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Défenses et stratégies allemandes inefficaces ?

Pourquoi les allemands n'ont pas repoussé les forces alliées ? les raisons sont multiples mais toutes liées à leur contrainte d'avoir, partout,  uniquement une position défensive face  à un débarquement  dont date et lieu sont une inconnue alors que le Front Est recule face à l'armée rouge. Une position intenable.


Une défaite programmée ?
Certains  pensent que la stratégie d'Hitler était planifiée et bien réfléchie depuis  l'invasion de la Pologne  en 1939 puis de la Tchécoslovaquie.  Pourtant les analyses récentes  (B Wengler, historien allemand) démontrent le contraire en expliquant que les premières attaques nazies  demeurent des aventures militaires  et  répondent à des "actions policières" contre un adversaire isolé et faible. La suite relève avant tout de l'inertie occidentale puis  d'un plan audacieux mais risqué  pour envahir la France qui permet à Hitler d'être en juin 1940  à l'apogée de son règne : il domine l'Europe et passe pour un brillant stratège. Désormais, les problèmes commencent : l'Angleterre continue avec bientôt le soutien américain, l'opération Barbarosssa est stoppée aux portes de Moscou au coeur de l'hiver. En décembre 1941 les forces allemandes éparpillées sont épuisées et doivent désormais se battre sur plusieurs fronts ce qu'Hitler ne souhaitait surtout pas d'autant que les pertes allemandes sont d'un million de soldats (1/3 de l'armée). Désormais la guerre sera longue et mondiale, Hitler  a encoore l'espoir de voir les anglais abandonner, les américains se tourner uniquement vers le Pacifique mais ce fut le contraire :  "Germany First". Désormais, il lui  faut donc sécuriser les conquêtes mais  début 1943 cela représente, avec tous les fronts, 18.000 km à protéger d'un éventuel débarquement. Très vite se pose le problème des ressources  humaines car le front de l'est est très  meurtrier (minimum équivalent à 3 divisions par mois) avec un réel  manque de réserves et le problème des ressources économiques avec les pertes d'espace à l'Est (blé d'Ukraine, manganèse du Donetz) au moment où les bombardements aériens alliés s'amplifient sur l'Allemagne. Il n'y a déjà plus de stratégie allemande pour vaincre, même une paix séparée est inenvisageable. Le recul s'amplifie: perte de l'Afrique du Nord, échec de la guerre sous marine, débarquement en Sicile avec la menace de plus en plus précise d'un débarquement allié en Europe de l'Ouest. Hitler doit, fin 43, redéployer  des effectifs du front et vers l'ouest. Après Stalingrad (février 1943) l'armée rouge débute son offensive et désormais la défaite allemande est inéluctable. Le débarquement allié ne fera que l'accélérer.



Fortitude : L'effet surprise
Il est impossible aux allemands  de connaître  et prévoir les plans alliés face  à un "rempart de mensonges " (Churchill) . Le plan d'intoxication  marche à merveille : la menace peut intervenir partout en Europe ! Hitler pense que les alliés débarqueront près d'un grand port. Certes, le débarquement est attendu .. mais où? le secret est total. Les allemands ne savent pas où disposer efficacement leurs troupes.
Hitler hésite continuellement :  "Tantôt, il craint une invasion en Norvège,  tantôt en Hollande,  puis en Somme, en Normandie, en Bretagne quand ce n'est pas le Portugal, l'Espagne, l'Adriatique. A faire ainsi le tour de la carte, les yeux lui sortaient de la tête" (Gal Walirmont de l'OKW). Toutefois  l'Etat major allemand est persuadé que le débarquement se fera dans le Pas de Calais, y compris Rommel et Von Rundstedt.
Mais en mars 1944, Hitler  indique sa dernière intuition : "Le débarquement anglo-américain est inévitable et aura lieu. Mais nous ignorons où et quand. Néanmoins, les deux secteurs les plus  favorables et les plus menacés sont la Bretagne et le Cotentin car ils offrent une possibilité d'établir une vaste tête de pont". Rommel  ira dans ce sens en pensant  qu'il pourrait s'agir d'un leurre  en attendant un débarquement de grande envergure dans le Pas de Calais, c'est pourquoi il renforce les défenses dans ces secteurs et fait arriver de nouvelles unités.
Le commandement allemand, désuni, est dans le flou.

Les allemands  n'ont jamais cru que c'était le véritable débarquement, ce 6 juin, en Normandie, mais une feinte destinée  à les obliger à dégarnir le Pas de calais : le  plan d'intoxication allié est un grand succès  d'autant qu'à la mi juillet Hitler possède un maximum de troupes toujours concentrées dans le Pas de Calais. Les divisions allemandes seront maintenues à distance du vrai champ de bataille, le piège a bien fonctionné.



Mur de l'Atlantique : un mythe ?
C'est en mars 1942 que le Führer donne ses directives de construire d'ici l'été 1943 "15 à 20 casemates par km". Toutefois construire de telles défenses sur 6000 km de côtes, de la Norvège  à l'Espagne, sans oublier la Méditerranée, est impossible.
Il sera donc installé à intervalles réguliers des batteries d'artillerie dont les canons, seront en "encuvement" ou à l'abri dans des "casemates" en béton. Les plages, favorables à un débarquement, seront particulièrement équipées par des "WN" (Widerstandsnest ou points fortifiés) et des Stp (Stützpunkt ou points d'appui) ; qui comprendront, outre les casemates, des "tobrouks" ("ringstande") abris bétonné avec ouverture circulaire pour y positionner mortier (ou mitrailleuses ou DCA) ; l'ensemble, plus ou moins camouflé, sera complété de divers abris (soldats, munitions, infirmerie, projecteurs...) reliés par souterrains ou tranchées. Des barbelés, champs de mines et lances flammes protégeront l'ensemble. En bordure de plages seront installés mur en béton et fossés antichars et sur la plage divers obstacles.
L'objectif fondamental de ce mur est de "repousser avec certitude toutes les tentatives de débarquement, mêmes celles effectuées par des forces ennemies plus importantes avec le plus petit nombre possible de troupes permanentes" (directive du 14/12/1941 du commandement suprême). Toutefois la priorité concernait les côtes norvégiennes et le Nord de la France, lieux les plus probables de débarquement, aussi les côtes normandes ont-elles des défenses plus faibles.
L"Organisation Todt" entreprise publique du III° Reich effectue tous ces travaux qui nécessitent matériaux et main d’œuvre en grosse quantité même si les techniques s'avèrent efficaces ("coffrage perdu" en parpaings). L'on estime que Todt a utilisé 450.000 personnes pour construire 17.000 ouvrages sur 6000 km de côtes, soit 11 millions de tonnes de béton avec 1 million de tonnes d'acier pour les armatures.
L'organisation Todt pour la Normandie (basée à Cherbourg) emploie de plus en plus d'ouvriers :de 9902 personnes dont 7722 français en 1942 à 19617 employés en 1944. Ainsi la plupart des "jeunes" de Saint Laurent, Colleville et Vierville sont-ils "requis" à ces tâches pour lesquelles ils se montrent particulièrement maladroits... et peu enthousiastes.
 En juillet 1943, l'objectif initial est loin d'être atteint, seulement 50 % des ouvrages seraient réalisés ; aussi décide-t-on de concentrer les efforts sur le Pas de calais et, ailleurs, de renforcer et multiplier les défenses. Rommel, suite à son inspection du mur, lance la construction  d'ouvrages supplémentaires et fait en particulier installer des milliers de défenses sur les plages (dont les "asperges de ROMMEL"). Fin 1943, Hitler " le plus grand bâtisseur de forteresse de tous les temps" exige que le mur de l'Atlantique, s'intensifie.
Le 29 janvier 44 (puis en mars et en mai) Rommel inspecte les défenses d'Omaha et fait accélérer les constructions,il indique dans son carnet : "Voyage d'inspection du Cotentin qui parait devenir l'objectif principal d'un débarquement ennemi" (9/05/44). Il fait multiplier les obstacles sur la plage (hérissons tchèques, troncs d'arbres minés, portes belges, pieux minés ou asperges de Rommmel, tétraèdres en béton...) afin de surprendre l'ennemi aussi bien par marée haute que basse ; les bombardement aériens  alliés redoublant, il fait mettre à l'abri les canons en attendant la fin des travaux des casemates, cas à la pointe du Hoc ; enfin  il décide  de mettre place "les jardins du diable", autrement dit des champs de mines qu'il aurait souhaité installés sur 10 km de profondeur, mais le  6  juin, seul le littoral en sera équipé, bien loin du nombre prévu de  20 millions de mines.

Néanmoins tout ne sera pas terminé le 6 juin (ex WN 66). On se demande "Pourquoi on n'a pas commencé plus tôt", s'exclame Rommel. 
L'on considère que le 6 juin les 2/3 du programme aurait été réalisé, certains WN étant incomplets : là, des tranchées absentes, plus loin du béton non encore coulé dans un coffrage tout prêt, des batteries non mises en service, à la pointe du Hoc, où les canons étaient à l'abri dans un petit chemin en attendant la fin de la construction de la troisième casemate. En général,  le "mur" sur Omaha, est mal ou insuffisamment équipé, à la fois en hommes, matériel et munitions

Quel rôle pour ce mur ?
Ce mur entraine aussi des avis contradictoires qui deviendra  la fameuse "Panzerkontroverse".
Le maréchal Von Rundstedt pense que "le mur est un mythe. Rien devant, rien derrière. Un simple décor !(...) Un simple bluff (...) Un assaut violent, mené pendant une journée par une force résolue, devait suffire pour rompre cette ligne, en n'importe quel endroit." puis il précise "une fois le prétendu mur percé, ces fortifications n'ont plus aucune utilité".
Goebbels, le propagandiste officiel, affirme qu"une attaque ennemie si furieuse qu'elle soit, est vouée à l'échec" et compare le "mur" à la muraille de Chine :"Nous avons fortifié la côte(..) en y installant les armes les plus implacables (..) c'est pourquoi une attaque ennemie, si puissante et furieuse qu'elle soit, est vouée à l'échec. A Dieppe, ils ont tenu 9H sans mur" 
 Rommel est persuadé que ce mur est indispensable mais insuffisant, c'est pour cela qu'il le développera "la guerre sera gagnée ou perdue sur les plages".


Ciel, mer et terre
"Sans notre maîtrise écrasante de l'air au moment de l'invasion, l'assaut contre le continent aurait été extrêmement risqué, sinon impossible" (Eisenhower)
L'offensive aérienne, décidée début 1943, fut de très grande envergure pour "disloquer et détruire le système militaire, industriel et économique allemand et saper le moral du peuple" . Les consignes aux aviateur étaient claires : "Détruisez l'aviation ennemie partout où vous la rencontrerez, dans les airs, au sol, dans les usines. C'est une obligation absolue" (Gal Arnld, chef de l'US Air Force). Les missions vers l'Allemagne vont se multiplier, parfois avec beaucoup de pertes de bombardiers B-17, limitées en 1944 par la présence de  d'escorte de chasseurs. Ces milliers de tonnes de bombes n'empêchent pas les allemands de produire 3000 appareils en juin 44 contre 1500 en janvier, car ils avaient délocalisé les usines, toutefois ces avions doivent sur disperser sur la multitude de fronts. De plus, l'Allemagne manque cruellement de pilotes  trop rapidement formés pour un millier  d'avions en France, en plus ou moins bon état. Le Gal Schmid indique à Goebbels "Nos pilotes de chasse se fatiguent et se démoralisent, nous en perdons un tiers par mois, donc en trois mois  nos escadres sont usées !" Enfin,  à partir de l'été 1944, la défense aérienne allemande  s'effondre, submergée par les appareils alliés et en manque chronique de carburant.
Le ciel de France est aux mains des alliés avec ses  11.000 avions.

Les forces navales à l'Ouest ne sont pas mieux nanties, elles aussi ont subi des pertes considérables. La Kriegsmarine est affaiblie :  5 destroyers, 5 vedettes lance torpilles, 36 vedettes  rapide localisés dans les  grands ports  (Brest, Cherbourg, Le Havre, Dieppe) , ainsi que 37 sous marins et plus des 500 petits bâtiments hétéroclites éparpillés sur la côte ouest.
Les alliés maîtrisent aussi la mer.

Seul le mur de l'Atlantique, l'infanterie, les blindés offrent un espoir aux nazis

Environ 60 divisions sont présentes en  Europe de l'Ouest  (700.000 soldats) mais de valeurs inégales : certaines en repos, d'autres inexpérimentées, ou statiques. En fait seules une trentaine demeurent efficaces, mais elles sont disséminées des Pays Bas  à la Méditerranée. Elles doivent défendre 5000 km de côtes aussi doit-on les concentrer sur les secteurs les plus menacés (Pas de Calais)
Ainsi en Normandie, à proximité du littoral, trouve-t-on 7 à 8 divisions d'infanterie ainsi que  près de Saint Lô, le 6°régiment de parachutistes et la 30° brigade mobile ; au sud de la Manche se situe la brigade russe "Bouriatchenko". Rommel réclame début juin, la venue de la 12e SS Hitlerjugend et la Panzer Lehr, trop éloignées à son avis.
De plus l'armée allemande est peu mobile puisque 90% ne se déplace que par la voie ferrée, à cheval  ou à bicyclette! les alliés le savent et ont entrepris la destruction des moyens de communication... Également,  la présence des "Osttruppen", soldats de l'armée rouge capturés sur le font  et utilisés sur le front Ouest pour combler les vides, très peu motivés et de nombreux soldats en convalescence, forment selon Von Rundstedt : " Du personnel de second ordre"
Néanmoins les soldats allemands sont très disciplinés et dévoués, certains mêmes fanatisés ce qui n'était pas le cas des "Osstruppen" qui s'enfuirent au premier tir américain.

A noter que sur le plan matériel, les chars allemands (Tigre), l'artillerie avec ses canons de 88 mm, les mitrailleuses et les mortiers étaient supérieurs en qualité à ceux des alliés mais uniquement sur ces aspects car le nombre et la variété du matériel militaire allié demeurait inégalable.

Sratégie indécise "La Panzerkontroverse"
Le Reich doit rejeter les anglo-américains à la mer car il sait qu'il ne peut combattre sur deux fronts  à la fois (en fait, le  6 juin, il en aura trois avec l'Italie et la Russie). Hitler s'adresse à ses généraux le 20 mars 44 : "L'échec d'une tentative de débarquement représenterait pour nous beaucoup plus qu'un succès local sur le front de l'ouest. Ce serait l'élément capital dans l'ensemble des opérations de la guerre et  et donc dans le résultat final. Les 45 divisions actuellement stationnées en Europe nous font défaut en Russie : il faut que nous les transférions là-bas, aussitôt la décision emportée à l'Ouest, de manière à obtenir un renversement total de situation." Cette option, la seule pour envisager une victoire,  nécessite  de renforcer les défenses littorales et d'avoir une stratégie efficace pour le jour du débarquement.
Le haut commandement allemand manque de souplesse puisqu’aucune décision ne peut être prise sans l'accord d'Hitler, surtout pour les troupes blindées alors que marine et aviation semblent  plus indépendants. Entre  commandants,  les rivalités sont fortes et les liens de dépendances complexes à un point tel que Rommel a l'habitude de s'adresser directement au Führer car son supérieur Von Rundstet en dit : "Un chef très compétent pour les opérations peu importantes".

En fait, la Wehrmacht compte surtout sur  ses blindés ( 10 Divisions soit 165.000 hommes et 1700 chars)  pour faire la différence. Mais comment, où et quand les utiliser ? Les divergences de stratégie sont réelles.
 Rommel, commandant du groupe d'armée B en France, pense que  "les premières 24 heures seront décisives" il  préconise  donc de stopper le débarquement sur la plage, : "C'est lorsque l'ennemi accoste qu'il se trouve dans la phase la plus critique. Les hommes sont hésitants, le terrain inconnu.  La guerre sera gagnée ou perdue sur les plages". Donc  " Toutes nos forces  doivent se trouver le long des côtes", il faut des réserves près du littoral avec des unités blindées  sur l'arrière immédiat pour intervenir rapidement, de  plus Rommel craint beaucoup que l'aviation alliée attaque des forces en déplacement.
Le maréchal Von Rundstedt, chef des armées allemandes de l'ouest, qui ne croit pas beaucoup dans le "mur" préfère laisser faire un débarquement pour ensuite réaliser une violente contre offensive de blindés aussi souhaite-t-il une réserve opérationnelle de  9 divisions blindées et motorisées localisées en retrait des côtes (autour de Paris)  pour intervenir  n'importe où sur le littoral au moment du débarquement.
La polémique s'envenime...Hitler hésite et accorde, en avril 1944, 3 panzerdivisions près du littoral pour Rommel et 3 autres pour le Sud de la France et, enfin,  4 unités en réserve stratégique pour Von Rundstedt. Une solution qui ne satisfait personne, de toute façon, le Fuhrer aura encore son mot à dire le moment venu ! Rommel fut donc le stratège allemand le plus "clairvoyant".


Désorganisation
A partir de mars 19944, les alliés commencent à détruire  systématiquement les voies de communication (voies ferrées essentiellement)  afin de ralentir au maximum le déplacement des renforts allemands, et c'est l'aviation lourde qui en la charge. très vite les alliés s'aperçoivent que ces bombardements font de nombreuses victimes civiles  parmi la population française ce qui provoque des tensions entre alliés : Churchill s'en émeut, "Ils sont nos amis", le Gal Koening chef des FFI propose de les remplacer par des sabotages confiés à la résistance, mais Roosevelt comme Eisenhower sont intraitables : " Ces bombardements accroitront nos chances de succès... les calculs de pertes sont grossièrement exagérés". Toutefois, il sera quand même demandé aux pilotes d'être "scrupuleux pour éviter les objectifs civils".
Gares de triages, carrefours,  dépôts, sont détruits habilement pour donner l'impression que le débarquement se fera dans le Pas de Calais, alors qu'en fait, il s'agit d'isoler la Normandie !

Quand la météo s'en mêle ! 
Début Juin, les conditions météo sont mauvaises et peu propices à un débarquement fixé à l'origine le 5.  Or, le 4 juin les prévisions sont très mauvaises : nuages, mer démontée. Trop de périls, Eisenhower reporte de 24h le débarquement et il faut d'urgence  rappeler les navires déjà partis... Le 5 juin est annoncée une période plus calme pour le matin du 6 juin, aussi la décision est-elle prise.
Les allemands pensent que cette tempête  ne permet pas un débarquement.  Ils en ont profité pour se relâcher, ainsi Rommel est parti  à Berlin fêter l'anniversaire de sa femme ! Le 6 au matin est prévue, pour les officiers, à Rennes une réunion de travail "Kriegspiel" sur le thème d'un débarquement en Normandie...


Pas de renforts
Des renforts suffisants et rapides  n'arriveront pas à Omaha. Les ordres sont tardifs : la 21° Panzer, localisée au S-Est de Caen quitte sa position vers 15H,  le 6 juin. Par ailleurs, les autres divisions de panzers proches  (12° située entre Evreux et Dreux) n'arrivent que le 7 et le 8 pour la Panzer Lehr près de Chartres. Les autres divisions arriveront courant juin avec beaucoup de retard en raison des sabotages et bombardements des trains, ponts et routes ainsi la 275° DI mettra 7 jours pour faire 250Km !.
S'ajoutent l'absence  d'aviation allemande, quelques 319 appareils étaient théoriquement disponibles mais seuls quelques uns ont essayé de survoler sans succès Omaha, et  l'absence de la  marine, ainsi la plupart des gros navires sont basés trop loin : 301 à St Malo, 201 sur la façade atlantique, Brest et autres ports. Les U boot sont aussi  absents.




Les forces allemandes présentent donc beaucoup trop de faiblesses pour empêcher la réussite du débarquement allié.
Si les premières vagues ont été lourdement attaquées par des allemands bien positionnés avec leurs mitrailleuses sur les hauteurs du plateau et  à l'entrée des valleuses, au bout de quelques heures, ils commencèrent à faiblir et reculer:  attaques des Gi's, approche des navires  durant la matinée qui ont enfin détruit les bunkers. Dans l'après midi un manque de renforts et de  munitions  alors que les  moyens américains en hommes et en matériel ne cessaient d'augmenter ont fait définitivement reculer les allemands. La forte opposition allemande du matin du 6 juin  à Omaha  est uniquement liée  à l'échec des bombardements.
On ne peut savoir, si  la stratégie de Rommel avait  été appliquée, ce qu'il serait advenu de ce débarquement, mais il est  probable que l'ampleur et la modernité de la puissance militaire américaine aurait écrasé une Allemagne affaiblie et usée sur tous les fronts.

Un débarquement annoncé et préparé par les alliés, attendu des allemands, espéré des français

Dés 1943, tous les acteurs de cette deuxième guerre mondiale savent qu'un débarquement va survenir., ce ne sera donc pas une surprise ! S'annonce une préparation délicate qui entraîne beaucoup d'interrogations. Lorsque le débarquement arrivera, ce sera un soulagement pour tous après des mois d'attente, de spéculations, d'incertitudes et d'espoir. Tous les ingrédients sont réunis pour que le mythe se dévoile enfin et devienne réalité : le D-Day, jour le plus long, sera glorifié, mythifié plus que jamais.



Du suspens : de la difficulté d'accorder les "alliés" pour un nécessaire débarquement

Certes réaliser un débarquement trans Manche est une idée ancienne que seul Guillaume le Conquérant a réussi, Hitler y a renoncé (Opération Seelowe) et Churchill l'envisage ès 1940, mais à très long terme ! Il faut du temps pour que l'opération se mette en place, de plus les alliés ont eu de telles profondes divergences stratégiques que ce n'est qu'en 1943 que les premiers plans et réflexions arrivent.

Les insulaires anglais, protégés d'une attaque allemande, ne songent qu'à protéger leur empire qui connaît des difficultés (Tobrouk en 1942 conquis par Rommel) réconfortée par la réussite d'El Alamein, fin 1942. Ils préfèrent freiner les engagements directs au profit d'une prudence d'attente espérant que le blocus économique (Royal Navy et RAF) affaibliraient les allemands incapables de riposter. Ils n'ont pas oublié les meurtrières offensives du passé : première guerre mondiale, puis Dieppe et craignent de "payer la note du boucher".

Les Russes qui ont failli connaître la défaite en 1941 (450 km d'espace occupé avec plus de 3 millions de prisonniers) ont rétabli la situation dés 1942. Staline a besoin que l'on soulage le front Est par un débarquement et use de diplomatie pour y parvenir.

Les américains ont le Japon comme ennemi principal après Pearl Harbor (7/12/41) mais affirment que c'est l'Allemagne "Germany first" qu'il faut d'abord et avant tout détruire. Le Japon suivra. Début 1942 Eisenhower insiste sur la nécessité de "débarquer" en faisant transiter les troupes par le Royaume Uni et mettra tout son poids pour vaincre les réticences anglaises et calmer les russes impatients. Donc les allemands seront attaqués en Europe à la fois par logique militaire et économique.


Diverses conférences furent nécessaires pour la mise au point du débarquement : Arcadia (fin 1941) unifie le commandement et exige la nécessaire fourniture de matériel aux anglais ; Trident (mai 1943) puis Quadrant (Août 43) précisent le débarquement, nommé Overlord, planifié en Normandie pour le 1° mai 1944 (ce qui déçut les soviétiques) et commandé par les américains. En fin, Téhéran (fin 1943) où les trois "grands" prirent les dernières décisions pour hâter la défaite allemande déjà bien entamée par les russes et les débarquements alliés en Méditerranée, Overlord fut confirmée comme opération clé au détriment d'une stratégie méditerranéenne réclamée par Churchill, et l'on négocia l'occupation de l'Allemagne et la future ONU.




Des hommes : une mobilisation économique et humaine sans précédent

Pour réussir, il faut avant tout du matériel, la mobilisation économique fut totale. En 1942, le Victory Program (« Programme de la victoire ») est un plan d'économie de guerre destiné à permettre à l'économie américaine de devenir « l'arsenal des Alliés » durant la Seconde Guerre mondiale en produisant des quantités croissantes de matériel de guerre. En trois ans la production militaire américaine s'accrut de 800% pour produire 172.000 avions, 90.000 chars, 65.000 bateaux de débarquement....soit les deux tiers de la production alliée. Chez les britanniques c'est l'aviation qui se développe le plus avec 25.000 appareils produits chaque année, le reste demeure plus faible d'autant que les anglais ont besoin de l'aide américaine (prêt bail).

Combien lever d'hommes ? les allemands ont probablement 300 divisions, les britanniques 100 ; aussi les américains pensent d 'abord en lever100 également pour finalement le réduire à 89 divisons alors que les russes ont mobilisé 400 divisions...

Sur le plan matériel, les américains misent sur une artillerie mobile accompagnée de chars Shermann trop peu nombreux et faiblement armés (canons de 75mm) face aux redoutables tigres allemands armés de 88 mm

Les forces humaines américaines et anglaises travaillent essentiellement pour produire pour l'armée : chacun sait ce qu'il adviendra du fruit de son travail lorsque tout sera prêt : un vaste débarquement.


De la stratégie et logistique

Une mise au point difficile car il faut coordonner les 3 armées de plusieurs alliés pour une même stratégie ! une prouesse pour mettre tout le monde d'accord..

En 1943, on étudie encore le lieu... pour enfin décider de la Normandie puisque les allemands l'attende dans le Pas-de-calais, trop fortifié . Le Cossac organise la stratégie qui nécessite la maîtrise de l'air, la mer et exige d'empêcher le transfert de divisions allemandes vers l'ouest en utilisant le bombardement. L'absence de port se révèle problématique ainsi que l'étroitesse des plages à élargir vers le Cotentin aussi décida-t-on de passer à cinq plages avec 5 divisions d'assaut. Le 6 décembre 1943, Eisenhower est nommé Commandant suprême, en raison de son expérience de débarquement (Torch, Tunisie, Sicile, Italie) et de ses qualités de logisticien et de de diplomate pour affronter les égo de De Gaulle ou Montgomery... Il doit tout coordonner et planifier, ainsi une opération de diversion "Anvil" sera menée dans le Sud de la France et Caen devra tomber le premier jour...


A une condition, le bombardement doit empêcher l'ennemi de transporter ses renforts, il faut paralyser les voies ferrées et les ponts pour isoler la Normandie sans oublier de détruire en Allemagne les sites de productions militaires. En fait très vite, on s'aperçut qu'il suffisait de détruire les installations pétrolières et le réseau ferré pour détruire la logistique allemande mais en faisant courir un gros risque aux civils français.


De l'impact de la désinformation sur la médiatisation


Il faut que les allemands soient déconcertés par les choix alliés : heure, jour, lieu du débarquement, donc il faut masquer les intentions réelles ce qui est facilité par l'insularité anglaise, le décryptage des alliés des communications allemandes et par le savoir faire anglais en matière d'espionnage. En un mot, pratiquer la désinformation et l'intoxication ( "Bodyguard"), en faisant croire que l'opération se déroulerait dans le Pas de Calais (Opération Fortitude). Mais comme Hitler n'est pas dupe (directive 51) il fallut aussi accréditer la possibilité d'un débarquement en Scandinavie pour troubler davantage les allemands puis en méditerranée dans les Balkans.... Faux trafic radio, décor de matériel, fausses activités militaires se généralisent un peu partout ainsi que la présence d'agents double. Des événements que l'on trouve habituellement au cinéma dans les superproductions deviennent réalité


Une attente d"invasion" des allemands

Si la Normandie a été occupée par les allemands comme le reste de la Zone occupée, à partir de 1942 se réalisent une augmentation de effectifs de troupe (4 nouvelles divisons s'installent à partir de mars 43) et aussi une diversification liée à la présence d 'unités ayant combattu sur le front russe venues se reposer en Normandie qui parfois abusent de leurs prérogatives lors de l'occupation des maisons normandes.

Dés novembre 1943, la directive 51 d'Hitler précise : "Un danger plus grand se précise à l'ouest : le débarquement anglo-saxon....Si une percée sur un large front dans notre défense réussit à l'ennemi les conséquences seront irrémédiables.. Tous les signes semblent indiquer que l'ennemi au plus tard au printemps s'alignera pour l'attaque contre le front occidental en Europe. C'est pourquoi je ne peux plus répondre du fait que l'on continue à affaiblir l'Ouest en faveur d'autres théâtres d'opérations. Car c'est là que va attaquer l'ennemi, c'est là que sera livrée la bataille décisive du débarquement."

 Le mur de l'atlantique sera renforcé en réquisitionnant la main d’œuvre locale mais le nombre de régiments allemands présent ne change guère sauf leur nature avec l'arrivée d'"Osttrupen" (soldats étrangers) vite nommés " mongols ou tartares" par les locaux d'autant qu'ils ont tendance à voler chez les habitants.

En mars 44 le nombre de divisons augmente avec l'arrivée de 4 divisions supplémentaires, soit au total 10 divisions (100.000 hommes). L'armée allemande se prépare au débarquement allié attendu pour le printemps 44. La troupe est en état d'alerte permanent, surtout sur le littoral.


-Le Pas-de-Calais ?

Toutefois, c’est sur le littoral du Pas-de-Calais que sont lancés, à la fin 1942, les travaux les plus impressionnants pour réaliser le « Mur de l’Atlantique » avec lequel Hitler espère empêcher un débarquement anglo-américain en Europe.

Des obstacles minés sont placés sur les plages, des blockhaus abritant canons et mitrailleuses sont construits sur la côte, des batteries de canons géants sont aménagées. Les ports de Dunkerque, Calais et Boulogne sont transformés en forteresses. Tout le monde est persuadé, Allemands comme habitants du Nord–Pas-de-Calais, que c’est autour de Calais que se déroulera le débarquement allié. À partir de 1943, l’intensification des bombardements alliés semble confirmer cette hypothèse. La région offre tant de cibles. À partir d’avril 1944, les attaques sont pratiquement quotidiennes ; certaines sont très meurtrières pour les civils : il y a 500 tués à Lille le jour de Pâques. Les craintes de la population sont renforcées par le massacre commis à Ascq, près de Lille, le 1er avril 1944, par une unité de la division SS Hitlerjugend (86 morts).



-Ou la Normandie ?

Désormais d’accord avec Rommel, Hitler envisage la possibilité que les Alliés interviennent en Normandie, pas nécessairement pour LE débarquement mais pour UN débarquement. Les Allemands considéraient en effet l’hypothèse de plusieurs opérations successives : débarquement de diversion, débarquement principal… En réalité, leurs informations étant complètement embrouillées par les services secrets adverses, ils ne savaient pas bien quelles côtes françaises équiper par priorité. En décidant de défendre tout, ne prenaient-ils pas le risque de ne défendre rien ? En tout cas, à l’Ouest, ils disposaient de beaucoup d’atouts : ils tenaient les lieux qu’ils avaient équipés d’innombrables obstacles, ils étaient nombreux – près de 60 divisions, certaines équipées de chars qui n’avaient pas encore de concurrents. Leur faiblesse pouvait provenir du ciel : « Si vous voyez, se moquait-on, des avions blancs, ce seront des américains ; des avions noirs, des anglais ; si vous ne voyez rien, ce sera la Luftwaffe. » Le but étant de tenir le plus longtemps possible les lignes de défense puis de contre-attaquer, encore fallait-il ne pas perdre complètement la maîtrise du ciel, pouvoir rassembler utilement les panzers, ne pas devoir courir d’un point à l’autre afin de colmater les effondrements de l’infanterie.

Rien de ce qui était prévu par les Allemands ne se passa comme prévu… pourtant l'optimisme règne, les allemands sont convaincus de pouvoir repousser un débarquement. Goebbels indique que le Fürher "est absolument sûr que l'invasion échouera avec pertes et fracas", Rommel arrive aussi à le penser.

Jamais dans l'histoire un débarquement n'avait été aussi longtemps organisé, anticipé, annoncé ! En 1944, le mot "débarquement " est dans toutes les bouches.Mais seule une chose est sûre : l'incertitude sur le lieu, la date et l'heure.



L'espoir d'un débarquement des français


Les français aussi attendent le débarquement même si les difficultés du quotidien les adsorbent pleinement. Certes les bombardements se multiplient et font de gros dégâts. En 1944, la France reçut près de 500.000 tonnes de bombes qui provoquèrent plus de 35.000 morts, essentiellement dans le nord . Chacun comprend que l'intensification des bombardements présage un débarquement à venir.

La meilleure façon d'essayer de se tenir au courant nécessite d'écouter (illégalement) la radio en particulier "la voix de la France libre", sur les ondes de la «Les Français parlent aux Français» qui mène la bataille des ondes au travers d’éditoriaux, de chroniques, de sketches et de chansons et qui multiplie les messages d’espoir et de combat. Ces voix de la BBC apportent aux Français l’espoir dans les heures les plus sombres mais rien ne leur dit que le débarquement est proche ! sauf à connaître la teneur de ce message du 3 juin : "L'heure des combats viendra…" qui annonce un débarquement imminent.


Parfois des phrases bizarres sont émises que seuls les initiés peuvent décrypter. "Les sanglots lents des violons de l’automne… bercent mon cœur d’une langueur monotone." La célèbre strophe du poème de Paul Verlaine, légèrement altérée («bercent» au lieu de «blessent»), a été citée d’innombrables fois dans les films de guerre pour illustrer les messages secrets et personnels émis par Radio Londres à l’approche du débarquement de Normandie.

Ce message codé a bien été diffusé en deux phases, entre le 1er et le 5 juin 1944, parmi des centaines d'autres formules cryptées ( «Christian, laisse tes cheveux tranquilles», «La cuisinière vient d’avoir des quintuplés» ou «Madeleine attend depuis dix minutes») qui se sont multipliées début juin 44, destinées aux réseaux résistants afin de donner l’alerte, puis la confirmation d’ordre, pour recevoir du matériel parachuté ou pour le déclenchement du sabotage des voies ferrées situées à l’arrière, ce que les résistants ont réussi avec efficacité.


Au final de l'inquiétude pour les alliés...

S'ils bénéficient de la surprise stratégique, les alliés sont malgré tout encore sceptiques sur leur réussite car ils connaissent parfaitement leurs points faibles : la complexité de l'organisation, les aléas climatiques, les inquiétudes des aviateurs sur leur réussite, la phase critique des premières heures de débarquement, la crainte d'une grosse contre attaque.

Mais dit-on "cette chance mérite d'être saisie" et "chacun exprime sa confiance mais chacun craint l'échec !"

Le débarquement, par l'ampleur de sa préparation, par le nombre de personnes concernées directement ou indirectement et, surtout, par le flou qui l'entoure représente une opération qui n'a pas d'équivalent historique.

Chacun est concerné. On y participe par son travail dans les entreprises. On l'organise avec difficultés. On solutionne les problèmes par l'innovation. On en parle sans savoir de quoi il retourne. On va le réaliser sans savoir où et quand. Il effraie et inquiète mais apporte de l'espoir. On l'attend.

Tous les ingrédients sont présents pour qu'il devienne un mythe, qu'il réussisse ou échoue.





Source & compléments


https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_2005_num_55_5_155
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