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Les civils face au débarquement : quel impact ?

Les civils dans la tourmente du débarquement


Le débarquement et la Bataille de Normandie a provoqué la mort de 13 632 civils dans les trois départements bas-normands, 8 000 dans le Calvados, un peu moins de 4 000 dans la Manche, un peu plus de 2 000 dans l'Orne. A titre de comparaison, les Alliés ont perdu 37 000 hommes au cours de la Bataille de Normandie et les Allemands environ 80 000.
  • des chiffres
En valeur absolue, c'est la ville de Caen qui a le plus souffert, avec 2 000 tués, soit 3,5 % de sa population, maisprportionnelement d'autres villes  ont souffert avec des pertes de 5 à 10% : 4 %  à Coutances (270 morts) et à Valognes (200 morts) ; 5 % à Lisieux (800 morts), à Condé-sur-Noireau (250 morts) ou à Périers (107 morts) ; 6 % à Vire (350 morts) ; 7 % à Vimoutiers (200 morts) ; 9 % à Aunay-sur-Odon (200 morts). Le triste record est détenu par Évrecy où le bombardement aérien de la nuit du 14 au 15 juin provoqua la mort de 130 personnes sur les 400 habitants du bourg soit 32.5 % des habitants.

  • Quand ?
Le 6 juin,  fut aussi le plus tragique pour les Bas-Normands avec 2 200 morts. Le 7 juin, on ne dénombre pas moins de 1 600 tués supplémentaires. De manière générale, on peut observer que les premiers jours de la bataille sont les plus meurtriers. Ensuite la population prend des mesures pour se prémunir contre les bombes ou les obus, en se réfugiant dans des abris de fortune, des tranchées, des carrières souterraines et des galeries de mines, ou bien en fuyant les zones les plus exposées. Dans ces conditions, les victimes sont moins nombreuses, en dépit de "pointes" comme celle du 7 juillet ( bombardement aérien sur Caen)  ou lors de  la bataille dans la Poche de Falaise, où les civils ne sont pas épargnés par les projectiles destinés aux Allemands.
Les victimes ont été proportionnellement plus nombreuses chez les habitants des villes que chez les ruraux en relation avec les bombardements aériens sur les principales cités de la région.

  • Les plages de débarquement et Omaha
Malgré les bombardements aériens survenus au cours de la nuit du 5 au 6 juin et les tirs violents déclenchés à l'aube par l'artillerie de marine, les opérations de débarquement proprement dites ont provoqué un nombre relativement limité de victimes. Sur le littoral oriental du Cotentin (Utah Beach) et sur celui du Bessin (Omaha Beach), les habitations sont peu nombreuses. Elles le sont, par contre, bien davantage en secteur britannique et canadien (Gold Beach, Juno Beach et Sword Beach) entre Arromanches et Ouistreham. Mais une bonne partie de la population avait été évacuée sur ordre des Allemands. Les villas de front de mer, en particulier, ont été totalement vidées de leurs occupants afin de les transformer en retranchements.
Dans le secteur d'Omaha (voir  les tableaux de chiffres) les pertes civiles sont très faibles  en raison d'une part du raté des bombardements et de la faible occupation du littoral.

En effet dès 1943, les Allemands avaient entrepris la construction des défenses de la côte  et aucune  construction  ne pouvait obstruer leurs champs de tirs, aussi  les villas de la plage ont été détruites ou démontées afin de récupérer les matériaux, ce qui est assez lent pour détruire près d'un centaine de villas, aussi 15 à 20 n'étaient pas encore terminées en juin 1944 ou étaient occupées par les allemands.
De plus, le secteur d'Omaha est une "zone côtière interdite" située au nord de la nationale 13 dans laquelle il est difficile de se déplacer (les automobiles ne sont pas autorisées) et  il est interdit d'y rentrer sauf "laissez-passer" ou "Ausweis" aussi les habitants qui possèdent une attestation de résidence ne sont pas très nombreux, de plus ils n'ont pas le droit d'accéder  à la plage.

Eglises de Vierville    et    Saint Laurent après le  6 juin


Les pertes civiles avoisinent  31 personnes pour l'été 1944. Le  6 juin est le plus meurtrier (1/3) mais uniquement  pour l'arrière des plages, là où les bombes alliées sont tombées : Louvières (3), Sainte Honorine (4), Vierville(2). 
 Ainsi les bombardements aériens, ont tués des agriculteurs dans leurs champs comme Louise Oxéant (35 ans), et un de ses fils, Bernard Oxéant (14 ans), alors qu'ils étaient partis traire des vaches dans un herbage de Louvières. Un autre habitant de Louvières, Louis Bernard (36 ans), a aussi été tué dans les mêmes conditions. A la boulangerie de Vierville (rue Pavée), le 6 juin vers 6h00, un obus a tué Jacques Leroux, 9 mois, bébé de la boulangère et Pauline Bernasconi 20 ans, cousine de la boulangère. 
" Germaine Leroux était boulangère... Prévenues par un voisin de l'imminence du danger, elle et sa famille s'habillent à la hâte. Son dernier né sous le bras, elle dévale l'escalier pour rejoindre son mari au fournil et gagner un abri. Se ravisant brusquement, elle décide de remonter chercher ses papiers et confie son bébé de 9 mois (Jacques Leroux) à sa cousine (Pauline Bernasconi,20 ans). Une terrible explosion. tous deux sont tués sur le coup. Germaine est indemne. Assourdie par la déflagration, folle de douleur à la vue des deux corps gisant sur le sol, elle crie, hurle, sans comprendre ce qui est arrivé."

 Ensuite ce sont des tirs d'artillerie ou des balles qui tuent un peu au hasard puis ce seront les mines  et autres engins explosifs qui causeront des pertes jusqu'en  1945.

Comme partout en Normandie, les pertes de civils dans le secteur d'Omaha sont essentiellement liées aux bombardements, avec deux journées particulièrement meurtrières : le  6 juin et le 12 juin. Les destructions de bâtiments sont relativement peu importantes, en effet les belles villas du bord de mer avaient déjà été détruites ou démontées par les allemands avant le  6 juin. Sur les 820 habitants recensés avant la guerre sur les trois communes, 20  ont été tuées soit 2,5%, un taux inférieur aux grandes villes normandes bombardées.

  • Les bombardements aériens
Par contre, les bombardements aériens sur les villes bas-normandes dans les vingt-quatre heures qui ont suivi l'assaut allié ont provoqué des terribles ravages. Ils ont commencé dès l'aube, d'abord avec des objectifs limités : les ponts et les gares. Généralement, les pertes civiles restent modestes, sauf à Caen où, vers 13 heures 30, un bombardement mal ajusté contre les ponts de l'Orne dévaste tout le cœur de la cité, provoquant la mort de près de 500 personnes. 
Mais le plus terrible se produit dans la soirée du 6 juin et dans la nuit du 6 au 7, avec la mise en œuvre d'un plan de destruction méthodique des principales villes de la région afin de  détruire les principaux nœuds de communication. Entre 20 heures et 20 heures 30, un millier d'appareils de la 8e US Air Force ont reçu la mission de bombarder une dizaine de villes: Pont-l'Evêque, Lisieux, Falaise, Thury-Harcourt, Condé-sur-Noireau, Vire, Argentan, Saint-Lô, Coutances,  dans des conditions de visibilité médiocres.
Le 7 juin, dans la nuit, Caen  Lisieux, Argentan, Condé-sur-Noireau, Vire, Saint-Lô et Coutances reçoivent une nouvelle pluie de projectiles, qui tombent souvent sur les sauveteurs en train de dégager des ruines les victimes des avions américains.
Les Alliés avaient lancé au préalable des milliers de tracts pour avertir la population du danger et l'inciter à fuir sans retard avec une efficacité limitée (messages dispersés en campagne, non respect des consignes)
Les grands bombardements aériens des 6 et 7 juin restent les plus épouvantables par leur ampleur avec environ 2 000 morts). D'autres se produiront encore dans les jours suivants, plus loin.
Au total, les bombardements aériens sont responsables de plus de la moitié des pertes civiles de la bataille de Normandie.

  • Les autres causes
Les effets des combats terrestres qui durent trois mois pour libérer la Basse-Normandie, augmentent les pertes civiles surtout  là les combats sont intensifs : autour de Caen,  de Montebourg, sur la ligne La Haye-du-Puits/Saint-Lô ( "l'enfer des haies") .

Nombre de Bas-Normands ont également trouvé la mort sur les chemins de l'exode qui ont jeté sur les routes des dizaines de milliers des personnes et de familles fuyant les bombes et les obus, au hasard, ballottés par les combats. D'autres, plus nombreux, suivent des itinéraires établis à l'avance par l'administration de Vichy : . Pour la Manche, vers la Mayenne, pour  le Calvados, vers l'Orne. Comme l'aviation alliée mitraille et bombarde systématiquement les voies de communication, bien des civils périront ainsi.
Les massacres perpétrés par les Allemands (souvent les SS) ne doivent pas être oubliés.  Le 6 juin, , environ soixante-quinze patriotes sont ainsi froidement massacrés dans les courettes de promenade de la maison d'arrêt de Caen, de crainte de voir les Alliés les délivrer. Ces crimes vont durer pendant la  la Bataille de Normandie en faisant exécuter des dizaines de  résistants, de  Saint-Lô à Alençon, jusqu'à  Mortain et Appenai-sous-Bellême.
Mais les exécutions sommaires frappent aussi des civils dont le seul tort a été de ne pas obéir aux ordres ou d'avoir tenté de cacher déserteurs ou  pilotes abattus. Ainsi le 18 août, dix-huit habitants de Tourouvre sont massacrés par une unité de la division SS "Das Reich", qui s'était déjà illustrée de la manière que l'on sait à Tulle et Oradour-sur-Glane.
Bien des mois après la fin de la Bataille en Normandie, la mort continuera de frapper insidieusement ses habitants en raison de la présence  d'innombrables mines ou obus non explosés. Pour le Calvados,  plus de trois cents personnes tuées par un engin explosif entre l'automne 1944 et la fin de l'année 1945 dont de nombreux  enfants.


Les pertes civiles engendrées par la longue  Bataille de Normandie s'avèrent sensiblement inférieures à ce que l'on avait avancé ou écrit jusqu'alors. Elles restent néanmoins fort importantes et à coup sûr nettement plus élevées que dans la plupart des autres régions de France vite conquise  car la progression des Alliés est foudroyante. 
Dans une très large mesure, c'est la Normandie qui a payé le prix de la libération de la France et il fut particulièrement élevé.


Sources et compléments

Violence contre les civils

Évoquer "la violence" en période de guerre est un sujet délicat, même si des historiens se sont penchés sur cette question. En temps de guerre la violence serait  à la fois légale et illégale...mais tout dépend de la guerre, des époques, du contexte. Plus que le terme "violence", on utilise  davantage les termes de "crimes de guerre" et d'atrocités" selon deux aspects : contre l'ennemi et contre les civils. 
Pour la gestion  des violences contre l'ennemi, un dossier spécifique  est consacré au problème des prisonniers de guerre.

Les Américains ont été nos libérateurs en 1944. Mais il y a aussi une face sombre au débarquement des soldats US en Normandie : certains ont commis des violences de différentes natures contre les civils : pillage, viols, meurtres.  Aujourd'hui, les historiens s'intéressent de plus en plus au sort des populations civiles dans cette période, et les exactions qui ont pu être commises par les soldats alliés ne sont plus un tabou. Si certains soldats américains ne se sont pas  comportés de façon exemplaire, l'explication la plus courante est liée à l'alcool qui était à l'origine des actes répréhensibles, en effet tout pouvait vite dégénérer... même si cela ne peut être une excuse.



Plus de peur que de violence  pour les civils à l'arrivée des GI's

Les premiers Gi's arrivés à Omaha ont des  contacts difficiles avec les locaux, assez nombreux dans les villages et les fermes, ce qui les a beaucoup surpris. En effet, ils ne comptaient pas voir de français, et donc les considéraient comme allemands, collabos, traîtres, ainsi le 6 juin, à Omaha, les réactions et contacts entre français et américains sont  souvent terribles mais on ne peut pas parler de "violence" :

-"Il a pris son révolver et il a tiré croyant que j’étais une femme allemande ; heureusement que j'étais devant ma porte de chambre et que j'ai pu faire un écart sans quoi, il me tuait !"
-Il nous a demandé de boire, mais il a fallu que nous buvions avant lui parce qu'il avait peur, et il nous a donné une savonnette et du chocolat.
-Ils ont pris mon mari et ma belle mère en otage et voulaient les fusiller ! Ma belle mère a eu le réflexe de dire à mon mari de faire voir sa carte d'identité et de dire qu'il n'était pas un espion
-Les américains nous ont pris pour des allemands, et nous ont tiré de dessus, la balle a atterri dans la cuisine.
-Quand les américains nous ont vus, il fallait sortir de l'abri se ranger un à un le long du mur du jardin, puis, on a été fouillé, puis, on nous a relâché.
-on était 30 sous un abri : il voulait nous tuer parce qu'il nous prenait pour des gens qui n'étaient pas des français.
-Ils croyaient qu'il y avait un snipper là, et ils avaient leur flingue mais c'est moi qui marchait devant, ça ne me faisait pas marrer, alors au début ça allait mais à la fin, plus on montait haut, plus c'était dangereux : ils ont ouvert la porte d'un coup de pied en mettant leur fusil sous mon bras ( moi, j'étais devant ! ) je tremblais ... je croyais que j'étais mort ... mai ils n'étaient pas là ! il n'y avait personne !

[extraits de : http://6juin.omaha.free.fr/9normandsus/93_normands.php]


Ensuite, la méfiance disparaîtra très vite et les relations devinrent très amicales, les américains généreux en cadeaux (cigarettes, chocolat, chewing-gum...), les français offrant généreusement leur calva.


Trévières, le 14 juillet 1944 : Marguerite l'nstitutrice offre à boire aux Gi's



Petits profits et  rares pillages
Dans le secteur d'Omaha, aucun témoignage n'évoque des pillages, au contraire les rapports semblent cordiaux, chacun essaie de profiter des avantages que l'autre peut lui fournir...

René M, âgé de  30ans, habite à Saint Laurent et raconte ses rapports avec les GI's:
"Un jour je passais par en bas et il y en un qui m'a appelé, il avait l'air sympa "Come in, Sir ! ". J'y suis monté, il m' a donné du savon, du soap, des conserves, du café et d'autres choses et on a sympathisé, il était gentil comme tout . Et puis un jour il m' a fait comprendre qu'il aurait désiré que ma femme lave son linge, alors j' ai parlé de ça avec ma femme, elle m' a dit " Je veux bien ! " Si bien que j'étais obligé de faire un grand "camion " avec deux roues de vélo parce qu' on avait une vingtaine de clients après !
Alors il fallait mettre des repères sur les vêtements pour connaître les propriétaires et on y allait à deux, avec le propriétaire de chez Cardine, pour trimballer tout ce linge et on rapportait tout un tas de trucs ! Ah ! C'était le bon temps ! Ca a duré peut être 2 mois. Ils nous payaient, ils avaient de l'argent ! des billets tricolores.
Et même il y avait deux "morues" qui sont arrivées...plus tard . Un jour un canadien m'a dit : "Tiens, tu viens manger à la maison !" alors il m' a donné la moitié de son repas et ils étaient choyés, ils avaient des plats avec des alvéoles pour mettre le dessert , tout ça, on a bien mangé. Et le canadien m'emmène dans des grandes tentes carrées, c'était kaki. Il n'y avait pas de lumière là dedans et j'entends "On ne peut même pas se laver le cul, là dedans ! ". C'était une morue... Pourtant c'était pas un truc à faire, oh la la ! non c'était pas le sida à ce moment là... , mais ! non merci ! ça, pas pour moi !
Et puis il y a un officier qui est arrivé à ce moment là: Il m'a viré de la dedans ! Il m' a demandé ce que je faisais là... alors l'autre lui a dit que j'étais là pour le linge et il a dit " Go, home !! " gentiment mais il l'a dit quand même.
J'ai fait travailler les prisonniers allemands qui étaient au déminage, pendant treize mois. Il y en avait des mines ! Moi je surveillais une quinzaine de prisonniers allemands à déminer dans le secteur du monument, du côté de la grande maison à droite "
Lire le témoignage intégral

Simone L a 17 ans et habite une petite ferme:
"Bon, après, çà était formidable. On a eu dans la cour, chez ma mère, tout une compagnie d'installée avec la cuisine : tous les midis, tout le monde venait manger dans la cour ; nous, on mangeait avec eux, c'était formidable !
A ce moment là, on n' avait pas de bonbons, de chocolats, pas de sucre, on n' avait rien, on était limité en tout, alors eux ils nous donnaient de tout ! on en avait ! on ne comprenait même plus ce que c'était ! des bonbons, du sucre, des petits sachets de café, enfin tout ce qu'ils pouvaient nous distribuer ! On était privé depuis si longtemps, on s'est retrouvé d'un seul coup on avait tout à manger !
Le soir, avant de se coucher, on avait une grande boîte de bonbons et on choisissait les bonbons qu'on voulait :c'était formidable!
On a rencontré beaucoup de soldats américains, beaucoup étaient vraiment des copains, vraiment ; j'ai même des photos avec eux ! De toute façon on vivait avec eux, ils étaient avec nous, ils vivaient avec nous. Ils étaient très gentils, spécialement le nom de " William Sillivan", celui là, on a un souvenir formidable.
On leur donnait du lait. Ma mère avait encore deux vaches parce que les allemands avaient miné toutes les terres, comme on avait plus de terres on avait été obligé de vendre toutes nos vaches, il nous restait ces deux vaches . Mais les américains occupaient tous les herbages, et il y avait de la boue ! et maman avait du mal à aller traire : alors un américain allait avec elle et lui portait son bidon de lait sur son épaule !
Ils étaient "chouette " avec nous ! nous, on leur lavait leur linge.
Tout ça c'était formidable !"
Lire le témoignage intégral



Par contre, après le débarquement, avec l'avancée des troupes vers l'intérieur, il a existé, inévitablement des pillages, rares mais réels de la part de tous les alliés...Le pillages sont souvent liés  aux destructions de bâtiments,  à l'abandon des maisons par le civils face aux bombardements, et on a vite le sentiment d'impunité avec son bel uniforme. Toutefois les témoignages sont rares, côté britannique un agriculteur dit "Après quatre années  à attendre d'être libérés, on ne s'attendait pas à être pillés ; même les allemands n'ont pas fait ça!" (Source le 30° corps britannique pour 24 juin).  Les réactions furent immédiates,semble-t-il, avec des ordres interdisant le pillage et  


D'exceptionnelles violences avant tout liées aux "dommages collatéraux" suite aux bombardements
Les américains craignaient aussi  d'avoir à faire  à des "collaborateurs" laissés là par les allemands, comme espion ou saboteur, voire comme sniper. Mais il s'agissait davantage d 'une rumeur que d'une réalité. Tout suspect français était livré aux services de contre espionnage pour interrogatoire (qui n'avaient rien  à voir avec les pratiques de nazis), beaucoup étaient libérés, certains renvoyés à un niveau supérieur.  Une exception apparaît pour la Manche  où  en été  20 à 30 civils auraient été fusillés par les troupes américaines (pas d'étude spécifique)
Sur Omaha, les civils ont relativement peu souffert des bombardements. Les pertes civiles sont donc très faibles: elles avoisinent 31 personnes pour l'été 1944. Le 6 juin est le plus meurtrier (1/3) mais uniquement pour l'arrière des plages, là où les bombes alliées sont tombées (Louvières, Sainte Honorine, Vierville). Mais dans  les cinq départements normands, ce sont 20.000 français qui ont été tués, victimes de bombardements au nom d'une nécessité militaire inébranlable. Tuer des civils  est acceptable dés lors que le succès est au bout et permet moins de pertes militaires,ce que les anglais, comme Montgomery remet en cause.(voir notre dossier sur les bombardements)




Viols

Contexte
La libération de la Normandie en juin et la seconde phase dans le sud en août, ont mobilisé près de trois millions de soldats qui débarquent en France en 1944.
Même en 1946, il y a encore environ 1,5 million d'hommes de troupe en Europe, de plus, selon le commandement américain, à l’automne 1944, près de 10 000 GI déserteurs se trouvent sur le territoire.

En 1945, le magazine Life présent la France comme « un gigantesque bordel dans lequel vivent 40 millions d'hédonistes qui passent leur temps à manger, boire et faire l'amour ». Les Françaises ont la réputation d’être sans préjugés raciaux et sexuellement libérées. Les GI noirs sont persuadés par les récits de leurs aînés qui ont séjourné en France pendant la Première Guerre mondiale que les Françaises n’ont aucune réticence à faire l’amour avec des Noirs.


La population et les viols

À la fin de l'été 1944, des femmes  normandes se plaignent de viols commis par des soldats américains. Des centaines de cas sont rapportés. Sont également signalés des viols et des crimes dans plusieurs villes où les GI's sont stationnés comme à Reims, Cherbourg, Brest, Le Havre, Caen.

En 1945, après la fin de la guerre en Europe, Le Havre est rempli de soldats américains en attente d'être rapatriés dans leurs pays. Des habitants écrivent au maire que certaines femmes ont été « attaquées, violées » et qu'il s'agit « d'un régime de terreur imposé par des bandits en uniforme ». Un propriétaire de café du Havre témoigne : « Nous nous attendions à des amis qui ne nous feraient pas honte de notre défaite, au lieu de cela, il y eut seulement l'incompréhension, les mauvaises manières et l'arrogance des conquérants ». Un tel comportement est aussi constaté à Cherbourg. Un résident déclare qu'« avec les Allemands, les hommes devaient se camoufler. Mais avec les Américains, nous avons dû cacher les femmes ».

Des explications


L'historienne américaine Mary Louise Roberts ("What soldiers do: Sex and the American GI in World War II", publié en juin 2013. Traduit en français Ed Seuil) explique également l'importance des viols par le refus des autorités américaines  d'adopter un système de prostitution réglementée et d'ouvrir des lieux pour la prostitution inspectés par les autorités sanitaires, ceci
 par crainte que l'information ne s'ébruite dans le public américain et n'entame l'image des soldats... Pour l'historienne,  l'attitude des soldats américains  s'explique en grande partie par l'image de la France que l'armée américaine avait choisi de donner à ses soldats à travers des documents de propagande : "En s'appuyant sur des archives françaises et américaines, l'historienne a fait un constat étonnant : la campagne militaire européenne n'avait pas été présentée aux jeunes recrues comme une bataille pour la liberté mais bien... comme " une aventure érotique dans un pays peuplé de femmes insatiables ", selon une formule du "New York Times" qui a consacré un article à l'ouvrage.



Statistiques


Selon l'historien américain Robert Lilly, il y aurait eu 3 500 viols commis par des soldats américains en France entre juin 1944 et la fin de la guerre. Le nombre de viols est difficile à établir car de nombreuses victimes de viol n'ont jamais rapporté les faits auprès de la police.


En Normandie

Les troupes américaines engagées ont commis 208 viols et une trentaine de meurtres dans le département de la Manche. Pour le seul mois de juin 1944, en Normandie, 175 soldats américains sont accusés de viol.

Il existe en Normandie des tombes de jeunes filles qui portent l'inscription « Tuée par les Noirs », et au moins une tombe du mari d'une femme violée avec l'inscription « Tué par les Noirs », celle de Louis Guérin, à Quibou.


Condamnations


Du fait du nombre important de cas de viols recensés et de la dégradation de l'image des soldats américains en France, le commandement américain juge (entre le 14 juin 1944 et le 19 juin 1945) 68 cas de viol ordinaire concernant 75 victimes. Au moins 50 % des soldats-violeurs sont ivres au moment de leur crime. Sur les 152 accusés, 139 sont des Noirs, alors qu'ils ne forment que 10 % des troupes sur le théâtre européen.

Des 116 soldats qui passent en cour martiale en France pour viol, 67 sont condamnés à des peines d’emprisonnement à perpétuité. Au sein de ce groupe, 81 % sont noirs et 19 % blancs.

En tout, 49 soldats sont condamnés à la peine de mort pour viol, mais plus de la moitié voient leur peine réduite à l’emprisonnement à perpétuité. Les tribunaux militaires condamnent les soldats afro-américains à des peines plus sévères que les soldats américains blancs. Certains militaires coupables sont exécutés, comme dans l'affaire Clarence Whitfield, condamné à mort par pendaison le 20 juin 1944 à Canisy par la cour martiale. L'armée américaine exécute ainsi 29 soldats pour viol dont 25 Afro-Américains, et les autorités militaires américaines invitent les victimes à assister à la pendaison des coupables.



Une armée ségrégationniste

L'US Army qui débarque en France est une armée ségrégationniste. Les Noirs ne peuvent pas occuper des positions de combat. Ils sont cantonnés aux services, à l'approvisionnement dans les bases de Cherbourg, du Havre, de Caen. Ils ont donc davantage de contacts avec la population civile. Si l'on compare le nombre de viols commis par des militaires américains au Royaume-Uni avant le débarquement, et en France après le débarquement, les statistiques sont sans commune mesure, et mettent en évidence un problème spécifique. Du fait des combats et du mouvement constant des armées, l’encadrement des troupes noires en France était moins efficace et moins étroit qu’en Angleterre où, malgré les obstacles, il leur était malgré tout possible d’établir des relations sentimentales durables. En France, la brutalisation engendrée par l’expérience même de la guerre, l’abondance de boissons fortement alcoolisées et le port d’armes de combat contribuent à faire des femmes françaises des proies relativement vulnérables aux agressions sexuelles.

Si « les tribunaux militaires américains ont eu une fâcheuse tendance à sévir surtout contre les soldats noirs et à traiter avec beaucoup plus de légèreté les mêmes faits quand ils étaient imputés à des soldats blancs », il est communément admis que certains soldats ont exprimé avec violence leur frustration, alors que la rumeur leur a promis une prostitution légale généralisée et que « les femmes françaises ont la réputation injustifiée de céder facilement aux avances des vainqueurs ».


Viols : Source essentielle Wikipédia

La résistance face au débarquement : quel impact ?

Avant, pendant et après le débarquement, le rôle de la résistance (y compris normande) est controversé. Jugé à l'époque de "non négligeable" par le chef des forces alliées en Europe, il est de nos jours relativisé par les historiens qui en limitent l'importance, surtout en ce qui concerne les actions de combat.

La résistance a bien accompli les tâches qu'elles pouvaient faire
Il faut rappeler que la résistance touche une minorité de français : 30.000 en 1942 ; avec l'arrivée du STO, cela augmente avec  100.000 avant le débarquement et 400.000 FFI durant l'été 1944, soit 1% de la population et 2% des adultes français (6% en Yougoslavie et 5% en Pologne). Toutefois elle n'aurait pu exister sans l'appui et le soutien de français anonymes solidaires.

Son rôle avant le débarquement est de fournir des renseignements sur le mur de l'atlantique et les positions de défenses allemandes, éléments qui complètent  les trois millions de clichés aériens opérés par les alliés qui demeurent la source essentielle de renseignement.

Pour le débarquement des "plans" d'action avaient été établis, fin 1943, à Alger :
-Plan violet : neutraliser les communications téléphoniques
-Plan vert : paralyser ou perturber  le réseau ferroviaire
-Plan bleu : couper l'électricité
-Plan bibemdum: détruire les nœuds routiers
Sans que cela soit exprimé clairement, les alliés espéraient que les forces de la résistance  freinent  la marche des renforts allemands vers la Normandie,  empêchant ainsi leur concentration et réduisant fortement leurs capacités opérationnelles. De même étaient souhaitées, par Eisenhower, des actions de guérilla dans toute la France afin de perturber davantage les allemands.
Le déclenchement des opérations a été annoncé sur la BBC par différents messages, tels que : "les carottes sont cuites", "le chat sort et chasse", ou encore la deuxième partie de la première strophe du poème de Verlaine : "Blessent mon cœur d’une langueur monotone". La première partie, "Les sanglots longs des violons", avait quant à elle été diffusée dés le 1er juin pour inviter les résistants à se tenir prêts.

Donc, à la suite des messages de la BBC, la résistance entra en action, en on estime à plus de 2000 les actes de sabotage correspondant aux 4 plans, souvent avec succès comme pour les sabotages des voies ferrées qui sont paralysées autour de la Normandie en Juin (mais... surtout grâce aux bombardements aériens). Le télécommunications sont coupées : presque plus de lignes dans le triangle Amiens-Rouen, Caen, Le Mans. On estime que les actions de résistance ont  obtenu  un retard minimum  d'au moins 48H. Par contre,  le résultat des insurrections sont un échec, activées de manière trop optimiste cette  "guérilla" provoque partout de sanglantes représailles (Tulle, Vercors, Bretagne...).

Par la suite, la résistance joua un rôle apprécié des alliés  pour les guider comme "éclaireurs"  dans leur avancée  en Normandie et en Bretagne et pour la prise de villes. Cette coopération établit un réel climat de confiance qui se concrétisa par des parachutages de plus en plus nombreux d'armes et de matériel, de la part des américains,  à un moment où  beaucoup de français se décidaient à la rallier... Ainsi elle dépassa son rôle de destruction de communications pour s'orienter de plus en plus  pour combattre (comme la résistance avait pu le faire en Afrique du Nord). Néanmoins les alliés gardaient la tête froide et et ne comptaient pas trop sur la résistance  pour le succès de leurs opérations,  qui ne représentait à leurs yeux, qu"un appoint".

L'apport de la  résistance eut une conséquence non prévue... sur le plan politique, elle contribua  à installer les autorités gaullistes qui surent bien montrer par la suite aux français et au monde entier, que les français avait été actifs pour leur libération, en s'appuyant sur un conjonction réussie mais fragile de la résistance extérieure et de la résistance intérieure.
Toutefois, il faut encore relativiser l'importance des Forces Française Libres, qui en 1940 n'étaient composées que de  70.000 hommes (alors que la Pologne en a 150.000) et dont les deux faits d'armes, Koufra (Février 1941) et Bir Hakeim (Juin 1942)  largement surestimés par De Gaulle servent avant tout  à entretenir le moral. Ensuite, l'armée de libération qui réunit FFL et FFI aligne en mai 1945 environ 1,3 M d'hommes soit 3% des forces alliées. Elle   a participé  aux combats en remportant quelques victoires (Tunisie, Cassino) mais son rôle demeure modeste pour la victoire finale, un simple frein.



Des alliés reconnaissants... ou flatteurs ou diplomates  ?


Pour le commandant des forces alliées en Europe, le général Dweight Eisenhower, dans ses mémoires  (1949) écrit "les FFI ont joué un rôle non négligeable dans la préparation du débarquement allié en Normandie et dans la libération de la France". A l'époque, il avait évalué l'aide apportée par les résistants normands à l'équivalent de quinze divisions régulières, ce qui est vraiment beaucoup, équivalent à "une armée classique". Mais en plus de la disponibilité de ces troupes, il soulignait la contribution des résistants au plan Vert, un ensemble d'actions de sabotage contre les transports de troupes et de munitions qui permit alors, en deux jours, de détruire 98 locomotives.
A l'opposé, les autres grands acteurs militaires ne portent pas le même jugement : Bradley est relativement sévère, Montgomery règle ses comptes avec tout le monde (son comportement ayant été beaucoup  critiqué...) et les généraux allemands qui  publient leurs mémoires ignorent la résistance. L'historien britannique J Keegan estime le rôle des résistances européennes comme "très faible" et préfère attribuer une palme au décryptage  de  la machine "Enigma".

Dans tous les cas,  la résistance n'aurait rien pu  faire sans l'existence du débarquement et la présence des alliés en France... et surtout pas libérer la France.
Par contre, ce qui est indéniable c'est que l'action de la résistance  a permis d'accélérer la progression des alliés et donc d'accélérer la libération de la France.
Selon le général américain William Donovan, chef de l'OSS, l'Office of Strategic Services qui se chargeait de l'aide aux mouvements de résistance, 80% des renseignements utiles lors de la libération de la France ont été fournis par les services secrets gaullistes.


Les historiens: "avec ou sans la Résistance, la France aurait été libérée..."


Même si les effectifs des FFI sont passés de 100 000 en janvier 1944 à 200 000 en juin puis à 400 000 en octobre de la même année, les historiens tempèrent le jugement porté sur le rôle de la résistance lors du débarquement.
Les résistants ont certes fourni d'importants renseignements sur le dispositif allemand le long des côtes avant le 6 juin 1944, mais leur rôle au combat a en revanche été négligeable face à l'énorme machine de guerre ennemie. "Il y avait 500 à 600.000 Allemands engagés dans la bataille de Normandie. Que voulez-vous que fassent quelques types face à ça ?", demande Jean Quellien, professeur à l'Université de Caen. "L'honneur est sauf, ils ont fait ce qu'ils pouvaient... Mais ils ne pouvaient pas faire grand chose".

Selon Olivier Wieviorka, professeur à Normale sup Cachan et auteur d'une "Histoire du Débarquement en Normandie", "avec ou sans la Résistance, la France aurait été libérée, mais pas de la même manière : la Libération aurait été plus difficile, plus sanglante, et moins rapide". Pour lui, les Anglo-Américains ne croient pas en la résistance, ils l’ont toujours considérée comme un « bonus », un terme d’ailleurs utilisé par le premier planificateur d’Overlord, le général Morgan. Tout ce qu’elle apporte est le bienvenu, mais nous ne sommes pas dans une logique de division des tâches, on ne compte pas sur elle pour suppléer aux carences de l’état-major.
"Les Alliés n'ont jamais vraiment compté avant le Débarquement sur la Résistance qu'ils considéraient comme un bonus". "Mais "dans l'ensemble, elle a joué un rôle qui a plutôt agréablement surpris les Alliés", notamment après le passage de l'armée régulière lorsqu'il s'est agi d'utiliser les résistants comme éclaireurs près des lignes allemandes, de leur faire garder des infrastructures comme des ponts ou encore de garder des prisonniers" observe-t-il.

En effet , "les alliés, qui pouvaient un peu douter de la discipline de la résistance et qui la considéraient jusque-là comme un plus, vont avoir beaucoup plus confiance en elle. Dès lors, la Résistance est considérablement armée, notamment en juillet-août, et beaucoup mieux intégrée dans la pensée stratégique alliée lors du débarquement en Provence, qui a lieu le 15 août 1944."
De toute façon, "la Libération de la France aurait été réalisée sans la Résistance, mais elle ne l’aurait pas été de la même manière. Il y aurait eu beaucoup plus de vies humaines sacrifiées, beaucoup plus de heurts entre la population civile et les armées de la libération. Cette Résistance, en fonction des listes établies par les services gaullistes, va nommer des préfets, des maires, reconnus par la population. Par exemple, la réquisition d’une école pour loger des soldats américains sera beaucoup mieux acceptée si elle est décidée par le maire que par un capitaine américain. La Résistance a donc été plus facteur d’ordre que de désordre."
==> extraits de divers interview d'O Wiervorka, dont :  http://education.francetv.fr/videos/6-juin-1944-debarquement-et-resistance-v105141


Auteur du livre "D-Day et la bataille de Normandie", l'historien britannique Antony Beevor, souligne que les "molles collines normandes ne se prêtent guère au combat de maquis comme les régions montagneuses. On ne pouvait de ce fait, s'attendre à ce que des résistants à Caen se comportent comme des résistants yougoslave, qui ont livré de véritables batailles rangées contre la Wehrmacht".
A contrario, la Résistance a joué un rôle majeur en sabotant les voies ferrées et les lignes téléphoniques ennemies. "L'attaque des lignes de communication représente une contribution importante de la Résistance sur toute la Normandie car elle a retardé l'arrivée des renforts allemands", souligne M. Beevor.


Pendant la Bataille de Normandie, la Résistance paie néanmoins un lourd tribut… Dès le 6 juin 1944, le chef de la police Harald Heynz fait tuer 75 à 80 prisonniers, la plupart résistants, dans la prison de Caen. Aujourd’hui encore, on ne sait pas où sont leurs corps.



Le rôle de la résistance locale 
  • Son organisation
Le réseau "Alliance" a été créé en 1940 par Georges Loustaunau Lacau dit "Navarre", arrêté en 1941, puis repris par Marie Madeleine Fourcade dit "Hérisson" et par Léon Faye. Ce réseau s'étend à toute la France, aussi est-il divisé en 1942 en zones : Sud Ouest, Sud Est, et, Ouest, commandé par Jean Roger Sainteny dit "Dragon". Ce secteur Ouest était lui même divisé, et, la Normandie était appelée "Ferme".
La partie ouest du Calvados, dirigée par Robert Douin dit "Civette", était elle même divisée en 4 autres secteurs dont le "Bessin" créé par Jean Sainteny, qui réside parfois à Aignerville (près de Trévières). Sainteny fédère son équipe avec d'autres résistants locaux : Bernier de Port, et surtout avec l'instituteur de Formigny, M Couliboeuf dit "Bison noir" qui devint le chef et la boîte aux lettres du groupe "Bessin" aidé par Rodriguez dit "Pie", le radio.
Cette zone "Bessin" est elle même divisée en 3 secteurs : Bayeux, Port en Besssin (Paul Bernier, avec des pêcheurs: Payen, les Cardron, et surtout G Thomine dit "Cachalot"...) et, enfin, Saint Laurent-Trévières qui est représenté par : Désiré Lemière dit "Chordeille" facteur à St Laurent; Albert Anne, forgeron-charron, d'Asnières ; Robert Boulard facteur à Trévières ; et probablement Charles Olard, le receveur du bureau de poste de St Laurent.


 Désiré Lemière              Albert Anne                Robert Boulard


  • Son rôle
Ces équipes observent et transmettent des renseignements d'une grande précision, en effet quoi de plus naturel qu'un facteur en tournée qui n'hésite pas à discuter [se renseigner discrètement] avec les habitants ? De même qui se méfierait de ces braves pêcheurs qui jettent leurs filets face aux bunkers en construction? Enfin, qui se méfierait d'un aveugle qui se promène sur le littoral avec sa canne blanche ?
Le groupe Alliance dont l'activité est le "renseignement" fonctionne par un système organisé de "boites aux lettres" dont celle de Bayeux est centrale ; de là, des contacts émis par un poste emetteur radio vers Londres. L'épicentre de ce réseau est donc la "maison des gouverneurs" à Bayeux, résidence de deux institutrices Julia Picot et Germaine Limeul, qui centralisent toutes les informations.

A partir de l'été 1943 les alliés sollicitent davantage de renseignements : la décision de débarquer en Normandie a été prise... Robert Douin s'active et peaufine ses cartes qu'il agrandit au 1/10.000 puis les fait parvenir à Paris par l'intermédiaire d'un agent de liaison, Jean Truffaut, dit "Tadorne". En mars 1944,toutes ses cartes sont finies.
  • Les membres du groupe Saint Laurent-Trévières
    Ce tout petit groupe a fait, dans un secteur difficile, très surveillé et contrôlé, ce qu'il a a pu. Malheureusement, dans des conditions qui n'ont jamais été éclaircies, ils ont été dénoncés et arrêtés tous les quatre,  puis fusillés à la prison de Caen (voir document en bas de page) , sauf un membre qui aurait été libéré dans des conditions totalement inconnues.
-Désiré Lemière  (1887-1944) habite le hameau de Fosses Taillis à Saint-Laurent-sur-Mer. Agriculteur sans terres, puisque les les Allemands les avaient en partie réquisitionnées, il est devenu facteur à St-Laurent. Depuis janvier 1943, il fait partie du "Groupe Alliance" et il a été arrêté le 5 mai 1944 par la Gestapo, puis fusillé le 6 juin 1944 à la Prison de Caen. Désormais une rue de St Laurent/Mer porte le nom du résistant mort pour notre liberté.

-Robert Boulard est facteur à Trévières et habite Vierville, au hameau de Vacqueville. Il est agent de renseignement du "Groupe Alliance", et a aussi été arrêté le 5 mai 1944 et fusillé le 6 juin 1944 à la Prison de Caen.

-Albert Anne est forgeron à Asnières, il est agent de renseignement du "Groupe Alliance", et a aussi été arrêté le 5 mai 1944 et fusillé le 6 juin 1944 à la Prison de Caen.

-Charles Olard est receveur des Postes à Saint-Laurent et habite au hameau de Fosses-Taillis, comme Désiré Lemière. Il aurait été, comme les autres, arrêté le 5 mai 1944, mais aurait été libéré avant le 6 juin 44  dans des conditions très  mystérieuses, sans que jamais, durant sa vie,  il ne fournisse la moindre explication (aucune source historique).
 Aujourd'hui, on comprend qu'il n'y en aura jamais, en effet un membre de la famille Olard s'exprime aujourd'hui ainsi :
"j ai promis à ces résistants de faire ce que je fais pour eux, pour leurs fréres de combats et pour transmettre ceci aux générations futur , je tiend cette promesse du mieux que je le peux à mon petit niveau , ce fût leurs volontés ... de cette maniére je reste auprés d' eux et je pense qu ' ils m' accompagne dans cette démarche de coeur ... sachez que mon grand pére lucien OLARD ( garagiste ) était résistant à VIERVILLE SUR MER ( inconnu resté dans l' ombre ce fût sa volonté ,sans gloriol ni remerciement ...) son fréres chrales OLARD résistant à la poste de SAINT LAURENT SUR MER ( chef receveur des postes ) reconnu résistant dans le groupe ALLIANCE sous réseau FREME .Et le beau frére de mon grand oncle charles OLARD du nom de jean Caby RESISTANT (reconnu ) fait parti des 87 fusillés RESISTANS de la prison de caen fusillés par les allemands au matin du 6 juin à l' annoce du débarquement.
Sebastien olard, familles de résistants à OMAHA BEACH
PRESIDENT DE L ' ASSOCIATION : LES FLEURS DE LA RESISTANCE"
[orthographe d'origine de la source : https://www.lesherosdelasecondeguerremondiale.fr/omaha-beach/]

Complément : Devenir un héros de l'histoire

Conclusion
Plus que le célèbre  discours  de De Gaulle à  Londres, c’est essentiellement  le patriotisme qui motive les résistants en Normandie. De rares  courageux ne supportent pas de voir leur pays occupé par une armée étrangère et s'engagent  à leur  manière dans la résistance qui demeure un phénomène très marginal. Toutefois, localement la résistance a montré son efficacité  dans la collecte de renseignements, seule activité possible. Localement, la résistance paie néanmoins un très  lourd tribut… puisque le réseau Alliance a été exécuté et que la quasi totalité de ses membres  ont été tués   le 6 juin 1944, dans la prison de Caen. Aujourd’hui encore, on ne sait toujours pas où sont leurs corps.

rapport de la gendarmerie sur les exécutions à la prison de Caen le 6/6/1944