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Le site d'Omaha : être optimiste !

C'est en 1943  que les plans d'Overlord s'établissent  avec le choix de débarquer sur les côtes normandes,  dont  le rapport du Cossac du Lt Morgan fournit moult détails sur le rivage normand. Il fallut encore choisir les trois plages les plus prometteuses pour un débarquement, les côtes à falaise, nombreuses, furent éliminées. Toutefois, on prit vite conscience des spécificités locales:  rebord de falaise, météo aléatoire et capricieuse,  amplitude des marées qui dégage de vastes espaces  parfois sur plus de  500 mètres pour ensuite venir remplir la grève jusqu'à la digue. Mais "les chances de réussite d'un débarquement en Normandie sont tellement plus grandes que dans tout autre secteur, qu'à notre avis les avantages l'emportent sur les désavantages" (Cossac).

Pourquoi ne pas choisir les plages du Pas de Calais ?
Le Cossac a rapidement exclu le choix des plages du Pas de Calais, chemin le plus court et rapide pour un débarquement ,  pour plusieurs raisons
-le site est attendu par les allemands, désinformés par Fortitude
-les côtes sont les plus fortifiées de France (et d'Europe)
-Le site est une position de pivot défensif de la chasse allemande
-Les possibilités d'expansion sont réduites, ce qui nécessite de s'emparer rapidement de ports (Anvers, Le Havre)

A l'opposé les plages de Normandie sont variées et larges, relativement  mal défendues,  à l'abri des vents d'ouest, dotées de voies de sortie pour évacuer hommes et matériel et surtout représentent un choix peu probable. Elles sont situées à équidistance de toute la côte sud anglaise. Leur seul défaut est l'absence d'un port qui sera pallié par la construction de ports artificiels avant la prise  des  deux ports proches: Le Havre et Cherbourg (qui ne seront pas attaqués directement, l'expérience malheureuse  de Dieppe en 1942 l'ayant démontré).

Lorsqu'Eisenhower et Mongomery prirent les commandes de l'opération, ils décidèrent, début 1944,  de porter à  cinq les divisions à  débarquer en ajoutant deux nouvelles plages qui doublaient l'espace de débarquement (40 à 80 km) et de fixer le  jour J  entre le 31 mai et le 7 juin.

Les commandements américains et britanniques ont eu à choisir le nom codé des plages sur lesquelles leurs soldats devaient débarquer. Les Américains choisissent de donner à «leurs» plages le nom d’un Etat (Utah) et d’une ville du Nebraska (Omaha), lieux d’origine de deux sous-officiers. Le général britannique Montgomery propose quant à lui des noms de poissons: Goldfish (poisson rouge), Swordfish (espadon), qui deviendront Gold (or) et Sword (épée). En revanche, sa proposition d’appeler la dernière plage Jellyfish (méduse) est rejetée: abrégé en «jelly», le mot signifie confiture, ce qui apparait peu approprié pour les circonstances… C’est le lieutenant-colonel canadien Dawnay qui trouve le nom final, Juno, qui n’est autre que le prénom de son épouse.

Omaha
La plage, la plus  à l'ouest, d'abord codée "313", puis   en  "46 ", enfin définitivement nommée en  1944  "Omaha Beach" ferait l'affaire,  malgré tous les écueils : 7 km de plage de sable  adossée à une falaise escarpée. Il n' y avait pas le choix car aucune autre possibilité n'existait dans ce secteur : c'est la seule plage sableuse de tout le littoral du Bessin.


Les falaises du Bessin : Omaha seule plage de sable
La configuration du site est particulière et se différencie nettement des autres secteurs de débarquement : Omaha Beach s'étend devant les communes de Vierville-sur-Mer, Saint-Laurent-sur-Mer, Colleville-sur-Mer et  se présente comme une longue bande littorale, légèrement incurvée en formant de croissant, de plage de sable  d'environ 8 km de long  encadrée de falaises rocheuses à chaque extrémité (où se situent les WN allemands les plus puissants) et ouverte sur cinq vallons qui permettent d'accéder aux villages. À 6 km, plus à l'ouest, se trouve le promontoire de la pointe du Hoc. 
C'est la  morphologie de la plage qui en fait son originalité et surtout sa difficulté d'accès par la mer, la plage comprend :
-l'estran : une bande de 300 m de sable fin avec un très léger dénivelé de 5,4 m  dont la largeur varie selon la marée
-une levée de galets en pente plus raide menant à l'ouest à une digue de mer avec une petite route et des villas et à l'est à une dune ;
-une bande de 200 m plus ou moins de terrains  marécageux par endroits, au pied d'une falaise morte
-rebord de plateau ou falaise morte abrupt, rempli d'herbes et de broussailles,  de 30 m à 50 mètres de haut dominant tout ce qui précède
-le plateau de l'arrière-pays sur lequel se trouvent les  villages .


Ce plateau est accessible depuis la plage par cinq petites vallées encaissées, ou vallons, qui sont les seuls chemins accessibles pour les véhicules pour sortir des plages. Ces entrées sont toutes occupées et défendues  par des WN allemands, certains non terminés.
Les sortie D1  menant à Vierville et la sortie D3 près du hameau des Moulins menant à Saint Laurent possèdent  une vraie une route. La sortie E1 au lieu dit le Ruquet mène à Saint-Laurent par un chemin de terre  comme les deux dernières aboutissant à Colleville (E.3) et au hameau de  Cabourg  (F.1).

L'objectif à Omaha est de s'emparer du littoral et, ensuite, de tenir une tête de pont de huit kilomètres de profondeur entre Port-en-Bessin et la Vire et, dès que possible, de faire la jonction à l'est avec les Britanniques et à l'ouest avec le VIIe Corps américain débarqué à Utah Beach afin d'établir une large  tête de pont continue sur la côte normande.

Quels sont les atouts et inconvénients de cette plage ?

-une morphologie défavorable : une côte sableuse encadrée de hautes falaises (très défendues par les WN, situés au niveau des vallons et aux extrémités de la plage)
-Un large estran (occupé par les milliers d'obstacles allemands)  qui présente des barres sableuses (ligne de brisants  favorisant  vagues et forts courants) qui créent des bâches (creusement de  trous d'eau  à marée haute) donc un réel danger  pour débarquer des soldats surchargés.
-Un cordon de galets qui sera protecteur pour les GI's mais un réel obstacle pour les blindés, avec, en complément, par endroits  un cordon dunaire.
-Au pied du plateau un large espace envahi par endroits par des marais difficilement franchissables d'autant qu'existent barbelés et mines ; les positions allemandes  (mitrailleuses, tobrouk...) sont situées au niveau des entrées des  cinq vallons.
-Un rebord de plateau abrupt difficile à escalader, lui aussi protégé par des barbelés et mines.
-Un plateau calcaire où sont positionnées les défenses allemandes pour  mieux surplomber la plage  et que les Gi's doivent atteindre. Ce plateau sera propice pour stocker le matériel militaire et, ensuite, pour créer des pistes d'aviation

Les difficultés sont donc  réelles.

Comparatif : le profil des autres plages de débarquement
Il est nécessaire de comparer les sites des plages de débarquement, en particulier leur profil, afin de mieux comprendre les spécificités et les problèmes inhérents au choix du site d'Omaha.

Utah : 
Initialement, les Alliés n'avaient pas prévu de débarquer sur les côtes du Cotentin. La proximité du port de Cherbourg et la nécessité de disposer d'une solution de repli au cas où la situation tournerait mal sur les plages du Calvados, décidèrent les responsables du haut commandement allié à ajouter une cinquième plage.

 Utah Beach s'étend de Sainte-Marie-du-Mont jusqu’à Quinéville sur environ 5 km de long, avec une zone d'assaut principal de 2 km à hauteur de Varreville. La vaste plage se trouve sur un cordon littoral adossé à des zones marécageuses. Le débarquement américain sur Utah est précédé d'une opération aéroportée de nuit, afin de contrôler les quelques routes surélevées au travers des marais permettant les sorties de plage et qui permettent d'accéder à la N13

Cette plage, particulièrement propice à un assaut amphibie, verra ses défenses un peu renforcées après que le maréchal Rommel y détecte de nombreuses faiblesses, ainsi, les dunes entre la baie des Veys et Saint-Vaast-la-Hougue seront truffées de nids de mitrailleuses et sur les hauteurs de l'arrière-pays seront aménagées quelques batteries lourdes. Néanmoins cette zone restera moins fortifiée que d'autres zones de la côte normande du fait que les Allemands estimaient que les marais et les zones inondées rendaient difficile un accès à l'intérieur des terres.
En raison d’une erreur de navigation, les premières vagues d’assaut prirent pied à environ 2 kilomètres au sud de l'endroit prévu. Heureuse erreur pour les Alliés puisque les défenses allemandes étaient ici nettement moins redoutables et furent rapidement neutralisées.
Les pertes de la 4e division ne dépassèrent pas les 200 hommes pour la journée du 6 juin mais les troupes aéroportées de la 101° perdirent 40% de leurs effectifs. Plus de 24.000 hommes débarquèrent le jour J


Gold:
 La zone est délimitée par Port-en-Bessin à l'ouest et le hameau de La Rivière à l'est, incluant le village côtier d'Arromanches. À l'ouest, de hautes falaises rendent tout débarquement impossible, obligeant les opérations à se dérouler vers l'est,  sur la plage entre Asnelles (Le Hamel)  et Ver-sur-Mer (La rivière).  La plage débouche sur des terrains marécageux qui donnent sur un arrière-pays plat alternant entre des champs ouverts et du bocage qui se densifie au fur et à mesure de la progression dans les terres. Le terrain s'élève graduellement formant la crête de Meuvaines où des fortifications allemandes sont localisées.
Les bombardement préalables donnent des résultats relativement satisfaisants mais le jour J, la mer est mauvaise ce qui complique le débarquement  anglais qui s'effectue sous la riposte allemande, toutefois les objectifs sont respectés.
Les pertes alliées totales, toutes unités confondues pour les opérations de Gold, se chiffrent à environ 1000-1100 hommes, dont environ 350 tués.
Le soir du jour J environ 25.000 soldats britanniques ont débarqué.


Juno :
Juno, plage canadienne, s'étend sur 8 km, entre les secteurs Sword Beach et Gold Beach, depuis Saint-Aubin-sur-Mer à l'est jusqu'à Ver-sur-Mer à l'Ouest. Le profil de la plage est identique au secteur de débarquement de   Gold, ce qui est  différend, c'est la présence de dangereux récifs côtiers uniquement franchissables à marée haute. Les forces canadiennes sont épaulées par des troupes commandos britanniques
Le débarquement initial rencontre une vive résistance allemande, les bombardements préliminaires n'ayant pas été aussi efficaces qu'espéré et le mauvais temps forçant la première vague à retarder son débarquement. Les premières vagues subissent de lourdes pertes, il faudra l'arrivée des blindés amphibies pour que la situation s'améliore.
Les pertes pour Juno Beach s'établissaient à 1200 hommes.


Sword:
Cette plage est attribuée à la Seconde armée britannique accompagnée des commandos français. C'est la plage de débarquement la plus à l'est, située à environ 15 km de Caen qui s'étend sur 8 km de Ouistreham à Saint-Aubin-sur-Mer.
En raison des bancs de sable et des récifs côtiers, devant Lion et Luc-sur-Mer, ainsi que l'importance des défenses allemandes à Riva-Bella qui protègent l'embouchure de l'Orne et son canal, l'attaque a finalement lieu sur un front assez étroit devant Hermanville au lieu dit la « Brèche » .
Les parachutistes britanniques de la 6e aéroportée ont préalablement détruit les batteries de Merville et tiennent déjà les ponts sur l’Orne. Les chars amphibies Sherman DD mis à l'eau dans une mer agitée, pourront atteindre le rivage et assurer une protection à l'infanterie qui commence à débarquer.
La journée finit pour les Britanniques avec 30 000 hommes débarqués et des pertes de 700 hommes.

Les troupes d'assaut débarquèrent sur 5 plages bien défendues  par les défenses allemandes (WN ou Widerstandnesten ou point d'appui), toutefois les conditions naturelles différaient selon les lieux. Seule la plage d'Omaha présente un profil particulièrement risqué avec des défenses allemandes implantées sur le rebord du plateau qui domine la plage. Ce lieu de débarquement, choisi dés le départ, était une nécessité et le commandement connaissait les difficultés inhérentes. C'est pour cela que le bombardement préliminaire était d'une importance capitale, plus qu'en tout lieu.
Il rata et les GI's le payèrent chèrement.


Pessimisme !
Le général Gerow fut désigné comme chef des forces terrestres  lancées sur les plages du 6 juin, il devait préparer l'assaut. C'était un homme  qui manquait de charisme, austère, qui n'avait jamais été au combat malgré ses 56 ans. mais c'était un ami de d'Eisenhower. Les manœuvres préparatoires au printemps 1944 furent décevantes et rendit Gerow pessimiste d'autant  qu'il connaissait l'échec de Gallipoli le 25 avril  1915  :  un débarquement raté, dans des conditions similaires,  dans le détroit des Dardanelles contre l'Empire ottoman, se solda par un échec cinglant et la mort de 250.000 hommes côté allié. Initié par Churchill, celui disait " Plus jamais ça". Il craignait aussi  que le débarquement prévu par les Américains n'envoie à nouveau des milliers de jeunes soldats à la mort. Les autres débarquements américains ( lire l'article)  que ce soit en Afrique du Nord,  en Sicile, en Italie ou dans le Pacifique (Tarawa) n'incitaient pas non plus à  l'optimisme, aussi fallait-il approfondir la réflexion, s'assurer d'une préparation exemplaire.
" Nos soldats seront coincés sur  la plage par des obstacles qu'ils devront affronter, et en plein jour" (Gerow- 1943)
Lors de la conférence de Téhéran, le général Marshall indiquait qu'un échec serait non pas "un revers mais une catastrophe",  le maréchal  russe Vorochilov lui répondit :" Si vous y croyez vous y  parviendrez !...  les positions ennemies doivent d'abord être détruites par le feu de l'artillerie et les bombardements aériens : si le débarquement est mené de cette façon, ce sera un brillant succès au lieu d'une catastrophe"
Ce qui devait se faire :  un raid aérien sans précèdent accompagné d'un bombardement naval
En fait, comme l'indique le LT Colonel L Chase " Plus facile à dire qu'à faire !"


Optimisme !
Les américains bien renseignés savaient que seul  un bataillon allemand était présent soit  moins de 10.000 hommes sur les 6 km de plage et que les défenses du mur de l'atlantique n'étaient pas  terminées. Toutefois des fortifications sur la plage et en hauteur existaient : champs de mines, fossés et murs antichars,  Wn bétonnés.... Mais   les soldats de la 716° division allemande  était constituée de soldats non allemands (originaires de l'Europe de l'Est conquise par Hitler) peu enthousiastes. La supériorité numérique d'hommes enthousiastes devait  à elle seule l'emporter.
Pour  se dégager des obstacles de plages et autres constructions et fortifications, il fut décidé de faire intervenir le "génie" dans une proportion inédite : 12 bataillons soit 10.000 sapeurs qui arriveraient dans les premières minutes pour nettoyer la plage avec un équipement puissant : torpilles bangalore, lance-flammes,  cisailles, charges de démolition de TNT et accompagné de tankdozers.
Gerow rassuré indique en mai 1944 " Les bombardements détruiront en partie les défenses mais elles devront finalement être réduites par des équipes d'infanterie de choc"


Les meilleurs régiments 
Le haut commandement insista  pour que l'entraînement soit le plus poussé possible et que des vétérans de l'Afrique du Nord et de Sicile  soient présents, même s'ils n 'avaient pas besoin d'une lise à niveau, leur expérience leur suffisant ! " Vous avez toutes les qualités pour faire ce boulot" leur dit Eisenhower.
L'assaut de la plage d'Omaha a été confié au Ve corps US (lieutenant général Gerow) qui comprend trois divisions d'infanterie (les 1re, 2e et 29e), une division blindée (la 2e Tk Div), deux bataillons de rangers, des unités du génie et diverses unités d'appui. La 2e division d'infanterie et la 2e division blindée débarqueront dans les jours qui suivent le 6 juin.
Le débarquement sera exécuté  à l'ouest, par le 116 RCT de la 29e division (major général Gerhardt) dont ce sera le premier engagement  mais avec des hommes parfaitement entraînés et endurcis " Twenty-nine let'sgo!"et  à l'est, par le 16 RCT de la 1ère division (major général Huebner) composé de vétérans des campagnes d'Afrique du Nord et de Sicile, donc des hommes expérimentés. Les missions les pus périlleuses  échouèrent aux Rangers (Pointe du Hoc).




Toutes les conditions sont réunies pour faire de ce lieu improbable pour débarquer et de cette bataille à l'issue très  incertaine un évènement hors du commun.
Il fallait vraiment être optimiste pour croire  à la réussite  malgré les risques évidents :  le courage extraordinaire des Gi's a permis de se sortir d'une situation compromise déjà par les échecs des préliminaires. Tout pour amplifier un mythe.



Autres manquements, nouveaux problèmes et difficultés qui s'accumulent

Si les bombardements se sont révélés  être un échec dont les conséquences furent lourdes pour les GI's, ce ne fut pas la seule erreur stratégique américaine.

La pointe du Hoc :  un assaut meurtrier inutile ?
La pointe du Hoc  se compose d'une falaise de 25 à 30 mètres de haut précédée d'une aiguille qui s'avance dans la mer, située sur la commune de Cricqueville-en-Bessin. Située entre les plages d'Utah Beach et d' Omaha Beach, la pointe avait été fortifiée par les Allemands (WN 751) et, selon les reconnaissances aériennes alliées, était équipée de pièces d'artillerie lourde dont la portée menaçait les deux plages voisines. Il avait été jugé primordial, pour la réussite du débarquement, que les pièces d'artillerie soient mises hors service le plus rapidement possible. Cette mission fut confiée au 2e bataillon de Rangers américain
Jean Quellien interroge : « La grande question, c’est pourquoi les Américains ont donné l’assaut ». Les Allemands avaient bien positionné 6 canons sur le site de la pointe du Hoc.   L’un des canons a été détruit par l’aviation le 15 avril. Les cinq autres ont été reculés à l’intérieur des terres. « Ce déménagement nocturne ne passe pas inaperçu. La résistance locale est alertée par les habitants d’une ferme », indique Jean Quellien. L’information parvient à Guillaume Mercader, responsable du réseau de résistance Centurie pour le Bessin qui  estime que l’information est capitale. Elle est transmise aux alliés dés le 26 avril 1944. « Ils décident de maintenir l’opération qui doit être conduite par le  major C.A Lytle". Celui-ci prend vite conscience du danger inutile  que représente cet assaut. A bord du HMS Ben M My Chree, il boit un peu trop et déclare que la mission est  "inutile et suicidaire". Emmené à l'infirmerie, il montre un croquis qui montre  que les canons ont été déplacés à l'intérieur des terres. Informé de cet incident le colonel Ridder quitte l'USS Ancon pour se rendre à bord afin d'éviter que cette information ne s'ébruite. Une bagarre se serait déroulée entre Lytle, les officiers, le personnel médical ; le captain Block, médecin, est  mis par K.O par Lytle qui sera  maîtrisé. Il sera démis de ses fonctions puisqu'incapable de diriger de manière convaincante une attaque en laquelle il ne croit pas, et  fut transféré à la 90° DI où il reçut la "Distinguished Service Cross". Rudder décide de mener la mission malgré le général Huebner qui veut l'en dissuader

L'assaut de la pointe du Hoc par les rangers fut meurtrier, ce qui semble inévitable par la configuration du site  à attaquer. Le 7 Juin, sur 225 rangers débarqués, les pertes  sont de 135 hommes.

Aujourd'hui, l''utilité de cette opération est donc remise en cause d'autant que les bombardements aériens du 15 avril 1944,  du 4 juin (100T de bombes) du  5 juin par  35 B-17 (100T de bombes)  et du 6 juin (bombardement naval préliminaire  à 5 h 50, tiré par les USS Texas, USS Satterlee et HMS Talybont, suivi par une vague de 19  B-26 Marauder de la 9e Air Force) avaient détruit l'essentiel du matériel et des défenses.



Les chars duplex drive: un raté !
Le char, une nécessité pour toute opération militaire, est nécessaire  pour le débarquement complexe  à Omaha. Il était  prévu, avant l'arrivée Gi's, à H-5 (6H25),  que 112 chars shermans  se positionnent tous les 50 m, pour tirer avec mitrailleuses et canons de 75 mm sur les WN afin de  protéger l'arrivée des Gi's sur le sable.
Le char Sherman est-il fiable ? Le Sherman M4 est très performant en combat, avec une très bonne fiabilité mécanique. Doté d’un bon blindage et équipé d’un canon de 75 mm, il jouit d’excellentes capacités motrices. En revanche, il a aussi des défauts car en combat dès qu’il est touché, sa réserve de munition prend souvent feu, pour cette raison les équipages le surnommaient le « briquet Ronson ».
Pour faire parvenir, aussi tôt, ces chars sur la plage, on inventa le  char "duplex drive" : ces Chars DD sont de classiques chars Sherman de 32 T mais  avec une jupe de caoutchouc et de toile tendue pour la flottaison avec une transmission Duplex Drive par 2 hélices-gouvernail pour naviguer à  8km/h. Cette idée innovante, inventée par les anglais,  était particulièrement ambitieuse. Mais ce équipement en toile est fragile et  nécessite une mer de force 3  maximum avec  un  courant maximum 3 à 4 nœuds, en effet la toile déborde de  seulement 30 cm au dessus du niveau de la mer : ces limites des chars étaient connues et craintes par les officiers. Or, le 6 juin, les vents étaient de 11 à 12 nœuds ce qui entraînait une  mer de  force 4 avec  des creux de plus de un mètre, plus souvent 1,5 mètre.
Ainsi 16 LCT (T pour tank) doivent lancer  64 Shermans Duplex drive (DD) par navigation à 5 km de la côte pour atterrir à H-5 (6H25), dirigé par le 741st tank battalion avec 32 DD sur l'est  de la plage (Colleville) et par le 743rd tank battalion avec 32 DD sur l' ouest de  la plage (Vierville).
S'ajoutaient 16 LCTA (surblindés) qui déposeraient sur le sable 48 autres shermans à 6H20. Un LCT supportait  2 chars  shermans classiques et 1 tankdozer avec lame bulldozer, tous étanchéifiés pour se mouvoir dans 2 m d'eau.
L'on connaissait les difficultés de cette réalisation, aussi les décisions de dernière minute devaient être prises par le capitaine le plus ancien en grade du bataillon, aves deux problématiques :   quand lâcher en mer les chars, quand débarquer sur la plage.

Vers Collevile, le 741st tank battalion avec ses deux capitaines (cie B  & Cie C), bien qu'ils n'aient jamais connu à l'entraînement une telle situation,  jugent nécessaire  de prendre le risque de mettre à l'eau les chars DD : les 3 premiers shermans  (34T) coulent mais on continue ! Tous les chars de la compagnie C ont coulé provoquant déjà de lourdes pertes humaines et seuls, finalement,  2 chars de la Cie B parviendront sur le sable.  Le LCT 600  parviendra a déposé 3 chars.
La perte est de 27 chars sur 32 et 33 hommes (beaucoup ont pu être repêchés).

Vers Vierville, les 2 Capitaines  du 743rd tank battalion  prennent une décision opposée en  décidant d'apporter  en LCT tous les 32 chars sur la plage qui arrivent vers 6H40. Un LCT saute sur une mine ce qui provoque une perte de 4 chars et de beaucoup de militaires.
Quant aux 16 LCTA, ils se retrouvent  dispersés dans l'obscurité lors de la traversée (2 coulent et 4 arriveront avec retard) et seuls 10 livrent environ 20 chars à 6H30

Au final, environ 47 chars (sur 112) se retrouvent  sur Omaha, ils ont du mal à se mouvoir au travers des obstacles, sur le sable  et l'eau de mer de la marée montante noie beaucoup de moteurs. Treize sont détruits  ou avariés par les canons antichars de 88, certains  doivent reculer s'abriter dans la mer… et attendent l'infanterie !

Vers 7 h, il en resterait seulement 34 qui barbotaient dans le ressac, bien en vue des canons allemands.
Plus tard le général P Hobart, inventeur du char amphibie disait : "les américains s'en sont servis n'importe comment". Aujourd'hui encore, A Beevor  continue à se demander si les chars DD étaient vraiment la  solution indiquée pour soutenir l'infanterie, à Omaha.

Rien ne se passa donc comme prévu, comme pour les bombardements. Désormais tout repose sur les fantassins qui vont débarquer : ils vont payer très cher ces échecs à  répétition.

Malchance et imprévus

Dérives
Le débarquement était planifié avec une rigueur et précision absolues. Chaque compagnie avait un objectif précis  à réaliser, fallait-il encore débarquer au bon endroit !
Presque toutes les embarcations ne purent  arriver à l'endroit prévu en raison, d'une part de l'absence d'amers (repères)  pour les pilotes de barges en raison de la fumée des broussailles et poussière qui enveloppaientt le littoral, et, d'autre part, la présence d'un fort courant côtier qui faisait dériver les chalands vers l'est.
Ainsi, face à Vierville doivent débarquer  les remières vagues du 116TH, les Cies F et G  sur 12 LCP, en fait elles se retrouvent à l'est, au niverau de Saint Laurent, face aux Moulins et éparpillés. Le pire sera pour la Cie E dont des LCP se retrouvent  à 1,5 km et 3 km vers l'est, pas loin de Port en Bessin.


Dérives vers l'Est des premières vagues 

Ainsi les Gi's qui purent débarquer  se retrouvaient dans des secteurs inconnus, certaines compagnies étant à plus d'un  ou  deux kilomètres de leur objectif. C'était donc la pagaïe tant les les hommes étaient éparpillés.Toutes les équipes formant théoriquement un élément combattant autonome avaient perdu leur cohésion péniblement acquise lors de l'instruction." Sur la plage bouleversée et encombrée les équipes se mélangèrent et graduellement se sont écartées" (St T Fettinger). Désormais les hommes survivants sont isolés, perdus, en retard, c'est la confusion totale.
Ces détournements involontaires vers l'Est évita aux compagnies d'attaquer de face l'entrée des valleuses, ce qui avait été planifié et qui était une erreur  stratégique, ce fut donc une bonne chose. Ainsi, dans la matinée,  quelques petits groupes d' hommes parvinrent à grimper sur  le plateau entre les valleuses pour ensuite attaquer par revers les entrées des quatre vallées avec réussite.

Sable
Sable et eau malmenèrent aussi les Gi's. Lorsque les Gi's sortent de leur chaland, ils se retrouvent avec beaucoup d'eau, souvent au niveau des épaules. La plage n'est pas lisse, elle présente de nombreux trous  d'eau, et, surtout, des  creux invisibles particulièrement dangereux. En effet les plages  en Normandie ont une morphologie spécifique due  à deux courants : les vagues arrivent et déferlent sur la plage induisant un transport d'un sable très fin vers la plage et d'autre part le ressac amène du sable qui va de la plage vers le large. La convergence de ces courants provoque  une accumulation de sable qui   forme une barre dont l' avant présente une zone plus profonde surcreusée par les vagues et les marées, cette dépression s'appelle en Normandie, une bâche et en arrière de cette bâche, la barre. Le phénomène de barre et de bâche a bien été étudiée principalement par les Américains dans l’optique du Débarquement. Cela a pourtant posé problème lors du D-Day. Les engins amphibies qui ont débarqué ont buté sur une première barre sableuse, puis les soldats en posant pied avaient plusieurs  bâches à traverser avec de l’eau profonde.
Les conséquences sont multiples.

Eau
Les  GI's étaient surchargés, en théorie, ils devaient avoir environ 20 kg d'équipement dans leur paquetage, en fait ils en portaient beaucoup plus, souvent plus de 30 kg, en effet les Etat Major avaient rajouté, au dernier moment,  grenades, gilets de sauvetage,  imperméables, munitions... L'un aurait porté 750 balles de mitrailleuses en plus de son équipement.  Ainsi surchargés, mouillés, entraînés par ce poids, beaucoup coulèrent à pic en sautant des péniches. D'autres se sont noyés, incapables de se mouvoir dans la mer houleuse avec leur équipement mouillé qui pesait encore plus lourd et qui les empêchait de nager d'autant s'ils avaient été blessés en sortant des barges. Aucune statistique officielle ne  l'indique, mais des estimations  officieuses indiquent qu'un quart des pertes seraient consécutives  à une noyade. L'historien A Beevor indique: "Beaucoup d'hommes estimèrent que les pertes auraient été divisées par deux si la première vague  avait attaqué avec un paquetage moins lourd!"


Paquetages de GI (Musée de l'armée)



Par ailleurs ce séjour prolongé dans l'eau de mer, car il  était difficile voire impossible de sortir immédiatement de l'eau pour s'abriter, a bloqué et enrayé les armes remplies d'eau et de sable. Il fallut par la suite les démonter et nettoyer, A Beevor  estime à 80% les armes enrayées  en raison, d'une part,  que les Gi's durent rester longtemps dans la mer car la marée montait et que, d'autre part, pour se protéger et attaquer, ils enlevèrent la protection imperméable de leur fusil avant d'atteindre le rivage.

Difficultés et problèmes s'accumulent !

Démolition  des obstacles par le Génie 

Il s'avère donc nécessaire de faire disparaître tous les obstacles de la page pour débarquer en ininterrompu hommes et matériel par des sapeurs de l " Engineer Battalions"

Un plan de démolition est préparé. Après la première vague et l'arrivée des chars DD, à H+3 soit 6h33 plus de 1000 sapeurs doivent arriver :16 équipes de 42 hommes sur 24 LCM aidés de 16 Tank Dozers déchargés de LCTA débarqueront pour ouvrir 16 brèches géantes de 45 m de large  à 180m d'intervalle dont le centre sera indiqué par des bouées avec un fanion vert. Le  timing est court de 30 à 60 minutes car la marée va monter. A H+8 (6h38) 10 équipes d'appui doivent venir en soutien.

L'équipement a été particulièrement étudié. Chaque  sapeur  porte 20 kg de tnt ou C2 plastic, 1 fusil ou carabine  ou  porte des torpilles bangalore, des cordeaux détonants et des grenades fumigènes.

Seuls  22 LCM arrivent à l'heure mais avec les courants sont déportés à 1 km vers l'est, du coup les équipes sont concentrées et regroupées en 2 endroits : entre  Saint Laurent  et Vierville et entre le Ruquet et Colleville (voir carte). Ainsi l'équipe C devait se présenter devant Dog Red et se retrouve sur Fox red

Le débarquement s'effectue sous un feu intense avec obus, bombes, mitrailleuses : chalands et hommes sont  touchés par les explosions. Les sapeurs font du mieux mais connaissent de très lourdes pertes (35 à 40 %) ainsi  l'équipe N° 11 perd plus de la moitié de son effectif, les équipes 12 à 16 sont toutes gravement atteintes soit par le feu nourri des mitrailleuses, soit par des obus. Seuls 6 engins sur 16 (tank bulldozer) échappent à la destruction mais seront détruits plus tard. La team 2 de renfort arrive avec 1 heure de retard.
Sur les 16 brèches  à réaliser, seules  6 brèches partielles sont effectuées : 4 sur Easy et 2 sur Dog entre Viervile  et  Saint Laurent, mais malheureusement une seule est bien signalée avec le fanion vert sur Dog. En fait, seul le côté Est d'Omaha a bénéficié du travail des sapeurs qui sera exploité qu'en fin de matinée lorsque la situation sera moins confuse.

Sapeur et brèches

Lors qu'arrive  l' Engineer Combat Battalion (à H+60) soit  4 bataillons de génie prévus pour ouvrir rapidement les 4 valleuses en se débarrassant  des fossés et murs antichar, mines et barbelés, il ne peut absolument pas faire son travail prévu beaucoup trop tôt ! de plus, comme les autres,  ils débarquent aux mauvais endroit ! il leur  faudra parfois plus de 3 heures  avant d'y parvenir.
L'échec (partiel) du génie est dû à une série de problèmes qui se sont accumulés, consécutifs aux échecs précédents : erreurs de navigation, arrivée sur une plage encombrée sous le feu allemand continu, destruction de leur propre matériel, difficulté pour avancer pour des sapeurs épuisés et surchargés d'équipement qui sont cloués sur place,  planning trop rigoureux qui apporte  sans cesse des hommes sur la plage, incapables de faire leur mission. Dans la  confusion, les sapeurs du génie  se serviront plus des fusils que des pelles et détecteurs...et certains "formèrent des compagnies d'infanterie improvisées"  Cap Howard

Sous évaluation des forces allemandes
Bien qu'impressionnés et abasourdis par les bombardements massifs qui passèrent au dessus de leurs têtes, les allemands se sont resaissis rapidement à la vue du débarquement et firent crépiter leurs mitrailleuses MG-42. Leur résistance et acharnement étonnèrent  les GI's.
Les américains ont-il sous évalué leurs forces derrière Omaha ?

Le littoral d'Omaha Beach est occupé depuis 1942 par divers éléments de la 716° Infanterie Division qui se succèdent sur place ; cette 716° occupe également les secteurs voisins d'Isigny, Canisy, Bayeux, Molay littry, soit un effectif d'environ 7771 hommes étalés entre la Vire et l'Orne..  A noter que cette 716° DI est réputée pour sa faiblesse  en raison de la présence de trois "ostbataillonen" formés d'anciens prisonniers de l'armée rouge peu motivés pour combattre, ce que savaient les américains.
La 352° DI (7500 hommes) est arrivée plus tardivement, au début d'année 1944, en provenance de la région de St Lô mais seuls trois bataillons étaient positionnés à proximité d'Omaha ( 2 bataillons d'infanterie et  un bataillon d'artillerie légère). Le reste  est dispersé dans l'arrière pays
Ce mouvement semble passer totalement inaperçu des Alliés. L'information avait pourtant circulé dans le Haut Commandement allié (SHAEF), notamment dans la synthèse hebdomadaire du 21e Groupe d'armées (21st Army group weekly Neptune Intelligence Review) daté du 3 mai 19444.
J Balkoski évoque la découverte de cette 352° division le 4 juin au soir, soit 30 heures avant le débarquement !  [lire notre dossier complet]
Les américains ont donc pu sous évaluer les forces allemandes dans le secteur, mais il semble difficile de l'évaluer avec précision. Ils pensaient que cette 352° DI était restée sur Vire à 60 km  de la côte mais en fait seuls quelques bataillons étaient présents à proximité d'Omaha. Dans tous les cas, du fait de la présence de plusieurs débarquements, les allemands furent déconcertés, ainsi un groupe de réserve de la 352° DI, basé près de Bayeux,  fut-il envoyé  à 3h15  vers Carentan... Heureusement, cela a permis d'éviter un probable désastre mais n'a pas évité un affrontement redoutable et très meurtrier.



La capacité des Gi's à surmonter toutes ces difficultés est tout à fait exceptionnelle : obstacles non détruits par les bombardements,  pluie de balles et d'obus allemands, horreur de voir ses camarades blessés ou morts, impuissance des sapeurs dans une  confusion totale. Il leur a fallu beaucoup de courage et de témérité, personne ne peut le nier ; sortir vivant d'Omaha était un exploit, même s'il fallait aussi avoir de la chance.
C'est ce qui a forgé la légende d'Omaha,  devenue une bataille exceptionnelle, mythifiée, dont l'analyse critique, aujourd'hui, est délicate à mener, même si elle concerne  uniquement l'aspect stratégique avec des erreurs ou imprécisions de décisions prises en haut lieu qui ont eu des conséquences énormes  sur les pertes humaines.
Le mythe prend ses racines dans de multiples considérations.
Les pertes énormes, en une journée, pour l'armée américaine, probablement le bilan  le plus lourd depuis l'entrée en guerre des USA (1348 jours), demeurent le fondement du mythe : avoir surmonté dans la douleur et le sang.
Le déroulement de la journée est une épreuve à rebondissements qui  est à l'image de la mentalité américaine ;  un exemple, aujourd'hui,  les  entreprises sont renommées pour  leur «Early Adopters»  ceux qui osent et testent de nouvelles solutions sans se soucier du «legacy»… des vrais "disrupteurs" qui en fait existaient déjà en  1944 ! .
Ainsi ce 6 juin commence  par un désastre qui voit des Gi's massacrés, aussi change-t-on les plans officiels  qui ne fonctionnent pas  (attaque de front face à l'entrée des valleuses) pour contourner  ou infiltrer les lignes adverses toujours avec combativité et la volonté absolue de réussir malgré l'épuisement et les épreuves, et, obtenir au final,  la victoire en outrepassant avec pugnacité des difficultés apparemment insurmontables.