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Tourisme de mémoire et Collectivités

Beaucoup de visiteurs ! 


A l'origine, le rôle de R Triboulet
Secrétaire du Comité départemental de libération du Calvados au moment du débarquement du 6 juin 1944, il devient le premier sous-préfet des régions libérées et de Bayeux le 15 juin 1944, nommé par De Gaulle.Dès mai 1945, il crée un" Comité du débarquement" qui a déjà un double objectif : "Commémoration du débarquement par tous les moyens et notamment par le développement du tourisme dans la zone de débarquement.. organisation de cérémonies (pris en charge par le gouvernement mais organisé par le comité), conférences, expositions, musées, monuments..."
Triboulet, devenu député, est préoccupé  par la préservation de sites et surtout par une vraie politique de tourisme de mémoire  qu'il fait voter dans une loi le 21 mai 1947. On y parle clairement de "propagande du souvenir" "lieu de pèlerinage" " développer l'infrastructure hôtelière et routière". En fait,les touristes attendus sont...les vétérans et les familles de disparus.

 Raymond Triboulet est  à l'origine du musée du débarquement à Arromanches inauguré  officiellement le 5 juin 1954 par Monsieur René Coty, Président de la République. Il s'agit du premier musée construit pour commémorer le 6 juin 1944 et la bataille de Normandie. I
l a été financé par la vente des épaves du port artificiel d’Omaha-Beach.


Donc très tôt les préoccupations touristiques sont apparues, menées par R Triboulet. Il a réussi :  aujourd'hui, un visiteur sur deux est attiré par le tourisme de mémoire !


Le tourisme de mémoire

Chaque année plus de 6 millions de touristes français ou étrangers parcourent l'Hexagone pour découvrir des lieux de mémoire.
Ce concept de « Tourisme de Mémoire » date des années 2000, au moment où les secrétariats d’État en charge du Tourisme et des Anciens Combattants se sont rapprochés dans l'optique d'assurer la transmission de la mémoire des conflits du XXe siècle aux jeunes générations. Il consiste en "une démarche incitant le public à explorer des éléments du patrimoine mis en valeur pour y puiser l'enrichissement civique et culturel que procure la référence au passé", selon une définition de F Cavaignac et H Deperne dans « Les Chemins de mémoire, une initiative de l’État ».
Cette forme de voyage permettrait de remplir 4 objectifs principaux : témoigner des événements passés, les expliquer et les mettre en perspective, contribuer à la réflexion des générations futures et favoriser le développement économique de territoires souvent dépourvus d'autres atouts touristiques.

Cette forme de tourisme a subi une évolution, avec un passage d'une étape à l' autre qui correspondrait au vécu des générations, mais, actuellement, ces dimensions ont tendance à se mêler.
Les étapes:
Le Tourisme de Souvenir désigne la première forme de tourisme dont la finalité est le recueillement et se traduit par des commémorations.
Le  Tourisme Mémoriel concerne le cheminement par lequel une zone de conflit entre au sein du champ de la visite et du séjour touristique
Le  Tourisme de Mémoire signifie le temps de l'explication accompagné d' un travail de pédagogie et de mise en perspective destiné à un public plutôt scolaire.
Le  Tourisme d'Histoire  résulte d'un élargissement de la thématique et concerne tous les publics et se retrouve en musées ou en centres d'Interprétation.

En fait aujourd'hui ce que l'on appelle le "tourisme de mémoire" demeure un équilibre fragile entre ces différentes formes de tourisme, d'autant qu'il dépend aussi des perceptions individuelles et collectives du conflit concerné. De là, une grande diversité des approches selon que l'on soit le spectateur ou un des acteurs, privé ou public, de ce tourisme.
(source)




L'impact du tourisme en Normandie 

Le poids économique 

La Basse-Normandie est la région qui concentre le plus de sites mémoriels marchands. Le tourisme de mémoire en Normandie représente 5 millions de visites par an en moyenne et 6 millions lors des grands anniversaires. Ce tourisme dit « de mémoire » représente pour elle plus de 200 millions d'euros de retombées économiques annuellestrois mille emplois salariés dans le seul Bessincinq millions de visites enregistrées par an — et presque six en 2014, avec le pic du 70e anniversaire.



La Normandie  offre de 1,1 millions de "lits touristiques"essentiellement dans le Calvados  (40%)  et surtout en hébergement de "plein air". A noter qu'il s'agit essentiellement de courts séjours, de moins de 4 nuits pour les 2/3. Les touristes sont  75% de français et 25% d'étrangers et recherchent d'abord le le tourisme de mémoire (1/3 des visiteurs). Sur le plan économique normand le tourisme crée 38.600 emplois et représente près de 6 % du PIB normand, c'est encore le Calvados qui en profite le plus (6% des emplois sont liés au tourisme)
Source des données


Il faut donc attirer ces touristes, les héberger, les nourrir, les transporter, les guider les distraire, leur fait acheter des souvenirs, des livres, leur faire déguster les produits locaux... de quoi faire un bon business ! et les normands se sont bien organisés pour  y parvenir


Les lieux du tourisme de mémoire
La Normandie propose plus de 52 sites de mémoire pour 4.624.000 visites en 2016, mais en fait 10 sites  réalisent 80% des visites totales. Les visiteurs étrangers (43%) sont  presque aussi nombreux que les français (57%), il s'agit d'américains, d'anglais, de belges essentiellement. Pour finir, il faut préciser que 40% des visiteurs sont des groupes.



Pour le secteur d'Omaha, le cimetière américain de Colleville, premier site touristique de Normandie et  11° site le plus visité de France, accueille plus de 2  millions de visiteurs par an (en 2014)  dont 60% de français et  25 % d'américains. Le site de la Pointe du Hoc accueille environ 1 million de visiteurs chaque année.



Les initiatives des collectivités

La région
Pour accélérer le tourisme de mémoire, les collectivités, soutenues par les services del'Etat,  ont pris des initiatives.

1987 : la région crée une association  "Normandie Tourisme" qui met en place un "Comité Régional de Tourisme de Normandie". Il  consacre un important dossier en ligne avec des guides à télécharger, notamment le "Guide du D-Day"

1991: Aménagement  d'un "Espace  historique de la bataille de Normandie"  avec 8 parcours de visite proposés aux touristes.

1994: le conseil régional met en place "Normandie-terre de liberté" dont la mission est l'organisation du 50° anniversaire.











2004: Le conseil régional crée l'association "Normandie mémoire" dont le but est de communiquer davantage, surtout sur internet.

2004: Les services de l'Etat (DIREN /DREAL) met en place une opération "Grands sites" pour réaménager  11 lieux significatifs.

2007: création d'un "Pass" qui propose des tarifs forfaitaires intéressants pour la visite des musées.


Intercom
Dans les années 2010, l'intercommunalité d'Omaha se dote d'un "Office de Tourisme" qui propose un site web de l'OT d'OmahaEntre temps l'intercom a évolué en s'agrandissant  et, désormais se nomme "Isigny-Omaha Intercom", et donc, perd,  par cette appellation, son identité puisque le terme "Isigny" est en premier.
Jusqu' à présent le site Web de l'Office de Tourisme d'Omaha se révèle particulièrement maladroit, peu convivial, ne présente aucun historique des évènements et donne une curieuse  liste de "Sites du D-Day"  qui mélange tout et n'importe quoi ! un raté. Le visiteur aura beaucoup de mal  à s'y retrouver et surtout à  s'informer sur les lieux historiques de qualité  à visiter.








Liste des SITES DU D-DAY par l'OT d'Omaha (2018) :  
-Musée D-Day Omaha à Vierville
-Libairty club ULM à Colleville 
-Cimetière militaire allemand à La cambe
-HéliEvènements à Englesqueville 
-Maison de la libération à Saint Laurent 
-Visitor Center  à Colleville
-Cimetière américain de Normandie à Colleville
-Musée mémorial d'Omaha Beach à  Saint Laurent 
-Musée mémorial d'Omaha BeachOverlord Museum à  Colleville 
-Overlord Museum Big red one à  Colleville  (sité 2 fois) 
-La Pointe du Hoc - Ranger Monument à Cricqueville 
-La battery de Maisy

S'ajoute l'inévitable lien vers le "Festival D-Day".


Les communes
Le tourisme se développant, les communes ont  souhaité se valoriser malgré l'absence de vestiges  et traces du débarquement. En effet les vestiges visibles du débarquement sont rares ce qui peut provoquer une forte déception pour le visiteur. Que trouve-on? 

Les rares vestiges peu mis en valeur
En parcourant la plage d 'Omaha Beach, le touriste est déçu car il n'y pas grand chose  à voir ce qui explique  la mise en place de panneaux d'informations,  l'inflation de plaques souvenirs. L'existence  de la statue "les Braves" a permis de retenir enfin les touristes à  Omaha, mais seulement pour quelques minutes, le temps de faire des photos.... Il faut dire aussi que la présence du cimetière de Colleville et de la pointe du Hoc phagocytent  les touristes qui dédaignent les rares autres vestiges.
Et pourtant,  en 1946, le New York Times titre "Les plages de Normandie ne seront pas déblayées" et que " toutes les traces de combat seraient soigneusement gardées sur place". La vie a repris toute sa place et a nettoyé les traces du passé sauf à un seul endroit  : la pointe du Hoc  a conservé son paysage lunaire car  les agriculteurs ont reçu une bonne indemnité pour libérer le site que l'on connaît.
On apercevra à marée basse, avec un fort coefficient de marée, les vestiges du port, on grimpera sur la falaise pour voir des vestiges du "mur de l'Atlantique". Seuls les restes de quelques bunkers  sont aujourd'hui accessibles, bien visibles mais mal indiqués   : blockhaus de  WN  72 à Vierville, du WN 65  au Ruquet et des  WN 60, 61 et 62 de Colleville. Toutefois les explications pédagogiques  manquent : le visiteur ne tirera pas grand chose de sa visite  (sauf une photo) C'est dommage.


Les 8  panneaux informatifs "historiques"  
Ce travail a été réalisé par  une association "ADTLB" et financée par divers organismes et collectivités locales.
Ces 8 panneaux informatifs historiques (version pdf)  bilingues et accompagnés de plans, photos sont désormais  à la disposition des visiteurs sur  huit lieux d'Omaha.




Des plaques, des stèles, des monuments ...à foison ! 

Le site d'Omaha Beach fourmille de panneaux, stèles, plaques...une trentaine.
  • Vierville : le record de plaques et stèles !
Plaque 121st Engineer Battalion 
Plaque commémorant la destruction du mur anti char, le 6 juin 1944 vers 17h, par le 121st Engineer Battalion de la 29th US Infantry Division.

Plaques 81st CM Battalion & 110th FA Battalion 
Deux plaques à la mémoire des 81st Chemical Mortar Batallion, et de la B Battery du 110th Field Artillery Batallion.

Plaque 5th Ranger Battalion 
Plaque commémorant l’engagement des Rangers américains du 5th Ranger Battalion qui ont débarqué ici le 6 juin 1944, sous le commandement du General Norman Cota, au cri de ralliement « Lead the way Rangers ».

Plaque QG 11th Port 
Cette plaque rappelle que le Quartier général du 11th Port fut installé dans ce château, du 8 juin au 21 juillet 1944.


Stèle 6th Engineer Special Brigade 
Stèle à la mémoire de tous les soldats de la 6th Engineer Special Brigade qui ont combattu et sont morts pour la liberté. « The fight for the first thousand yards » – Colonel Paul W. Thomson CE commanding. 

Stèle 29th US Infantry Division 
Stèle dédiée à la 29th US Infantry Division, qui a débarqué sur la plage d’Omaha le 6 juin 1944.

Stèle 58th Armored FA Battalion
 Stèle dédiée au 58th Armored Field Artillery Battalion qui débarqua à Vierville-sur-Mer le 6 juin 1944.

Stèle Jean Roger Sainteny 
Stèle à la mémoire de Jean Roger Sainteny, membre de la Résistance et du réseau Alliance,

Stèle Royal Air Force 
Stèle particulièrement dédiée aux techniciens radio et radar de la 2nd Tactical Air Force ; ils contribuèrent à la sécurisation aérienne de la tête de pont d’Omaha Beach le Jour J, six d’entre eux furent tués et reposent au cimetière britannique de Bayeux. 

Monument National Guard 
Monument à la mémoire des unités de la National Guard qui participèrent à l’assaut du jour J, les 6 et 7 juin 1944.

Monument premier cimetière américain en Normandie 
Monument indiquant l’emplacement du premier cimetière américain en Normandie, installé sur la plage d’Omaha Beach.

Passerelle Mulberry 
Cette passerelle était un élément du port artificiel d’Omaha Beach, détruit le 19 juin par une tempête.

Statue en bronze La statue représente deux G.I., le premier tenant le deuxième, qui tombe à terre, fauché par une balle. (2014)



  • Saint Laurent sur Mer
Plaque de l’opération Aquatint 
L’opération Aquatint fut menée le 12 septembre 1942 par un commando britannique dirigé par le Major March Philipps.

Plaque 467th AAA – Provisional Engineer Special Brigade Group – Stèle 2nd US Infantry Division 
Deux plaques sur le blockhaus : l’une dédiée au 467th Anti-aircraft Artillery Automatic Weapons Battalion, l’autre au Provisional Engineer Special Brigade Group. Une stèle à côté est dédiée à la 2e Division d’infanterie américaine.

Plaque Bernard Dargols 
Plaque en l’honneur de Bernard Dargols, français engagé volontaire dans l’Armée américaine. Il débarqua sur Omaha Beach le 8 juin 1944 au sein de la 2e division d’infanterie, et combattra sous l’uniforme américain jusqu’en Allemagne.

Plaques sur les tombes des 3 commandos britanniques "Aquatint"
Un commando britannique débarque dans la nuit du 12 septembre au 13 septembre 1942 sur la plage.L'opération échoue: le major M Philipps (34 ans) chef de commando, R Leonard (42 ans) et AM Willimams (22 ans) sont tués et enterrés au cimetière 

Stèle aérodrome A21C 
Stéle commémorant le premier aérodrome américain opérationnel en  Normandie le 8 juin. Il permit d’évacuer les nombreux blessés des plages d’Omaha. Il fut construit par le 834th Air Engineer Battalion de la IXth US Air Force. 

Monument Signal de la Libération Fresques 1st US Infantry Division et 116th RCT 
Monument commémorant le débarquement des Forces alliées le 6 juin 1944 sur Omaha Beach, et la libération de l’Europe. On peut voir de chaque côté du monument deux fresques, l’une dédiée à la 1st US Infantry Division, l’autre au 116th Regimental Combat Team de la 29th US Infantry Division. 

Blockhaus WN 65 
La position fortifié codée WN 65 (Wiederstand Nest 65) commandait la vallée du Ruquet qui menait au sommet du plateau. La casemate type H667 constituait le point central de la position, elle abritait un canon antichar PAK 5 cm qui se trouve encore dans l’abri. 

Sculpture « les Braves »
 Œuvre monumentale du sculpteur Anilore Banon en hommage au courage des soldats des Forces alliées. 


  • Colleville sur mer
Observatoire et obélisque 1st US Infantry Division
 Cet observatoire présente la zone de débarquement de la 1st US Infantry Division, et retrace les combats de l’unité jusqu’à la capture de Caumont-l’Eventé. L’obélisque est un mémorial à la « Big Red One ». Légèrement en contrebas à droite de l’obélisque, un panneau présente le plan détaillé du système défensif du point fortifié allemand WN 62. Il permet d’en redécouvrir les traces sur le terrain. 

Monument 5th Engineer Special Brigade – Plaques 299th et 20th Combat Engineers – Plaque 146th Engineer Combat Battalion 
Monument consacré à la 5e Brigade Speciale du Génie. Sur les différentes faces on peut lire toutes les unités composant la Brigade, plusieurs plaques dédiées aux 299th Combat Engineers, 146th Engineer Combat Battalion, 20th Combat Engineer, et une liste des soldats tombés à Omaha Beach. 

Plaque 31st Canadian Minesweeping Flotilla 
Plaque présentant le rôle des dragueurs de mines de la 31st Canadian Minesweeping Flotilla pendant le Jour J.

Panneau WN 62 Panneau racontant le rôle du WN 62 dans la défense de cette zone de la plage, et les lourdes pertes subies par les Américains.

Plaques 2nd US Armored Division et 741st Tank Batallion 
Monument dédié à la 2nd US Armored Division « Hell on wheels », et au 741st Tank battalion qui ont débarqué sur Omaha le 6 juin 1944. Situation : dans le village VVF Belambra Club Omaha Beach, dans le haut sur la gauche

Stèle 1st US Infantry Division et stèle du 60e anniversaire 
Emblème en galets de la plage d’Omaha Beach , qui représente le chiffre 1 de la 1st US Infantry Division, la « Big Red One ». En face se trouve la stèle commémorative du 60e anniversaire de la bataille de Normandie.

Panneau « les galets » 

Panneau racontant le rôle de la barrière naturelle de galets sur la plage d’Omaha Beach, qui constitua également le seul abri des soldats américains face au feu allemand. 

Donc, l'absence de "vestiges" est compensée localement  par l'abondance de signalétiques de type  "plaques/stèles" qui  amplifie cet aspect mythique d'Omaha où, un peu partout, il s'est passé quelque chose !  ; certes il s'agit d' une volonté d'essayer d'expliciter  mais, aujourd'hui, à l'ère des QR codes et de la 4G  cela n'est pas très attractif et  manque singulièrement d'originalité. Il manque un réflexion d'ensemble, de réels projets, une harmonisation pour gérer le tourisme ce qui nécessiterait d'abord de s'unir:  à l'heure de la fusion des communes (Vierville-Saint Laurent-Colleville, 3 villages identiques sur une même plage, aux mêmes problématiques), celle d''Omaha" n'est toujours  pas en vue.



Bienvenue aux touristes !  les collectivités locales s'engouffrent dans cette manne providentielle que représente le tourisme de mémoire  sur un espace où l'économie traditionnelle, essentiellement basée sur l'agriculture et l'agro-alimentaire n'offre pas assez emplois.
Désormais, ce sont les "privés" qui ont l'initiative pour attirer et retenir les touristes avec leurs musées, leurs propositions de transport et guidages, leur offre en restauration et hôtellerie.



Compléments et sources

Comment pérenniser le tourisme ?

Attirer et retenir les touristes
« Le paradoxe, c'est qu'il y a au fond peu de vestiges des combats, peu de choses à voir. " précise J Quellien et donc les touristes visitent toujours les mêmes sites..
ToutefoisOmaha est un site touristique idéal pour les "tours operators" et touristes: de vastes lieux historiques  émouvants et, surtout, gratuits : Cimetière et son visitor center, Pointe du Hoc, la plage et les Braves,  des parkings aménagés, des musées au tarif raisonnable mais aussi la mer, la nature, de l'espace...
Tout pour séduire le tourisme, mais les services et équipements sont-ils  à la hauteur ?
  • Hébergement et restauration
L'hébergement touristique sur Omaha est relativement limité vu le nombre de visiteurs mais se révèle diversifié : petits hôtels sur les  3 communes, camping à Vierville  avec nombreux bungalows, colonie de vacances à Saint Laurent,  centre de vacances à Colleville de 100 logements (Belambra) et bien sûr de très  nombreux gîtes s'éparpillent sur le littoral ou dans l'arrière pays, sans oublier les chambres d'hôtes,

Le point le plus faible demeure la restauration peu présente, et souvent  de qualité insuffisante.
Ainsi le record de médiocrité établi par ce restaurant évalué sur TripAdvisor,...

 Il manque de grands hôtels, des hôtels de luxe,  de bons restaurants pour ce faire, il faudra se rendre sur Bayeux ( Hôtel Churchill *** ou Villa Lara ****).
A noter que ces lieux  rivalisent d'originalité pour leur appellation: "Liberty" "D Day House", "l'Omaha", lorsque  l"hôtel se situe trop loin et ailleurs, on le nomme :" Mercure Hôtel Omaha Beach", mais sans la moindre vue sur le site d'Omaha !
Si non, on peut aussi s'inventer une histoire pour attirer,  ainsi un gîte se fait pompeusement appeler "Maison de la libération" première maison libérée.. une pure invention  du propriétaire (voir notre dossier dans "démystifier))
Pour améliorer son business,  chacun, où  qu'il soit, peut coller son étiquette "Omaha"...cela marche et rapporte. Les élus locaux  n'ont pas encore eu l'idée de déposer l'appellation "Omaha Beach" pour les seules 3 communes concernées ou de contrôler la véracité des désignations.

  • Services : transporter, guider
"Omaha" qui  a perdu son  petit train en...1928  se trouve  à l'écart des axes de transport  qui permettent au touriste d'accéder facilement et rapidement aux sites. Aussi le voyageur doit -il trouver, à son arrivée  des moyens de transport. L'accès se fait en partance de la ville la plus proche Bayeux,  à proximité de sa gare : taxis, navettes, location (y compris de 2CV). L'idéal étant d'être "guidé", aussi  depuis une  vingtaine d'année ce service s'est énormément développé,  avec des noms anglicisés ronflants : "Shuttle" "Normandy" "Sightseein tours" "Overlord tour" "Battlefield tour" "Unforgettable Normandy"... avec en summum, le tour guidé en "jeep de collection" . Une incitation  sollicitée pour "rendre hommage et ne pas oublier tant de sacrifices" ou "perpétuer ce devoir de mémoire". Ce sont  donc 23 entreprises qui sont présentées dans le guide des plages  du débarquement du Bessin de l'OT de Bayeux.
La plupart offre les mêmes services (mini van, bilinguisme...) et proposent les mêmes circuits, ainsi  la demi journée  de 4 heures propose "le tour d'Omaha" avec  Pointe du Hoc, Omaha Beach, le cimetière (le visitor center uniquement, l 'après midi) ou pour la journée  le tour "US beaches" : Cimetière allemand de La Cambe, Sainte-Mère-Eglise, Musée Airborne de Sainte-Mère-Eglise
Utah Beach, Pointe du Hoc, Omaha Beach, Cimetière américain, Centre des Visiteurs. Il faut compter, au départ de Bayeux de 60 à 70 € la demi journée, et 100 € la journée en visite groupée de sites "gratuits", de quoi vite rentabiliser l'entreprise.
 
Tou cela relève  du "Disneyland du débarquement" indique, avec humour,  Vincent Huet, directeur de Normandy Sightseeing Tour qui propose  une alternative "haut de gamme" destinée aux américains (98% de la clientèle). NST, créée il y a 20 ans  à Bayeux,  emploie aujourd'hui 22 guides chauffeurs et possède 18 minibus, vans ou berlines dans lesquels ils promènent des clients généralement anglo-saxons et riches (580 euros les huit heures de balade personnalisée pour deux). « Il y a peu à voir, c'est vrai, c'est pourquoi nous devons transmettre des récits, de l'histoire, avec des personnes formées et compétentes. Nos guides sont capables de raconter le débarquement demi-heure par demi-heure »,affirme-t-il fièrement. « On a la chance d'avoir ce patrimoine, il faut le faire fructifier avec rigueur, explique Vincent Huet, excédé par les clubs de reconstitution de batailles ou les « balades en char d'assaut pour jouer à la guerre ».

  • Détente : produits locaux normands 

Les boutiques traditionnels de souvenirs ne sont pas très nombreuses dans le secteur d'Omaha, contrairement, par exemple, à Arromanches. Par contre,  les produits de la ferme sont souvent  l'honneur.
L'exemple de la famille "Legallois" agriculteur à Saint Laurent sur Mer montre comment l'essor du tourisme a fait évoluer l'exploitation et l' a transformée en une activité commerciale remarquable pour son efficacité et mise en scène, heureusement sans nuire  à la qualité des produits présentés.
La famille Legallois est agricultrice depuis 7 générations et occupe une très belle ferme typique du Bessin, située sur la route qui mène au cimetière. Ces producteurs de lait décident en 1987 de se convertir dans  la culture de pommiers et la fabrication de cidre et de ses produits dérivés présentés dans une vaste  boutique installée dans un ancien bâtiment agricole rénové avec goût.  Le succès  a été rapide !  l'afflux de touriste a nécessité d'adapter le nom des produits :

« Au début, j'avais des scrupules à utiliser la proximité avec le lieu du Débarquement à des fins commerciales, explique Michel Legallois, le patron de la ferme de la Sapinière. J'ai seulement mis un discret “Omaha Beach'” au bas des étiquettes, avec l'adresse de la ferme. L'an dernier, j'ai fait affaire avec un importateur américain, qui commercialise notre cidre là-bas. Quand il a compris où nous sommes situés, il m'a demandé d'inscrire “Omaha Beach” en grosses lettres sur les bouteilles. »

Ainsi  trouve-t-on  une "cuvée spéciale 70°"vendue à  13.000 bouteilles, du "calva" renommé "Omaha la blanche". L'entreprise désormais  propose des visites quotidiennes, propose une distillation au moment du  6 juin,  dispose dans sa boutiques de produits dérivés (drapeaux, magnets,  mugs...) et propose dans la cour de la ferme une très intéressante exposition de photos géantes  du débarquement.

L'on trouve ainsi   à proximité d'Omaha  4 sites de vente de "cidres  à la ferme" sans oublier que désormais les grandes surfaces de Bayeux possèdent  un secteur dédié aux produits locaux.



  • Activités diverses
D'autres activités se sont développées en parallèle, essentiellement  sportives. Désormais on peut survoler Omaha en hélicoptère, en parapente, en  ULM,  sans oublier la promenade en mer, en kayak, en char  à voile, en paddle, en longe côte, à cheval... Tout est possible !
L'on peut aussi faire du golf au "Golf d'Omaha Beach" situé à Port en Bessin, mais on y apercevra pas une seule fois la plage d'Omaha, encore une belle usurpation
L'apothéose sera de "commémorer" sportivement le 6 juin, la dernière idée en vogue.

 

  • et la culture ?

En dehors des musées, que peut-on trouver de culturel ?
Il faut noter qu'une petite maison d'édition a su profiter du boom du tourisme de mémoire pour se développer.  « Sans le Débarquement, je ne serais pas devenu éditeur », sourit Grégory Pique, directeur de la maison d'édition Orep, à Bayeux. La petite régie publicitaire créée par son père il y a vingt-cinq ans gère aujourd'hui un catalogue de 550 titres, tous sur la Normandie, son patrimoine et son histoire, dont 120 concernent le débarquement et la bataille de Nor­mandie. « Ces ouvrages représentent 20 % du catalogue, mais 35 % du chiffre d'affaires », précise-t-il. Il s'agit essentiellement d'ouvrages grand public, illustrés, parfois  écrits par un historien (J Quellien,  C Lebastard , C Prime) avec  des thématiques très variées et hyper spécialisées  ("45 tiger" "engins" badges" "objets" "prêtres"..) avec toutefois une surabondance pour Arromanches, Sainte Mère et Omaha. Tous ces ouvrages sont omniprésents  à la vente dans les lieux touristiques.


Pérenniser le tourisme: oui, mais sans moyens,  avec peu d'idées !
  •  une volonté politique 
L’État, à travers la Direction départementale des territoires et de la mer du Calvados (Ddtm
14), s’interroge sur le devenir du tourisme de la mémoire. Comment accompagner et rendre cohérentes ces nouvelles dynamiques ? Dans quelle mesure le tourisme lié à la guerre peut-il encore participer au développement du territoire ? De nombreuse études sont menées par des consultants, en oublier trop souvent le financement !

En 2014 la ministre du tourisme a signé à Caen un contrat de destination pour un tourisme de mémoire au-delà du 70e anniversaire du Débarquement. "Une démarche innovante », explique Sylvia Pinel."Au départ c'était la volonté de valoriser ce tourisme à l'occasion du 70e anniversaire et des commémorations qui vont attirer de nombreux visiteurs. Mais nous voulons avec ce contrat aller au-delà et pérenniser toute une filière. Permettre à tous les acteurs de travailler ensemble sur une thématique avec des offres communes (circuits, activités...), identifier et rendre accessibles les sites, faciliter la mobilité des visiteurs de l'un à l'autre... ". La ministre croit au développement de ce tourisme-là auprès "de visiteurs des pays engagés dans le Débarquement et d'autres pays plus lointains , il y a un grand potentiel de croissance." Toutefois le président de la région reconnaît "il n'y aura pas d'avantages matériels ni de moyens. C'est plutôt un label avec, derrière, Atout France, l'outil de promotion de nos territoires à l'international. Il aura avec ce contrat de destination, un tourisme bien ciblé dans sa mallette". 

La Région Basse-Normandie  y  travaille avec  le Comité régional de tourisme  qui édite  un guide du visiteur des plages et de la bataille de Normandie, et a présenté en 2016  le dossier de candidature pour l'inscription de 100 kilomètres de plage au patrimoine mondial de l'Unesco
"Nous devons préparer le moment où il n'y aura plus de vétérans », confirme Raphaël Chauvois, vice-président de la Région Basse-Normandie.

  • Localement: chacun chez soi !
Le Bessin aussi y réfléchit, malheureusement chacun de son côté. Bayeux Intercom et son OT essaient de s'approprier un maximum de touristes, mais uniquement à son profit, dans son secteur, orienté "plages anglaises" et se détourne d'Omaha, considérée comme une simple annexe...  De son côté Omaha dépend  désormais d'un vaste Intercom rural nommé  "Isigny-Omaha", sans grand moyen, ni beaucoup d'idées ; l'office de tourisme  présente un site web quasi vide sur leplan historique, d'ailleurs la  liste des visites locales laissent pantois, dans les 12... sites du D Day, on trouve : Héliévènement, Maison de la libération,  Libairty club ULM....


Quand aux trois communes, depuis la nuit des temps, c'est chacun pour soi ! Seule la commune de Saint Laurent essaie, sans aucun succès, de créer une fusion de ces trois communes littorales d'Omaha Beach, ayant la même taille, les mêmes problématiques. Aussi le tourisme se développe t-il de manière anarchique, sans aucune réflexion, ni organisation : les rares animations, soutenues par l'OT,  viennent d'initiatives privées et se révèlent d'un goût et contenu  douteux puisqu'elles visent avant tout un retour sur bénéfice !



  • des réflexions et inquiétudes récentes, mais seule la rentabilité compte.
On s'inquiète en 2019 sur l'avenir du tourisme de mémoire  après le 75e), aussi a t-on organisé en février 2019 les 3e Assises de la Normandie pour réfléchir à l’avenir d’une filière fondamentale pour la Normandie, le tourisme de mémoire, un secteur économique qui s’est bâti au fil des décennies et qui est désormais un poids lourd de l’économie normande.
Le 75e anniversaire du D-Day va marquer un tournant dans l’histoire des commémorations. Le 6 juin 2019, les derniers vétérans seront, une nouvelle et dernière fois, réunis sur ces plages
Se pose donc la question de l’avenir du tourisme de mémoire après la disparition des héros de la Bataille de la Normandie. « Il s’agit pendant une journée de s’interroger collectivement sur l’avenir de cette commémoration et plus généralement de la filière économique qu’elle porte », note Stéphane Grimaldi, directeur général du Mémorial de Caen.
Cette journée d’échanges et de débats a pour objectif de réunir des professionnels du tourisme, des historiens, des économistes, des élus, des spécialistes de l’aménagement du territoire pour comprendre comment cette destination touristique peut continuer à évoluer. Un peu à l’image des sites de la Première Guerre mondiale qui ont dû et su s’adapter cent ans après.


En effet des questions se posent : Tous les lieux de mémoire sont-ils amenés à devenir sites touristiques ? le tourisme étant un excellent vecteur du capitalisme, la surenchère s’applique de plus en plus, et chaque site historique, parfois mineur devient un enjeu financier... L’industrie du tourisme voit dans ces lieux des moyens de gagner de l’argent. Le risque est de voir cette transformation aller de pair avec une mise en scène, une folklorisation, voire une « disneylandisation » des sites .

Toutefois, l'optimisme est de rigueur : " Commémorer sans témoin n'est pas un problème" pour J Zimet  (Directeur de la mission du centenaire de la première guerre mondiale) qui ajoute "C'est peut-être même mieux". 
Il en ressort quelques objectifs et points intéressants :
-Une seule consigne... investir dans le tourisme pour que la filière reste en bonne santé ! mais on peut légitimement se poser des questions lorsque l'on voit le Mémorial investit 2 M d'€ dans une salle de cinéma "immersive" (!?) alors que seule la première partie du Mémorial est réellement visitée  (la partie "le monde après 1945" et la "guerre froide" n'attirent pas comme le "jardin du souvenir") L'ensemble étant trop vaste pour une visite agréable et complète.

-La singularité et la force   du tourisme de mémoire en Normandie :  : "c'est un tourisme familial et pédagogique"... qui tous les  cinq ans est mis en lumière par les commémorations internationales qui attirent les leaders du monde entier pour évoquer l'actualité et la paix.

-"Il faut de la mémoire après le décès des témoins,... de la  connaissance... pour les jeunes générations, l'enseignement est primordial..."  mais sur ce point rien de concret si ce n'est la sempiternelle recommandation de faire  utiliser les outils et techniques que les jeunes  pratiquent usuellement, avec comme référence le Musée de Juno Beach qui, il est vrai, a une réelle orientation pédagogique qui devrait inspirer d'autres sites...

-Sur le passage dela mémoire  à l'histoire, l'historien S Barcellini note : "Tant qu'il y a des anciens, il existe une forme de langage sacré. Quand les témoins disparaissent, les historiens prennent le pouvoir: il y a une mémoire après les témoins".

-La complaisance du directeur du Mémorial pour les nouvelles formes de  tourisme ludique ("simulation", "experience" qui apparaissent... dans les musées de la  Manche) n'étonne pas puisque le Mémorial lui même va offrir prochainement "une expérience immersive".. et là, on  oublie la  pédagogie, on pense rentabilité, "on est des PME"..., on ferme les yeux en faisant croire que : "Quelque soit la façon, tant qu'il y a le fond"... Affligeant.

Il s'avère donc nécessaire de s'orienter vers
-un tourisme de mémoire, avec de la culture et de la pédagogie, et veiller à ne pas sombrer dans du divertissement et du délassement avec une forme de “disneylandisation”
- un tourisme raisonné et non vers un tourisme de masse  qui menace de voir des sites se dégrader, devenir moins authentiques.

Le tourisme de mémoire est vraiment à repenser, et si on invitait le monde éducatif à réfléchir plutôt que les professionnels du tourisme ?


  Commémorer ? non !  désormais des festivités ! 

Des festivités
Lors de la période des commémorations, les communes et l'OT soutiennent des opérations grand public (D-Day Festival)  pour attirer les touristes mais qui n'ont rien  à voir avec la volonté de se "souvenir" ou de "commémorer" : pique nique géant, bourse militaire, camp de reconstitution,  maquettes et wargaming (?) défilé de véhicules,  trails et  courses à pied... et l'inévitable feu d'artifice. Les communes font leur "devoir" en organisant de courtes et ponctuelles  manifestations commémoratives "officielles". Lorsqu'il il existe une thématique originale liés  à l'histoire,  c'est toujours grâce  à des initiatives extérieures d'associations (Cérémonie des Nurses, hommage aux amérindiens) ; souvent ce sont les musées qui prennent les meilleures initiatives : conférences, salons du livre, venues de vétérans ou d'écrivains, exposition photos (ferme de la sapinière).

"Défilés, feux d’artifice simultanés sur la côte, pique-nique géant et bals populaires… De grands événements vous attendent lors du D-Day Festival Normandy. Venez vivre des moments intenses, remplis de chaleur humaine, en ces lieux chargés d’histoire."

Tout est dit dans cette publicité présentée par le D-Day Festival Normandy, dont la plupart des manifestations sont organisées ou soutenues par la région et les communes. A partir du moment où il y a "animation", la commune accepte d'autant qu'elle n'a rien à organiser et surtout à payer. De là, les inévitables dérives qui vont de "la maison de la libération" une pure invention, aux "reconstitueurs" et "collectionneurs" costumés qui envahissent tout sur leur matériel pétaradant en se prenant tantôt pour des héros, tantôt pour des historiens, aux bourses militaires, aux fanions et drapeaux créés pour la circonstance et maintenant aux épreuves sportives "courses de la liberté". Du folklore et du business... mais toujours en utilisant la phrase magique "on fait un devoir de mémoire". On leur conseillera de bien comprendre ce qu'est le "devoir de mémoire", évidemment lire cet ouvrage sera trop demander...


 

De fait les communes et les intercom ne prennent aucune initiative, ils se reposent sur les habitudes (la courte cérémonie "officielle", un pique nique... suivi du feu d'artifice organisé par la région) et comptent surtout sur les bonnes (?) idées des habitants bénévoles et des associations orientées uniquement sur le festif (l'histoire n'intéresse plus !) en espérant secrètement que l' État, la région ou le département leur proposera (gratuitement) un évènement à réaliser sur leur site (en 2018, la commune de Saint Laurent a ainsi bénéficié d"un grand concert pour la paix" organisé par la région).

On ne parle plus d'histoire, de commémoration, le 6 juin, on fait la fête, il faut se distraire et s'amuser.

Dans ces deux "préparations " seul le "festif est évoqué ! 



Sans aucune communication !
Un des problèmes et  difficultés relève de  l'absence de communication de ces communes  qui en sont sont encore à distribuer, l'avant veille de l'évènement, un "papier informatif" aux habitants. Les sites web documentés et  à jour  n'existent pas ou  ne sont qu'une simple page décorative sans aucun contenu.
Pus grave, la commune de Saint Laurent sur Mer dans son unique page d'accueil, dénuée de toute information, présente une photo montage qui fait croire que des dunes  sont encore présentes dans la commune devant la statue des "Braves"!  Pourquoi tricher ?

Vous ne verrez jamais cela ! Photo montage (unique page d'accueil web  de Saint Laurent sur mer)



C'est bien localement que les enjeux ne sont pas à la hauteur des espérances des responsables politiques   pour l'avenir du tourisme.  Il faut épauler les communes, trop seules et sans compétences,  afin  de les aider à apporter dans leur choix et stratégie touristique, à la fois un peu plus d'originalité sans négliger la qualité, et, surtout, de l'intransigeance dans les valeurs et  règles. Il ne faut pas non plus hésiter à exiger  des divers prestataires touristiques  de la rigueur  afin d'éviter de faire n'importe quoi  au nom d'un pseudo  "devoir de mémoire" qui n' a pas lieu d'être exprimé ici. Le tourisme n'autorise pas à  refaire l'histoire pour en tirer profit.


Le tourisme de mémoire demeure une réelle attraction pour les voyageurs qui, pour leurs vacances, préfèrent s'instruire et "revivre" l'Histoire, plutôt que de se prélasser en bord de mer, et c'est une bonne chose. De plus, il apporte des emplois et joue un rôle clé dans l'économie locale dépourvue, surtout dans le Bessin,  qui manque cruellement de ressources. Les responsables politiques en sont conscients et jouent la carte du tourisme mais en offrant le minimum de moyens, sauf pour les commémorations décennales, le moment ou la France s'affiche sur le plan international.

C'est un réel  business que les Normands exploitent, certains sans vergogne, d'autres avec habileté et  imagination et qui, jusqu'à présent se développe sans cesse.

Cela va-t-il durer ? Bientôt, il n'y aura plus de vétérans.  "Ici, on est au cœur du réacteur. Le tourisme de mémoire est vital pour nous" , résume ­Didier Llorca, directeur du service Développement touristique de Bayeux Intercom, qui regroupe 34 communes du Bessin. "On a été portés par le cinéma, par les grandes cérémonies d'anniversaire, mais il ne faut pas tout attendre d'Obama ou de Hollywood. Nous devons nous prendre en main".
Les acteurs y réfléchissent et voudraient garantir la qualité historique des sites et des événements, avec une charte éthique envoyée à toutes les communes  et profiter de la présence de visiteurs venus voir les plages pour mettre en avant l'autre tourisme, celui qui est  lié à Guillaume le Conquérant ou aux impressionnistes mais aussi faire venir le touriste dans les terres pour lui faire découvrir autre chose , que ce soit le patrimoine rural ou les activités et produits fermiers... Dommage que ces responsables n'envisagent pas  d'orienter  ce tourisme de mémoire vers des pistes autres  que celles  des vieux clichés apportés par le cinéma américain.
C'est un vœu pieux.

Conclusion:

A-t-on déjà oublié ce qui s'est passé sur ces plages, dans les villages et campagnes? 
Le 6 juin 1944, et les journées qui ont suivi, est-il un moment de "festivité", de "joie", de "musique"?
Qu'en pensent les Gi's et les civils qui ont vécu le 6 juin ?





Compléments et sources
https://www.telerama.fr/monde/menu-d-day-et-balade-en-jeep-en-normandie-tout-le-monde-debarque,127472.php
https://www.entreprises.gouv.fr/tourisme/tourisme-memoire-france-levier-d-attractivite-des-territoires
http://veilletourisme.ca/2014/04/10/sur-les-traces-du-tourisme-de-memoire/
https://www.tourmag.com/I-Tourisme-de-Memoire-puiser-l-enrichissement-civique-et-culturel-de-la-reference-au-passe_a62649.html
https://www.tourmag.com/2014-la-grande-annee-du-tourisme-de-memoire_a57742.html
https://www.normandie.fr/le-tourisme-de-memoire-en-normandie
https://sites.ina.fr/normandie-pour-la-paix/focus/chapitre/2
https://actu.fr/lifestyle/conjuguer-tourisme-memoire-direction-normandie-conseils-partir-dans-pas-heros_17867189.html
https://www.ouest-france.fr/normandie/normandie-destination-dun-tourisme-de-memoire-1953393

PDF
http://www.normandie-tourisme.fr/docs/725-1-d-day-1944-guide-du-visiteur.pdf
http://www.etudes-normandie.fr/upload/crbn_cat/1/1302_3780_CAHIER_TourismeDeMemoire.pdf

Musées

Inévitablement, les musées se sont développés avec l'accroissement du tourisme, la Basse Normandie en compte 42 sur le thème du "débarquement" et devient la région française  comportant le plus grand nombre de musées d'histoire liés à la seconde guerre. De plus, la plupart sont situés dans les zones de combat et en particulier sur les plages de débarquement : le secteur d'Omaha  compte six "musées" dont la démarche diffère peu sur la présentation (muséographie) mais présentent des thématiques historiques assez différentes. S'ils prétendent tous avoir un rôle mémoriel, dans tous les cas, il s'agit bien  d'accrocher le touriste de passage.

Musées Lieu année
ouverture
visiteurs
2014
superficie Origine Thématique Ouverture
Tarif  "plein"
Musée
D-Day Omaha
Vierville 1999 17600 ?  privée
 Collection Brissard
D-Day : pièces et  matériel  témoignant de l’évolution technologique militaire saison
(Avril-Sept)
6€
MuséeMémorial d'Omaha Saint Laurent 1994 77.000 1200 m²  privée
 Collection Tréfeu
Débarquement d'Omaha Beach saison
(Février-Nov)
6,90€
Big red One Assault Colleville 2004 ? ? Privée, Collection   Gosselin La 1° DI américaine à l'année
5€
Overlord Museum Colleville 2013 113.000 1400 m² Privée, Collection  Leloup Débarquement allié jusqu'à la libération de Paris saison
(Mars-Dec)
7,80€
Visitor center
(gratuit)
Cimetière de Colleville 2007 528.000 2400 m² Conception architectes américains hommage aux combattants
au travers d'une multitude d'histoires personnelles illustrées 
à l'année
gratuit
Visitor center
(gratuit)
Pointe du Hoc 2014 293.000 150 m² Conception architectes américains dépouillé, panneaux informatifs et  film de témoignages à l'année
gratuit
Musée des rangers Grandcamp 1990
fermé en 2015
6800




Des "musées  de collection" récents  et d'initiative privée

Tous les musées ont  des intitulés titres pompeux "mémorial" Museum"  et à double lecture (français et anglais). Ils sont tous de création récente, voire très récente (deux  depuis 2013)  et s'agrandissent régulièrement, cas du Musée mémorial de Saint Laurent et de l'Overlod Museum. Autrefois n'existait qu'un petit musée à Vierville disparu début des années 90.
Ils sont tous  issus d'une collection privée d'un passionné,  à l'exception des "Visitor center". Ils n'ont donc pas d'aide, vivent du tourisme et ont le plus souvent une direction familiale "passionnée" mais sans formation spécifique, notamment comme historien. Tous présentent des collections parfois importantes d'objets, armes, véhicules, parfois donnés par un vétéran et mis en valeur  soit dans une vitrine, soit par une reconstitution de scènes avec des mannequins "des dioramas".

Des musées différents

Si les musées veulent montrer leurs "richesses" et recherchent l'exhaustivité en présentant un maximum d'objets, en fait, il se révèlent très différents:

-Le Musée D-Day Omaha à Vierville, présente sous un ancien bâtiment américain de type "Nissen" rénové divers pièces très intéressantes en particulier la machine Enigma, des tourelles et cloches blindées. La présentation dans ce musée demeure vraiment confuse (un capharnaüm !) tant les objets entassés en vrac sont nombreux dans un petit espace ; de plus, beaucoup d'objets ne sont pas étiquetés et certaines pièces présentées ne sont pas locales, ce qui est vraiment dommage pour un musée dédié à Omaha !
Assez peu d'intérêt pour le grand public, seuls les collectionneurs et fouineurs pourront essayer de trouver et voir une pièce intéressante... Toutefois, c
ertaines pièces sont vraiment  exceptionnelles :  le char Goliath, la moto para, ou encore l’encodeur Enigma.  


-Overlord Museum", à Colleville,  bien que situé à proximité d'Omaha, il ne présente pas le débarquement, il relate, de manière assez  confuse et superficielle, les trois mois d'été 1944 au travers d' une collection de véhicules de la deuxième guerre mondiale qui intéressera surtout les passionnés.
Il existe des explications globales et simplistes de la guerre, à lire difficilement tant les panneaux sont éloignés, tant l'écriture est petite et surtout tant la pénombre règne.. C'est un réel problème.
Seuls les véhicules présentés ont doit à une explication détaillée, le reste des "objets", armes, mannequins, affiches sont dispersés au hasard, dans un ordre incompréhensible, et surtout sans aucune explication ! Aucun "objet" n'a une étiquette explicative. On ne sait pas de quoi il s'agit : allemand ? anglais ? américain ? D'ailleurs souvent, c'est mélangé dans des vitrines. Les enfants sont perdus "Papy, c'est qui celui là ? C'est quoi ?...C'est pour quoi faire ?…" L'adulte ne peut répondre, car toutes les armées sont représentées sans indication.

Ce n'est pas l'endroit idéal pour faire de l'histoire, ni pour donner des explications aux enfants (d'ailleurs la plaquette pédagogique est ratée, un QCM stupide à faire!).

Par contre, les véhicules et blindés présentés sont variés et bien représentatifs du matériel militaire roulant en 1944. Il s'agit véritablement d'une très belle collection, avec même des véhicules rares, mais uniquement cela. C'est là le seul et principal intérêt de ce "musée" pour qui le débarquement n'est qu 'un prétexte.
Enfin, il faut aussi signaler le tarif, particulièrement élevé pour ce qui est présenté et une boutique sans intérêt.
En conclusion à réserver aux passionnés de matériel  ce que le site indique : 
une véritable collection "inédite" de véhicules militaires : "L'Overlord Museum, de par le volume, la diversité et la qualité du matériel exposé, est d'une richesse inégalée à ce jour...35 véhicules, chars et canons de tous les belligérants" .




D'autres  se tiennent à une thématique précise

Musée Memorial d'Omaha à  Saint Laurent sur mer, sur 1200 m2, il présente chronologiquement la guerre mais est uniquement axé sur Omaha (l'occupation, le jour J à Omaha, le débarquement) à partir de nombreuses scènes comportant mannequins, objets et documents variés. Divers thèmes sont abordés :vie des civils, occupation, débarquement,  soldats blessés, camps américains....  La présentation est très agréable avec des explications bilingues très claires et accessibles à tous, le parcours se révèle pédagogique. Il faut noter que c'est un rare musée qui étiquette systématiquement tous les "objets" présentés, c'est vraiment utile et facilite la compréhension. La progression de la visite fait revivre le débarquement à Omaha et se termine avec un film intéressant. A noter la mise  à l'honneur de quelques vétérans ce qui  suscite l'empathie.
Ce musée, spécialisé sur Omaha, ne présente que des pièces et objets provenant du site d'Omaha ou des environs proches. Devant le musée, du matériel américain en très bon état: un char Sherman, une péniche LCVP et un canon long Tom 155 mm (pièce très rare) et aussi une Barrière “COINTET” dite aussi “Barrière Belge".
C'est  un musée à  conseiller  pour comprendre le débarquement à Omaha




- Le Big Red One Assault Museum, à Colleville,  est un tout petit musée 
(125 m2) dédié aux premières vagues d'assaut menées par la 1° DI, la "Big red one" avec des archives d'époque (cartes, photos, rapports inédits) ainsi qu'un film inédit tourné par un correspondant de guerre. IL redonne à chaque objet sa mémoire et en démontre son intérêt historique, conçu par un jeune passionné qu'il faut encourager. L'idéal est de faire une visite guidée avec le propriétaire (une heure) car la thématique est  vraiment trop  restreinte (éloge de la "Big Red One") 



Les "Visitor center" ont  une approche très différente puisque l'aspect collection est absent et qu'ils sont conçus par l’American Battle Monuments Commission.

-Au cimetière, Le "Visitor Center" conte les événements du jour J au travers d'une multitude d'histoires personnelles. Il est orné de portraits de femmes et d'hommes et leurs histoires pendant la guerre. En fond sonore, une voix égrène en un flot continu les noms de ces hommes tombés au combat tandis qu'au centre de la pièce, un fusil M1 Garand planté à la verticale dans un lit de galets et surmonté d'un casque, symbolise le sacrifice ultime du soldat américain 



-A la pointe du Hoc,  il s'agit de répondre aux attentes fortes du public qui a besoin  d’informations d'autant que le site est parfois peu lisible. Quelques  outils scénographiques et multimédias (écran tactile interactif, film)  retracent "l’histoire des soldats, leur compétence, leur courage et leur sacrifice" en ne présentant qu'un seul objet : un grappin et qui n'est pas d'époque ! Un projet de renouvellement est en cours.







Quel rôle ?

Tous ces musées entretiennent-ils  la mythologie du débarquement? bien sûr, mais peut-on leur reprocher ?

Déjà, il faut noter l'absence d'erreurs historiques dans les textes, en effet, les responsables sont de bons connaisseurs des objets exposés, ni dans chronologie, ce qui semble plus évident. Il manque, dans certains musées, un étiquetage rigoureux des objets présentés, et c'est vraiment dommage. Aucun n'est heureusement tombé  dans les nouvelles tendances ludiques  de "vivre des heures inoubliables" avec des reconstitutions de type parc d'attractions (séjour dans un véhicule  avec effets  et sensations diverses !) que l'on rencontre désormais dans la Manche. Aucun, non plus, ne pratique la mystification, le mensonge par omission,  comme c'est le cas dans le musée d'Arromanches qui fait croire à ses visiteurs que  le port a joué un très grand rôle puisque celui d'Omaha était "détruit"... Par contre, ils doivent se méfier de leurs images vidéo nommées "documentaires"  pour ne pas faire l'amalgame entre  les vraies images  d'archives et les extraits de cinéma américain,  avec un  texte  parfois trop pompeux, ce qui est trop souvent le cas.

Toutefois,  l'abondance  d'armes, véhicules, objets, les détails sur les différentes unités ou l'histoire des combats empêchent la réflexion sur la stratégie, la psychologie et les enjeux. Il n'apporte pas au visiteur une compréhension globale, s'abstient souvent d'évoquer les pertes  ou les problèmes rencontrés par les alliés. C'est vrai que la lecture d 'un ouvrage le permet plus  facilement qu' une vitrine ou panneau de musée ! 

De plus la muséographie demeure classique, pour ne pas dire datée, même si les reconstitutions sont relativement réussies, il manque une approche  plus actuelle : peu de multimédia et surtout  d'interactivité. On a l'impression que pour faire passer l'émotion, il n'est pas nécessaire d'utiliser les nouvelles technologies, c'est dommage car tous les visiteurs viennent avec leur smartphone ou tablette. Quelques QR codes permettraient justement d'approfondir et réfléchir davantage, et, surtout, d'accrocher davantage les jeunes pour lesquels, rien de spécifique n'est prévu.




Ces musées sont pourtant utiles pour les visiteurs venus en famille  qui d'ailleurs les plébiscitent. Ce sont eux qui ont sauvé et conservé  objets et vestiges des alliés, il ne leur manque qu'un peu plus de pédagogie et d'ancrage dans les technologies actuelles. Souhaitons qu'ils ne tombent jamais dans le ridicule des pseudo  "expériences ludiques" qui finissent en rigolades, car la "dysneyslandisation" arrive...