Affichage des articles dont le libellé est motivation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est motivation. Afficher tous les articles

Motivation des USA

Les faits
Durant les années 1930, les États-Unis suivent une politique isolationniste vis à vis de l'Europe, autant sur le plan diplomatique qu'économique, le pays se referme sur ses frontières. Il n'est donc pas question pour le Congrès américain de s'engager dans la guerre auprès des Alliés, malgré la volonté du président Roosevelt qui voulait que les USA soient "l’arsenal des démocraties". Cependant, en mars 1941, la loi dit prêt-bail, votée  à une large majorité,  favorise l'exportation d'armement  à destination du Royaume-Uni et de l'URSS : " autorise le Président des États-Unis à vendre, céder, échanger, louer, ou doter par d'autres moyens tout matériel de défense à tout gouvernement dont le Président estime la défense vitale à la défense des États-Unis. " De 1941 à 1945, les aides américaines se sont élevées à 50  milliards de $.

 Mais il faut attendre l'attaque-surprise du port de Pearl Harbor par l'aviation japonaise,  qui fait 2400 morts, le 7 décembre 1941, pour que les États-Unis déclarent, dès le lendemain, la guerre au Japon et aux puissances de l'Axe. C'est un détonateur dans l’opinion publique américaine, l’immense majorité des américains veut la guerre contre le Japon ;  le Congrès américain vote la mobilisation de tous les hommes valides de 20 à 44 ans.
Pendant la première partie de la guerre, les États-Unis vont se concentrer sur la guerre dans le Pacifique. En juin 1942, la flotte américaine parvient à empêcher les navires japonais d'attaquer les îles Midway lors d'une bataille aéronavale ; en août, les Marines débarquent à Guadalcanal. 
Après avoir pris le pas sur le Japon, les États-Unis de Roosevelt se tournent vers l’Europe qui est la priorité. Le 8 novembre 1942 , les États-Unis débarquent en Afrique du Nord française avec  l'opération Torch, qui est un succès.
Depuis 1941, Staline demande aux alliés d'ouvrir un nouveau front militaire à l'Ouest de l'Europe pour soulager la pression qu'exerce l'Allemagne contre les forces russes à l'Est. Une série de conférences furent nécessaires pour mettre au point la stratégie alliée et aboutir au débarquement en Normandie
La conférence alliée de Casablanca en 1943 réunit  Winston S. Churchill et le président américain Franklin D. Roosevelt,  Staline est absent retenu par la situation militaire sur le front russe. Les Alliés pensent qu'il est urgent d'ouvrir un second front à l'Ouest, mais  sont en désaccord sur sa localisation : Roosevelt  partisan d'un débarquement sur les côtes françaises,   Churchill veut une attaque surprise en Italie. La décision  d'ouvrir un nouveau front à l'ouest est prise lors de la conférence de Téhéran de  décembre 1943, entre Roosevelt, Staline et Churchill, l'organisation d'un débarquement en Normandie est acté.



L'analyse des historiens
Olivier Wieviorka présente dans son introduction une lecture politique du débarquement à la lumière de la façon dont les USA ont présenté leur combat puis en nous éclairant sur les aspects sous entendus de cet engagement.

D. Eisenhower présente le débarquement comme une lutte du bien contre le mal  en évoquant "une grande croisade" " les prières des peuples épris de liberté".
Le 5 juin 1944
ÉTAT-MAJOR SUPRÊME DES FORCES EXPEDITIONNAIRES ALLIÉES
Soldats, marins et aviateurs des forces expéditionnaires Alliées !
Vous allez vous embarquer pour la Grande Croisade, pour laquelle nous avons mobilisé tous nos efforts ces derniers mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs et les prières des peuples épris de liberté vous accompagnent. Ensemble avec nos braves Alliés et nos frères d’armes sur d’autres Fronts, vous provoquerez la destruction de la machine de guerre Allemande, l’élimination de la tyrannie Nazie sur les peuples opprimés d’Europe, et notre sécurité à tous dans un monde libre.
Vôtre tâche ne sera pas simple. Votre ennemi est bien préparé, bien équipé et rompu au combat. Il combattra sauvagement.
Mais c’est l’année 1944 ! Il s’est passé beaucoup de choses depuis le triomphe Nazi de 1940-41. Les Nations-Unies ont fait subir aux Allemands de grandes défaites, lors de batailles ouvertes, d’hommes à hommes. Notre offensive aérienne a profondément réduit leur puissance dans les airs et leur capacité à mener la guerre sur le sol. Nos Fronts intérieurs nous ont donné une écrasante supériorité en munitions et en armements, et nous a fourni de grandes réserves de combattants accomplis. Le vent a tourné ! Les hommes du monde libre marchent ensemble vers la Victoire !
J’ai une entière confiance dans votre courage, votre dévouement et vos qualités au combat.
Nous n’accepterons rien d’autre qu’une Victoire totale.
Bonne chance ! Implorons la bénédiction de Dieu Tout Puissant sur cette immense et noble entreprise.
(Signé, Dwight D. Einsenhower)

Le débarquement a effectivement eu comme conséquence rapide la destruction du régime nazi et le rétablissement de la démocratie et la liberté en Europe de l'Ouest. La question est de savoir si les alliés se sont battus uniquement pour des principes ? ont-ils sacrifié leurs intérêts nationaux au nom de la morale ? se préoccupaient-ils uniquement de préserver les peuples  du totalitarisme nazi ? n'avaient-ils que la volonté de rétablir la démocratie?
Comment peut-on penser que les acteurs, les "trois grands"  ne s'intéressaient pas aux conséquences politiques, géopolitiques, économiques de la défaite programmée de l'Allemagne nazie.
Dans tous les cas, qu'elles que soient les arrières pensées,  le débarquement nécessitait de mettre en avant des soldats, faire des  combats, autrement dit sacrifier des vies humaines que Roosevelt présente  comme une "croisade".
Aujourd'hui le débarquement est  bien présenté comme un grand sacrifice d'hommes courageux pour délivrer l'Europe des nazis et apporter la liberté ce qu'Eisenhower a bien su rappeler après la guerre: "Les victoires donnent un démenti à ceux qui ont proclamé ou diront en leur temps que les démocraties sont en décadence, craignent de se battre, sont incapables de rivaliser sur le plan de la productivité avec des économies enrégimentées et refusent de se sacrifier  pour des causes communes". Le débarquement doit avant tout être considéré comme un acte purement militaire dirigé contre  le III°reich qu'il faut combattre par tous les moyens, avec un stratégie bien définie, sans oublier  qu'il a été réclamé avec insistance par les russes.

Toutefois, Bradley, dans ses mémoires indique: "Parfois, pendant cette guerre, nous avons oublié que les guerres se font aussi pour résoudre des conflits politiques" et ajoute "Aujourd'hui nous savons qu"une action militaire ne peut être dissociée d'une action politique".

La question est de savoir si Roosevelt a établi des priorités : d'abord, et avant tout, la lutte militaire contre les forces de l'axe sans se préoccuper des conséquences immédiates lors de l'après guerre, ce qui semble peu probable ! ou,  un mixte de priorité de lutte militaire associée  à  une réflexion sur l'organisation politique future de l'Europe. Les dirigeants américains, comme les russes,  n'étaient pas des naïfs,  si leur priorité absolue est, dans tous les cas, la guerre, ils n'oublient certainement pas les questions politiques, diplomatiques et économiques. Ces problèmes complexes et  sous jacents ne seront  à résoudre qu'après la victoire,  même si  les conséquences de l’occupation territoriale sont méconnues à l'heure du jour J, chacun est conscient de leur importance.
Il est vrai que ces pistes sont rarement analysées, même oubliées par les historiens sauf par les polémistes (voir ci-dessous).
Ainsi, O Wiervorka analyse  le choix du débarquement en France sous cet angle et montre qu'il s'explique bien pour des raisons purement militaires et stratégiques  (proximité, voies de communication..) mais aussi pour des raisons économiques, l'Europe de l'Ouest  libérée est un espace prospère  à ne pas laisser aux russes ! mieux vaut délaisser les Balkans et la Méditerranée (chers à Churchill) même si les russes peuvent occuper ces espaces. 
Ainsi les désaccords et conflits existaient au sein des alliés (Où attaquer en priorité ?) et aussi au niveau diplomatique entre les trois grands d'autant que De Gaulle en était exclu, pour des raisons politiques. Toutefois celui-ci , avec habileté sut s'imposer, au grand dam de Churchill "Je dois vous infliger une visite du général De Gaulle demain ((13 juin)" annonce-t-il à Montgommery. 
Ces désaccords continuent pour  la libération de la France, notamment pour la libération de Paris, et finalement le GPRF s'impose mais ne fut officiellement reconnu que le 23 octobre par les alliés. Ensuite la libération de l'Europe et la défaite allemande relèvent avant tout  d'une stratégie purement géopolitique : il fallait contrer l'avance soviétique !
Mais c'est une une fois la guerre terminée (mai 1945 ) que des signes de défiance apparaissent : les américains suppriment la loi prêt-bail aux Soviétiques et les Soviétiques ne respectent pas les accords de Yalta en Europe orientale (les élections ne sont pas « libres »). Ainsi  l’alliance va se rompre en raison de l' antagonisme  des deux systèmes, capitalisme et  communisme qui revendiquent chacun un modèle à suivre. Cette rivalité débouche sur la "guerre froide". Désormais, les américains feront tout pour montrer que c'est leur débarquement qui a permis de redonner sa liberté à l'Europe.
En fait, il ne fit qu'accélérer la défaite inéluctable du Reich bien entamée par l'avancée russe.


Les polémiques
Régulièrement resurgissent des polémiques concernant le rôle des USA dans cette deuxième guerre mondiale. Plusieurs ouvrages  ont été publiés en ce sens, et trois sont régulièrement  repris par certains médias.
-Antony C. Sutton avec "Wall Street et l'ascension de Hitler" présenté ainsi par l'éditeur :
"En mettant au jour un cloaque de mensonges, de tromperies et de duplicités, Antony Sutton révèle l'un des faits le plus marquant, et pourtant jamais rapporté, de la Seconde Guerre mondiale : que des banques de Wall Street et des grandes entreprises nord-américaines ont soutenu l'ascension de Hitler vers le pouvoir, en finançant l'Allemagne nazie et en faisant des affaires avec elle. En suivant minutieusement la piste de ce secret bien gardé, grâce à des documents et des témoignages incontestables, Sutton parvient à la conclusion que la catastrophe de 1939-1945 bénéficia surtout à un groupe privilégié d'initiés financiers. Il donne le compte-rendu détaillé, preuves à l'appui, du rôle abject que jouèrent les Morgan, les Rockefeller, les frères Warburg ou les Ford, directement ou à travers leurs entreprises, et tous ceux qui financèrent les préparatifs de la guerre la plus sanglante et la plus destructrice de l'Histoire. « Wall Street et l'ascension de Hitler » est le troisième volume d'une trilogie consacrée à l'implication directe des financiers new-yorkais dans la révolution lénino-trotskiste en Russie, l'élection de Franklin D. Roosevelt aux États-Unis et la montée du nazisme en Allemagne. « La contribution du capitalisme nord-américain aux préparatifs de guerre allemands a été phénoménale et, sans elle, l'Allemagne n'aurait jamais eu la capacité militaire qui conduisit au massacre de millions de personnes innocentes ... » « Non seulement ces banquiers et hommes d'affaires nord-américains avaient conscience de la nature du nazisme, mais il assistèrent le nazisme à chaque fois qu'ils y avaient intérêt en sachant parfaitement que la conséquence probable serait une guerre impliquant l'Europe et les États-Unis."


- Fabrizio Calvi avec "Pacte avec le diable : Les Etats-Unis, la Shoah et les nazis" 
"Les relations entre les Alliés et les nazis pendant et après la seconde guerre mondiale ont-elles parfois relevé d'un Pacte avec le diable ? Oui, si l'on se réfère à l'utilisation de criminels de guerre lors des jeux troubles de la guerre froide. Et si le silence et l'inaction valent complicité, l'absence de réaction des Alliés face à l'holocauste, qu'ils connaissaient dès les premières heures, tient elle aussi du pacte. Ce document exceptionnel est le fruit d'un long voyage au coeur des archives secrètes qui viennent d'être rendues publiques par les Américains. Fabrizio Calvi, spécialiste de l'histoire du Renseignement, démonte les mécanismes qui ont généré une véritable conspiration du silence autour de la destruction des juifs d'Europe, notamment lors de la conférence des Bermudes sur les réfugiés d'avril 1943.
Après la guerre, comment la CIA a-t-elle été manipulée par les criminels de guerre de l'organisation Gehlen ? Que cachait le mystère du « train de l'or » hongrois ? Quelle a été la véritable ampleur de l'infiltration soviétique des réseaux nazis pendant la guerre froide, notamment les réseaux dormants de Martin Bormann ? Une somme de révélations sur le cynisme et les aveuglements des vainqueurs."


 -Jacques Pauwels avec "Le mythe de la bonne guerre : Les Etats-Unis et la Deuxième Guerre mondiale" présenté ainsi l'éditeur :
" L'irruption des Etats-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale doit-elle être considérée comme une croisade contre la barbarie nazie, la lutte du Bien contre le Mal ? Jacques Pauwels, historien, brise le mythe. A ses yeux, les Américains étaient, en effet, loin d'être inintéressés par les ressources économiques et la dimension géostratégique des régions qu'ils allaient libérer. Ils débarquèrent donc avec une idéologie, des vues politiques, une conception des rapports sociaux à préserver et, bien entendu, avec l'idée qu'il fallait assurer les intérêts de leurs entreprises et du capitalisme américain. La crainte de l'expansion communiste et le désir d'en limiter les effets ne furent évidemment pas étrangers à cette philosophie interventionniste. Ce livre démonte l'image d'Epinal du libérateur américain venant mourir sur les plages de Normandie dans un but philanthropique et propose à la place une nouvelle lecture des faits, à la manière d'un puzzle qui se verrait soudain assemblé, après des décennies. Une contre- histoire de la Deuxième Guerre mondiale qui modifie radicalement notre vision du XXe siècle et offre un nouveau regard sur l'époque actuelle."

Ces publications qui se présentent comme des ouvrages historiques sont essentiellement et avant tout des livres polémiques  très orientés anti-américain. Le auteurs oublient et occultent volontairement des pans entier d'histoire pour ne servir que leur idéologie. Aves des raisonnements simplistes, on montre que les USA ont tout prémédité, qu'ils  semblent responsables de tout et deviennent les accusés de cette guerre. On oublie un peu trop vite qui sont les agresseurs et   qui sont les responsables. Ainsi sont évacuées les conséquences du pacte germano-soviétique : un engagement de neutralité en cas de conflit entre l'une des deux parties et les puissances occidentales, plusieurs protocoles restés longtemps secrets qui délimitaient les sphères d'influences de l'Allemagne nazie et de l'URSS dans les pays situés entre eux (Scandinavie, pays Baltes, Pologne, Roumanie…), . un éventuel partage de la Pologne devenu effectif après que l'Allemagne nazie eut envahi la Pologne le 1er septembre 1939, suivie par l'URSS le 17 septembre.On va même jusqu'à sous entendre que le débarquement américain a agressé la France.
Ce n'est pas une révélation que d'indiquer que  des criminels de guerre nazis exfiltrés  se sont cachés en Amérique Latine   au sein d'une communauté bien organisée, telle que décrit dans l'ouvrage d'Olivier Guez : "La disparition de Josef Mengele", un formidable roman qui en dit long sur le destin des Nazis sans pour autant rentrer dans des polémiques ou des généralisations simplistes.

Certes, on sait que l'argent n'a pas d'odeur même pour certains financiers de Wall Street, certaines firmes internationales  ayant des filiales en Allemagne  (Ford, General Motors, ITT)   se sont enrichies  en se liant aux nazis et quelques uns ont même affiché avant la guerre une relative sympathie, cas  de Charles Linbergh (mais qui change d’avis après l'attaque de Pearl Harbor, Henry Ford (idéologie controversée),  Joseph Kennedy, le père de J.F.K, (ambassadeur à Londres qui  dut démissionner en 1940).  La collaboration de Louis Renault  n' a pourtant jamais été assimilée  de la même manière.
Généraliser et établir en système des erreurs individuelles relèvent de thèses  conspirationistes et d'une volonté de manipuler le sens de l'histoire, en effet, de tout temps, en tout lieu certains sont toujours prêts  à tout pour s'enrichir sans se préoccuper d'idéologie, sans aucun problème de conscience. C'est toujours le cas aujourd'hui. Une minorité n'est pas représentative d'un État, pourtant c'est que sous entendent ces ouvrages que ce soit dans leur contenu ou, plus astucieux, dans leur titre racoleur et c'est bien là que se situe leur mauvaise foi.

Conclusion : les motivations de Roosevelt
Lorsqu'il est réélu pour un troisième mandat, Roosevelt se sent  les mains plus libres en matière de géopolitique. Il obtient en mars 1941 le vote de la loi "prêt-bail" pour "vendre  des armes  à  tout pays dont le président jugerait la défense essentielle pour la sécurité des États-Unis". L'industrie américaine se met toute entière à son service et rentre  dans une phase d'expansion et de prospérité sans précédent.
 Il  organise une rencontre avec le Premier ministre Winston Churchill,  "quelque part en mer", au large de Terre-Neuve, le 14 août 1941. Les deux hommes s'engagent sur des principes moraux basés sur la démocratie et la paix, en particulier en refusant tout agrandissement territorial, en accordant le droit des peuples à choisir leur forme de gouvernement. Le document signé par les deux dirigeants est connu sous le nom de Charte de l'Atlantique, à l'origine de la charte des Nations Unies. Dès le mois suivant, la loi « prêt-bail » est étendue à l'URSS de Staline, alliée obligée des démocraties.
Ces  fondements d'une nouvelle politique internationale montrent que les visées de Roosevelt sont avant tout morales. Ce sera  l'attaque japonaise sur Pearl Harbor qui l'amènera  à déclarer la guerre même s'il fut  toujours favorable à une intervention aux côtés de l’Angleterre .
Conscient que la plus grande menace est l'Allemagne nazie, Roosevelt décide de donner la priorité à la guerre européenne : "Germany first".
Les considérations géopolitiques arriveront beaucoup plus tard. Pour l'heure, la défaite  de l'Allemagne nazie n'est encore qu"une volonté,  lorsque  la victoire sera inéluctable, reste à en déterminer le moment...  la politique prendra le devant.
Le philosophe Michel Foucaut affirme que "c’est la politique qui est la continuation de la guerre par d’autres moyens, et non l’inverse".  (pour contrer Clausewitz qui affirme "La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens").
C'est ce que la guerre froide nous démontre.

Quelles motivations pour les GI's ?=.

On lit souvent  que les "GI's étaient les soldats  valeureux de la démocratie" (S Ambrose) prêts à se sacrifier  pour leurs idéaux : c'est une vision magnifiée qui occulte les difficultés rencontrées par de jeunes hommes soudainement confrontés  à une violence insoutenable qui en traumatisa beaucoup.

Qui sont réellement ces Gi's qui vont débarquer le 6  Juin ?

La jeunesse américaine qui se retrouvera GI est née au début des années 20, aussi fut-elle fortement ébranlée par la crise de 29 qui amena chômage et misère et de longues années de difficultés
" Nous avions deux repas par jour, généralement à base de maïs, la viande était un bien rare" (G Geiger 3° armée de Patton)

Les  soldats : de jeunes civils ignorants, débutants
La jeunesse  se préoccupe surtout du quotidien et de la débrouille. L'attaque de Pearl Harbor du 7 décembre 1941, fut un choc et  la première occasion de ressentir un élan patriotique car la nation était attaquée. La loi sur la conscription du 20/12/1941 élargit la mobilisation aux américains âgés de 20 à 40 ans, ce qui contraint les hommes  à se faire connaître aux autorités qui leur attribuent un "numéro" qui permettra d'effectuer un "tirage au sort" ("draft") pour  se mettre  à disposition du gouvernement pour la durée de la guerre. Mais certains préférèrent s'engager volontairement ("enlister soldier") y compris ceux âgés de 18 ou 19 ans avec l'autorisation parentale.
A partir de 1942, l'engagement se développa rapidement, les raisons essentielles  sont le goût de l'aventure, un salaire régulier et le opportunités de voyager, sans oublier les cigarettes à  volonté, la bière et peut-être de jolies filles attirées par les uniformes !
"On pensait surtout à boire aux filles et puis à voir des pays lointains" (NW Thomas)
L'idéal démocratique n'apparaît pas chez ces jeunes soldats (23 ans de moyenne d'âge) peu diplômés, naïfs, arrogants et ignorants qui ne craignent pas la mort, trop jeunes. Ils ne savent pas trop qui ils vont combattre et où ils iront.

" Il est certain que le GI moyen ne comprit jamais rien à la guerre et ne sut pas vraiment pourquoi il combattait en Europe. Personnellement, je crois qu'il combattit simplement pour pour en finir et rentrer chez lui. Il combattit pour tuer des hommes qui voulaient le tuer. Il combattit aussi parce qu'on lui ordonnait" Ralph Ingersoll, officier américain

En fait, seuls les soldats du Pacifique semblaient réellement motivés pour aller combattre pour détruire l'empire du soleil levant qui les avaient attaqués à Pearl Harbor, par contre  la détermination d'aller combattre le "Reich" est beaucoup moins évidente : " 50% des hommes ne l'avaient pas" d'après le  colonel Sandler. L'armée américaine est peu endoctrinée et peu motivée :  elle  combattra parce qu'il le faudra !

Ainsi, Eisenhower accompagné des généraux Bradley et Patton visite le 12 avril 1945 le camp de Ohrdruf (annexe de Buchenwald) premier camp libéré par les alliés et le fait visiter aux soldats présents, ensuite il déclare : "Ce que j'ai vu défie toute description."
"On nous dit que le soldat américain ne sait pas pourquoi il combat. Désormais, au moins, il saura ce qu'il combat"

S'entraîner
Désormais, ces jeunes  vont être formés " à tuer" pendant un long entraînement  (21 mois) éprouvant qui va les transformer en adultes. Début 1944, tous les soldats sont basés en Angleterre devenue un vaste camp militaire.
Les entraînements sont durs et interminables ;  le quotidien est difficile : harcèlement, loi du plus fort, mépris, sadisme de la discipline qui punit, humilie les soldats, sans parler de la crainte des inspections  inopinées de l'équipement  par les officiers, occasion supplémentaire de sanctions (corvées de latrines...). Ce type de comportement est nommé "Chickenshit" ou.. chiure de poussin, tellement tout cela est minable et épuisant.
Du coup, chaque homme ne souhaite plus qu'une chose : aller combattre !
Si les rapports entre les les soldats et les officiers étaient souvent dégradés lors des entraînements, plus tard sur le terrain les officiers  surent protéger et rassurer leurs hommes apeurés  qui avaient bien besoin dans  les périodes angoissantes de bataille de retrouver une image paternelle.

Sur le terrain
Rien à voir avec la légende selon laquelle les hommes  débarquèrent sans crainte sous le feu de l'ennemi.
Très vite, l'on déchanta:  premières balles, blessés et morts firent très vite apparaître la peur, et pour certains la folie,  même des commotions cérébrales tant la violence était omniprésente. Le choc psychologique  fut terrible avec la prise de conscience de sa propre vulnérabilité, que la mort peut arriver très vite et que pour l'éviter,  la prudence ne suffit pas,  il faut de la chance. Sans cesse, la mort vient à l'esprit : des images insoutenables, des cris, des odeurs,  le bruit terrifiant des explosions et balles qui sifflent.

" Tôt le matin, il ne fait pas froid cependant mes mains ne cessent de trembler. Avant d'arriver sur la plage, j'étais  impatient et anxieux, je ne savais pas ce qui m'attendait, maintenant face à une nouvelle mission, je deviens presque dingue !"SP Collins 29 DI.
"Pourquoi suis-je encore en vie ? les balles ont sifflé tout autour. Il y avait des morts. Pourquoi suis-je envie ? "
"Vous regardez autour de vous et vous vous demandez qui qui sera bientôt mort"
Après un débarquement difficile à Omaha, des heures passées dans l'eau et sur le sable  à attendre une opportunité pour avancer au milieu de l'horreur et de la mitraille, les Gi's pensaient  pouvoir trouver un combat tel qu'il leur avait été appris lors de l'entrainement. Ce ne fut pas le cas.  Ces novices ont connu l'enlisement dans le bocage et ses haies, petits chemins avec de lourdes pertes, le sentiment de désespoir et d'égarement était là pour des hommes épuisés et sans repères.
Aussi beaucoup  ont-ils craqué nerveusement,  physiquement ou psychologiquement, à des degrés divers. Mais on évite de le montrer pour ne pas avoir honte, surtout l'officier qui doit être exemplaire.

"Un jour, j'étais abrité dans mon trou individuel, un type m' a fait remarquer que mes cheveux avaient grisé ! tout, mes cheveux, mes poils, mes sourcils "

L' Etat major prit conscience de cette démoralisation, un peu tardivement,  mais  y remédia  début juillet  1944: quelques permissions,  davantage de courrier, une meilleur nourriture, projection de films, réconfort de l'église...

Aussi évite-t-on de parler des désertions, mutilations,  de lâcheté, de  peur et, encore moins, de viols et de vols. 
Certains essaient d'éviter le combat en se mutilant ou en désertant, les américains ne fournissent pas de statistiques précises ;  de juin à novembre 1944, il y eut 231 absences injustifiées (AWOL : Absent WithOut Leave), 169 mauvaises conduites ("misconducts") et 141 refus de service dangereux ("dangerous duty"). 
Des chiffres à relativiser car ce sont surtout les troubles psychiatriques le problème le plus important et difficile  à traiter. Comment considérer un soldat traumatisé :  un malade à hospitaliser ou  un lâche, passible de la cour martiale ?

Névroses : "courage et peur ne sont pas opposés"

Aussi les névroses (en anglais "pshychoneurosis") touchèrent-elles beaucoup d'hommes, environ 20 à 30 % des blessés, selon les conditions de la bataille, et, surtout en juin et juillet 1944. 

Comment l'expliquer ? Les combats durent dans des conditions particulièrement difficiles et inattendues:
- un ravitaillement difficile dans le bocage: on mange froid, on ne se lave pas, on ne se change pas parfois pendant longtemps
-des combats difficiles dans les haies du bocage avec l'inefficacité des blindés
-de longues journées d'été au combat (de 5H le matin à 23 h le soir) et des hommes anxieux, abrutis d'épuisement (" combat exhaustion")
-les armées piétinent et dépriment : pas de percées en juin et juillet
-spectacle permanent des atrocités de la guerre (corps, sang, odeurs, destructions, cadavres d'humains et d'animaux..)
-"shell shock" commotion due aux obus

C'est donc l'infanterie qui  subit le plus les conséquences d'autant que c'est plus dangereux et moins glorieux d'y servir que dans l'aviation, la marine ou l'intendance ou l'artillerie (et en plus moins bien payé), on y trouve donc  les trois quarts des pertes au combat et des pertes psychiatriques.

Comment réagit l'Etat major ? les officiers furent vigilants et renvoyaient systématiquement du front  tout élément trop nerveux. Des protocoles de soins sont établis en soignant les malades le plus tôt possible, au plus près des lignes avec obligatoirement 24 h de repos, avec un éventuel retour progressif dans l' unité. Sinon, des cures de soins appropriés étaient apportés avec des résultats satisfaisants : environ 60% retournent au combat,  13 % furent maintenus dans un service non combattant, et 25 % furent évacués vers Angleterre.
Ce comportement est différent chez les britanniques qui ont tendance à rapatrier systématiquement les malades, et chez les russes, la "psychonévrose" est punie...par la mort.
Les américains ont toujours considéré les soldats atteints comme des malades et non comme des simulateurs en faisant une confiance totale aux psychiatres, un peu d'humanité quand même !
Ces problèmes diminuèrent beaucoup avec les succès  et les avancées du mois d'Août 1944.

Des soldats qui ne savent pas se battre ?

Qui le dit?... 
Uniquement des paroles de l'après guerre,  surtout les soldats de la Wehrmacht qui les jugent déloyaux " lâches et mesquins" et  "inférieurs aux allemands"et  au soldat russe "courageux et rustique" (seul l'italien serait pire !). Après la guerre les officiers généraux allemands disent" "L'US Army a fait pâle figure et peut dire merci à son industrie!". Les français sont dédaigneux face à  cette armée de "décontractés" et Montgomery indiquent qu"ils ne veulent pas se battre car ils n'ont pas confiance en leurs généraux".
Des arguments viciés par des œillères et la partialité  et, surtout, en raison du choc que représentent la puissance, le nombre et la technicité du matériel américain face à des allemands qui utilisaient encore beaucoup les chevaux.
Toutefois à l'après guerre, l'US Army s'autocritiqua en expliquant que "beaucoup de fantassins étaient cloués au sol face à un ennemi très agressif en attendant les renforts aériens"
Dans les années 80 plusieurs auteurs contredisent ce dénigrement et démontrent que les forces américaines ont été bien supérieures et performantes que les forces allemandes.

Qu'en est-il ?
Ce mythe s'explique essentiellement par la médiocrité et les déboires des premiers engagements américains  en Afrique du nord (Nov 42- Mai 43). Ce baptême du feu de néophytes maladroits fut compliqué uniquement  par le manque d'expérience d'une armée constituée à 99% de "mobilisés"  peu efficaces car mal formés par des cadres qui, eux aussi, manque d'expérience ! Cela ne va pas durer, les procédures d'entraînement vont progresser, des balles réelles seront utilisées, les "vétérans" vont apporter leur expérience. En  1944, même si la préparation n'est pas encore parfaite, le GI est un combattant  parfaitement entraîné
  (et beaucoup mieux que les "hitlerjugend !). Certes, il y aura quelques défaillances, surtout liées à la qualité des encadrants et  à la présence de "bleus" qui connaissent leur premier baptême du feu dés leur arrivée sur le terrain. Un des problèmes fut lié au matériel :  l'impossibilité pour les GI's d'utiliser au mieux le fusil M1 Garrand semi automatique, puissant et précis mais qui utilise des  cartouches qui émettent fumées et couleurs, trahissant la position. De plus, dans le bocage, le matériel américain est mal adapté, ce qui explique la prudence de l'infanterie américaine : on manque d'une vraie mitrailleuse (1 fusil mitrailleur bar pour 12) face aux allemands qui possèdent le puissant  MG-42 (1 pour 9 hommes), de  plus une compagnie possède  2 mitrailleuses légères face aux 28  pistolets mitrailleurs  et 15 mitrailleuses allemandes.

 Si des difficultés apparaissent rapidement dans les premiers  combats dans l'enfer du  bocage, très vite l'armée américaine va profiter de ses erreurs pour innover, tel le coupe haie Hedjecutter du  sergent Cullin  surnommé aussi  "Rhinocéros", et, surtout, mettre au point des stratégies redoutables, essentiellement basées sur la coopération entre unités  (artillerie, chars, tanks, aviation..) via la radio qui permet des frappes puissantes  d'une très grande précision (moins de 100 mètres). La maturité tactique arrive vite et l'US Army crée "une guerre en réseau pour synchroniser et décupler l'efficacité de chaque arme", elle peut s'appuyer sur une armée homogène qui ne repose pas sur une petite élite comme pour les forces allemandes.
Certes le Gi's a d'abord  été hésitant encadré par  des cadres défaillants dans un milieu inconnu, mais très vite il s'est adapté et  a montré ses capacités : adaptabilité, ténacité, souplesse, efficacité et lui n'était pas fanatisé ! L'infériorité du Gi's est donc bien un mythe.

Une déferlante sexuelle ?
Le magazine "Stars and Stripes"  présentait  aux soldats, comme une formidable opportunité sexuelle, le fait de s'engager.... moyen de motiver les troupes et d' encourager ces jeunes hommes à débarquer sous les balles. Le Guide pratique à l’usage des GI’s en France, en 1944, indique : "On dit que les Françaises sont faciles. Mais en fait, pas du tout ! "… Pourtant les soldats qui débarquent portent tous un lot de cinq préservatifs distribué avec leurs munitions... Joe Weston, journaliste de Life, : écrit  en 1945 "La France est un gigantesque bordel habité par 40 millions d’hédonistes qui passent leur temps à manger, boire et faire l’amour".  Les Françaises avaient donc la réputation d’être sans préjugés raciaux et sexuellement libérées. Les GI noirs avaient été persuadés par les récits de leurs aînés qui avaient séjourné en France pendant la Première Guerre mondiale que les Françaises n’avaient aucune réticence à faire l’amour avec des noirs. Que de stéréotypes !


On affiche volontiers le cliché du Gi's athlétique, bien nourri, chargé de cadeaux inestimables, chocolat, cigarettes, chewing-gum et assez riches pour sortir les filles au cinéma...d'autant qu'elles sont belles, seules depuis 4 ans et qu'il leur faut de la compagnie !  
On insiste aussi beaucoup sur les "viols"...effectués par les noirs, eux qui ne combattaient pas mais, s'occupaient à l'arrière de l'intendance.
Robert Lilly, auteur de la  "La Face cachée des GI’s"répond : « le nombre de viols signalés par l’armée américaine est de 181 pour la France - 121 en Angleterre, 552 en Allemagne – et ce furent 116 soldats américains qui furent jugés pour viols en France. Or  le viol est l’un des crimes les plus sous-représentés dans les archives : on estime à 5 % le nombre de viols déclarés par rapport aux violences réelles. J’en conclus que le nombre de viols en France causés par des soldats américains fut d’environ 3 500, contre 2 500 au Royaume-Uni et 11 000 en Allemagne. Les viols commis en Allemagne représentent deux tiers de ces estimations, mais aucun soldat américain n’y a été condamné à mort. Dans le cas de l’Angleterre et de la France, il s’agit donc de crimes sexuels en temps de guerre, dont les auteurs sont considérés comme criminels ; dans celui de l’Allemagne, ces actes sont considérés comme des « viols de guerre » où les circonstances et la nationalité des victimes les rendent en quelque sorte « acceptables ».
« Dans 85 % des cas, ce sont des soldats non gradés et noirs. À plus de 60 %, il s’agit de viols collectifs. Sur les 116 soldats jugés, 21 furent pendus en France, et 67 écopèrent de la prison à vie, peine effectuée aux États-Unis ».
« Le premier viol qui mena à un procès en France : le 14 juin 1944, à 4 kilomètres au sud-est de Sainte-Mère-Eglise, Mlle S., réfugiée polonaise, fut violée à 300 mètres de chez elle dans un champ où elle allait traire les vaches par quatre « soldats de couleur » qui l’avaient auparavant aidée à pousser une charrette. Les archives mentionnent qu’ils « auraient bu du vin ». Un bref procès eut lieu le 20 juin, le soldat Whitfield fut condamné à mort, pendu le 14 août 1944 ».

Pour le seul mois de juin 1944, en Normandie, 175 soldats américains seront accusés de viol.  mais aucun document n'indique des  viols dans le secteur d'Omaha. Ce nombre relativement important s'explique en partie  par le refus des autorités américaines, d'adopter un système de prostitution réglementée  mais aussi par l'ivresse des auteurs dans au moins 50% des cas. Si le nombre de noirs est plus important, c'est en raison du ségrégationnisme de l'armée qui  leur impose des tâches d'intendance  au contact des civils  avec un encadrement assez léger, dans tous les cas les peines  à leur encontre étaient beaucoup plus lourdes que pour les blancs.
Il est évident que ces faits méconnus  allaient à l'encontre du soldat mythique de la "greatest generation". Ces débordement américains, surtout en 1945 (ex Le Havre), ont  très certainement apporté une image négative de la présence américaine en fin de guerre.

Conclusion
L'entraînement est une chose, mais le combat une autre, que ce soit sur une plage ou dans le bocage. Les Gi's, même s'ils ont eu peur, mais qui peut s'en étonner,  ont été  courageux et ont toujours su habilement  s'adapter aux diverses conditions de combat.
Si l 'armée américaine niait cette peur et préférait ne parler que d'héroïsme et d'honneur, elle se donna les moyens d'apporter une réponse médicale  aux soldats névrosés et traumatisés.
Même si beaucoup de Gi's valeureux se battaient sans état d'âme, peu revinrent indemnes, de profonds traumatismes leur avaient été infligés.
Ces problèmes perdurèrent, tel fut le cas du père de l'écrivain F.O Giesbert, GI  américain. Dans son roman "L'américain", il écrit : 
"Il s'était fixé en Normandie. Il me battait beaucoup. Il battait, surtout, beaucoup maman. C'est pourquoi j'ai passé mon enfance à vouloir le tuer.
Ma haine contre lui ravagea tout en moi, ma lucidité et mon humanité. Jusqu'à sa mort. Mais jamais je n'oublierai le sourire souffrant qu'il traînait partout et qui, aujourd'hui encore, me fend le cœur."