et a besoin d'une accréditation. Afin de faciliter les démarches et augmenter ses chances d'obtenir le précieux sésame, il a alors l'idée de dire qu'il était parmi les braves qui avaient débarqué devant Vierville-sur-mer. L'administration ne vérifie pas ses états de service et l'autorise à commémorer en France son Jour J. Cependant, de retour aux Etats-Unis, l'homme continue de se draper dans la mythomanie, enchaînant les conférences et les réunions dans les écoles afin de raconter son débarquement. « J'aurais pu arrêter, mais je ne l'ai pas fait, a-t-il déclaré ces derniers jours, c'est quelque chose qui a échappé à tout contrôle. »

Les années passent et les honneurs continuent d'être rendus au héros Piper. En juin 2014, pour le 70ème anniversaire du Jour J, il prononce un émouvant discours avant de serrer la main du président américain Barack Obama. Arborant àSaint-Laurent-sur-mer le calot frappé de l'insigne Blue & Grey de la division, il lance au journaliste deOuest France : "Bien sûr, toutes ces maisons n'étaient pas là, mais croyez-moi, je reconnais très bien la plage et les collines." Lâchant même le cri de ralliement de la 29th : « Let's go ! »

Néanmoins la vérité rattrape le vétéran. Un informateur contacte son ancien employeur et dévoile la supercherie. Interrogé, Piper reconnaît ses torts et s'excuse le 25 avril 2018 : « Je ne voulais pas faire de mal. J'ai fait une erreur et celle-ci est inexcusable. ..
Je suis profondément désolé de devoir vous dire que je suis un de ces vieillards tristes avec des états de services modifiés. C'est une erreur terrible qui n'aurait jamais dû arriver. »
  • Les précédents  Manoian et Klein
En révélant au grand public l’affaire Eugene Cook, l’historien Brian Siddall n’en est pas à son coup d’essai. En 2009, il avait déjà fait éclater la vérité sur le cas de Howard Manoian, faux para de la 82nd US Airborne mais vrai combattant en Normandie. Ce vétéran américain affirmait lui aussi avoir sauté en parachute sur la Normandie au printemps 1944. Or si Howard Manoian a bel et bien combattu en Europe lors de la Seconde Guerre Mondiale, il n’a vraisemblablement jamais appartenu à l’Airborne. Comme Eugene A Cook Jr. il a pourtant témoigné en Normandie à de très nombreuses reprises et raconté une histoire qui n’était pas la sienne. 

Plus récemment, c'est George Klein, membre de la 5th US Infantry Division prétendant avoir participé au D-Day avec les Rangers à la pointe du Hoc, qui a tombé le masque. [voir ce dossier]. 
Cet autre mensonge a été mis au jour récemment  par Gary Sterne, Marty Morgan et l'Association D-Day Overlord. 

On peut effectivement se demander comment des vétérans peuvent pendant des années échafauder de faux faits d'armes, participer à des réunions officielles et recevoir des distinctions sans que leur dossier militaire ne soit vérifié au préalable. Sans néanmoins oublier qu'ils restent des soldats qui ont combattu et risqué leurs vies pour la libération de l'hexagone.

Motivation des USA

Les faits
Durant les années 1930, les États-Unis suivent une politique isolationniste vis à vis de l'Europe, autant sur le plan diplomatique qu'économique, le pays se referme sur ses frontières. Il n'est donc pas question pour le Congrès américain de s'engager dans la guerre auprès des Alliés, malgré la volonté du président Roosevelt qui voulait que les USA soient "l’arsenal des démocraties". Cependant, en mars 1941, la loi dit prêt-bail, votée  à une large majorité,  favorise l'exportation d'armement  à destination du Royaume-Uni et de l'URSS : " autorise le Président des États-Unis à vendre, céder, échanger, louer, ou doter par d'autres moyens tout matériel de défense à tout gouvernement dont le Président estime la défense vitale à la défense des États-Unis. " De 1941 à 1945, les aides américaines se sont élevées à 50  milliards de $.

 Mais il faut attendre l'attaque-surprise du port de Pearl Harbor par l'aviation japonaise,  qui fait 2400 morts, le 7 décembre 1941, pour que les États-Unis déclarent, dès le lendemain, la guerre au Japon et aux puissances de l'Axe. C'est un détonateur dans l’opinion publique américaine, l’immense majorité des américains veut la guerre contre le Japon ;  le Congrès américain vote la mobilisation de tous les hommes valides de 20 à 44 ans.
Pendant la première partie de la guerre, les États-Unis vont se concentrer sur la guerre dans le Pacifique. En juin 1942, la flotte américaine parvient à empêcher les navires japonais d'attaquer les îles Midway lors d'une bataille aéronavale ; en août, les Marines débarquent à Guadalcanal. 
Après avoir pris le pas sur le Japon, les États-Unis de Roosevelt se tournent vers l’Europe qui est la priorité. Le 8 novembre 1942 , les États-Unis débarquent en Afrique du Nord française avec  l'opération Torch, qui est un succès.
Depuis 1941, Staline demande aux alliés d'ouvrir un nouveau front militaire à l'Ouest de l'Europe pour soulager la pression qu'exerce l'Allemagne contre les forces russes à l'Est. Une série de conférences furent nécessaires pour mettre au point la stratégie alliée et aboutir au débarquement en Normandie
La conférence alliée de Casablanca en 1943 réunit  Winston S. Churchill et le président américain Franklin D. Roosevelt,  Staline est absent retenu par la situation militaire sur le front russe. Les Alliés pensent qu'il est urgent d'ouvrir un second front à l'Ouest, mais  sont en désaccord sur sa localisation : Roosevelt  partisan d'un débarquement sur les côtes françaises,   Churchill veut une attaque surprise en Italie. La décision  d'ouvrir un nouveau front à l'ouest est prise lors de la conférence de Téhéran de  décembre 1943, entre Roosevelt, Staline et Churchill, l'organisation d'un débarquement en Normandie est acté.



L'analyse des historiens
Olivier Wieviorka présente dans son introduction une lecture politique du débarquement à la lumière de la façon dont les USA ont présenté leur combat puis en nous éclairant sur les aspects sous entendus de cet engagement.

D. Eisenhower présente le débarquement comme une lutte du bien contre le mal  en évoquant "une grande croisade" " les prières des peuples épris de liberté".
Le 5 juin 1944
ÉTAT-MAJOR SUPRÊME DES FORCES EXPEDITIONNAIRES ALLIÉES
Soldats, marins et aviateurs des forces expéditionnaires Alliées !
Vous allez vous embarquer pour la Grande Croisade, pour laquelle nous avons mobilisé tous nos efforts ces derniers mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs et les prières des peuples épris de liberté vous accompagnent. Ensemble avec nos braves Alliés et nos frères d’armes sur d’autres Fronts, vous provoquerez la destruction de la machine de guerre Allemande, l’élimination de la tyrannie Nazie sur les peuples opprimés d’Europe, et notre sécurité à tous dans un monde libre.
Vôtre tâche ne sera pas simple. Votre ennemi est bien préparé, bien équipé et rompu au combat. Il combattra sauvagement.
Mais c’est l’année 1944 ! Il s’est passé beaucoup de choses depuis le triomphe Nazi de 1940-41. Les Nations-Unies ont fait subir aux Allemands de grandes défaites, lors de batailles ouvertes, d’hommes à hommes. Notre offensive aérienne a profondément réduit leur puissance dans les airs et leur capacité à mener la guerre sur le sol. Nos Fronts intérieurs nous ont donné une écrasante supériorité en munitions et en armements, et nous a fourni de grandes réserves de combattants accomplis. Le vent a tourné ! Les hommes du monde libre marchent ensemble vers la Victoire !
J’ai une entière confiance dans votre courage, votre dévouement et vos qualités au combat.
Nous n’accepterons rien d’autre qu’une Victoire totale.
Bonne chance ! Implorons la bénédiction de Dieu Tout Puissant sur cette immense et noble entreprise.
(Signé, Dwight D. Einsenhower)

Le débarquement a effectivement eu comme conséquence rapide la destruction du régime nazi et le rétablissement de la démocratie et la liberté en Europe de l'Ouest. La question est de savoir si les alliés se sont battus uniquement pour des principes ? ont-ils sacrifié leurs intérêts nationaux au nom de la morale ? se préoccupaient-ils uniquement de préserver les peuples  du totalitarisme nazi ? n'avaient-ils que la volonté de rétablir la démocratie?
Comment peut-on penser que les acteurs, les "trois grands"  ne s'intéressaient pas aux conséquences politiques, géopolitiques, économiques de la défaite programmée de l'Allemagne nazie.
Dans tous les cas, qu'elles que soient les arrières pensées,  le débarquement nécessitait de mettre en avant des soldats, faire des  combats, autrement dit sacrifier des vies humaines que Roosevelt présente  comme une "croisade".
Aujourd'hui le débarquement est  bien présenté comme un grand sacrifice d'hommes courageux pour délivrer l'Europe des nazis et apporter la liberté ce qu'Eisenhower a bien su rappeler après la guerre: "Les victoires donnent un démenti à ceux qui ont proclamé ou diront en leur temps que les démocraties sont en décadence, craignent de se battre, sont incapables de rivaliser sur le plan de la productivité avec des économies enrégimentées et refusent de se sacrifier  pour des causes communes". Le débarquement doit avant tout être considéré comme un acte purement militaire dirigé contre  le III°reich qu'il faut combattre par tous les moyens, avec un stratégie bien définie, sans oublier  qu'il a été réclamé avec insistance par les russes.

Toutefois, Bradley, dans ses mémoires indique: "Parfois, pendant cette guerre, nous avons oublié que les guerres se font aussi pour résoudre des conflits politiques" et ajoute "Aujourd'hui nous savons qu"une action militaire ne peut être dissociée d'une action politique".

La question est de savoir si Roosevelt a établi des priorités : d'abord, et avant tout, la lutte militaire contre les forces de l'axe sans se préoccuper des conséquences immédiates lors de l'après guerre, ce qui semble peu probable ! ou,  un mixte de priorité de lutte militaire associée  à  une réflexion sur l'organisation politique future de l'Europe. Les dirigeants américains, comme les russes,  n'étaient pas des naïfs,  si leur priorité absolue est, dans tous les cas, la guerre, ils n'oublient certainement pas les questions politiques, diplomatiques et économiques. Ces problèmes complexes et  sous jacents ne seront  à résoudre qu'après la victoire,  même si  les conséquences de l’occupation territoriale sont méconnues à l'heure du jour J, chacun est conscient de leur importance.
Il est vrai que ces pistes sont rarement analysées, même oubliées par les historiens sauf par les polémistes (voir ci-dessous).
Ainsi, O Wiervorka analyse  le choix du débarquement en France sous cet angle et montre qu'il s'explique bien pour des raisons purement militaires et stratégiques  (proximité, voies de communication..) mais aussi pour des raisons économiques, l'Europe de l'Ouest  libérée est un espace prospère  à ne pas laisser aux russes ! mieux vaut délaisser les Balkans et la Méditerranée (chers à Churchill) même si les russes peuvent occuper ces espaces. 
Ainsi les désaccords et conflits existaient au sein des alliés (Où attaquer en priorité ?) et aussi au niveau diplomatique entre les trois grands d'autant que De Gaulle en était exclu, pour des raisons politiques. Toutefois celui-ci , avec habileté sut s'imposer, au grand dam de Churchill "Je dois vous infliger une visite du général De Gaulle demain ((13 juin)" annonce-t-il à Montgommery. 
Ces désaccords continuent pour  la libération de la France, notamment pour la libération de Paris, et finalement le GPRF s'impose mais ne fut officiellement reconnu que le 23 octobre par les alliés. Ensuite la libération de l'Europe et la défaite allemande relèvent avant tout  d'une stratégie purement géopolitique : il fallait contrer l'avance soviétique !
Mais c'est une une fois la guerre terminée (mai 1945 ) que des signes de défiance apparaissent : les américains suppriment la loi prêt-bail aux Soviétiques et les Soviétiques ne respectent pas les accords de Yalta en Europe orientale (les élections ne sont pas « libres »). Ainsi  l’alliance va se rompre en raison de l' antagonisme  des deux systèmes, capitalisme et  communisme qui revendiquent chacun un modèle à suivre. Cette rivalité débouche sur la "guerre froide". Désormais, les américains feront tout pour montrer que c'est leur débarquement qui a permis de redonner sa liberté à l'Europe.
En fait, il ne fit qu'accélérer la défaite inéluctable du Reich bien entamée par l'avancée russe.


Les polémiques
Régulièrement resurgissent des polémiques concernant le rôle des USA dans cette deuxième guerre mondiale. Plusieurs ouvrages  ont été publiés en ce sens, et trois sont régulièrement  repris par certains médias.
-Antony C. Sutton avec "Wall Street et l'ascension de Hitler" présenté ainsi par l'éditeur :
"En mettant au jour un cloaque de mensonges, de tromperies et de duplicités, Antony Sutton révèle l'un des faits le plus marquant, et pourtant jamais rapporté, de la Seconde Guerre mondiale : que des banques de Wall Street et des grandes entreprises nord-américaines ont soutenu l'ascension de Hitler vers le pouvoir, en finançant l'Allemagne nazie et en faisant des affaires avec elle. En suivant minutieusement la piste de ce secret bien gardé, grâce à des documents et des témoignages incontestables, Sutton parvient à la conclusion que la catastrophe de 1939-1945 bénéficia surtout à un groupe privilégié d'initiés financiers. Il donne le compte-rendu détaillé, preuves à l'appui, du rôle abject que jouèrent les Morgan, les Rockefeller, les frères Warburg ou les Ford, directement ou à travers leurs entreprises, et tous ceux qui financèrent les préparatifs de la guerre la plus sanglante et la plus destructrice de l'Histoire. « Wall Street et l'ascension de Hitler » est le troisième volume d'une trilogie consacrée à l'implication directe des financiers new-yorkais dans la révolution lénino-trotskiste en Russie, l'élection de Franklin D. Roosevelt aux États-Unis et la montée du nazisme en Allemagne. « La contribution du capitalisme nord-américain aux préparatifs de guerre allemands a été phénoménale et, sans elle, l'Allemagne n'aurait jamais eu la capacité militaire qui conduisit au massacre de millions de personnes innocentes ... » « Non seulement ces banquiers et hommes d'affaires nord-américains avaient conscience de la nature du nazisme, mais il assistèrent le nazisme à chaque fois qu'ils y avaient intérêt en sachant parfaitement que la conséquence probable serait une guerre impliquant l'Europe et les États-Unis."


- Fabrizio Calvi avec "Pacte avec le diable : Les Etats-Unis, la Shoah et les nazis" 
"Les relations entre les Alliés et les nazis pendant et après la seconde guerre mondiale ont-elles parfois relevé d'un Pacte avec le diable ? Oui, si l'on se réfère à l'utilisation de criminels de guerre lors des jeux troubles de la guerre froide. Et si le silence et l'inaction valent complicité, l'absence de réaction des Alliés face à l'holocauste, qu'ils connaissaient dès les premières heures, tient elle aussi du pacte. Ce document exceptionnel est le fruit d'un long voyage au coeur des archives secrètes qui viennent d'être rendues publiques par les Américains. Fabrizio Calvi, spécialiste de l'histoire du Renseignement, démonte les mécanismes qui ont généré une véritable conspiration du silence autour de la destruction des juifs d'Europe, notamment lors de la conférence des Bermudes sur les réfugiés d'avril 1943.
Après la guerre, comment la CIA a-t-elle été manipulée par les criminels de guerre de l'organisation Gehlen ? Que cachait le mystère du « train de l'or » hongrois ? Quelle a été la véritable ampleur de l'infiltration soviétique des réseaux nazis pendant la guerre froide, notamment les réseaux dormants de Martin Bormann ? Une somme de révélations sur le cynisme et les aveuglements des vainqueurs."


 -Jacques Pauwels avec "Le mythe de la bonne guerre : Les Etats-Unis et la Deuxième Guerre mondiale" présenté ainsi l'éditeur :
" L'irruption des Etats-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale doit-elle être considérée comme une croisade contre la barbarie nazie, la lutte du Bien contre le Mal ? Jacques Pauwels, historien, brise le mythe. A ses yeux, les Américains étaient, en effet, loin d'être inintéressés par les ressources économiques et la dimension géostratégique des régions qu'ils allaient libérer. Ils débarquèrent donc avec une idéologie, des vues politiques, une conception des rapports sociaux à préserver et, bien entendu, avec l'idée qu'il fallait assurer les intérêts de leurs entreprises et du capitalisme américain. La crainte de l'expansion communiste et le désir d'en limiter les effets ne furent évidemment pas étrangers à cette philosophie interventionniste. Ce livre démonte l'image d'Epinal du libérateur américain venant mourir sur les plages de Normandie dans un but philanthropique et propose à la place une nouvelle lecture des faits, à la manière d'un puzzle qui se verrait soudain assemblé, après des décennies. Une contre- histoire de la Deuxième Guerre mondiale qui modifie radicalement notre vision du XXe siècle et offre un nouveau regard sur l'époque actuelle."

Ces publications qui se présentent comme des ouvrages historiques sont essentiellement et avant tout des livres polémiques  très orientés anti-américain. Le auteurs oublient et occultent volontairement des pans entier d'histoire pour ne servir que leur idéologie. Aves des raisonnements simplistes, on montre que les USA ont tout prémédité, qu'ils  semblent responsables de tout et deviennent les accusés de cette guerre. On oublie un peu trop vite qui sont les agresseurs et   qui sont les responsables. Ainsi sont évacuées les conséquences du pacte germano-soviétique : un engagement de neutralité en cas de conflit entre l'une des deux parties et les puissances occidentales, plusieurs protocoles restés longtemps secrets qui délimitaient les sphères d'influences de l'Allemagne nazie et de l'URSS dans les pays situés entre eux (Scandinavie, pays Baltes, Pologne, Roumanie…), . un éventuel partage de la Pologne devenu effectif après que l'Allemagne nazie eut envahi la Pologne le 1er septembre 1939, suivie par l'URSS le 17 septembre.On va même jusqu'à sous entendre que le débarquement américain a agressé la France.
Ce n'est pas une révélation que d'indiquer que  des criminels de guerre nazis exfiltrés  se sont cachés en Amérique Latine   au sein d'une communauté bien organisée, telle que décrit dans l'ouvrage d'Olivier Guez : "La disparition de Josef Mengele", un formidable roman qui en dit long sur le destin des Nazis sans pour autant rentrer dans des polémiques ou des généralisations simplistes.

Certes, on sait que l'argent n'a pas d'odeur même pour certains financiers de Wall Street, certaines firmes internationales  ayant des filiales en Allemagne  (Ford, General Motors, ITT)   se sont enrichies  en se liant aux nazis et quelques uns ont même affiché avant la guerre une relative sympathie, cas  de Charles Linbergh (mais qui change d’avis après l'attaque de Pearl Harbor, Henry Ford (idéologie controversée),  Joseph Kennedy, le père de J.F.K, (ambassadeur à Londres qui  dut démissionner en 1940).  La collaboration de Louis Renault  n' a pourtant jamais été assimilée  de la même manière.
Généraliser et établir en système des erreurs individuelles relèvent de thèses  conspirationistes et d'une volonté de manipuler le sens de l'histoire, en effet, de tout temps, en tout lieu certains sont toujours prêts  à tout pour s'enrichir sans se préoccuper d'idéologie, sans aucun problème de conscience. C'est toujours le cas aujourd'hui. Une minorité n'est pas représentative d'un État, pourtant c'est que sous entendent ces ouvrages que ce soit dans leur contenu ou, plus astucieux, dans leur titre racoleur et c'est bien là que se situe leur mauvaise foi.

Conclusion : les motivations de Roosevelt
Lorsqu'il est réélu pour un troisième mandat, Roosevelt se sent  les mains plus libres en matière de géopolitique. Il obtient en mars 1941 le vote de la loi "prêt-bail" pour "vendre  des armes  à  tout pays dont le président jugerait la défense essentielle pour la sécurité des États-Unis". L'industrie américaine se met toute entière à son service et rentre  dans une phase d'expansion et de prospérité sans précédent.
 Il  organise une rencontre avec le Premier ministre Winston Churchill,  "quelque part en mer", au large de Terre-Neuve, le 14 août 1941. Les deux hommes s'engagent sur des principes moraux basés sur la démocratie et la paix, en particulier en refusant tout agrandissement territorial, en accordant le droit des peuples à choisir leur forme de gouvernement. Le document signé par les deux dirigeants est connu sous le nom de Charte de l'Atlantique, à l'origine de la charte des Nations Unies. Dès le mois suivant, la loi « prêt-bail » est étendue à l'URSS de Staline, alliée obligée des démocraties.
Ces  fondements d'une nouvelle politique internationale montrent que les visées de Roosevelt sont avant tout morales. Ce sera  l'attaque japonaise sur Pearl Harbor qui l'amènera  à déclarer la guerre même s'il fut  toujours favorable à une intervention aux côtés de l’Angleterre .
Conscient que la plus grande menace est l'Allemagne nazie, Roosevelt décide de donner la priorité à la guerre européenne : "Germany first".
Les considérations géopolitiques arriveront beaucoup plus tard. Pour l'heure, la défaite  de l'Allemagne nazie n'est encore qu"une volonté,  lorsque  la victoire sera inéluctable, reste à en déterminer le moment...  la politique prendra le devant.
Le philosophe Michel Foucaut affirme que "c’est la politique qui est la continuation de la guerre par d’autres moyens, et non l’inverse".  (pour contrer Clausewitz qui affirme "La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens").
C'est ce que la guerre froide nous démontre.

Puissance américaine : production de masse et innovation

La puissance américaine va se mettre au service de la victoire  pour créer une force considérable, tous les domaines  participent à l'effort de guerre. Ainsi les forces américaines apparaîtront comme une armée nombreuse,  hyper équipée, avec du matériel sophistiqué, nombreux et varié.  Les soldats qui distribuent quantité  de produits américains (chewing gum, coca, cigarettes...) étonnent  des français éberlués de voir tant de produits disponibles alors qu'ils vivent depuis  quatre ans dans la pénurie.
Ces moyens colossaux qui ont surpris les français sont-ils  le facteur clé de la victoire, et, donc, un élément du mythe ?


Pourquoi tant mobiliser, tant produire?


L'expérience des précédents débarquements (Dieppe, Sicile,Tarawa.. voir le dossier) montre que la réussite nécessite des moyens considérables terre/air/mer pour détruire les défenses ennemies afin d'assurer une réussite totale.  Il s'agit donc de  mettre en place une stratégie du "marteau pilon" pour envoyer sur un espace réduit (une plage) des moyens  militaires (humains et matériel) pour détruire les défenses ennemies puis construire une tête de pont solide.  Ces moyens, seuls les américains sont capables de les assumer, en effet le nombre d'avions et de navires nécessaires est volumineux. De plus il faudra trouver des solutions pour résoudre les inévitables problèmes qui surgiront et, donc, innover, un domaine où les américains sont déjà très bien placés.


Mobiliser
En 1939, l'armée américaine compte moins de 200.000 hommes avec 330 chars. En  1945, ce seront 11 millions de soldats et  marines américains qui prennent part à la guerre, chiffre important pour une population de 132 millions.
Ainsi, les effectifs engagés furent considérables, la veille du Jour J plus de 1.500.000 soldats américains sont déployés en Angleterre dont environ 60.000 auront débarqué le soir du 6 juin. Toutefois en mai 1945 les USA déploient 89 divisons alors que l'armée rouge en compte 400 et les allemands en alignèrent pendant la guerre  300.

L'effort de guerre  passe par  une mobilisation très  importante mais pas générale  qui nécessite une forte demande de main d’œuvre : on aura recours aux chômeurs, aux femmes et aux noirs dont le rôle économique et social modifiera la société  et les mentalités sans toutefois changer les inégalités !

La loi du prêt-bail de 1941 fournit une aide d'abord  à la Grande Bretagne  (60%) puis à l'Union Soviétique (22%), à la Chine, même au général de Gaulle, au total plus de 50 Mds de $ dont seulement 8 ont fait l'objet d'un remboursement. Les alliés reçoivent ainsi environ 16 % de la production américaine de guerre sous  forme milliers de chars, avions, armes.

Des organismes dédiés sont créés pour améliorer l'efficacité ("Agency") qui est contrôlée par 'l'"Office of war mobilization".  De 1942 à 1945 la production américaine, standardisée, croit de 800% et produit des quantités énormes de matériel  dont les chiffres sont difficiles à cerner tant ils varient d'un historien à l'autre : 96.000 chars, 320.000 pièces d'artillerie,  2.300.00 camions, plus de 200.000 avions, 21 millions de tonnes de munitions, 5000 navires dont 2700 "Liberty ships", 65.000 bateaux de débarquement. (données moyennes). Une production de l'ordre du double de celle des allemands et  japonais.

 L'industrie britannique, plus ancienne,  n'était pas aussi dynamique. Si l'aviation progresse en  multipliant par 3 sa production de 1939 à 1944 avec  plus de 26.000 appareils, la production de chars demeure insuffisante.Toutefois, elle parvient à produire  les 3/4 de ses besoins militaires et contribua réellement  à l'effort de guerre.


Produire et innover
Ainsi, l'expérience des guerres précédentes permet de mettre au point un matériel adapté au débarquement, quelques exemples:
-Ouverture des étraves de navires  pour permettre un échouage facilitant le débarquement de matériel, expérimenté en 1915 sur le River Clyde dans les Dardanelles
-Utiliser les très vieux navires pour servir de "blockships" pour créer des plages  et ports de débarquement protégés.
-Adaptation des chars, la spécialité du major Hobart avec ses "Sherman flail ( avec des chaînes en fléau pour détruire les mines, déjà utilisés en Sicile)  ; mise au point du Sherman Dozer, mixte de tank et de bulldozer,  du Churchill AVRE qui pose des ponts, du AVRE  armé  d'un mortier de 290mm pour détruire les blockhaus..
-Les bazookas permettent aux fantassins américains de détruire un char et d'être utilisés par un seul soldat. 
-le bombardier B17,  appelé aussi forteresse volante, qui a un rayon d'action de 5.000 km,  permet de larguer une tonne de bombes

Mais le principal problème n'est pas de produire du matériel militaire : " Le grand problème pour les alliés ce n'est pas les troupes ou le matériel, mais les navires et les chalands de débarquement. Ce dont nous avons le plus besoin, c'était des LST transportant 40 chars !" déclare le Gal Marshall.
En effet, il faudra transporter ce matériel  à l'aide milliers de péniches de toutes les tailles et très spécialisées, de l'énorme LSI (Landing Ship Infantery) de 50 m de long  au petit LCVP de 11 m qui fut construit  à plus de 23.000 exemplaires en raison de sa petite taille et de sa grande polyvalence. Tous ces navires doivent être construits le plus rapidement possible.

LC pour Landing craft… ou  Péniche de débarquement
Les principales:

-Petites 
LCA (Assaut) 12,5m/3,1 m avec 35 hommes avec 0,5 Tonnes matériel => RANGERS
LCM (Mechanized)15m/4,3 avec1 char ou 60 hommes ou 30 T => GENIE
LCVP (Vehicule Personnel) 11m/3,3m pour 36 hommes ou 5 Tonnes matériel =>INFANTERIE 
-Grandes (X4)
LCI (Infanterie) 48 m/7m pour 200 à 250 hommes avec 4 canons
LCT(Tank) 49 m/9,5m pour 3 à 8 chars ou 5 camions
et des spécialisés : LCAHR (Hedgerow) + LCS (support) + LCG (Gun) artillerie + LCTR (RocKets) LCF (Flak)

LS pour Landing Ship : Bateau de débarquement, rapide, les principaux:
-LSI (infanterie) gros navire  (cargo) de 12.000 T pour troupes et le transport des plus petites barges (LCA et LCM)
-LST (matériel, tanks...) énorme (100m/15m) 300T sur le pont et 1750 T en cale. Echouables

De nombreux véhicules et blindés sont également construits en utilisant les  normes de standardisation américaine qui sont un impératif pour  un achèvement rapide, ainsi un le premier LST demande  6 mois et 875.000 heures de travail et le dernier produit  demande  3 mois 270.000 h. (20.000 LST seront produits). En  1944 chaque mois 2 millions de tonnes de matériel sont expédiées en Angleterre : 125.00 véhicules en pièces détachées, 15.000 avions dont 3500 planeurs.
Un problème apparaît : celui de la mise  à l'eau  et de l'étanchéité de ce matériel qui devra obligatoirement être en contact avec la mer. Les chars les plus légers seront équipés de protection simples pour un contact dans peu d'eau (ex un manchon qui protège l'évacuation des gaz) alors que les lourds Shermann seront équipés en DD (Duplex Drive), soit une ceinture de caoutchouc qui permettra de flotter, ce qui fut avec l'état de la mer à Omaha, un vrai désastre. 


Jour J

Pour le D-Day, la flotte d'invasion était composée de 6 939 navires (1 213 navires de guerre, 4 126 navires de transport et 1 600 navires de soutien ; l'aviation  dispose de 7 500 avions divers, chasseurs et bombardiers légers et lourds. 
156 115 soldats sont  débarqués ou parachutés le 6 juin 1944,  59 000 étaient américains, 73 000 anglais et 21 400  canadiens. Dans les jours suivants sont prévues 5 divisions  à J+2 et  18 divisions à J+10.

A Omaha malgré la puissance, le bilan est mitigé : Les objectifs prévus à la fin du Jour J ne sont pas atteints, en effet était prévue  une tête de pont allant de l'embouchure de la Vire à l'ouest à la jonction avec la tête de pont anglo-canadienne à l'est sur une profondeur de 8 km à l'intérieur des terres, sur une ligne nord d'Isigny à Bayeux. La jonction avec la pointe du Hoc n'est même pas réalisée. Seule une petite tête de pont va jusqu'à Vierville et  ondule sur 1 à 2 km maximum en profondeur,  les  villages de Saint-Laurent et Colleville ne sont pas totalement libérés  ; toutefois le périmètre dégagé  permet d' alimenter la tête de pont en hommes et matériel.
34 000 hommes et 2 800 véhicules ont débarqué mais seulement 100 tonnes de fret au lieu des 2 400 prévues car les pertes en matériel sont très importantes.


Conclusion

Développer ses moyens militaires a permis aux Etats Unis de procéder à son  redémarrage économique  qui va profiter aux plus riches qui détiennent les entreprises. Toutefois, il ne s'agit pas d'un engagement "total" comme ce fut le cas dans l'Allemagne nazie ou dans l'URSS, ainsi les américains ne connaissent pas le rationnement ou du moins fut-il très limité et profitent même d'une hausse des salaires.
L'équipement  et le nombre est largement en faveur des alliés ce qui leur assure une puissance de feu écrasante  et des renforts inépuisables mais cela suffit-il pour une victoire inéluctable ?
Gerow ne le pense pas : "Il serait illusoire de croire que nous pouvons défaire l'Allemagne simplement en produisant plus qu'elle. Les guerres sont gagnées par des stratégies pertinentes, mises en œuvre par des forces bien entraînées, équipées de façon  adéquate et efficace".
Cette puissance a montré son efficacité sur les plages "faciles", mais les erreurs et imprécisions sur Omaha ont eu des conséquences terribles qui laissent présager de difficultés à venir dés lors que le terrain de combat  pose des difficultés mal appréhendées par les stratèges.
Ainsi les alliés, malgré leur puissance, ont souffert face aux nazis dés les journées et semaines qui ont suivi le débarquement, Caen n'a pas été pris le premier jour comme prévu (mais le 20 juillet) et les alliés vont piétiner dans le bocage normand tout le mois de juillet.